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Pas de pot, ces robots ! | Robert Yessouroun | 2026


12/04/2026
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Quand des robots périmés, qui buggent à gogo, circulent à Canary Warf, le quartier le plus moderne de Londres. Heureusement, le détective privé Bud Boosting veille...



Illustration © Pixabay, libre d'utilisation, https://pixabay.com/fr/photos/robot-android-machine-futuriste-355340
Illustration © Pixabay, libre d'utilisation, https://pixabay.com/fr/photos/robot-android-machine-futuriste-355340
Pas de pot, ces robots !

Aux perfectionnistes
 
(Bud Boosting, détective privé, épie une silhouette élancée, mécanique dans les galeries marchandes de Canary Wharf, un quartier de Londres.)
Mon assistant m’a signalé ce cas gratiné, un robot de type « out », interdit en ville. Cette cible potentielle est un androïde blond d’un modèle que je croyais disparu. Son propriétaire, un collectionneur d’antiquités, s’avère un éminent notable. Bonne paie en perspective ! Ça motive. Je file donc à bonne distance l’automate obsolète. Que diable vient fricoter cette énorme fanfreluche dans ces allées bordées de vitrines ? Je m’en rapproche au Canada Square, en face d’une banque. Il pénètre dans un magasin de montres suisses. Sans lambiner, le gérant du commerce de luxe lui bloque le passage. Moi, je flâne parmi les comptoirs de chronomètres, histoire d’être à portée de leur conversation :
‑ La maison ne vend pas aux robots.
‑ C’est pour mon maître, un cadeau d’anniversaire.
‑ Votre maître ?
‑ Sir Wallace.
‑ Le fameux juge ?
 
*
 
Traquer des robots d’occase, quel intérêt ? Énorme ! Aussi vrai que je m’appelle Bud Boosting ! Ces engins-là, le plus souvent périmés, pas de pot, ils buggent pour un oui, pour un non. Et ce n’est pas rare que leur dysfonctionnement menace la paix urbaine. Voilà pourquoi ils sont hors-la-loi sur la voie publique. Exemple : il y a peu, à Canary Wharf (le petit New-York de la métropole), un androïde suranné a bloqué la circulation sur la Bank Street, pour faucher à grands cris un couple de cyclistes sous prétexte que l’homme en roue libre parlait trop près de la femme. Un tel couac dans les data méritent un antidote, non ? Raison pour laquelle je compte sur mon assistant Watt. Indispensable, ma sentinelle, mon bras droit, ce modèle tout frais sorti d’usine est un type de fureteur unique, une copie parfaite de goéland. Grâce à ses formes aviaires, mon automate se déplace incognito, sans être gêné, guette ces robots susceptibles de perturber l’ordre de la cité. La mission de ce droïde artificiel : localiser pour moi l’un ou l’autre spécimen taré. Il survole en permanence les rues et les quais de Canary Wharf, où abondent les bidules détraqués qui m’intéressent. Pourquoi grouillent-ils dans ce quartier ? Je l’ignore. Peut-être sont-ils attirés par cette pépite de gratte-ciels ?
 
*
 
La grande bringue désuète essaie à son poignet gauche plastifié plusieurs dizaines de modèles haut de gamme. Une Rolex semble particulièrement l’attirer.
‑ Pourrait-on changer sa monture ? Pas assez classe.
‑ Mmh… Comment comptez-vous payer ? soupire, poliment lassé, le responsable.
‑ Par carte perforée, pardi !
J’interviens, me présente, excuse le blond synthétique.
‑ C’est un modèle d’un autre âge. Normal qu’il hallucine, le pauvre.
Avec la bénédiction du gentleman du magasin, j’embarque cette calamité chez son maître, le juge Wallace.
Une heure plus tard, fort contrarié, celui-ci me propose un montant cossu pour ma peine et mon silence. Quel scandale, si je le dénonçais à la police des robots ! Bien sûr, j’accepte l’enveloppe. Cette somme rondelette me permettra d’offrir un ballon qui fait faux bond à mon farceur de fils, mais je ne l’accepte qu’à une condition : le juge doit consentir à ce que je confie sa machine entre les mains de la plus fortiche des spécialistes, en vue d’une remise à neuf conforme aux normes en vigueur. Pour un tarif amical, cela va de soi.
Entre nous, l’as de la technique, c’est ma cousine germaine, la plus grande débuggeuse de Londres ! Ainsi, tout le monde y gagne : elle, moi, le propriétaire et la paisible population.
 
