Menu

Notez
Anthologies, recueils

        

Requiem pour Âmes d'Ombre | Jean-Michel Archaimbault | 2011


Un article ajouté/rédigé par | 29/08/2022 | Lu 257 fois




Requiem pour Âmes d'Ombre | Jean-Michel Archaimbault | 2011
« La Fée Noire... Un vrai cancer mental !
Des ondes négatives et destructrices émanaient de ce monstre. Des vagues de terreur pure, glaciale, paralysante.
L'homme en était arrivé à un point que je ne connaîtrais jamais. Il ne savait plus sortir de l'impasse dans laquelle, en jouant, je l'avais conduit à s'enfermer. Il avait essayé de fuir en composant des images transfigurées, abstraites, pour tenter d'y voir plus clair en lui-même. Mais il n'en avait que replongé, et plus profond encore.
»

Soudain, l'été 1989. L'été d'incertitude…

Il peut suffire d'un rien à des hantises oubliées et à des fantasmes enfouis pour remonter à la surface. Alors, un désir inaccessible exige son aveu. Des rêves sûrement cryptés imposent leur récit. Des lieux connus depuis l'enfance demandent à se dévoiler dans le prisme d'un imaginaire parfois traumatique. L'envie de fuir n'importe où, hors du monde, cherche à s'exprimer dans toutes les nuances de l'angoisse ou de l'étrange. Puis tout un équilibre menace de se rompre.

Mais quel sera le terme de ce voyage au bout de la nuit ? Les ténèbres des abîmes, ou un chant de REQUIEM POUR ÂMES D'OMBRE... ?

Après Seentha, son space-opera wagnérien, flamboyant et désespéré, voici Jean-Michel Archaimbault « plus noir que vous ne pensez » dans un tout autre registre. Quinze textes de fantastique intimiste, sans monstres ni horreurs tangibles, où démons et merveilles surgissent de l'inconscient profond. Quinze perspectives ouvertes sur la fascination ou le vertige...

Sommaire

  • Préface d'Anne Duguël
  • Prélude : Petit Fragment resté dans la Pénombre
  • Les nouvelles : 
    • Les Jeux d'une Âme d'Ombre
    • La Faute aux Fusées...
    • L'Histoire du Lapin
    • Les Angles interdits
    • La Fraternité de Molua
    • Dix de la Masse critique
    • L'Appel
    • Branwyn
    • Aux Jardins des Fées
    • Errer, la Nuit
    • Lady d'Arbanville
    • Les Filles d'Orlamonde
    • Krynn
    • Wuellig
    • Requiem pour Âmes d'Ombre
  • Annexe : Une Académie pour Perry Rhodan

Fiche de lecture

Je « L »’avais repéré, voici déjà quelque temps. La convention SF de 2022 à Bergerac ayant été l’occasion de revoir Jean-Michel Archaimbault, j’ai bondi sur ladite occasion pour m’emparer de ce recueil et le faire dédicacer puisqu’il promettait de me faire découvrir une autre facette – plus sombre ? plus étonnante ? – de l’auteur. Dans la foulée, je me jurais – croix de bois, croix de fer – d’en écrire la « critique » qui s’imposait à moi.

J’avais alors le mince espoir que les textes ne m’emporteraient pas autant que l’avais fait Seentha, SF-Opera baroque et flamboyant qui m’avait tellement envoûté que je m’étais retrouvé incapable d’en parler correctement.

Évidemment, l’espoir était ridicule… mais, car il y a un « mais » et il n’est pas des moindres donc : parce qu’il s’agit là de nouvelles, il est vite apparu qu’il serait plus facile d’en écrire les retours, et ce non pas à pas, mais presque.

J’attendais un changement de registre, de ton, de point de vue, devinant, et par le titre et par cette sombre couverture, que je ne devrais pas être déçu. Ce qui fut le cas.

Toutes ces histoires ont un fil conducteur, une trame qui permet de les suivre, mêlant onirisme, fantastique, une petite dose de folie – pas toujours douce, loin de là –, légendes, récits baroques et donc une certaine fantasmagorie très imagée, teintée de poésie, d’opéra, de livres et d’un certain romantisme qui m’a fait penser parfois, allez savoir pourquoi, à Châteaubriand.

Ce fut, à une exception près, un enchantement qui m’a rappelé certains passages de « La quête de joie » de Patrice de la Tour du Pin ou de « L’éternité oubliée » de Patrice de Loup Rouge. Des textes dont on ne sort pas forcément indemne, qui rappelleront sans doute à certains quelque terreur ou peur d’enfance, avec ses monstres du placard ou de dessous-le-lit, ce que j’avoue n’avoir jamais connu, mes peurs étant celles d'Humains dont certains savaient tisser autour de moi la toile de leur hypocrisie, de leur perversion et d’une certaine monstruosité au regard de l’enfant ou de l’adolescent que j’étais.

