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Soleil vert | Soylent green | 1973


Un article ajouté/rédigé par | 06/05/2022 | Lu 1364 fois




Soleil vert | Soylent green | 1973
Soleil vert se dĂ©roule en l'an 2022. Le monde baigne alors dans une Ă©trange lumiĂšre jaune, qui a dĂ©truit la faune et la flore. TrĂšs peu de terres sont encore cultivables et les habitants qui n'ont pas les moyens d'acheter des aliments naturels mangent un aliment de synthĂšse, le « Soleil vert », produit par la multinationale Soylent. Les Ă©meutes sont frĂ©quentes et sĂ©vĂšrement rĂ©primĂ©es. AprĂšs le meurtre d'un des dirigeants de la sociĂ©tĂ© Soylent, qui produit le Soleil vert, un policier en charge de l'affaire va dĂ©couvrir que ce dernier n'est, contrairement Ă  la publicitĂ© de la Soylent Company, pas ce qu'il prĂ©tend ĂȘtre...

Présentation et analyse

Soleil vert est un film américain de Richard Fleischer, sorti en 1973, avec dans les rÎles principaux Charlton Heston, Edward G. Robinson, Leigh Taylor-Young, Joseph Cotten, Chuck Connors, Lincoln Kilpatrick, Whit Bissell, Paula Kelly, Stephen Young, Mike Henry, Roy Jenson, Dick van Patten.
 
C'est l'adaptation du roman de Harry Harrison "Make room ! Make room !" (1966). Ce qui signifie "faites de la place". Et effectivement, c'est un roman qui parle d'entassement humain, de promiscuitĂ©. Entre autres.
 
New York, en 2022. A l'Ă©chelle mondiale, surpopulation, pollution et dĂ©gradation de l'environnement sont devenus des problĂšmes majeurs, auquel personne ne trouve plus de solution. Les aliments, tels que nous les connaissons, sont rares et chers. Pour pallier cette situation, on a Ă©tĂ© amenĂ© Ă  utiliser le plancton, en quantitĂ©s massives. On le transforme en plaquettes carrĂ©es, que les gens avalent comme ça, un peu Ă  la façon de complĂ©ments alimentaires, sans guĂšre de saveur. Et mĂȘme cette nourriture est chĂšre, soumise Ă  des fluctuations, ce qui entraĂźne parfois des soulĂšvements populaires. La citĂ© est sale, envahie de mendiants, toute une plĂšbe clochardisĂ©e, prĂ©caire, qui s'entasse partout oĂč elle le peut, dormant Ă  mĂȘme le sol. MisĂšre, mais aussi violence, criminalitĂ©. Nous sommes en prĂ©sence d'un monde agonisant, dont les structures sociales sont largement dĂ©faillantes.
 
L'action se centre sur deux personnages, qui vivent ensemble dans une espĂšce de gourbi encombrĂ©, insalubre, bas de plafond, obscur et plutĂŽt pagaille : le dĂ©tective Franck Thorn (Charlton Heston), la quarantaine ; et un auxiliaire documentaliste assez ĂągĂ©, Solomon "Sol" Roth (Edward G. Robinson). Thorn se rend sur le terrain, procĂšde aux enquĂȘtes, prend les risques. Sol, lui, fouille les dossiers et fait le travail de fond, d'investigation dans les archives. Et, apparemment, s'occupe aussi des tĂąches domestiques. On les voit Ă©voluer dans cet appartement. A l'ouverture du film, aprĂšs le gĂ©nĂ©rique, ils discutent. Il y a entre eux une certaine affection. Toutefois, ils sont sous pression : quand Thorn demande oĂč en sont les recherches, et que Sol lui avoue qu'il n'a guĂšre avancĂ©, le dĂ©tective dĂ©clare : "Tu sais qu'il y a vingt millions de gars au chĂŽmage, rien qu'Ă  Manhattan, qui ne demandent qu'Ă  prendre ma place, et la tienne Ă©galement".
 
CompĂ©tition sociale, sĂ©lection fĂ©roce, pĂ©nurie. Ce thĂšme de l'insuffisance de nourriture, hygiĂšne, sĂ©curitĂ©, apparaĂźt trĂšs vite : les deux hommes sont Ă  table. Ils ont devant eux des biscottes sur lesquelles ils ont Ă©talĂ© de la margarine rance. Sol s'abstient d'y toucher. Il dit qu'il n'a "pas encore assez faim" : il se rationne. Et quand Thorn lui dit que "ça se laisse manger", Sol affiche clairement son dĂ©dain : "Cette cochonnerie sans odeur et sans goĂ»t ! T'as rien connu d'autre, bien sĂ»r
 Quand j'Ă©tais gosse, la nourriture, c'Ă©tait de la bouffe. LĂ -dessus, nos magiciens de la science ont empoisonnĂ© l'eau, polluĂ© le sol, dĂ©truit les plantes et la vie animale. Enfin, de mon temps, on trouvait de la viande n'importe oĂč, on achetait des Ɠufs, du vrai beurre ! On trouvait de la laitue fraĂźche Ă  gogo"
 Ce procĂ©dĂ© qui consiste Ă  faire dĂ©crire la situation par un des personnages est certes un peu artificiel. Mais ainsi, le dĂ©cor est plantĂ©. Aucun doute, ça va mal. Un moment aprĂšs, Sol pĂ©dale sur un vĂ©lo d'appartement, modifiĂ© pour produire de l'Ă©lectricitĂ©, ceci aprĂšs qu'on ait vu l'Ă©clairage fluctuer, Ă  deux reprises.
 
Lorsque Thorn sort de l'appartement, il doit se livrer à des acrobaties pour descendre l'escalier, recouvert de malheureux qui y dorment, entassés. L'ambiance est celle, aucun doute, d'un systÚme social en train de s'effondrer. MisÚre, crasse, surpopulation, famine, insécurité : nous sommes, clairement, dans un cadre dystopique. On y reviendra.
 
La suite du film montre l'assassinat d'un certain sénateur Simonson (Joseph Cotten). Elle met en scÚne les investigations de Thorn, qui est censé retrouver qui a commis ce crime.
 
Une enquĂȘte qui va le mener bien plus loin qu'il ne l'imaginait

Une belle complicité entre Charlton Heston et Edward G. Robinson, dont c'était le dernier rÎle à l'écran...
Une belle complicité entre Charlton Heston et Edward G. Robinson, dont c'était le dernier rÎle à l'écran...

Heston, Robinson, l'homme de terrain et l'homme de lettres.
Heston, Robinson, l'homme de terrain et l'homme de lettres.

TrĂšs clairement, ce film met tous les doigts qu'il peut lĂ  oĂč ça fait le plus mal possible. Ce n'est certes pas un film distrayant, mĂȘme s'il y a un rĂ©cit, des personnages, du suspense, de l'action, etc. Il me semble que, de toute Ă©vidence, c'est un film qui fait rĂ©flĂ©chir, et qui nous frappe comme un coup de poing - enfin, ce sont, du moins, ses intentions. On va voir qu'il y parvient plus ou moins, avec des scĂšnes assez inĂ©gales. Mais, sans ambiguĂŻtĂ©, il est lĂ  pour provoquer le malaise.
 