*
 
(Au début de la nuit, la virtuose du débuggage s’adresse, triomphale, à son cousin.)
Salut, mon Bud ! Me suis bien marrée avec ton foutu fan de Rolex ! Il est fin prêt, conforme aux directives de sécurité, fonctionne à merveille. Il vient de me servir une Guinness et prépare mon lit. J’ai envoyé la facture de 5'500 livres à notre généreux Sir Wallace. Tu peux venir le récupérer quand tu veux pour le ramener chez le juge. J’en ris encore de mon rafistolage ! Un sacré bug qu’il se coltinait, celui-là !
 
*
 
(Conversation téléphonique en langue bulgare.)
Bonjour, m’man ! En forme ?... Pardon ?... Ce bruit autour de moi ? C’est la foule sur un quai de la Tamise. Écoute-moi, plutôt. Ce coup-ci, tu seras fière de ton fils. Tu ne tourneras plus le dos à ton Igor. Je me suis inventé un boulot futé ! Oui, futé, tu as bien entendu, m’man… Quel boulot ? Tenir compagnie à tel ou tel robot défectueux épargné de la casse par un maître trop attaché à ses services. Beaucoup de ces trucs périmés circulent au noir. Mon rôle ? Intervenir dès leur premier bug. Le salaire ? Vingt livres l’heure, logé, nourri, pas blanchi, mais, bon, faut pas être gourmand, comme dirait p’pa…
Quel est ce grincement, à côté de moi ? Voyons, m’man, c’est justement l’androïde dont je m’occupe en ce moment. Il est méchamment suranné. Faute de sérieuse mise à jour, il souffre d’une tendance à casser toute vaisselle à sa portée… Ouhlalaaa ! On s’approche d’une terrasse… Attends… Zut ! Ça y est, Machin va me péter une choppe de bière ! Je te rappelle…
 
*
 
(Au volant de son van à neutrinos, Bud contacte à distance sa cousine.)
Pendant son vol, Watt me signale la présence d’un robot maboul, avec un grain de 4 sur 5 sur l’échelle de Patrac. Son état déglingué se manifeste par une gestuelle brusque, ostentatoire… Je me prépare à l’intercepter. Je me gare sur le trottoir le plus proche du lieu critique… Que de monde sur les pavés du West Indian Quay ! J’aperçois mon goéland qui plane en cercles au-dessus de ma tête avant de piquer sur notre automate défaillant. Ce dernier déambule tel un zombie. Ooh ! Ma cible brise une pinte sur la terrasse d’un pub.
 
*
 
(Communication en bulgare.)
Allô, m’man ? Problème réglé.
Mon robot, je l’ai maîtrisé d’une prise de judo, l’ai prié de résoudre un problème insoluble pendant que je dédommageais le client lésé par la casse de sa consommation (bien remonté, le mec). À présent, tout est arrangé. L’androïde buggé pédale dans ses calculs. Lui et moi, nous marchons bras dessus, bras dessous le long de la Tamise. Je le serre contre moi, pour prévenir toute rechute. Il peine à avancer, car il épluche des dérivées sans fin, bichonne des probabilités improbables. Suis tranquille pour un moment… Fière de moi, m’man ?...
Ooh ! Qu’est-ce qui lui prend encore, à ce foutu robot ? Il m’entraîne vers une boutique de porcelaine !…
 
*
 
(Bud, en direct à sa cousine.)
Survolé par Watt, j’accours, bouscule l’accompagnateur du vandale, saisit ce balourd synthétique, court-circuite son moniteur de contrôle. Déconnecté pour au moins une heure, il se laisse détourner. Je l’embarque sans peine dans ma voiture. Un client pour toi, ma chère Rieuse. J’introduis la destination dans le guide de mon véhicule : ton atelier. Sur ta planche, un sacré boulot en perspective !... Un débuggage digne d’une épreuve olympique !
 
