Masqué : L'intégrale
Présentation de l'éditeur
Retrouvez les quatre tomes de la série Masqué au format Long Métrage, dans laquelle Serge Lehman creuse le sillon de son thÚme de prédilection : les super-héros européens.
L'histoire
BlessĂ© au cours d'une mission dans le Caucase, le sergent Braffort regagne Paris aprĂšs six ans d'absence. Il dĂ©couvre une ville en pleine mutation orchestrĂ©e par le prĂ©fet Beauregard : Paris-MĂ©tropole. Une ville oĂč le gigantisme rĂ©tro fait fureur et oĂč se multiplient les "anomalies" que nul ne peut expliquer. Une ville qui va s'emparer de Braffort et lier leurs destins Ă jamais...
Masqué : L'intégrale
Tome 1 â Anomalies (janvier 2012)
Tome 2 â Le jour du Fuseur (juin 2012)
Tome 3 â ChimĂšres et Gargouilles (janvier 2013)
Tome 4 â Le PrĂ©fet spĂ©cial (avril 2013)
Informations
Scénariste : Serge Lehman
Retrouvez les quatre tomes de la série Masqué au format Long Métrage, dans laquelle Serge Lehman creuse le sillon de son thÚme de prédilection : les super-héros européens.
L'histoire
BlessĂ© au cours d'une mission dans le Caucase, le sergent Braffort regagne Paris aprĂšs six ans d'absence. Il dĂ©couvre une ville en pleine mutation orchestrĂ©e par le prĂ©fet Beauregard : Paris-MĂ©tropole. Une ville oĂč le gigantisme rĂ©tro fait fureur et oĂč se multiplient les "anomalies" que nul ne peut expliquer. Une ville qui va s'emparer de Braffort et lier leurs destins Ă jamais...
Masqué : L'intégrale
Tome 1 â Anomalies (janvier 2012)
Tome 2 â Le jour du Fuseur (juin 2012)
Tome 3 â ChimĂšres et Gargouilles (janvier 2013)
Tome 4 â Le PrĂ©fet spĂ©cial (avril 2013)
Informations
Scénariste : Serge Lehman
Illustrateur : Stéphane Créty
Coloriste : Gaétan Georges
Genres : Anticipation, super-héros
Genres : Anticipation, super-héros
Fiche de lecture
Cette sĂ©rie est ma premiĂšre rencontre avec Serge Lehman. Je passais tous mes jeudis soir Ă la bibliothĂšque de Montreuil, en rentrant du boulot. JusquâĂ la fermeture, je rĂ©visais et prĂ©parais des concours de la fonction publique, annales et bouquins empruntĂ©s dans diverses bibliothĂšques parisiennes. Ă la maison, câĂ©tait compliquĂ© de se concentrer avec deux petites filles en bas Ăąge.
Un soir, soulĂ© de ressasser des gĂ©nĂ©ralitĂ©s, je me suis affalĂ© dans le coin lecture. Il y avait une BD dont la couverture montrait Paris au crĂ©puscule, la Tour Eiffel au loin, des gratte-ciels comme si la DĂ©fense avait poussĂ© au pied de Montmartre, et dâĂ©tranges vĂ©hicules en vols stationnaires. Au premier plan, sur le bord dâun toit en zinc, surplombant une trouĂ©e haussmannienne, une silhouette en costume de super-hĂ©ros veillait sur la ville.
Câest ainsi que je suis entrĂ© dans cet univers qui ramĂšne le surhumain sur le vieux continent. Je ne connaissais pas encore la dĂ©marche de lâauteur dans la Brigade ChimĂ©rique, achevĂ©e deux ans plus tĂŽt. Elle consistait Ă montrer comment une certaine force crĂ©atrice, empreinte de sacrĂ© et dâĂ©lĂ©ments surnaturels, avait quittĂ© lâEurope Ă la fin de la Seconde Guerre mondiale pour dĂ©barquer en AmĂ©rique et revivre Ă travers le super-hĂ©roĂŻsme.
Avec MasquĂ©, Serge Lehman pose un nouveau jalon dans cette rĂ©appropriation de notre culture littĂ©raire, Ă la fois populaire et exigeante. Ce nâest pas Ă©tonnant que le Paris de cette histoire soit traversĂ© par des ballons dirigeables, peuplĂ©s de gens de la classe moyenne attifĂ©s comme en 36, et quâun hologramme projette le FantĂŽmas insolent dâAllain et Souvestre. Ce sont les grandes heures du merveilleux-scientifique qui ressurgissent aprĂšs de longues dĂ©cennies.