Il s'inscrit dans un mouvement des annĂ©es 70, oĂč Hollywood nous montre le monde d'aprĂšs, quand le cadre rassurant que nous connaissons aura disparu, laissant place au chaos. Une vague de films inquiets, paranoĂŻaques, catastrophistes. Hollywood finance et organise des films qui, paradoxalement, dĂ©crivent l'aprĂšs Hollywood, le moment oĂč cinĂ©ma, distractions, n'existeront plus. OĂč il ne sera question que de survivre. Une tendance pessimiste qui suit de prĂšs le naufrage patent de la guerre au Vietnam, alors que la contestation est grande et qu'une prise de conscience s'amorce, concernant la place de l'homme dans son environnement. De nombreux mouvements militent pour une prĂ©servation de la nature et un autre rapport au monde, tournĂ© vers la vie et non pas la destruction.
 
Dans ce contexte assez inquiet, Hollywood, pour un temps, sort du cadre habituel, de sa mission essentielle, qui est de distraire, faire oublier les soucis du quotidien, les questions sans rĂ©ponses posĂ©es par l'absurditĂ© de la vie Ă  cette Ă©poque, notamment dans les mĂ©gapoles. LuciditĂ©, donc. Ce cinĂ©ma nous dĂ©crit un monde d'aprĂšs ; un monde oĂč, finalement, les valeurs d'Hollywood n'auraient plus cours.
 
Cependant, suivant les productions, en gĂ©nĂ©ral il y a toujours plus ou moins des Ă©lĂ©ments dans le scĂ©nario oĂč Hollywood dĂ©ploie ses charmes et qui contribuent Ă  sĂ©duire. Dans "Soylent green", rares sont ces aspects attractifs, mĂȘme s'il y a de l'action, des personnages intĂ©ressants, un rĂ©cit qui progresse. Ici, on est dans le grincement, la dissonance. Et le personnage de Thorn, Ă  plus d'un titre, se dĂ©marque considĂ©rablement du hĂ©ros, au sens classique du terme. C'est un film surprenant, car on pourrait l'interprĂ©ter comme Ă©tant assez marquĂ© Ă  gauche, vu la critique sociale et la dĂ©liquescence du pouvoir qu'il montre. Quand on sait Ă  quel point les USA sont conservateurs

 
Il y a certes des films se situant dans des mondes dĂ©labrĂ©s oĂč on se demande ce qui va se passer, et oĂč l'action est centrĂ©e sur un personnage plus ou moins charismatique. Et oĂč la narration est lĂ  pour nous emporter, nous fasciner. Mais dans "Soylent green", c'est clairement sous un mode dĂ©primant et anxiogĂšne qu'on s'adresse au public. C'est de malaise dont il est question. Action, suspense, enquĂȘte, personnages, tout ça n'est lĂ  que pour nous faire rĂ©flĂ©chir et provoquer en nous une inquiĂ©tude, la peur que ce monde finisse par advenir. On est dans un cadre de politique-fiction, et lĂ , le mot "Dystopie" s'impose. C'est en ces termes qu'on parle de ce genre de films.
 
DYSTOPIE : c'est ainsi qu'on décrit un univers qui a mal tourné. Le contraire d'UTOPIE. Utopie qui, au départ, étymologiquement, veut dire "action qui se déroule dans un lieu qui n'existe pas". Souvent une fable sociale, assez optimiste, qui propose un autre mode de vie, une autre vision politique, une organisation sociale différente. Par extension, ce terme d'utopie se retrouve employé pour décrire des situations, des futurs qui n'existent pas, et là, on devrait dire "Uchronie". Mais bon, on a gardé "Utopie" dans le langage courant. Et donc, "Dystopie" signifie "Utopie qui ne fonctionne pas". En réalité, pour des films comme celui-ci, on aurait pu dire "Dyschronie", ça correspond bien mieux ; mais je suppose que ça aurait sonné bizarre.
 
Enfin, passons. Pour rĂ©sumer, on va dire, simplement : ça va mal ! On aurait pu aussi parler de cauchemar d'anticipation, de politique-fiction prĂ©-apocalyptique, c'est-Ă -dire ce moment oĂč le systĂšme va trĂšs mal, mais ne s'est pas encore totalement effondrĂ©. Par exemple, le premier Mad Max est prĂ©-apocalyptique, alors que le second est post-apocalyptique. Autant le premier examine comment la sociĂ©tĂ© agonise et il est intĂ©ressant. Autant le second montre la survie quand il n'y a plus de cadre, plus de rĂšgles, et on passe lĂ  quasiment Ă  un pur film d'action, ce qui, personnellement, me motive nettement moins. J'aime analyser la façon dont les rĂšgles et les lois conditionnent les comportements. Sans contraintes, tout et son contraire peut se passer, l'intrigue se centre alors sur des Ă©lĂ©ments plus spectaculaires. Les contraintes sont souvent fertiles, elles obligent les scĂ©naristes Ă  se surpasser.
 
Le New York dĂ©crit dans "Soleil vert" n'a pas basculĂ© dans le chaos le plus total, il y a encore un systĂšme social, mĂȘme dĂ©ficient. Aussi, intĂ©ressons-nous aux procĂ©dĂ©s qu'emploie Richard Fleischer pour nous montrer les dĂ©faillances et l'agonie de ce monde :
 
Tout d'abord, avant mĂȘme d'ĂȘtre en contact avec Sol et Thorn, le rĂ©alisateur nous donne Ă  comprendre que ce cadre global est malade. Il nous montre comment cet univers a tournĂ© au cauchemar. Cela commence par la sĂ©quence d'introduction : Richard Fleischer procĂšde Ă  un Ă©tat des lieux avec une belle Ă©conomie de moyens. Point n'est besoin de discours explicatifs. Nous avons un diaporama, qui part des premiĂšres photographies, couleur sĂ©pia. Nostalgie des dĂ©buts de l'Ăšre industrielle. Puis, l'explosion technologique et dĂ©mographique, au dĂ©part montrĂ©e comme "progrĂšs". Usines, voitures alignĂ©es sur des parkings, multiplication Ă  l'infini des objets, taylorisation, production de masse
 Et ça enchaĂźne sur des images plus pessimistes, consĂ©quences directes des prĂ©cĂ©dentes : pollution, personnes portant des masques, carcasses de vĂ©hicules, tas de dĂ©chets, etc.
Charlton Heston, se livrant Ă  ses acrobaties matinales en allant au boulot...
Charlton Heston, se livrant Ă  ses acrobaties matinales en allant au boulot...

Emeutes
Emeutes

MĂȘme la musique contribue Ă  cette progression : une espĂšce de rythm'n'blues, au dĂ©but calme, puis dĂ©doublĂ© quand on entre dans l'Ăšre moderne, pour signifier l'accĂ©lĂ©ration du progrĂšs. Puis, de nouveau un rythme lent quand on entre dans la dystopie, la crise, la rĂ©cession, le chaos, et les harmonies prennent une tonalitĂ© triste, mĂ©lancolique.
 
Le rythme des images suit les mĂȘmes modalitĂ©s, il s'accĂ©lĂšre et ralentit lui aussi.
 
L'écran se fractionne, le montage est rapide, puis plus mesuré.
 
La qualité des images change également : sépia, puis noir et blanc, puis couleur.
 
Voici donc l'Ă©volution du monde ramenĂ©e en quelques instants, sans un mot. L'Ă©loquence Ă©lĂ©gante de l'Ɠil camĂ©ra, qui voit tout et montre les choses dans leur percutante simplicitĂ©, sans fard, telles quelles.
 