*
 
(Tirades en bulgare.)
C’est pas vrai !... Quel culot ! Une brute abrutie vient de me piquer mon automate ! Quel salopard !... Mais… comment s’en est fait-il obéir ? L’engin docile l’a suivi comme une ombre… Je l’ai vu monter à l’arrière d’une bagnole.
Voilà que la voiture démarre en trombe avec son butin. Je serais dans la panade si une puce dans l’index de l’androïde ne me permettait de suivre son itinéraire. Maudit voleur ! Je m’en vais lui faire sa fête… à la mode de Pazardjik !
 
*
 
(Rapport en temps réel, prononcé avec un accent goéland.)
En attendant des nouvelles de la remise à neuf du casseur de vaisselle, je file à basse altitude un androïde bizarroïde près du Boat House. À l’évidence, ce bipède mal révisé hallucine sans complexe. Ça ose apostropher une jeune passante qui discute, son portable contre la joue :
‑ Hé, mademoiselle ! C’est encore loin l’hôpital des Monty Python ?
Sans daigner répondre, elle accélère malgré ses talons aiguilles. Sans transition, le robot fantasque accoste un marin chargé de filets :
‑ Toujours incertaine, l’heure du dernier suppositoire pour la matière sombre ?
Je zoome sur son code d’identification, vers la nuque. Cette donnée copiée, envoyée à mon maître permettra de le géolocaliser. Mais voilà de l’inattendu : tout un remue-ménage autour de l’engin délirant ! Deux policiers le plaquent au sol. Du renfort débarque à la rescousse. Pour sûr, on va le conduire à la fourrière des automates IA. C’était trop beau, deux clients en un jour ! Cette affaire-ci est cuite. Ma piste, un cul-de-sac. Échec de mes calculs. Quarantaine requise pour recalibrage intégral.
 
*
 
(Bud, crispé dans son van à neutrinos.)
Quelle tuile ! Watt ne répond plus ! Watt, mon fidèle assistant garde le silence radio. Indispensable, mon droïde sentinelle, mon bras droit, me fait faux bond pour s’ingénier à jouer à cache-cache. Hélas, tout sophistiqué qu’il est, mon bon Watt a son talon d’Achille. Dès qu’il est contrarié par une fausse piste ou un revers dans sa filature, il ne donne plus aucun signe d’existence pendant quelques heures, comme s’il boudait. Blessure narcissique ? Défaut de fabrication ? Aurait-il encore confondu un androïde patraque avec un ivrogne qui débloque à fond la caisse ?
À Greenwich, sur Bugsby’s Way, un feu rouge persiste dans sa couleur. Je sors pour tirer au clair cette drôle de panne. Serait-ce encore l’une de ces plaisanteries dont mon fils a le secret ? Soudain, tout s’obscurcit… Black out… Ma tête tirée en arrière… je…
 
*
 
(Le lendemain, à la chute du jour, la cousine décoiffée ricane devant son miroir.)
C’est plus fort que moi. C’est mon tic, je rigole à tort et à travers. J’aurais dû m’appeler Hilary. Mon cousin germain me surnomme La Rieuse. Mais ce soir, je ris jaune. Ce cousin, mon pote, mon complice depuis l’enfance ne me donne plus aucune nouvelle. D’habitude, au plus tard en début de soirée, il me livre un automate qui yoyote, pour que je le repose sur les bons rails. Or, là, depuis hier après-midi, je reste sans le moindre signe. Pire, injoignable, mon cousin ! Impossible aussi de contacter son assistant qui ne réagit plus que par son répondeur buté. (Elle se gausse, cynique.)
Que faire, miroir ? Aller chez lui ? Pas sûr de l’y trouver. De toute façon, me déplacer implique toute une expédition, sur ma chaise roulante (ouais, suis paralysée des jambettes à cause d’un robot péteur de plomb qui m’a défoncé la colonne vertébrale). Appeler la police ? Tu rigoles ? Pour que les forces de l’ordre classe ma demande dans le tiroir des stand-by ?
Et si je publiais un avis de disparition sur la Toile ? Peut-être serais-je éclairée sur le sort de mon cousin par quelque bonne âme qui l’aurait aperçu ?
Voilà, sitôt dit, sitôt fait : « Qui aurait vu, ces dernières heures, Bud Boosting ? » (Elle montre à la caméra une photo 3D qui pivote sur elle-même.) « Quarantaine, costaud, enfin pas trop, un mètre quatre-vingts quand il n’est pas voûté, imperméable beige, cheveux roux un chouia gras, jeans bien crades, sandalettes avec chaussettes trouées. »
 