Mais attention, dans ces textes, il n’y a pas de monstres aussi terribles que ceux de Lovecraft, de Stephen King, Wells, Stevenson, Shelley ou Stoker pour ne citer que des classiques. Ici, les « anormalités » sont celles que le narrateur a créées, imaginées, celles qu’il a sorties de ses rêves et de ses peurs ; ce ne sera ni le sang ni les corps meurtris qui vous procureront des frissons, mais bien les pensées, les non-dits, les zones d’ombre et de noirceur, ceux d’un angle, d’un buisson que rien n’éclaire, d’une ruine, d’un pont autant que d’un passage. Car tout est là, dans ce mot clé : le passage, celui qui du réel mène à l’autre côté, dans la noirceur comme dans l’émerveillement, et souvent dans ces deux-là entremêlés.

Qu’ajouter ? Parmi tous les détails et foisonnements, un fût d’importance pour ce qui me concerne puisque chaque histoire possède son narrateur ou sa narratrice, qui nous raconte la « chose » à la première personne. De quoi me contenter un peu plus – allez savoir pourquoi, tiens 😉

Un plaisir attisé par la préface, car c’est celle de la regrettée Gudule, Anne Duguël, Anne Guduël ainsi que d’autres pseudonymes d’écriture qu’elle utilisait. C’est vif et donne le ton autant que l’envie de se plonger dans ces récits au plus vite, ce à quoi Jean-Michel Archaimbault nous invite avec un prélude, hommage touchant à Gudule : Petit Fragment resté dans la Pénombre.

Du coup, je m’ose à effleurer de quelques mots chaque nouvelle.

Les Jeux d’une Âme d’Ombre

La seule exception de ce recueil, une histoire qui ne m’a pas touché. Même si tout est déjà là, je n’ai pas été emporté par cette jeune morte devenue « vieille » avec le temps qui s’est écoulé depuis sa disparition. Une nouvelle qui est pourtant indispensable au recueil et que je suis, de ce fait, content d’avoir lu jusqu’au bout.
 
La Faute aux Fusées

LA nouvelle tout en trait d’humour qui m’a fait sourire et qui aurait pu être titrée « Quand une fusée de plastique sauve le monde d’une drôle d’invasion ».
 
L’Histoire du Lapin

Pas de course, pas de montre à gousset, ni d’affolement, mais une porte sur un autre monde grâce à ce lapin disparu au milieu d’un coupe-feu. Et si vous regardez les peintures que Jean-Michel Archaimbault a placé dans le Galion, vous y retrouverez… non le lapin, mais la porte.
 
Les Angles interdits

Ma préférée ! Un souvenir onirique si parfaitement raconté que je me suis retrouvé transporté dans les lieux, en y devenant à la fois spectateur et narrateur. Non que cela m’ait rappelé le moindre événement, ni fait songer à quoi que ce soit que j’aurais rêvé ou connu, mais le lieu était si bien détaillé qu’il m’a paru familier comme si je l’avais réellement connu. Un must que cet angle où se terre l’invisible monstre.
 
La Fraternité de Molua

Un recoin de pays perdu et peu accessible. Un secret que l’ancien propriétaire a su préserver. Être de ce monde et d’un autre à la fois, être Humain et ne pas l’être tout à la fois. La tombe, la dalle, la source ou quand retrouver ses racines rêvées vous transporte en pleine renaissance. Parmi mes préférées, là aussi.
 
Dix de la Masse critique

Et si nos propres livres étaient réels, si les personnages, les mondes qui y naissent avaient autant de puissance que ce que notre imaginaire ou celui des auteurs leur en prêtent ? Une histoire inattendue où Jean-Michel Archambault nous dévoile un peu de sa maison « idéale » avec son immense bibliothèque et sa salle de musique de laquelle s’élèvent les plus grands airs d’opéra. Un petit bijou truculent dans laquelle le « 112, Ocean Avenue » fait presque pâle figure. Pas la moindre once de sang, pas de phénomènes qui font trembler les murs, frissonner les tapisseries ou autre, nul « diable », mais une présence peu à peu étouffante et singulière. Un régal chargé d’ironie du narrateur envers lui-même.
 
L’Appel

Ici, on retrouve un peu de la fraternité de Molua quant au thème de se retrouver à travers une autre et cet appel irrésistible qui jette le narrateur du Mexique au cœur des États-Unis afin d’y répondre et de rejoindre celle qui est un peu de lui-même. Un texte plus calme et au final chargé d’un souffle d’espérance.
 