C'est un monde déréglé, malsain. Les gens du peuple sont misérables, ils ont faim, se rationnent, mangent de la nourriture en plaquettes. Dorment par terre, dans les escaliers. On a vu aussi comment le logement de Thorn et Sol est crasseux, exigu, étouffant. Comment l'électricité y défaille, par moments. Poussons un peu plus loin, sur l'analyse sociale :
 
Ce qui frappe au passage, entre autres, c'est le sort des femmes. Dans ce monde, il n'est guÚre enviable : elles sont considérées
 comme des meubles ! Des sortes de poupées sexuelles vivantes, si on veut. Pas mieux que des animaux apprivoisés, en quelque sorte. Décoratives, plaisantes, jolies, mais voilà, pas plus. Et passablement écervelées, ou du moins, contraintes de singer l'idiotie, une idiotie volontaire et résignée, fataliste, teintée d'amnésie : on a du mal à se souvenir du monde d'avant.

J'ignore si ça figurait tel quel dans le roman, que je n'ai plus lu depuis longtemps. Mais, quoi qu'il en soit, leur statut n'est guĂšre reluisant. Soit elles traĂźnent dans les rues, leurs bĂ©bĂ©s aux bras, affamĂ©es. On les voit aussi dans les Ă©meutes pour la nourriture - mais je vais y revenir. Et les privilĂ©giĂ©es, celles qui sont possĂ©dĂ©es par des gens aisĂ©s ? Eh bien, elles sont
 des meubles ! Rien de plus !
 
La femme est, ici, vue lucidement : dans les années 70, beaucoup d'entre elles étaient des épouses au foyer, dévolues au sexe - et ce qui en résulte : les enfants, et leur éducation. Et aussi, les tùches ménagÚres. Maintenant, ça a commencé à évoluer, mais à cette époque, jusqu'au moment de contestation à la fin des années 60, c'était ça. Fleischer reprend ce principe typiquement machiste, mais le montre dans un systÚme devenu CYNIQUE. C'est ce terme qui s'impose à moi, pour décrire ce monde et la façon dont on gÚre les humains, quasiment comme du bétail. Un parfait cynisme. Et, dans cette optique, la femme a été ravalée au rang de "mobilier", elle fait partie des meubles, pour les mùles aisés et puissants. Le terme est volontairement choquant, il est là pour nous interpeller, nous montrer à quel point ça va mal. Et les autres femmes ? Elles sont dans la rue, en train de mendier, de crever, de dormir par terre. Il y a donc un clivage social massif.
 
En quelque sorte, celui qui se paie un appartement achĂšte en mĂȘme temps la femme, comme il prendrait possession de la climatisation ou de la baignoire. Il y a du reste une scĂšne intĂ©ressante, quand Simonson rentre chez lui et retrouve Shirl (Leigh Taylor-Young), sa
 femme ? Son mobilier ? Enfin, celle qui partage sa vie, avec laquelle il a eu, un temps, des relations intimes (on apprendra plus loin que ça a cessĂ© depuis des mois, car Simonson est en dĂ©pression, il pleure souvent). Shirl, donc, avec qui il baise mais qu'il traite comme une gamine (et il est vrai qu'elle doit avoir Ă  peine la moitiĂ© de son Ăąge). On la voit, dans cette scĂšne, toute rĂ©jouie, infantile, en train de jouer Ă  un jeu vidĂ©o ; aliĂ©nĂ©e mais inconsciente de l'ĂȘtre, comme une pauvre crĂ©ature vouĂ©e juste Ă  la dĂ©tente, qu'on autorise Ă  se distraire un peu, Ă  son tour. Qu'on traite gentiment, car Simonson est gentil, et il a de l'argent. Mais quelle vision de la femme, quelle vision du monde ! "J'ai dĂ©truit cinq maisons avec une seule fusĂ©e", dit-elle, ingĂ©nument. Et elle lui sourit, et il l'embrasse
 On dirait pĂšre et fille, mais nous savons bien que telle n'est pas la nature de leurs relations. Il peut, bon prince, la traiter gentiment : elle lui appartient. N'importe comment, sa gentillesse, son humanitĂ©, il va payer tout ça de sa vie, dans un moment. Plus tard, aprĂšs la mort du sĂ©nateur, Thorn examine Shirl, et il cherche des traces de coups : "Il ne vous frappait pas ? Vous avez de la chance". Cette phrase montre bien le statut prĂ©caire et l'exploitation dont les femmes sont victimes, dans ce monde lĂ .
 
Un autre passage montre la fragilitĂ© sociale, la vulnĂ©rabilitĂ© des femmes dans cet univers, leur statut de quasi objets. Thorn dĂ©barque chez Shirl, qui reçoit des amies. Il veut, dit-il, lui poser des questions. En rĂ©alitĂ©, il lui ordonne de coucher avec lui, et elle obtempĂšre, blasĂ©e. Mais, voilĂ  que dĂ©barque Charles, une sorte de concierge (Leonard Stone), que Thorn a dĂ©jĂ  interrogĂ©. L'homme est furieux de cette rĂ©union, il craint que ça lui cause des ennuis. Il est certes contrariĂ©, mais sa rĂ©action est nettement excessive : il crie, il frappe les femmes, se dĂ©foule sur elles Ă  coups de poings. Thorn intervient, et lĂ  Charles change de ton, redevient obsĂ©quieux. Mais la petite fĂȘte est gĂąchĂ©e, les femmes pleurent, on voit qu'elles ne sont, dans tout ça, que des victimes potentielles. Et Shirl est lĂ  pour relativiser : "Au fond, il y a des gens pires que Charles"
 Quand Thorn va pour partir, elle lui propose de rester : elle a peur quand elle est seule. Et lĂ , l'inspecteur lui rĂ©pond, aprĂšs quand mĂȘme se l'ĂȘtre tapĂ©e : "Je ne peux rien pour toi, Mobilier" ! Effarant, non ?
 
De mĂȘme, quand elle lui dit que Simonson pleurait souvent. Nous, on comprend qu'il portait un lourd secret. Mais Thorn se contente de rĂ©pondre, lĂ  encore avec dĂ©tachement et cynisme : "ça arrive souvent aux gens quand ils vieillissent''.
 
Le moins qu'on puisse dire, c'est que les relations humaines, dans cet environnement, sont fortement dégradées. Il n'y a qu'avec Sol que Thorn se montre compréhensif et chaleureux. Tous les autres l'indiffÚrent, ou ne sont que des moyens pour parvenir à ses fins. On reviendra sur ce point.
 
Sur les femmes-meubles, je conclus : à la fin du film, Thorn appelle Shirl au téléphone. Elle lui dit que le nouveau locataire veut la garder : elle fait l'affaire, toujours ce cynisme. Mais elle lui dit qu'elle voudrait partir avec lui. Et là, Thorn, ayant compris les ressorts de ce systÚme, lui jette : "contente-toi de survivre" !
 