*
 
(Image de Bud, le visage grave.)
Si toi, chère cousine, comme d’autres, tu accèdes à cette alerte, ce n’est pas bon signe. Ce message présuppose que, comme il se doit toutes les 8 heures, je n’ai pas appuyé sur le bouton « top secret ». Ce dispositif verrouille mon site sur le Big Fog. Pourquoi une telle prudence ? Principalement pour empêcher mon fils de 12 ans, un tantinet invasif, d’y fourrer son nez de fouine farceuse.
Les notes de mon dictaphone, lesquelles transcrivent mes affaires en cours, sont désormais disponible au public, afin que toi, chère cousine, perce le mystère de ma disparition. Sauras-tu jamais ce qui m’est tombé sur la tête ?
Quant à vous autres, vous qui visiterez mes archives, appelez-moi Bud. Bud Boosting, détective privé. Ma spécialité, c’est (c’était ?) la chasse des robots de seconde main, hors-la-loi.
 
*
 
(À la lecture de l’ultime note du dictaphone, la cousine frétille sur sa chaise roulante.)
Génial, ce message ! Il contient le code qui me permet de tracer le dernier robot que mon cousin a embarqué dans son van. Quelle aubaine, cette mesure de précaution ! Je reconnais bien là la méfiance légendaire de mon Bud… Méfiance attisée par son fils incontrôlable ! Voilà… Je réussis pile à pister l’automate toqué… Tiens, tiens, marrant ! L’engin stationne loin de chez moi, sa destination initiale. OK, OK. Voyons. Que faire ? Dépêcher au-dessus de sa caboche synthétique mon drone libellule pour tirer tout ça au clair. Ma bestiole artificielle va me diffuser images 3D, odeurs et sons.
 
*
 
(Avec l’accent goéland.)
Sorti de mes 48 heures d’upgrade radical, je découvre la disparition de mon maître. Mes calculs m’orientent vers un site du Dark Side. Il se confirme que ça va mal pour le détective ! Une vidéo sauvage expose son visage tuméfié, plein d’ecchymoses, l’œil gauche au beurre noir. Aussitôt je contacte sa cousine, La Rieuse, afin de coordonner avec elle une opération d’urgence.
 
*
 
(La cousine en chaise roulante devant son écran olfactif.)
Enfin, après avoir géolocalisé le robot, je capte grâce à ma libellule mon cousin kidnappé ! Ça sent la sueur mâle et le beurre rance. Mon pauvre Bud est ligoté, assis sur les plaques en vitrocéramiques d’une cuisine de restaurant désaffecté. L’androïde que je traque arpente la rangée de fourneaux.
‑ Surveiller monsieur, se répète-t-il.
Moi, je rigole, le nez dans l’image en relief. Étrange comme ce robot sent la soupe aux tomates ! Il commente en aparté :
‑ Surveiller monsieur, platitude de l’objectif ! Mes calculs font des lassitudes.
Pour tuer l’ennui, l’automate commence à ouvrir çà et là des armoires. Bientôt, dans l’une d’elles, il détecte des plats et des assiettes.
‑ Bingo ! s’exclame-t-il. Sauvons la planète !
Ni une, ni deux, il s’acharne à briser la vaisselle avec l’ardeur d’un champion qui smashe sur l’herbe de Wimbledon.
Hum… Je commence à flairer des effluves de porcelaine mal dégraissée… Malgré les douleurs de ses blessures, mon Bud s’étonne de cette fureur clastique :
‑ Pourquoi s’acharner de la sorte ?
‑ Assiettes, tasses, soucoupes, verres, bols, vasques sans cesse nécessitent lavages, eaux gaspillées. Pas écologique. Menace sur la Nature. Planète en péril.
‑ Détache-moi, je peux t’aider à les casser, si tu veux. Ça ira plus vite.
Là, moi, je me marre… Il est finaud, le cousin…
 
