QuatriĂšme de couverture
Ătabli en 2025, l'objectif de la nouvelle agence des Nations unies Ă©tait simple : dĂ©fendre les gĂ©nĂ©rations Ă venir et protĂ©ger toutes les crĂ©atures vivantes, actuelles et futures. Il fut vite surnommĂ© « le MinistĂšre du Futur ».
Mary Murphy, directrice du ministĂšre, prend sa mission trĂšs au sĂ©rieux : aide aux plus dĂ©munis, nĂ©gociations avec les puissances financiĂšres pour contenir les Ă©missions carbone, surveillance de lâĂ©coterrorisme... Mais faudrait-il employer des moyens plus radicaux ? L'humanitĂ© saura-t-elle emprunter le chemin de la coopĂ©ration pour Ă©viter lâeffondrement ?
Dans ce roman choral stupĂ©fiant, Kim Stanley Robinson met en scĂšne avec imagination et rigueur lâavenir vers lequel nous nous dirigeons Ă toute allure... et rappelle quâil nous reste une petite chance de surmonter les dĂ©fis extraordinaires auxquels nous sommes dĂ©jĂ confrontĂ©s.
Mary Murphy, directrice du ministĂšre, prend sa mission trĂšs au sĂ©rieux : aide aux plus dĂ©munis, nĂ©gociations avec les puissances financiĂšres pour contenir les Ă©missions carbone, surveillance de lâĂ©coterrorisme... Mais faudrait-il employer des moyens plus radicaux ? L'humanitĂ© saura-t-elle emprunter le chemin de la coopĂ©ration pour Ă©viter lâeffondrement ?
Dans ce roman choral stupĂ©fiant, Kim Stanley Robinson met en scĂšne avec imagination et rigueur lâavenir vers lequel nous nous dirigeons Ă toute allure... et rappelle quâil nous reste une petite chance de surmonter les dĂ©fis extraordinaires auxquels nous sommes dĂ©jĂ confrontĂ©s.
Fiche de lecture
« Lâenfer est pavĂ© de bonnes intentions ».
VoilĂ ce qui pourrait rĂ©sumer ma lecture de cet ouvrage : elle fut infernale. Aussi infernale que la canicule quâelle prĂ©sente.
LâidĂ©e de base est pourtant trĂšs intĂ©ressante : un « MinistĂšre » (en rĂ©alitĂ©, une commission dâexperts onusienne) dont on suit la responsable, Mary Murphy, dans son combat pour dĂ©fendre la biosphĂšre terrestre, parler au nom des gĂ©nĂ©rations futures, des animaux, et essayer, dans une lutte de David contre Goliath, de faire triompher lâHumanitĂ© dans une tempĂȘte mĂȘlant Ă©coterrorisme, politiques nationales, dĂ©cisions des banques centrales. Son combat la fera notamment rencontrer Frank May, un ancien travailleur humanitaire traumatisĂ© par les effets de la Grande Canicule en Inde, tentĂ© par lâaction radicale.
Mais cornegidouille ! Cette trame de base, extrĂȘmement intĂ©ressante, est littĂ©ralement assassinĂ©e par des rĂ©fĂ©rences juridiques, littĂ©raires, philosophiques, Ă©conomiques, scientifiques et de gĂ©oingĂ©nierie. Oui, Ă chaque chapitre. Chaque chapitre.
Et encore, lorsque lâauteur ne fait pas parler la Terre elle-mĂȘme, voire un unique photon⊠avant de nous livrer des descriptions de Zurich qui feraient passer « Le Routard » ou le « Lonely Planet » pour du travail dâamateur.
Le tout, saupoudrĂ© de rĂ©fĂ©rences Ă des ouvrages rĂ©els, dont â bien sĂ»r â William Shakespeare.