Mais je reviens sur cette scĂšne oĂč elle cherche Ă  le tenter, pour qu'il ne parte pas : remarquons toutefois qu'au bout du compte elle le fait craquer quand elle lui propose de prendre une douche. De l'eau chaude ? Cela fait si longtemps qu'il n'a plus eu ce plaisir
 Tous les moyens sont bons Ă  Fleischer pour insister sur ça, sur les difficultĂ©s innombrables pour survivre, et tout ce que ça implique, dans les moindres dĂ©tails, au quotidien. Manger autre chose que des plaquettes. Se laver. Avoir de l'eau chaude. Des livres, des crayons, du savon... Et ainsi de suite. Tout ce qui, dans un pays riche, relĂšve de l'ordre de l'Ă©vident, du quotidien, du banal.
Leigh Taylor-Young dans le rĂŽle... du mobilier !
Leigh Taylor-Young dans le rĂŽle... du mobilier !

Leigh Taylor-Young, un meuble qui parle et qui sourit...
Leigh Taylor-Young, un meuble qui parle et qui sourit...

A prĂ©sent, centrons-nous Ă  prĂ©sent sur la mort de Simonson, puisque c'est elle qui motive l'enquĂȘte :
 
Curieuse scĂšne, du reste : lĂ , le film pĂȘche au niveau de son scĂ©nario, c'est tout Ă  fait bizarre et guĂšre convaincant. C'est dommage, car le film est rĂ©ussi par bien des aspects ; mais par moments, c'est trĂšs inĂ©gal. Jugez plutĂŽt :
 
Déjà, au départ, quand Donovan, un haut responsable (Roy Jenson) donne à Gilbert, le tueur (Stephen Young) une sorte de pied de biche pour aller tuer Simonson (on dira plus loin que c'est un crochet de boucher ; admettons, peu importe).
 
Rien que lĂ , je tique. D'abord, Gilbert vit dans une voiture, au milieu d'un cimetiĂšre de vĂ©hicules, un dĂ©potoir, avec toute une faune de gens misĂ©rables comme lui. A-t-il vraiment besoin que Donovan lui apporte un outil comme ça, crochet de boucher ou pied de biche, alors que crics, dĂ©monte-pneus, clĂ©s Ă  molettes et ferrailles en tous genres doivent foisonner dans tout le fourbi qui l'entoure ? Ensuite, que fait Donovan dans un tel lieu, lui un homme riche et important, au milieu de ces misĂ©reux, alors que des tĂ©moins pourraient attester l'avoir vu ? Qu'on pourrait l'attaquer, puisqu’il s'y rend seul ? Alors qu'il aurait pu, soit convoquer Gilbert ailleurs, soit envoyer un homme de main ? Il est lĂ , il dĂ©barque, propre, frais et dispo, au milieu de toute cette misĂšre, ce qui est sans doute relativement risqué  Avec son attachĂ© case Ă  la main, il fait vraiment piĂšce rapportĂ©e, ça n'est guĂšre sĂ©rieux - quelle curieuse idĂ©e de montrer les choses ainsi. La suspension d'incrĂ©dulitĂ© en prend un sacrĂ© coup.
 
En plus, Gilbert a l'air d'accueillir cet outil comme un vĂ©ritable trĂ©sor, un cadeau, il est lĂ  qui sourit, tout content
 Qui plus est, ça se passe donc dans la voiture, mais une femme est tĂ©moin de la scĂšne, Ă  l'arriĂšre, avec un bĂ©bĂ© dans les bras. On ne la fait pas descendre, on lui laisse Ă©couter cette conversation ?
 
Et ça continue, sur un registre calamiteux : une fois qu'on lui a confié la mission de tuer Simonson, Gilbert arrive en pleine nuit dans le no man's land qui sépare les quartiers, une sorte de canal dans la ville, à sec. Là, il se sert de cet outil pour se creuser une marche dans le mur, pour l'escalader. Mais il fait un boucan de tous les diables ! Il y a pourtant des caméras, des alarmes, des vigiles, dans ce secteur de la ville. C'est tout à fait absurde et improbable.
 
Et ensuite, on atteint les sommets, lorsque Gilbert arrive chez Simonson. Logiquement, il devrait le prendre par surprise, le tuer et s'en aller, sans un mot, en traßnant le moins possible. Eh bien voilà qu'il hésite, qu'il discute. Et là, l'attitude des deux hommes est pour le moins surprenante. Gilbert semble désolé de ce qu'il fait, et pose des questions que ne poserait pas un tueur, on va le voir dans le dialogue. Il semble guetter l'approbation de sa victime. En fait, à plusieurs de ses réactions, Gilbert est montré comme un simple d'esprit. Sa façon de se réjouir quand on lui donne l'outil, le fait qu'il l'utilise en faisant du boucan en pleine nuit, mais surtout ce dialogue calamiteux avec Simonson. Quand au sénateur, il ne cherche pas le moins du monde à se défendre ou sauver sa peau. Il discute, lui aussi, et considÚre que c'est normal, souhaitable. Enfin, les voilà presque qui philosophent, en un échange surréaliste, totalement décroché du réel ou d'un semblant de psychologie basique. Ou alors, vraiment ce monde a bouleversé tous les critÚres, toutes les rÚgles. Jugez plutÎt :
 
- Qu'est-ce que vous voulez ?
- Votre vie, Monsieur Simonson.
- J'en étais sûr

- Ils m'ont dit de vous dire qu'ils étaient vraiment désolés, mais qu'ils ne pouvaient plus se fier à vous désormais.
- C'est juste.
- 
. Qu'ils ne peuvent risquer une catastrophe, ils ont dit.
- C'est vrai.
Et le type s'avance, montre son pied de biche :
- Alors
 ça, c'est bien ?
- Non, ce n'est pas bien. C'est nécessaire.
- Aux yeux de qui ?
- Aux yeux
 de Dieu.
 
Enfin, vous imaginez le tueur en train d'expliquer à sa victime pourquoi il la tue ? Et puis, vous imaginez les dirigeants l'avoir expliqué à Gilbert, avant ? Lui dire qu'ils sont "désolés" ? Et quand il lui demande si le pied de biche, c'est bien ? Enfin, c'est tout à fait loufoque, non ? Il a vraiment besoin de son approbation ? Et l'autre qui répond que c'est "nécessaire" !
 
J'avoue que cette scÚne, là, nuit fortement au cÎté convaincant du film qui, jusque là, s'en tirait honorablement. Cette scÚne, ces dialogues, sont d'une incroyable naïveté, d'une maladresse
 Je n'en reviens pas. Je veux bien croire qu'il faille mùcher le travail au public, mais là, Fleischer nous prend pour des crétins !
 
Pire encore : le sénateur se retrouve donc au sol. Mais quand Thorn arrive et qu'il voit la dépouille, pas une goutte de sang, pas la moindre trace. Alors qu'on l'a tué à coups de pied de biche ! C'est tout à fait surprenant. Et illogique.
 