*
 
(Un peu plus tard. Rires gras de la cousine.)
Mon gros malin de cousin vient de s’échapper. À en croire ma libellule, il serait toutefois poursuivi par un monsieur muscle à tronche de Slave. Détourné par mes soins, son fracasseur de vaisselle vient de débarquer chez moi. Quelle sottise artificielle, ce robot écolo ! Ah, je me poile déjà de le voir en pièces détachées. Soyons sérieuse, pourvu que mon cher Bud sème son suiveur… Mince ! Coupure d’image ! Un bug ?
Toutes mes manips restent sans effet. Ma libellule n’aurait-elle plus de batterie ?
Impuissante, coincée sur ma chaise roulante, dans l’attente du dénouement automatique de cette panne, je démonte l’automate. Pendant l’opération, je me rappelle le 14 mai. Ce jour-là n’était pas triste. Le goéland de mon cousin lui lance une alarme, depuis les urgences psychiatriques du Nightingale Hospital. Une ambulance du NHS venait d’y déposer une fillette ainsi que son robot nounou dépassé par plus de 35 ans d’âge, probablement racheté sous le manteau dans les arrière-fonds du marché aux puces de Camden Town. Renseignements piratés, voici le pot aux roses : sous prétexte d’endurcir les enfants face à la dure réalité, l’androïde vétuste avait jugé bon de montrer à la petite l’intégrale d’un film monstrueux : Les dents de la mer. Depuis la vision de ce film d’épouvante, sa toute jeune protégée est habitée par une méga-phobie de l’eau. Elle ne peut même plus s’enfoncer dans le bain de sa baignoire. Après que mon cousin m’eut livré l’automate irresponsable, je l’avoue, je me suis tordue en fou-rire, tant ses bugs me donnaient du fil à retordre. M’en souviendrai de celui-là. Il m’aura fait ramer, ce robot !
Mon Dieu ! Quelqu’un toque !
 
*
 
(Voix slave, exaspérée.)
Allô ? Allô ? C’est toi, m’man ?... Oui, tu tombes mal. Suis chez une charogne de débuggeuse… Qu’est-ce que je fous chez cette nana ?... Euh… En deux mots : après avoir hacké mon androïde, cette garce l’a téléguidé jusqu’à chez elle. J’ai dû renoncer à pourchasser mon détenu en fuite, pour tenter de retrouver mon robot grâce à sa puce. Parvenu chez ma pirate, que vois-je ? Sitôt la porte ouverte, une gonzesse en chaise roulante éclate de rire. Pas moi. Je l’ai braquée avec mon flingue. Je m’avance vers son atelier. Quoi ? Je rêve ? Le robot sur lequel je veillais est étendu sur une civière, sans réaction, comme sous anesthésie… Pire. Elle a eu le culot de l’éviscérer ! Mais attends… Vengeance ! Je vais presser sur la gâchette. Dommage d’être invalide, hein !
Attends… Une seconde ! On sonne à la porte. Pour sûr, ce doit être le fameux crétin, le détective de mes deux. Oui, tu sais, le mec que j’avais enlevé mais qui avait filé à l’anglaise… Je te rappelle… Ça va barder… Par Saint Stanislas ! C’est quoi, ça ? Cette chose, ce goéland qui me survole, qui ose me frôler la tignasse !
 
*
 
(Un peu plus tard, chez sa cousine, Bud dresse son bilan.)
Négociations terminées. Ce ne fut point facile de trouver un accord, même si ce Bulgare n’était pas en position de force. Watt l’avait désarmé. Ma chère Rieuse a déradicalisé le robot « écolo ». En échange de sa restitution à son monsieur de compagnie, je me suis engagé à ne pas toucher aux futurs automates non conformes que le Slave côtoiera. Pour que je puisse les reconnaître, ils seront dotés d’une puce spéciale concoctée par ma championne de la technique.
Bon sang, comme je suis soulagé ! Tout va reprendre son cours normal. Et mes petites affaires… Ah, que j’adore ce métier, la chasse aux robots buggés à gogo !
 
