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Une ville flottante (Jules Verne)

Parution : 1871


đŸȘ¶ | 14/11/2011
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Le Great Eastern par Jules Férat - Domaine public
Le Great Eastern par Jules Férat - Domaine public

Résumé

"Plus qu'un vaisseau, c'est une ville flottante. Si le Great Eastern n'est pas seulement une machine nautique, si c'est un microcosme, un observateur ne s'Ă©tonnera pas d'y rencontrer tous les instincts, tous les ridicules, toutes les passions des hommes."

Les rumeurs vont bon train quand on franchit le pont du Great Eastern : des cabines jusqu'aux cales, il est question d'inquiétantes disparitions...

Un des capitaines aurait pĂ©ri noyĂ©, un passager se serait Ă©garĂ© dans les profondeurs du navire, un mĂ©canicien aurait mĂȘme Ă©tĂ© soudĂ© dans la boĂźte Ă  vapeur !

Hypnotisé par la démesure du bùtiment, le narrateur embarque à son bord pour une traversée qui réserve bien des surprises.

Fiche de lecture

Ce roman de Jules Verne est paru en 1871. Il fait partie de la sĂ©rie « Voyages extraordinaires ». La ville flottante, c'est le Great Eastern, un Ă©norme navire faisant la traversĂ©e Liverpool-New York, Ă  bord duquel se trouvent plusieurs milliers de personnes, avec leurs caractĂšres diffĂ©rents. C’est en somme un Ă©talage de la sociĂ©tĂ©. Le personnage principal du rĂ©cit, c’est le narrateur. On ignore son nom, mais je pense qu’il s’agit de Jules Verne, sachant qu’il a lui-mĂȘme effectuĂ© une traversĂ©e Ă  bord du Great Eastern. « Une Ville flottante » serait donc un hommage au navire.

Le Great Eastern Ă©tait un paquebot transatlantique anglais lancĂ© en 1858. A l’époque, c’était le premier paquebot gĂ©ant et surtout, le plus grand navire jamais construit ! Il Ă©tait cĂ©lĂšbre pour avoir incarnĂ© le gigantisme des projets de Brunel, son concepteur, et de la RĂ©volution industrielle du XIXĂšme siĂšcle. Mais il Ă©tait aussi tristement connu pour les malheurs et Ă©checs qui l’ont accompagnĂ© de sa construction Ă  son exploitation, et pour les lĂ©gendes macabres qui l’entouraient. On racontait que des ouvriers furent emmurĂ©s vivants dans sa double-coque... Bref, tout ceci lui valu d’avoir une rĂ©putation de « navire maudit ».

Ici, le narrateur embarque donc Ă  Liverpool Ă  bord du Great Eastern pour une traversĂ©e de l’Atlantique. Nous sommes en mars 1867. AprĂšs une vingtaine de traversĂ©es entre l’Angleterre et l’AmĂ©rique, dont une marquĂ©e par des accidents graves, l’exploitation du Great Eastern avait Ă©tĂ© abandonnĂ©e. Pourtant, le navire, au vu de ses dimensions extraordinaires, fut le seul capable de poser le cĂąble tĂ©lĂ©graphique entre les deux continents. Ceci lui permit donc de regagner un peu de notoriĂ©tĂ©. Mais pour cette nouvelle tentative de croisiĂšre, il fallait donc qu’il soit remis Ă  neuf et amĂ©nagĂ© pour accueillir des passagers. Les travaux de rĂ©novations n’étant pas achevĂ©s dans les temps, le bateau part avec quelques jours de retard. Lorsque les voyageurs embarquent, la peinture est encore tout fraĂźche et on termine de poser la tapisserie dans les salons. Ce n’est pas un bateau, c’est une ville flottante, un bout de continent amovible, qui accueille 4000 passagers ! Comme sur un immense théùtre, on y rencontre tous les genres de la sociĂ©tĂ©, ce qui amuse et divertit beaucoup le hĂ©ros. Il va d’ailleurs faire la rencontre de l’extravagant Docteur Pitferge, qui deviendra son compagnon de voyage.