La scĂšne oĂč Thorn dĂ©couvre le cadavre est toutefois diffĂ©rente, bien plus habile, de la part de Fleischer : le policier en profite pour s'octroyer un verre d'alcool, grignoter de la nourriture Ă  droite Ă  gauche
 Il se sert sans hĂ©siter du lavabo et de l'eau courante pour s'asperger le visage, utiliser du vrai savon
 Se balade avec une serviette Ă©ponge passĂ©e autour du cou, quasiment comme s'il Ă©tait chez lui ! Mieux que chez lui, mĂȘme. Quand il interroge Shirl, il le fait en se vautrant dans le canapĂ©. On voit bien que le systĂšme est en dĂ©liquescence, que l'ordre Ă©tabli commence Ă  se relĂącher. Mais c'est aussi une façon pour Fleischer de toujours insister sur cet aspect misĂ©rable de son anti-hĂ©ros. Car Thorn est quand mĂȘme un curieux policier :
 
En effet, Fleischer ne prĂ©sente pas son personnage principal comme un redresseur de torts. Certes, il agit pour faire respecter la loi. Mais surtout, pour ne pas perdre son job. Et on voit Ă  plusieurs reprises qu'il abuse de son statut privilĂ©giĂ©. Il se sert, il vole, il impose Ă  Shirl une relation intime, il se conduit avec dĂ©sinvolture, aviditĂ©, mais pas que. Egalement, avec cynisme. Il use de son autoritĂ© pour menacer Charles, et le fait avec une grande ironie. Il semble atrophiĂ© de l'empathie. Le seul moment oĂč il est touchĂ©, c'est lors du dĂ©cĂšs de Sol. On va y revenir, car il me semble que le fonctionnement Ă©motionnel entre les deux personnages est central dans la construction de Fleischer.
 
Au cours de la scÚne chez Simonson, Thorn comprend que le garde du corps, Tab Fielding (Chuck Connors) est probablement complice, et qu'il a laissé faire, au lieu de protéger son patron. Thorn le dira plus loin à son supérieur, le lieutenant Hatcher (Brock Peters).
Stephen Young dans ses basses oeuvres, mettant du coeur Ă  l'ouvrage...
Stephen Young dans ses basses oeuvres, mettant du coeur Ă  l'ouvrage...

Joseph Cotten
Joseph Cotten

Il y a, tout le long de ce film, des rapports de dominance, un poids Ă©crasant de la hiĂ©rarchie sociale, des jeux de pouvoir. Comme je l'ai dit, pour l'immense majoritĂ©, c'est la misĂšre, la pĂ©nurie, le rationnement. On manque de tout, on se jette sur les quelques ressources possibles. Et Thorn est Ă  peine mieux loti que les gens qui dorment dans son escalier. C'est pourquoi, lorsqu’il repart de chez Simonson, on constate qu'il a volĂ© des objets, qu'il a cachĂ©s dans une taie d'oreiller - en soie, tant qu'Ă  faire.
 
Thorn se sert, donc. Sans se gĂȘner le moins du monde. Et, une fois rentrĂ© chez lui, il montre Ă  Sol ses "prises de guerre". Du savon, du papier neuf, un gros livre, des crayons, mais, pire que tout : de la nourriture ! Sol est ravi quand son ami lui montre la bouteille d'alcool. Il en boit avec dĂ©lices. Mais ensuite, quand Thorn exhibe une vraie tomate, de la viande de bƓuf, alors Sol s'effondre, en larmes, douloureusement conscient de tout ce qu'il a perdu ; effondrĂ© de constater qu'il n'en avait plus qu'un souvenir vague, dĂ©nuĂ© de tout caractĂšre concret. Il pleure, bouleversĂ© et bouleversant. Robinson est magnifique, dans cette scĂšne trĂšs puissante : "Comment en sommes-nous arrivĂ©s lĂ " ?
 
Fleischer, aprÚs nous avoir abondamment montré un monde délabré et inhospitalier, réussit à nous émouvoir avec un morceau de viande - mais je devrais dire : un morceau de bravoure ! C'est trÚs habile, bien vu, finement calculé. Un peu plus loin, lorsque Sol décide d'en finir et se rend au centre d'euthanasie, idem : on lui projette, pour ses derniers instants, des vues de la nature, dans toute sa splendeur paisible. Et là encore, Fleischer nous touche au plus profond, avec ces images simples mais qui contrastent tellement, tellement, avec tout ce qui a précédé dans le film
 Je reviendrai sur cette scÚne, hautement significative et profondément touchante.
 
Désarroi, avidité, absence de scrupules, désagrégation sociale, nous sont encore montrés dans un autre passage, lorsque Thorn se rend chez Fielding, Il est accueilli par Martha Philipsson (Paula Kelly), son "mobilier". Tout se passe normalement, mais elle était en train de manger de la confiture, denrée devenue trÚs rare. Quand il est arrivé, elle a vite caché le pot, mais elle a oublié la cuillÚre. Thorn la trouve, et là, il s'en empare. Martha ne s'en rend compte qu'une fois qu'il est parti. Il en est là. Et tout au long de sa visite, il n'a cessé de commenter : c'est beau, c'est grand, c'est propre. Pas comme chez lui. Le plus fort, c'est qu'il a mis cette cuillÚre directement dans la poche de sa chemise, et qu'ensuite il la propose à Sol.
 
Il y a aussi une scĂšne de repas plantureux, quand Thorn et Sol partagent ce qu'il a volĂ© chez Simonson. C'est, si je me souviens bien, la seule oĂč on les voit rire, sourire, ĂȘtre heureux. Sol dĂ©clare qu'il n'avait pas mangĂ© comme ça depuis longtemps. Thorn avoue qu'il n'a jamais connu ça avant. Il est nĂ© plus tard, quand les conditions s'Ă©taient considĂ©rablement dĂ©gradĂ©es. Mais Sol conclut, lucide, se rĂ©fĂ©rant au passĂ© : "Les hommes ont toujours Ă©tĂ© moches. Mais le monde, lui, Ă©tait beau".
 
En fait, s'il y a des erreurs ou des maladresses par moments, on trouve aussi un niveau d'élaboration assez subtil, suivant les passages, et je trouve que les rapports entre Thorn et Sol ont été trÚs finement calculés :
 
En effet, Thorn se montre certes assez insensible et cynique, brutal, abusant de son autoritĂ© et volant de la nourriture. Il est adaptĂ© Ă  ce monde qui l'entoure, dur, cruel. Mais on constate qu'envers Sol, il se montre d'une grande gentillesse. A un moment, Hatcher, son chef, suggĂšre de remplacer Sol, qui est trop vieux. Thorn refuse. Et quand il ramĂšne des objets prĂ©cieux, de la nourriture, c'est pour les offrir Ă  son copain, son vieil ami. Et il est intĂ©ressant de constater que la seule scĂšne oĂč il rit, c'est en compagnie de Sol. Quand il garde la cuillĂšre dans sa poche, c'est pour la lui offrir. Il aime son ami. Et il pleurera Ă  chaudes larmes quand Sol mourra.
 
Quant Ă  Sol lui-mĂȘme, c'est sans doute le personnage le plus humain, Ă©mouvant, dans ce film. Shirl est touchante, par sa fragilitĂ©, mais elle n'a pas le recul. Sol, lui, est lucide et il exprime, en pleurant devant un morceau de viande, tout le dĂ©sarroi, la solitude ontologique de l'humain. Une autre forme de fragilitĂ©, plus lucide, plus amĂšre aussi, car il est ĂągĂ©, il sait que la fin est proche pour lui. Et du coup, il est en mesure d'Ă©voquer le monde d'avant, ce qui lui donne plus de poids, dans son dĂ©sespoir. Et c'est grĂące Ă  lui qu'on se rend ensuite dans le fameux "foyer"...
 
Charlton Heston et Edward G. Robinson livrent lĂ  une remarquable performance, ils sont Ă©blouissants dans ces rĂŽles. J'en dirai encore un mot plus loin.
 
Venons-en au motif central du film, ce qu'on pourrait nommer le pot aux roses, la clé de l'histoire, ce qui explique tout ce que le récit a raconté jusqu'alors.
 