Certes, le « Sauvage » du Meilleur des Mondes dâHuxley citait lui aussi le Barde de Stratford-upon-Avon face Ă lâAdministrateur mondial, mais ce nâĂ©tait pas pour frimer et Ă©taler sa culture. On a lâimpression que, plus que de raconter une histoire, lâauteur de La Trilogie martienne cherche Ă caser le maximum de rĂ©fĂ©rences, quitte Ă les compresser autant que possible : le summum de cette attitude rĂ©side dans le chapitre 85 oĂč, sur prĂšs dâune dizaine de pages, lâauteur Ă©numĂšre, en une liste Ă la PrĂ©vert, en une kyrielle, des noms de projets environnementaux et dâONG tout ce quâil y a de plus rĂ©el. Les notes de bas de page qui sâensuivent cassent le rythme de lecture et mâont fait sortir de la lecture Ă de nombreuses reprises.
LâidĂ©e de base en finit donc aussi ruinĂ©e que la zone dâexclusion de Tchernobyl.
Alors oui, lâauteur est engagĂ© dans la rĂ©flexion autour de la protection du climat. Oui, sa « Trilogie martienne » a pu ĂȘtre saluĂ©e comme un exemple de science-fiction dure et rĂ©aliste. Mais, et jâen suis dĂ©solĂ©, en lisant un ouvrage de science-fiction, fĂ»t-il le plus rĂ©aliste, je nâai pas forcĂ©ment envie dâavoir un cours sur le fonctionnement des banques centrales, sur la façon dont la thĂ©orie keynĂ©sienne de la monnaie pourrait ĂȘtre rĂ©adaptĂ©e pour servir la transition Ă©cologique ou encore une prĂ©sentation de lâaction des juridictions internationales siĂ©geant Ă La Haye et de leur impuissance dâalors en matiĂšre Ă©cologique (alors que ce dernier sujet est au cĆur de discussions passionnantes mais qui sortent du cadre de cette chronique).
Oui, le tout dans un mĂȘme bouquin de science-fiction. Si je veux lire tout cela, je me plonge dans les ouvrages spĂ©cialisĂ©s ou de vulgarisation dĂ©diĂ©s au sujet.
Le rĂ©dacteur de la quatriĂšme de couverture de mon Ă©dition qualifie cet ouvrage de « choral ». Mais je reprendrai les mots de Mary et dâun autre personnage Ă©coutant de la guggenmusik : « Cacophonie ! Non, polyphonique ! ». Ce roman, voulant ĂȘtre polyphonique, en est cacophonique. Jâaime pourtant les ouvrages polyphoniques : je lâai montrĂ© en chroniquant avec enthousiasme World War Z de Max Brooks et Points chauds de Laurent Genefort dans les cales du Galion.
Il aurait manqué deux ou trois choses pour tempérer la sévérité de ma critique : une main moins lourde sur les références, une meilleure caractérisation des personnages autres que les deux principaux, et surtout⊠restreindre le champ de la mise en scÚne.
Il est vrai que les problĂ©matiques environnementales sont complexes et sâaffranchissent de la limitation entre les champs disciplinaires traditionnels. Mais je lis une fiction : ce faisant, je consens Ă suspendre mon incrĂ©dulitĂ© et je tolĂšre, par exemple, que le volet scientifique de la sĂ©rie « Stargate SG-1 » se rĂ©duise aux deux personnages de Samantha Carter et Daniel Jackson, ou que le mĂ©decin-chef dâun navire de Starfleet cumule de multiples spĂ©cialitĂ©s. Sur ce dernier point, on a pu voir, hors science-fiction, les sĂ©ries mĂ©dicales type « Urgences » ou « Dr House » casser le clichĂ© en mettant en scĂšne plusieurs spĂ©cialistes⊠mais en les rĂ©partissant entre des personnages bien identifiĂ©s, caractĂ©risĂ©s et attachants, chacun Ă leur maniĂšre.