Branwyn

Un roman court au milieu de ces nouvelles. Un texte coup de poing où l’on voyage dans le passé et dans un monde où l’on doute de tout et surtout de soi. C’est dur, amoral (et non immoral) par moments, fantasque et dérangeant. Et pourtant si chargé de questionnements dans une quête, au départ, rédemptrice, qu’on se laisse emporter, roulé dans un torrent dont les eaux enflent doucement, mais inexorablement. Un texte digne d’un opéra où les cuivres et les voix iraient crescendo alors que Dagda, dieu de la mythologie celtique, s’approche. Sublime !
 
Aux Jardins des Fées

Ou lorsqu’une fée aime un Humain. Un texte très court qui joue avec la poésie et la féerie.
 
Errer, la Nuit

On retrouve, ici, un thème récurrent de ce recueil : celui de ne pas être de ce monde, mais d’un autre. Mais si le narrateur cherche à fuir le premier pour gagner le second, alors que nul des siens ou d’autres ne l’accepte, ce sera à un prix tragique. J’ai vécu plusieurs scènes de l’histoire comme un souvenir des époques moyenâgeuses que j’adorais rêver étant gamin.
 
Lady d’Arbanville

Ah, un souvenir de Cat Stevens et de sa chanson hommage à sa compagne. Une histoire où le glas s’annonce avec la fin de l’humanité, du monde et une apocalypse qui rassemble tout ce qui est déjà inscrit en filigrane dans notre actualité. Jean-Michel Archaimbault nous dévoile un peu plus de lui-même, en nous ouvrant sa bibliothèque et son amour de l’opéra. Une histoire qui m’a conquis et entraîné. Presque trop, au point que j’aurais aimé en lire plus.
 
Les Filles d’Orlamonde

Mélange de SF et de Fantasy. Dans ma tête, un étrange ballet s’est fait à sa lecture, une courte épopée où se mêlaient Conan le Cimmérien, les Princes-Dragons et des dizaines d’autres histoires, y compris un poème intitulé « La fille des Prêtres-Gardiens ».
 
Krynn

Un texte très court, d’à peine plus de deux pages, où la quête d’une flamme permet de se ressourcer et de raviver sa propre flamme. Un instant hors du temps, sur une planète désertique dont on se sent le prince épuisé, mais enfiévré de ce que les étoiles lui offrent.
 
Wuellig

Un rêve d’enfant malade et enfiévré comme on a certainement dû en connaître. Le monstre scarabée, le pont de ronces, le guetteur et… voici que le fantastique entre par la fenêtre dont il ne faut pas tirer les rideaux. Une petite perle dans ce recueil.
 
Requiem pour Âmes d’Ombre

Eh bien voilà ! Comme je l’ai dit au début, la première histoire ne m’avait pas du tout accroché, mais elle était indispensable, car la jeune monstresse et l’écrivain reviennent ici. Et, là, j’avoue que j’ai vraiment aimé. Voir son âme sombre et malade d’écrivain étudiée, explorée, disséquée jusqu’à effrayer celle qui ose s’y plonger… et cette question : peut-on se sacrifier pour sauver celui que l’on voulait détruire auparavant ? Une histoire tout simplement magique !
 
Une Académie pour Perry Rhodan (annexe)

Ah bien sûr, il reste l’aparté, la petite pointe de cannelle ajoutée au gâteau, mais qui n’a rien de fictionnel puisqu’il s’agit de l’arrivée de Perry Rhodan, au travers de Jean-Michel Archaimbault, à l’académie Montesquieu de Bordeaux. Que vient-elle faire ici ? Rien en tant que récit imaginaire, puisque tout y est bien réel. Tout en tant que découverte de celui qui est à la fois l’auteur et le multiple narrateur de ces histoires, puisque l’auteur nous y dévoile bien des choses sur lui-même.
 
Au final, j’avoue que j’ai dévoré ces histoires en peu de temps, que je n’ai pas de top trois, mais un top quatre. Donc un podium pair avec, en grand vainqueur, Les Angles interdits, suivi de Branwyn, puis de Lady d’Arbanville talonné par le court Wuellig. Et je les cite uniquement parce qu’ils m’ont encore plus transporté que le reste de ces récits.

Annexes graphiques fournies par l'auteur au Galion des Etoiles en complément de cette chronique



Chenal dans le lac d'Hourtin au coucher du soleil | Photo @ Jean-Michel Archaimbault, pour illustrer le lieu en rapport avec la première et la dernière nouvelle du recueil
Chenal dans le lac d'Hourtin au coucher du soleil | Photo @ Jean-Michel Archaimbault, pour illustrer le lieu en rapport avec la première et la dernière nouvelle du recueil

Lien utile


JC Gapdy
J.C pour Jean Christophe Gapdy, écrivain de passion. Je suis franchement dans les genres de... En savoir plus sur cet auteur