La sĂ©rie ne semble pas occuper une place majeure dans la biblio de lâauteur, pourtant elle offre autant de niveaux de lectures que la Ville comporte de strates Ă explorer. On regrette mĂȘme de ne pas avoir plus dâoccasions de sâenfoncer dans ses mĂ©andres, de ne pas avoir plus de labyrinthes Ă traverser.
Le premier niveau est la genĂšse du super-hĂ©ros, avec lâaccident originel et plusieurs signes qui nous montrent que le sergent Braffort Ă©volue dans le mĂȘme univers que les encapĂ©s dâoutre-Atlantique. Il dĂ©couvre ses pouvoirs Ă la faveur dâune descente dans les entrailles de la butte Montmartre, aprĂšs la prĂ©sentation de son entourage (sĆurs, amis, amante, collĂšguesâŠ). RecrutĂ© par JoĂ«l Beauregard, le PrĂ©fet de Parisville, il nous fait descendre sous la surface de la MĂ©tropole et ses districts.
Câest la deuxiĂšme strate. Ce PrĂ©fet plĂ©nipotentiaire applique un programme dâinspiration situationniste, assistĂ© dâune psychogĂ©ographe. Cela se manifeste par une obsession pour le gigantisme et un goĂ»t prononcĂ© pour le rĂ©trofuturisme. On comprend peu Ă peu que nous sommes dans lâaprĂšs Brigade[1]. Un reste de magie a survĂ©cu et crĂ©e des « anomalies » un peu partout : robots insectoĂŻdes, kaijus immergĂ©s dans la Seine, et mĂȘme un curieux « Glisseur-Mirage », sorte de Surfeur dâArgent qui a plus Ă voir avec une couverture de Snowboard-Magazine quâavec un hĂ©raut de bouffeur de mondes.
ClĂ©o Villanova, la psychogĂ©ographe qui seconde le PrĂ©fet, explique elle-mĂȘme lâinexpliquĂ© par le terme de « censure causale » : des coĂŻncidences empĂȘchent dâĂ©tudier les anomalies. « Tout se passe comme si lâunivers refusait que nous analysions ces choses. Câest une sorte dâinterdit cosmique. Comme lâimpossibilitĂ© de dĂ©passer la vitesse de la lumiĂšre (âŠ), les lois de la causalitĂ© sont bouleversĂ©es. » Nous le verrons plus loin, cet interdit est une expĂ©rience limite qui ouvre paradoxalement un nouveau champ des possibles.
La ville crĂ©e littĂ©ralement de nouvelles formes de vie. Câest lâapplication de la physique des mĂ©taphores thĂ©orisĂ©e par Serge Lehman : une rĂ©ification pure de la figure de style. Quand on dĂ©crit le situationnisme comme la critique de lâurbanisme moderne et la rĂ©invention du quotidien, quâil faut « faire renaĂźtre le dĂ©sir au cĆur de la ville, y introduire des vertiges et des troubles insoupçonnĂ©s, y inventer des formes de vie inĂ©dites »[2], le PrĂ©fet du prĂ©sent rĂ©cit concrĂ©tise lâimage, lui donne littĂ©ralement corps, Ă travers lâarchitecture, la mode, le design, la production culturelle et les comportements sociaux.
Les facteurs de rĂ©alitĂ© qui rendent la fiction si proche sont bien sĂ»r le cadre familier de Paris Ă peine transformĂ©. La colline de Meudon, le port de Gennevilliers, le pont dâIĂ©na, Montmartre et la Grande Arche sont le dĂ©cor dâun surgissement de lâimpossible, de lâinĂ©dit.
Bien que les effets en soient saisissants, parfois terrifiants, lâaction du PrĂ©fet entĂ©rine lâidĂ©e quâil nây a pas de neutralitĂ© dans lâobservation, que notre rapport Ă la ville est subjectif et nous porte toujours Ă des voies dĂ©tournĂ©es. Ce nâest pas un dictateur qui rĂȘve de lignes droites et de boulevards ouverts pour contrĂŽler les masses. Il ne porte pas de discours aliĂ©nant sur la trinitĂ© capitaliste mĂ©tro-boulot-dodo ni sur une quelconque puretĂ© raciale. Bien que mĂ©galomane, il veut rĂ©veiller quelque chose qui est endormi au sein du collectif. Il faut alors contempler lâabĂźme avec lui et sâapprĂȘter Ă plonger.