« Le MinistĂšre du futur », Ă mon sens, tombe dans le piĂšge de vouloir ĂȘtre exhaustif sans pour autant ĂȘtre Ă la hauteur dans la caractĂ©risation des personnages. Car, quand ils le sont, câest dâune telle maladresse que câen est Ă pleurer : ainsi, lâhĂ©roĂŻne est irlandaise et son adjoint indien. Donc â forcĂ©ment â ils vont avoir droit Ă un couplet sur lâhistoire coloniale des perfides Anglais capitalistes.
Dans sa chronique dĂ©diĂ©e à « La Trilogie martienne » dans nos cales, Matsya FromMars affirme que « Robinson le gĂ©ologue est beaucoup plus Ă lâaise avec les cailloux quâavec les ĂȘtres humains », et je la rejoins pleinement. Avoir oubliĂ©, voire sacrifiĂ© lâhumain dans son livre-alerte (alors que des alertes, on en avale par paquets de trente en allumant la tĂ©lĂ© ou en lisant le journal) a donc conduit Kim Stanley Robinson, sous couvert dâune bonne intention, Ă faire dâune lecture un enfer oĂč se rĂ©alise le proverbe « Qui trop embrasse mal Ă©treint ».
VoilĂ ce qui pourrait rĂ©sumer ma lecture de cet ouvrage : elle fut infernale. Aussi infernale que la canicule quâelle prĂ©sente.
LâidĂ©e de base est pourtant trĂšs intĂ©ressante : un « MinistĂšre » (en rĂ©alitĂ©, une commission dâexperts onusienne) dont on suit la responsable, Mary Murphy, dans son combat pour dĂ©fendre la biosphĂšre terrestre, parler au nom des gĂ©nĂ©rations futures, des animaux, et essayer, dans une lutte de David contre Goliath, de faire triompher lâHumanitĂ© dans une tempĂȘte mĂȘlant Ă©coterrorisme, politiques nationales, dĂ©cisions des banques centrales. Son combat la fera notamment rencontrer Frank May, un ancien travailleur humanitaire traumatisĂ© par les effets de la Grande Canicule en Inde, tentĂ© par lâaction radicale.
Mais cornegidouille ! Cette trame de base, extrĂȘmement intĂ©ressante, est littĂ©ralement assassinĂ©e par des rĂ©fĂ©rences juridiques, littĂ©raires, philosophiques, Ă©conomiques, scientifiques et de gĂ©oingĂ©nierie. Oui, Ă chaque chapitre. Chaque chapitre.
Et encore, lorsque lâauteur ne fait pas parler la Terre elle-mĂȘme, voire un unique photon⊠avant de nous livrer des descriptions de Zurich qui feraient passer « Le Routard » ou le « Lonely Planet » pour du travail dâamateur.
Le tout, saupoudrĂ© de rĂ©fĂ©rences Ă des ouvrages rĂ©els, dont â bien sĂ»r â William Shakespeare.
Certes, le « Sauvage » du Meilleur des Mondes dâHuxley citait lui aussi le Barde de Stratford-upon-Avon face Ă lâAdministrateur mondial, mais ce nâĂ©tait pas pour frimer et Ă©taler sa culture. On a lâimpression que, plus que de raconter une histoire, lâauteur de La Trilogie martienne cherche Ă caser le maximum de rĂ©fĂ©rences, quitte Ă les compresser autant que possible : le summum de cette attitude rĂ©side dans le chapitre 85 oĂč, sur prĂšs dâune dizaine de pages, lâauteur Ă©numĂšre, en une liste Ă la PrĂ©vert, en une kyrielle, des noms de projets environnementaux et dâONG tout ce quâil y a de plus rĂ©el. Les notes de bas de page qui sâensuivent cassent le rythme de lecture et mâont fait sortir de la lecture Ă de nombreuses reprises.
LâidĂ©e de base en finit donc aussi ruinĂ©e que la zone dâexclusion de Tchernobyl.