On voit, on comprend, au cours du récit, que ceux qui veulent renoncer à la vie peuvent se rendre à des centres de mise à mort. C'est un systÚme qui a largement adopté le principe d'euthanasie. Toutefois, il ne s'agit pas que de cela. Vers la fin du film, dans un pessimisme radical, Thorn apprend que le fameux "soleil vert" est fabriqué à partir des cadavres, qu'on recycle. En d'autres termes, pour survivre, l'humanité en est réduite au cannibalisme !
 
Donc, comme je le disais, on nous décrit un monde à l'agonie, certes. Mais aussi, parfaitement CYNIQUE.
 
Entre nous : "Soleil" ne veut rien dire, dans l'histoire. Car le mot de dĂ©part, "Soylent", veut dire "Soja", puisqu’en thĂ©orie, les plaquettes Ă©taient Ă  la base fabriquĂ©es Ă  partir de soja, puis de plancton. Pour la traduction française, on a donc optĂ© pour le mot "Soleil", en mode mieux que rien ; ça n'a aucun sens, en rĂ©alitĂ©.
Edward G. Ronbinson, Solomon Sol Roth
Edward G. Ronbinson, Solomon Sol Roth

Mais revenons sur cette terrible idĂ©e du cannibalisme, centrale : des indices ont Ă©tĂ© semĂ©s par Fleischer, auparavant. Ainsi, par exemple, lorsque le corps de Simonson est enlevĂ©. Shirl pose des questions Ă  Fielding, qui Ă©lude. Mais ceci nous met tout de mĂȘme sur la voie :
 
- OĂč est-ce qu'ils l'emmĂšnent ?
- Qu'est-ce que ça peut te faire ?
- Dis-le moi, je t'en prie.
- On l'emmĂšne hors de la ville, dans une usine, le Disposoir Central.
 
Ce fameux "Disposoir", Thorn finira par s'y rendre clandestinement, et sera tĂ©moin de la transformation, du traitement des corps, en diffĂ©rentes Ă©tapes. 
 
Mais avant, le cynisme, la cruautĂ© de ce monde nous sont montrĂ©s par un autre aspect, tout aussi choquant : lors des Ă©meutes pour la nourriture, des engins spĂ©cialement construits sont envoyĂ©s. NommĂ©s "les dĂ©gageuses", ce sont des camions munis d’une pelle Ă  l'avant, qui ramasse les manifestants et les jette dans la benne, Ă  l'arriĂšre. Et lors d'une scĂšne d'apocalypse, Thorn, qu'on a affectĂ© au service d'ordre, est tĂ©moin du massacre. Un plan nous montre entre autres un malheureux Ă©crabouillĂ© sous une de ces pelles. Il se trouve qu'il Ă©tait payĂ© pour tenter de tuer Thorn, avec une arme munie d'un silencieux. Cette mort a une double fonction : Ă  la fois, montrer que Thorn est rĂ©ellement menacĂ©, et trouver un artifice scĂ©naristique pour qu'il s'en sorte. Et puis, bien sĂ»r, nous mettre sous les yeux l'atrocitĂ© de ce systĂšme et des procĂ©dĂ©s qu'il emploie. Par ailleurs, alors qu'il est thĂ©oriquement mandatĂ© par ce systĂšme pour Ă©lucider un meurtre, dans la pratique, la vie de Thorn est menacĂ©e, ses supĂ©rieurs l'envoient dans des missions de maintien de l'ordre difficiles et dans le mĂȘme temps, lĂąchent des tueurs Ă  ses trousses. Comme je le disais, on est trĂšs loin d'un Hollywood charmeur et dispensateur d'aventures exaltantes, de distraction facile.
 
Venons-en Ă  la scĂšne oĂč Sol, dĂ©couragĂ©, usĂ©, dĂ©goĂ»tĂ© de ce monde, dĂ©cide de se rendre au "foyer". Observons que ce terme est, lĂ , employĂ© Ă  double sens : le foyer, le lieu dans lequel on se retrouve, tire son origine du fait que dans les chaumiĂšres, autrefois, la cheminĂ©e Ă©tait l'Ă©lĂ©ment central autour duquel la famille se rĂ©unissait. Mais dans le cas prĂ©sent, c'est rĂ©ellement pour ĂȘtre brĂ»lĂ© qu'on se rend au foyer. Le terme donc "foyer" est, lĂ  encore, employĂ© sciemment, avec un parfait cynisme. C'est bien un monde sardonique, pragmatique, froid et efficace que Fleischer nous montre. Enfin, on a l'impression que Sol va ĂȘtre brĂ»lĂ©, incinĂ©rĂ©. La suite nous montrera que non : juste recyclĂ©.
 
Sol a fini par comprendre de quoi sont faites les fameuses plaquettes, aprÚs avoir rendu visite à un petit groupe des derniers intellectuels et documentalistes. Il leur a apporté le gros livre que Thorn a volé chez Simonson. Ils l'ont étudié, et ont fini par établir le lien entre la raréfaction du plancton, élément de base de fabrication des plaquettes, et son remplacement par les cadavres humains. On comprend rétrospectivement que Simonson, ayant appris la terrible vérité, a craqué. La compagnie a donc décidé de l'éliminer, redoutant qu'il parle. Ce qui est frappant dans cette scÚne, c'est que ces derniers intellectuels sont tous des personnes ùgées, passablement résignées, fatalistes. Elles chargent Sol de "dénoncer". Mais il réagit tout autrement :
 
EcƓurĂ© par ce qu'il a appris, convaincu qu'il a fait son temps, Sol dĂ©cide d'en finir. Il se rend au fameux "foyer". Tout en sachant pertinemment, donc, qu'on va lui aussi, le recycler, il faut bien avoir conscience de cet aspect des choses, terrifiant, dĂ©sabusĂ©.

On l'accueille gentiment, on l'installe confortablement et il bĂ©nĂ©ficie, pour quelques instants, d'un spectacle grandiose : sur un Ă©cran gĂ©ant sont diffusĂ©es des images de la nature perdue, de paysages qu'on ne voit plus depuis longtemps : riviĂšres, montagnes, chevaux en liberté  Le tout sur fond de la SixiĂšme symphonie de Beethoven, "Pastorale" qui, moi, me tape sur les nerfs : beaucoup trop bucolique, limite nunuche. PrĂ©cieuse, ampoulĂ©e. Tout ce que je dĂ©teste ! Mais qui convient parfaitement aux images de ce passage, qui fait ton sur ton.
 
Et lĂ  encore, le choc est grand entre les images qui ont dĂ©filĂ© jusque lĂ , et tout Ă  coup, ce retour de la nature, de choses harmonieuses. Enfin, pour quelques instants, on s'Ă©vade de ces rues recouvertes d'ordures, encombrĂ©es d'Ă©paves humaines, de gens dormant dans des escaliers, ou massacrĂ©s par les dĂ©gageuses lors d'Ă©meutes sanglantes. Fleischer s'est dĂ©brouillĂ© pour nous immerger dans ces dĂ©cors dystopiques de façon si Ă©touffante que finalement, le spectacle nostalgique d'un peu de nature nous bouleverse. C'est un peu comme pour la scĂšne oĂč Sol pleure devant un morceau de viande. Nous ressentons alors la mĂȘme Ă©motion que lui, nous nous sommes en totale rĂ©sonance empathique avec ses propres souffrances. VoilĂ  qui est habile. MĂȘme le dĂ©cor y contribue : le contraste est puissant entre l'espace dĂ©sert oĂč marche Sol pour rejoindre ce foyer, qui est plongĂ© dans l'obscuritĂ©, jonchĂ© de dĂ©tritus, et l'intĂ©rieur, lumineux, propre, immaculĂ©, empli de musique, et dans lequel Sol est accueilli par des gens habillĂ©s en blanc, prĂ©sentĂ©s presque comme des anges.
 