Contre le PrĂ©fet se dresse le hĂ©ros, Braffort, empouvoirĂ© malgrĂ© lui, mais aussi une sociĂ©tĂ© secrĂšte gardienne de la Ville (les Nautoniers), la Maire de Paris qui a des airs d'Ălisabeth Conti dans F.A.U.S.T., et une nĂ©buleuse dâactivistes relayĂ©e par les journalistes dâUbu Magazine. Les « Merdre ! » contestataires, la gidouille omniprĂ©sente et les articles signĂ©s D. Faustroll sont autant de rĂ©fĂ©rences au courant P dĂ©crit dans les multiples prĂ©faces de Serge Lehman : une branche de la science-fiction française qui serait hĂ©ritiĂšre dâAlfred Jarry, fondateur de la âPataphysique, avant-gardiste, dĂ©monstrateur de dĂ©mence rationnelle.
Câest le dernier sous-sol que propose MasquĂ© Ă ceux qui prennent la peine de lire entre les lignes. Tout ce qui prĂ©cĂšde concourt Ă creuser plus loin, Ă Ă©clairer les voĂ»tes qui mĂšnent Ă la lĂ©gende du processeur dâhistoire. Ce nâest pas un hasard que le troisiĂšme tome sâintitule ChimĂšres et Gargouilles. On se souvient que ce terme de chimĂšre revient souvent sous la plume de Serge Lehman, dans ses anthologies, ses prĂ©faces et ses articles. Il nous apprend ici leur fonction particuliĂšre sur les cathĂ©drales du Moyen Ăge : Ă la fois dĂ©coratives et protectrices, elles avaient pour mission de chasser les dĂ©mons. MasquĂ© nâappartient pas seulement Ă lâunivers des super-hĂ©ros et Ă celui des histoires de Serge Lehman, il est enchĂąssĂ© dans le mĂ©tatexte, lâHistoire fictive. Il dialogue directement avec Jarry, Debord, Isou, Dantec, Schopenhauer, Baudelaire, Jeury etc. La chimĂšre rĂ©vĂšle les dĂ©mons de Braffort : du fond de lâabĂźme, un squelette qui nous rappelle le docteur SĂ©rum lui intime de faire silence et sortir de lui-mĂȘme. Il est cernĂ© de figures tutĂ©laires parmi lesquelles on reconnaĂźt Lupin, FĂ©lifax, Sherlock Holmes, le Nyctalope, M. Dutilleul, le major Grubert et dâautres.
Ils concentrent Ă eux tous cette idĂ©e mystĂ©rieuse du processeur dâhistoire, la fameuse force crĂ©atrice quâon pensait partie pour le Nouveau Continent. Les anomalies seraient la derniĂšre trace de cette entitĂ©, accessible uniquement au prix dâun vertige, dâune plongĂ©e dans lâabĂźme. Au fond vit encore le magma des rĂ©cits communs.
Le PrĂ©fet Beauregard est le personnage le plus fascinant de cette sĂ©rie. Il rĂ©alise, au sens propre, le programme parachronique de son crĂ©ateur : un prĂ©sent enrichi, une uchronie sans point de divergence, qui permette « de rĂ©vĂ©ler au monde ses rĂȘves inassouvis »[3].
Le dernier tome sâachĂšve en annonçant lâouverture prochaine dâun nouveau cycle, je ne peux que rĂȘver du retour de lâOptimum, et le faire vivre en attendant au-dessus des toits de Paris.
NOTES :
Un soir, soulĂ© de ressasser des gĂ©nĂ©ralitĂ©s, je me suis affalĂ© dans le coin lecture. Il y avait une BD dont la couverture montrait Paris au crĂ©puscule, la Tour Eiffel au loin, des gratte-ciels comme si la DĂ©fense avait poussĂ© au pied de Montmartre, et dâĂ©tranges vĂ©hicules en vols stationnaires. Au premier plan, sur le bord dâun toit en zinc, surplombant une trouĂ©e haussmannienne, une silhouette en costume de super-hĂ©ros veillait sur la ville.
Câest ainsi que je suis entrĂ© dans cet univers qui ramĂšne le surhumain sur le vieux continent. Je ne connaissais pas encore la dĂ©marche de lâauteur dans la Brigade ChimĂ©rique, achevĂ©e deux ans plus tĂŽt. Elle consistait Ă montrer comment une certaine force crĂ©atrice, empreinte de sacrĂ© et dâĂ©lĂ©ments surnaturels, avait quittĂ© lâEurope Ă la fin de la Seconde Guerre mondiale pour dĂ©barquer en AmĂ©rique et revivre Ă travers le super-hĂ©roĂŻsme.