💬Commentaires

1.Posté par JEAN-MICHEL ARCHAIMBAULT le 29/08/2022 20:00 | Alerter
Utilisez le formulaire ci-dessous pour envoyer une alerte au responsable du site concernant ce commentaire :
Annuler
JMARCHAIMBAULT
Merci à toi, JC Gapdy, pour cette lecture très approfondie et ces analyses ô combien pertinentes ! Tu as compris pourquoi le fantastique est le registre dans lequel je me sens le plus à l'aise pour écrire, j'en suis heureux. Et je suis certain que tu vas devenir encore plus pressant sur certain projet à long terme dont tu as connaissance... 😉

2.Posté par JEAN-MICHEL ARCHAIMBAULT le 30/08/2022 15:23 | Alerter
Utilisez le formulaire ci-dessous pour envoyer une alerte au responsable du site concernant ce commentaire :
Annuler
JMARCHAIMBAULT
Voici le texte de présentation générale que j'avais rédigé en 2011 peu avant la parution du livre. L'analyse fort juste de JC Gapdy fait un très bel écho à ce que cette collection de textes représente dans ma perception personnelle.

"Ce recueil peut se lire comme une sorte de biographie, assez fidèle à la logique temporelle linéaire. L'adulte en pleine crise introspective ouvre le bal (et c'est lui qui le fermera), cède la parole à l'enfant puis à l'adolescent, redevient ensuite l'homme mûr. Jusqu'au jour où la maturité acquise engendre l'instabilité, le désir de s'en aller «n'importe où, hors du monde». Les chemins choisis sont les échappées oniriques et fantasmatiques, seule voie sans rupture avec les fondamentaux existentiels, donc n'interdisant pas le retour. Celui-ci se produira sous la forme d'une transfiguration apaisante, puis ce seront les fins. L'une, sur le plan tangible, ouvrira sur le néant. L'autre, au niveau spirituel, offrira un nouveau inespéré.
Cette suite de textes peut aussi être abordée comme une biographie «géographique», en grande partie régionaliste. Le parcours temporel obéit à une spatialisation précise : à chaque phase de la vie correspond un lieu d'élection, qu'il soit un endroit bien réel ou un refuge imaginaire. Mais le principe de «l'éternel retour» ramène avec constance aux contrées qui ont marqué l'enfance, altérées par ce qui remonte enfin de l'inconscient.
Un tel parcours pourrait procéder de la narration classique, conventionnelle. Or, ces nouvelles relèvent à dessein de la littérature fantastique: elles offrent des visions résolument singulières, extrapolées ou distordues, donc dérangeantes, du monde environnant et du quotidien si familiers. Les miroirs promenés le long du chemin sont délibérément déformants.
À côté des échappées oniriques dont les fondations reposent presque toujours sur des lieux existants, nombre des histoires racontées se jouent en des endroits peut-être déjà connus de vous, qui deviendront soudain différents. De là pourront naître la déstabilisation, l'angoisse inquiète, l'émerveillement, ou la simple curiosité d'aller voir en vrai et d'interroger ceux qui sont supposés savoir..."


3.Posté par JEAN-MICHEL ARCHAIMBAULT le 31/08/2022 20:09 | Alerter
Utilisez le formulaire ci-dessous pour envoyer une alerte au responsable du site concernant ce commentaire :
Annuler
JMARCHAIMBAULT
La version longue de "L'histoire du lapin" qu'illustre ma Porte sur l'été, bien plus fournie en détails et précisions géographico-historiques et agrémentée de quelques péripéties ainsi que de deux repros de vieilles cartes locales, figure dans l'antho "La bibliothèque d'Atlantis - Nouvelles inédites d'un passé mystérieux" parue chez L'Oeil du Sphinx en 2013.
Les gens curieux de lire "La Terre est vraiment ronde" (dans une version comportant quelques autres images perso que j'y ai insérées ainsi que quelques notes sur la genèse de ce texte et commentaires de ses premiers lecteurs) peuvent éventuellement la recevoir au format pdf, s'ils me contactent via Messenger et me donnent leur adresse mail.

Nouveau commentaire :
PENSEZ A SAUVEGARDER VOTRE COMMENTAIRE SUR VOTRE PC AVANT DE L’ENVOYER ! En effet, le Galion est facétieux et parfois, l’envoi peut ne pas aboutir dans le poste de pilotage. Le transfert est réussi lorsqu’après avoir cliqué sur « ajouter », vous voyez en encadré et en rouge le texte « Votre commentaire a été posté ». SVP soignez votre orthographe, oubliez le langage SMS et ne mettez pas de liens externes ou de commentaires ne vous appartenant pas. Veuillez prendre connaissance du Règlement avant de poster votre commentaire. Le filtrage des commentaires est de rigueur sur ce site. Le Webmaster se réserve le droit de supprimer les commentaires contraires au règlement.