Thorn se prĂ©cipite, il veut empĂȘcher la mort de son ami, mais se retrouve Ă  ĂȘtre tĂ©moin juste des derniers instants. Il assiste Ă  la projection des images de la nature, il se sent impuissant, il pleure et cette scĂšne est d'autant plus touchante qu'Ă  cette Ă©poque, Heston Ă©tait au courant, il savait que Robinson Ă©tait atteint par le cancer et n'en avait plus pour longtemps. Cela donne Ă  cette scĂšne un caractĂšre poignant, car ce fut le dernier film que tourna l'acteur.
 
Fleischer, qui ne nous Ă©pargne rien, nous inflige un puissant contraste entre cette scĂšne emplie de nostalgie bucolique, et celle qui suit. Car Sol parle Ă  Thorn, l'enjoint Ă  trouver des preuves. Alors, Heston se rend dans les coulisses du foyer. Et lĂ , il voit comment les corps sont chargĂ©s dans des camions qui, en tous points, ressemblent à
 des bennes Ă  ordures ! LĂ  encore, un choix dĂ©libĂ©rĂ© du rĂ©alisateur, pour nous montrer Ă  quel point cette sociĂ©tĂ© est devenu froide, insensible, cynique.
 
Thorn parvient Ă  monter clandestinement sur le toit d'une de ces bennes Ă  ordures et ainsi se rend au fameux "Disposoir", lĂ  oĂč les corps sont recyclĂ©s. Il visite l'usine et lĂ , sans un mot d'explication, rien que par la force des images et du montage, Fleischer reconstitue la chronologie entre l'arrivĂ© des corps, leur transformation, jusqu'aux tapis roulants transportant les plaquettes de Soylent green. Ainsi, la rĂ©vĂ©lation finale nous est assenĂ©e dans un silence qui n'est ponctuĂ© que par le bruit des machines, des automatismes.
Robinson faisant la queue pour un peu d'eau potable, triste réalité qui nous pend au nez, à quelle échéance, allez savoir. Mais pas si loin que ça, je crois.
Robinson faisant la queue pour un peu d'eau potable, triste réalité qui nous pend au nez, à quelle échéance, allez savoir. Mais pas si loin que ça, je crois.

Les dégageuses (je m'étonne que le gouvernement Macron n'y ait pas encore eu recours, ça ne saurait tarder).
Les dégageuses (je m'étonne que le gouvernement Macron n'y ait pas encore eu recours, ça ne saurait tarder).

C'est un film puissant, ambitieux, dĂ©rangeant
 mais assez inĂ©gal. Tout d'abord, il est trĂšs marquĂ© annĂ©es 70, esthĂ©tiquement. Je trouve qu'il a vieilli, on va dire. Et mĂȘme jusque dans l'image, par endroits, enfin, c'est mon impression. Par exemple, les scĂšnes d'extĂ©rieur et notamment pendant les Ă©meutes, sont nimbĂ©es d'un voile verdĂątre ; ça me rappelle une boulangerie, quand j'Ă©tais gamin : dans la vitrine, il y avait un paquet de biscottes qui avait tellement pris le soleil que les couleurs avaient virĂ©, tous les tons chauds avaient disparu, le paquet Ă©tait devenu bizarre, comme moisi, couleur olive. Enfin, j'ignore si c'est voulu, mais les scĂšnes en extĂ©rieur sont comme ça, dĂ©colorĂ©es, on les dirait usĂ©es par les ultraviolets.
 
Il y a une certaine naïveté dans les scÚnes dont j'ai parlé, notamment la mort de Simonson. Et d'autres qui sont traitées avec beaucoup plus de finesse. La mort, le sang, sont montrés, certes. Mais ce sang est couleur vermillon, il n'est pas du tout ni naturel ni crédible. Pas mal de films de cette époque sont ainsi, je pense à "La planÚte des singes", "Rolleball", ou "New York ne répond plus" : on montre le sang, mais il est d'une couleur improbable. Les choses ont changé : maintenant, le sang fait vrai, mais il nous saute à la figure, les tripes avec, et tout est montré de façon tellement explicite qu'on n'est pas loin du gore : d'un excÚs dans l'autre, quoi.
 
Beaucoup d'Ă©lĂ©ments qui ne sont pas Ă  la hauteur, donc, et c'est dommage, car cette histoire avait un fort potentiel et Richard Fleischer est un bon rĂ©alisateur. On le voit dans la scĂšne oĂč Thorn rencontre Hatcher (Brock Peters) : Heston est filmĂ© en contre-plongĂ©e, les bras croisĂ©s. Il vient d'entrer dans le bureau de son chef, sans frapper, et il le toise, arrogant. On est en contre plongĂ©e, Hatcher est assis, presque Ă©crasĂ©.

Mais le dialogue et la suite montrent comment il semble reprendre l'avantage est c'est au tour de Heston d'ĂȘtre assis, dominĂ©. Il est lĂ , comme un grouillot, Ă  essayer de bidouiller la montre de Hatcher, qui s'est arrĂȘtĂ©e.
 
Mais quand la scÚne se termine, Heston se relÚve, jette sa montre à Hatcher, sans le moindre ménagement ni respect, en déclarant qu'elle est foutue. Et Hatcher en reste sans voix. Bref, en quelques instants, montage, langage non-verbal et cadrage ont montré la lutte, les rapports de force, leurs fluctuations en temps réel et ça, Fleischer le fait avec intelligence et finesse.
 
Les acteurs sont excellents. Ce qui me touche beaucoup, évidemment, c'est la prestation d'Edward G. Robinson, un acteur que j'adore et dont je reparlerai certainement. Un grand d'Hollywood, qui a excellé dans les Films Noirs de l'ùge d'or, "Scarlet street", "Woman in the window", "Double indemnity" (que j'ai analysé ici), "Key largo", etc. C'est son dernier rÎle : la maladie l'emportera peu de temps aprÚs.
 
Je ne garde pas de souvenir précis de la musique dans ce film. Je suis juste resté avec cette saleté de symphonie pastorale, qui représente à peu prÚs tout ce que je déteste dans une certaine musique classique - alors que par ailleurs, j'adore Debussy, Ravel, Stravinsky, Mahler et autres.
 
L'image de Richard H Kline, comme je disais, est elle aussi inégale. Les décors intérieurs font trÚs années 70, et on retrouve l'esthétique d'un "modernisme" d'alors, la façon dont dans ces années on imaginait le futur. Pour moi, de ce point de vue, la direction artistique de Edward C. Carfagno laisse à désirer. A l'intérieur, les couleurs sont un peu criardes et les décors sont trÚs kitsch, je trouve. Et dehors, tout est voilé en mode verdùtre, comme je le disais.
 
En définitive, c'est un bon film, puissant, mais inégal. Certains artifices de scénario et de dialogues ternissent l'ensemble, qui aurait été, sinon, autrement plus percutant.