Avec MasquĂ©, Serge Lehman pose un nouveau jalon dans cette rĂ©appropriation de notre culture littĂ©raire, Ă la fois populaire et exigeante. Ce nâest pas Ă©tonnant que le Paris de cette histoire soit traversĂ© par des ballons dirigeables, peuplĂ©s de gens de la classe moyenne attifĂ©s comme en 36, et quâun hologramme projette le FantĂŽmas insolent dâAllain et Souvestre. Ce sont les grandes heures du merveilleux-scientifique qui ressurgissent aprĂšs de longues dĂ©cennies.
La sĂ©rie ne semble pas occuper une place majeure dans la biblio de lâauteur, pourtant elle offre autant de niveaux de lectures que la Ville comporte de strates Ă explorer. On regrette mĂȘme de ne pas avoir plus dâoccasions de sâenfoncer dans ses mĂ©andres, de ne pas avoir plus de labyrinthes Ă traverser.
Le premier niveau est la genĂšse du super-hĂ©ros, avec lâaccident originel et plusieurs signes qui nous montrent que le sergent Braffort Ă©volue dans le mĂȘme univers que les encapĂ©s dâoutre-Atlantique. Il dĂ©couvre ses pouvoirs Ă la faveur dâune descente dans les entrailles de la butte Montmartre, aprĂšs la prĂ©sentation de son entourage (sĆurs, amis, amante, collĂšguesâŠ). RecrutĂ© par JoĂ«l Beauregard, le PrĂ©fet de Parisville, il nous fait descendre sous la surface de la MĂ©tropole et ses districts.
Câest la deuxiĂšme strate. Ce PrĂ©fet plĂ©nipotentiaire applique un programme dâinspiration situationniste, assistĂ© dâune psychogĂ©ographe. Cela se manifeste par une obsession pour le gigantisme et un goĂ»t prononcĂ© pour le rĂ©trofuturisme. On comprend peu Ă peu que nous sommes dans lâaprĂšs Brigade[1]. Un reste de magie a survĂ©cu et crĂ©e des « anomalies » un peu partout : robots insectoĂŻdes, kaijus immergĂ©s dans la Seine, et mĂȘme un curieux « Glisseur-Mirage », sorte de Surfeur dâArgent qui a plus Ă voir avec une couverture de Snowboard-Magazine quâavec un hĂ©raut de bouffeur de mondes.
ClĂ©o Villanova, la psychogĂ©ographe qui seconde le PrĂ©fet, explique elle-mĂȘme lâinexpliquĂ© par le terme de « censure causale » : des coĂŻncidences empĂȘchent dâĂ©tudier les anomalies. « Tout se passe comme si lâunivers refusait que nous analysions ces choses. Câest une sorte dâinterdit cosmique. Comme lâimpossibilitĂ© de dĂ©passer la vitesse de la lumiĂšre (âŠ), les lois de la causalitĂ© sont bouleversĂ©es. » Nous le verrons plus loin, cet interdit est une expĂ©rience limite qui ouvre paradoxalement un nouveau champ des possibles.
La ville crĂ©e littĂ©ralement de nouvelles formes de vie. Câest lâapplication de la physique des mĂ©taphores thĂ©orisĂ©e par Serge Lehman : une rĂ©ification pure de la figure de style. Quand on dĂ©crit le situationnisme comme la critique de lâurbanisme moderne et la rĂ©invention du quotidien, quâil faut « faire renaĂźtre le dĂ©sir au cĆur de la ville, y introduire des vertiges et des troubles insoupçonnĂ©s, y inventer des formes de vie inĂ©dites »[2], le PrĂ©fet du prĂ©sent rĂ©cit concrĂ©tise lâimage, lui donne littĂ©ralement corps, Ă travers lâarchitecture, la mode, le design, la production culturelle et les comportements sociaux.
Les facteurs de rĂ©alitĂ© qui rendent la fiction si proche sont bien sĂ»r le cadre familier de Paris Ă peine transformĂ©. La colline de Meudon, le port de Gennevilliers, le pont dâIĂ©na, Montmartre et la Grande Arche sont le dĂ©cor dâun surgissement de lâimpossible, de lâinĂ©dit.