*
 
(Sur un moniteur d’alerte, Bud, nerveux, bloqué dans son van, grimace d’effroi.)
Appel à l’aide, SOS ! Ici, Bud Boosting. Les commandes de mes portières sont mortes. Quelqu’un a dû pomper le jus de l’auto. Garé au sous-sol du Canada Square, près du Jubilee Place Shopping Center. Je répète… Hé, mais… Damned ! Un drôle d’androïde se penche vers moi derrière la vitre. Son visage fêlé me sourit. Un peu narquois ? Ses mains brandissent un panneau, ses lettres comme peinturlurées par un gamin : « Hello, papounet ! Elle est bien bonne, non ? »
Au secours ! Vite ! Mon fils a encore frappé ! Au sec… crrr… (L’écran dévie vers un bock d’alcool aux carottes brandie par le saint patron des bugs, le célèbre lapin Bugs Bunny.)

Robert Yessouroun
Copyright © Robert Yessouroun pour Le Galion des Etoiles. Tous droits réservés. En savoir plus sur cet auteur


💬Commentaires

1.Posté par Éric MARIE le 12/04/2026 16:16 | Alerter
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ATRAVERSLESPACE
Un récit débridé, façon cartoon qui m'a laissé pantelant. Je me suis cru dans : qui veut la peau de Roger Rabbit. De l'action, de l'humour, une fin inattendue. Bravo Robert. Quant à moi, je retourne me coucher.

2.Posté par Michel MAILLOT le 12/04/2026 16:26 | Alerter
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mmaillot
Attention, ici, ça déraille sévère. On est dans un cartoon de Merry Melodies. On ne sait plus qui disjoncte le plus. Les robots ? Les humains ? Les pseudos goélands ? Tous à la fois !
En tout cas, le rythme y est, on ne risque pas de s’ennuyer, tellement on doit s’accrocher aux paragraphes qui s’enchaînent.
Pas le temps de souffler que le générique déroule. Nous, on en sort indemne, mais on sent bien que l’auberge retient ses protagonistes dans leurs farandoles tourbillonnantes.

Bravo Robert, cette histoire prend une belle place dans la vitrine farfelue de robots trop beaux pour être vrais.

3.Posté par B BLANZAT le 13/04/2026 09:12 | Alerter
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Blanzat
Ces petits arrangements entre bidouilleurs doux-dingues sont aussi drôles qu'inspirants. Dans une économie fondée sur un marché du robot, avec conformités et marchés noirs, les puissants ont les moyens de rester au-dessus des lois tandis que le bas peuple doit se débrouiller avec ce qu'il a. Une handicapée (accident du travail), un migrant et un brave type en surpoids tentent comme ils peuvent de joindre les deux bouts, et ce n'est pas de tout repos !
Je signale au passage que je compatis pour deux cyclistes en arrière-plan qui font (encore) les frais de cette technologisation incontrôlée de la société ! Révolution !

4.Posté par Koyolite TSEILA le 14/04/2026 09:16 | Alerter
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KoyoliteTseila
Bud Boosting, détective privé londonien spécialisé dans la traque de robots détraqués, enchaîne les interventions toutes plus rocambolesques et périlleuses les unes que les autres afin que les dysfonctionnements des androïdes ne perturbent pas la voie publique. Mais l’affaire dégénère…

Cette fable du futur adopte un ton débridé, très visuel et volontiers burlesque. L’humour est constant, les images sont vives, le vocabulaire et les jeux de mots sont colorés, et le rythme, rapide et énergique. La narration polyphonique et fragmentée confère un effet « cartoon ».

L’ensemble est très bien maîtrisé par Robert, qui s’amuse, tel un réalisateur/créateur passionné, à mettre en scène tout ce petit monde, humain ou humanoïde. Tout de même, je l’avoue, par moments, ça part tellement dans tous les sens, façon « shaker », que c’est moi dont les systèmes ont buggé, à l’instar de ces bidules déglingués. 🙃😅

Mais ne vous inquiétez pas pour moi, ça va aller : un expresso bien tassé pour me remettre le cerveau en place, et ça repart ! 😀

Un texte cool et renversant !

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