Bien sûr, on pourrait maintenant faire mieux techniquement, aucun doute. Mais avec quel état d'esprit ? Immanquablement, on en rajouterait dans le cynisme, mais aussi dans une certaine vulgarité. Et on déverserait des flots d'organes et d'hémoglobine. Comme beaucoup de films réalisés dans ces années-là, il y aurait matiÚre à créer quelque chose d'esthétiquement bien plus abouti. Mais je ne suis pas sûr qu'au niveau scénario, état d'esprit, ce serait aussi bien.
 
Un film inĂ©gal mais passionnant, qui pose des problĂšmes de fond, montre un futur oĂč l'humanitĂ© est dans l'impasse. Et qui le fait sur un mode inquiet, qui pousse Ă  rĂ©flĂ©chir, qui n'est pas dans une dĂ©marche de sĂ©duction. Ce n'est pas le film d'action pour se changer les idĂ©es, et qu'on regarde en grignotant des chips. Il vise un certain public.
 
J'ai du respect pour ce film, trĂšs ambitieux, et qui fait partie de mes fondamentaux, mĂȘme si je lui trouve des dĂ©fauts.
Heston découvrant le pot aux roses, et là, ça ne sent pas précisément la rose
Heston découvrant le pot aux roses, et là, ça ne sent pas précisément la rose

Chuck connors en mauvaise posture
Chuck connors en mauvaise posture

**********
Qu'il me soit permis à présent d'ouvrir une parenthÚse et de sortir de la stricte chronique cinéma. J'élargis le cadre et je me livre à une réflexion d'une toute autre nature :
 
Pour moi, "Soylent green" est un film totalement à part des autres. Indépendamment de ses qualités et défauts, en tant qu'objet cinématographique, ce film a pour moi un statut particulier, avec le "Mad Max" d'Arthur Miller.
 
En effet, je suis profondĂ©ment persuadĂ© du fait que ces deux films ne sont pas que des rĂ©alisations passionnantes, des Ɠuvres filmiques, des objets culturels. Ce sont aussi des prophĂ©ties. Je pense qu'Ă  terme, tout notre systĂšme va s'effondrer, ce n'est qu'une question de temps. Je n'entre pas dans le dĂ©tail mais voilĂ , beaucoup d'Ă©lĂ©ments m'amĂšnent Ă  penser que l'ensemble de cette civilisation va s'effondrer, disparaĂźtre. Et pour moi, "Mad Max" et "Soleil vert" sont deux films Ă  part, car ils sont des tĂ©moins, des sortes de signaux d'alarme, des visions d'un futur qui nous pend au nez. Je pense que notre avenir, dans les derniers temps, lors de l'agonie du systĂšme, aura de trĂšs fortes chances de ressembler Ă  quelque chose de cet ordre, un mĂ©lange entre ces deux visions.
 
"Mad Max" et "Soleil vert" sont donc pour moi des films MAJEURS, trĂšs importants, fondamentaux, centraux, dans mon univers personnel. Par-delĂ  leurs qualitĂ©s et dĂ©fauts, ils ont un statut particulier, ils sont comme deux fenĂȘtres ouvertes sur un futur qui risque fort de se rĂ©aliser. Ils ont quelque chose de prophĂ©tique. Notre monde me semble bien parti Ă  aller dans cette direction

Edward G. Robinson dans son dernier rĂŽle...
Edward G. Robinson dans son dernier rĂŽle...

Soleil vert | Soylent green | 1973

On en parle aussi sur CHRONIQUES TERRIENNES :





💬Commentaires

1.Posté par Mello VON MOBIUS le 25/04/2021 01:20 | Alerter
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Mello
Ce film est un vĂ©ritable chef d’Ɠuvre ! Terriblement visionnaire, il offre un monde ravagĂ© oĂč le moindre dĂ©tail vient trahir la fin du monde toute proche et produire le malaise (notamment cette scĂšne oĂč les gens dorment entassĂ©s jusque dans les cages d'escaliers). Les personnages sont intĂ©ressants, les acteurs sont parfaits. Ce film est d'une violence inouĂŻe dans ses concepts, il dĂ©nonce un avenir pire que tout, et certaines scĂšnes sont extrĂȘmement fortes.
SPOILER
L'acteur qui joue Sol était gravement malade durant le tournage du film, et la scÚne de son euthanasie volontaire n'en est que plus horrible à voir puisqu'il est décédé quelques semaines plus tard à peine.
La fin est grandiose, elle ose aborder un tabou ultime mais sans faire dans le gore.
Je crois que c'est la seule adaptation que j'ai préféré au bouquin, que j'ai trouvé beaucoup trop lent et étouffant.

2.Posté par Erwelyn CULTURE MARTIENNE le 25/04/2021 09:22 | Alerter
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erwelyn
Nous avions donnĂ© ce nom Ă  notre librairie SF/Polar. Film marquant, vu trĂšs jeune, revu et revu. Mais ce n'est que plus rĂ©cemment (au moment de la cop21 en 2015) que j'ai dĂ©couvert le roman de Harrison. Ce n'est pas un chef d’Ɠuvre littĂ©raire mais certains passages font froid dans le dos cĂŽtĂ© rĂ©flexion environnemental. Par contre le film reste un incontournable.

3.Posté par Georges BORMAND le 25/04/2021 10:58 | Alerter
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GeorgesB
Il faut rappeler que l'idée clé du film est tout simplement impossible (la quantité de morts nécessaire pour la nourriture de la population entraßnerait sa disparition rapide) et Harrison avait contesté ce rajout à son roman, comme il nous l'a rappelé à son passage à Epinal...

4.Posté par Koyolite TSEILA le 06/05/2022 09:42 | Alerter
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KoyoliteTseila
New York, en 2022. A l'échelle mondiale, surpopulation, pollution et dégradation de l'environnement sont devenus des problÚmes majeurs, auquel personne ne trouve plus de solution.

Il y a cinquante ans, ceci était le début d'un synopsis de film de science-fiction adapté du roman de Harry Harrison (Make room ! Make room !, paru en 1966). Nous sommes en 2022 et l'on dirait bien que la science-fiction a rejoint la réalité...

Un film de SF et d'anticipation, remarquable. En tout cas, il donne matiÚre à réflexions, une réflexion de plus en plus actuelle, surtout quand on sait à quel point l'humanité puise et épuise les ressources naturelles de son berceau qu'est la Terre.

Comme le film est trÚs pessimiste et assez - comment dire ? - peu ragoûtant par moments, je vous déconseille de le regarder avant d'aller vous coucher, sinon vous allez cogiter toute la nuit.

Cette présentation du film - avec ses qualités, mais aussi ses défauts - de Richard Fleischer par Labyrinth Man, m'a donné envie de le visionner à nouveau. Une analyse intéressante et pertinente, suivie en aparté d'une réflexion personnelle à laquelle j'adhÚre.

Un p'tit biscuit đŸȘ ?

5.Posté par Le Galion DES ETOILES le 09/05/2022 08:21 | Alerter
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LeGalion
Information :
Il y a ici des commentaires antérieurs à la publication de la chronique de Labyrinth Man. Ce n'est pas - pour une fois - un caprice de ma DeLorean ou une farce du Galion. Ceci s'explique par le fait que pendant longtemps, nous avions cette fiche (sans chronique) dans nos cales jusqu'à ce que Labyrinth Man nous propose son texte.

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