Bien que les effets en soient saisissants, parfois terrifiants, lâaction du PrĂ©fet entĂ©rine lâidĂ©e quâil nây a pas de neutralitĂ© dans lâobservation, que notre rapport Ă la ville est subjectif et nous porte toujours Ă des voies dĂ©tournĂ©es. Ce nâest pas un dictateur qui rĂȘve de lignes droites et de boulevards ouverts pour contrĂŽler les masses. Il ne porte pas de discours aliĂ©nant sur la trinitĂ© capitaliste mĂ©tro-boulot-dodo ni sur une quelconque puretĂ© raciale. Bien que mĂ©galomane, il veut rĂ©veiller quelque chose qui est endormi au sein du collectif. Il faut alors contempler lâabĂźme avec lui et sâapprĂȘter Ă plonger.
Contre le PrĂ©fet se dresse le hĂ©ros, Braffort, empouvoirĂ© malgrĂ© lui, mais aussi une sociĂ©tĂ© secrĂšte gardienne de la Ville (les Nautoniers), la Maire de Paris qui a des airs d'Ălisabeth Conti dans F.A.U.S.T., et une nĂ©buleuse dâactivistes relayĂ©e par les journalistes dâUbu Magazine. Les « Merdre ! » contestataires, la gidouille omniprĂ©sente et les articles signĂ©s D. Faustroll sont autant de rĂ©fĂ©rences au courant P dĂ©crit dans les multiples prĂ©faces de Serge Lehman : une branche de la science-fiction française qui serait hĂ©ritiĂšre dâAlfred Jarry, fondateur de la âPataphysique, avant-gardiste, dĂ©monstrateur de dĂ©mence rationnelle.
Câest le dernier sous-sol que propose MasquĂ© Ă ceux qui prennent la peine de lire entre les lignes. Tout ce qui prĂ©cĂšde concourt Ă creuser plus loin, Ă Ă©clairer les voĂ»tes qui mĂšnent Ă la lĂ©gende du processeur dâhistoire. Ce nâest pas un hasard que le troisiĂšme tome sâintitule ChimĂšres et Gargouilles. On se souvient que ce terme de chimĂšre revient souvent sous la plume de Serge Lehman, dans ses anthologies, ses prĂ©faces et ses articles. Il nous apprend ici leur fonction particuliĂšre sur les cathĂ©drales du Moyen Ăge : Ă la fois dĂ©coratives et protectrices, elles avaient pour mission de chasser les dĂ©mons. MasquĂ© nâappartient pas seulement Ă lâunivers des super-hĂ©ros et Ă celui des histoires de Serge Lehman, il est enchĂąssĂ© dans le mĂ©tatexte, lâHistoire fictive. Il dialogue directement avec Jarry, Debord, Isou, Dantec, Schopenhauer, Baudelaire, Jeury etc. La chimĂšre rĂ©vĂšle les dĂ©mons de Braffort : du fond de lâabĂźme, un squelette qui nous rappelle le docteur SĂ©rum lui intime de faire silence et sortir de lui-mĂȘme. Il est cernĂ© de figures tutĂ©laires parmi lesquelles on reconnaĂźt Lupin, FĂ©lifax, Sherlock Holmes, le Nyctalope, M. Dutilleul, le major Grubert et dâautres.
Ils concentrent Ă eux tous cette idĂ©e mystĂ©rieuse du processeur dâhistoire, la fameuse force crĂ©atrice quâon pensait partie pour le Nouveau Continent. Les anomalies seraient la derniĂšre trace de cette entitĂ©, accessible uniquement au prix dâun vertige, dâune plongĂ©e dans lâabĂźme. Au fond vit encore le magma des rĂ©cits communs.
Le PrĂ©fet Beauregard est le personnage le plus fascinant de cette sĂ©rie. Il rĂ©alise, au sens propre, le programme parachronique de son crĂ©ateur : un prĂ©sent enrichi, une uchronie sans point de divergence, qui permette « de rĂ©vĂ©ler au monde ses rĂȘves inassouvis »[3].
Le dernier tome sâachĂšve en annonçant lâouverture prochaine dâun nouveau cycle, je ne peux que rĂȘver du retour de lâOptimum, et le faire vivre en attendant au-dessus des toits de Paris.
NOTES :
[1] Charles Dex, qui apparaĂźt dans lâalbum Ultime Renaissance, est un avatar du double littĂ©raire que sâĂ©tait inventĂ© Serge Lehman dans la sĂ©rie de LâEspion de lâĂ©trange.
[2] Philippe Simay, Une autre ville pour une autre vie. Henri Lefebvre et les situationnistes.
[3] Serge Lehman, prĂ©face de lâanthologie Retour sur lâhorizon.