Alors oui, lâauteur est engagĂ© dans la rĂ©flexion autour de la protection du climat. Oui, sa « Trilogie martienne » a pu ĂȘtre saluĂ©e comme un exemple de science-fiction dure et rĂ©aliste. Mais, et jâen suis dĂ©solĂ©, en lisant un ouvrage de science-fiction, fĂ»t-il le plus rĂ©aliste, je nâai pas forcĂ©ment envie dâavoir un cours sur le fonctionnement des banques centrales, sur la façon dont la thĂ©orie keynĂ©sienne de la monnaie pourrait ĂȘtre rĂ©adaptĂ©e pour servir la transition Ă©cologique ou encore une prĂ©sentation de lâaction des juridictions internationales siĂ©geant Ă La Haye et de leur impuissance dâalors en matiĂšre Ă©cologique (alors que ce dernier sujet est au cĆur de discussions passionnantes mais qui sortent du cadre de cette chronique).
Oui, le tout dans un mĂȘme bouquin de science-fiction. Si je veux lire tout cela, je me plonge dans les ouvrages spĂ©cialisĂ©s ou de vulgarisation dĂ©diĂ©s au sujet.
Le rĂ©dacteur de la quatriĂšme de couverture de mon Ă©dition qualifie cet ouvrage de « choral ». Mais je reprendrai les mots de Mary et dâun autre personnage Ă©coutant de la guggenmusik : « Cacophonie ! Non, polyphonique ! ». Ce roman, voulant ĂȘtre polyphonique, en est cacophonique. Jâaime pourtant les ouvrages polyphoniques : je lâai montrĂ© en chroniquant avec enthousiasme World War Z de Max Brooks et Points chauds de Laurent Genefort dans les cales du Galion.
Il aurait manqué deux ou trois choses pour tempérer la sévérité de ma critique : une main moins lourde sur les références, une meilleure caractérisation des personnages autres que les deux principaux, et surtout⊠restreindre le champ de la mise en scÚne.
Il est vrai que les problĂ©matiques environnementales sont complexes et sâaffranchissent de la limitation entre les champs disciplinaires traditionnels. Mais je lis une fiction : ce faisant, je consens Ă suspendre mon incrĂ©dulitĂ© et je tolĂšre, par exemple, que le volet scientifique de la sĂ©rie « Stargate SG-1 » se rĂ©duise aux deux personnages de Samantha Carter et Daniel Jackson, ou que le mĂ©decin-chef dâun navire de Starfleet cumule de multiples spĂ©cialitĂ©s. Sur ce dernier point, on a pu voir, hors science-fiction, les sĂ©ries mĂ©dicales type « Urgences » ou « Dr House » casser le clichĂ© en mettant en scĂšne plusieurs spĂ©cialistes⊠mais en les rĂ©partissant entre des personnages bien identifiĂ©s, caractĂ©risĂ©s et attachants, chacun Ă leur maniĂšre.
« Le MinistĂšre du futur », Ă mon sens, tombe dans le piĂšge de vouloir ĂȘtre exhaustif sans pour autant ĂȘtre Ă la hauteur dans la caractĂ©risation des personnages. Car, quand ils le sont, câest dâune telle maladresse que câen est Ă pleurer : ainsi, lâhĂ©roĂŻne est irlandaise et son adjoint indien. Donc â forcĂ©ment â ils vont avoir droit Ă un couplet sur lâhistoire coloniale des perfides Anglais capitalistes.
Dans sa chronique dĂ©diĂ©e à « La Trilogie martienne » dans nos cales, Matsya FromMars affirme que « Robinson le gĂ©ologue est beaucoup plus Ă lâaise avec les cailloux quâavec les ĂȘtres humains », et je la rejoins pleinement. Avoir oubliĂ©, voire sacrifiĂ© lâhumain dans son livre-alerte (alors que des alertes, on en avale par paquets de trente en allumant la tĂ©lĂ© ou en lisant le journal) a donc conduit Kim Stanley Robinson, sous couvert dâune bonne intention, Ă faire dâune lecture un enfer oĂč se rĂ©alise le proverbe « Qui trop embrasse mal Ă©treint ».
â Relecture et mise en page : Koyolite Tseila (webmaster)