Le ton est donnĂ© lorsque le navire quitte Liverpool et remonte la Mersey avant de rejoindre l’ocĂ©an. Un incident survient, tuant quatre personnes et en blessant gravement douze autres. « Un voyage qui commence bien ! », s’écrie Pitferge avec ironie, intimement convaincu que le Great Eastern coulera pendant sa traversĂ©e vers New York. A bord, se succĂšderont toute une sĂ©rie d’évĂ©nements qui entraĂźneront le lecteur dans un voyage inoubliable.

Le rĂ©cit est vraiment trĂšs sympa, mais plus que tout, ce qui m’a troublĂ©e dans ce roman, c’est que Jules Verne dit assez clairement que nul navire n’est insubmersible, et qu’il serait prĂ©tentieux que de croire le contraire, que d’imaginer que l’homme est capable de dompter les humeurs de l’ocĂ©an, juste parce qu’il a conçu un Ă©norme navire. Le narrateur dit Ă©galement qu’à force de vouloir aller toujours plus vite pour effectuer une traversĂ©e, les capitaines de paquebot perdent tout bon sens. Ils prennent des risques qui mettent en pĂ©ril leur paquebot et ses occupants, juste par dĂ©fi de battre un record.

Chapitre 24, le Great Eastern est pris dans un cyclone :
« Cette obstination, cet entĂȘtement du capitaine Ă  lutter contre la mer m’étonnaient. [..] L’aspect de l’Atlantique Ă©tait effrayant. A l’avant, les lames couvraient le navire en grand. Je regardais ce sublime spectacle, ce combat du colosse contre les flots. Je comprenais jusqu’à un certain point cette opiniĂątretĂ© du « maĂźtre aprĂšs Dieu » qui ne voulait pas cĂ©der. Mais j’oubliais que la puissance de la mer est infinie, et que rien ne peut lui rĂ©sister de ce qui est fait de la main de l’homme ! »

Lorsque qu’une voie d’eau se dĂ©clare dans les cales du Great Eastern, parce que la coque a Ă©tĂ© abĂźmĂ©e, le capitaine finit enfin par rĂ©agir. Il donne l’ordre de changer de cap, ce qui pour lui s’apparente Ă  une fuite, et s’écrire, furieux : « Mon navire est dĂ©shonorĂ© ! ».

Je pense que par ces deux extraits, Jules Verne nous donne un bon aperçu de ce qu’est l’arrogance humaine. Plus tard, il conclura ainsi :
« RĂ©pĂ©tons-le aussi, quelle que soit sa puissance, il ne faut pas opposer un navire sans raison Ă  une mer dĂ©montĂ©e. Si grand qu’il soit, si fort qu’on le suppose, un navire n’est pas « dĂ©shonorĂ© » parce qu’il fuit devant la tempĂȘte. Un commandant ne doit jamais oublier que la vie d’un homme vaut plus qu’une satisfaction d’amour-propre. En tout cas, s’obstiner est dangereux, s’entĂȘter est blĂąmable, et un exemple rĂ©cent, une dĂ©plorable catastrophe survenue Ă  l’un des paquebots transocĂ©aniens, prouve qu’un capitaine ne doit pas lutter outre mesure contre la mer, mĂȘme quand il sent sur ses talons le navire d’une compagnie rivale. »

Si tout comme moi vous vous intĂ©ressez Ă  l’histoire du Titanic, vous ne pourrez vous empĂȘcher de faire des parallĂšles – mĂȘme si les conditions ne sont pas tout Ă  fait les mĂȘmes - entre les mises en garde de Jules Verne et le naufrage du gĂ©ant de la White Star qui a eu lieu trente ans plus tard, la nuit du 14 au 15 avril 1912


« Une Ville flottante » est un livre que je vous recommande, en souhaitant que vous aurez tout autant de plaisir Ă  le lire que moi j’en ai eu. A noter Ă©galement que la chute est excellente ! DerriĂšre cette histoire divertissante, teintĂ©e d’ironie et d’humour, force m’est de constater une fois de plus que Jules Verne Ă©tait un visionnaire hors du commun.

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Koyolite Tseila
âš”ïžđŸŠœ Capitaine — PassionnĂ©e de science-fiction, je rĂ©dige des articles depuis l'an 2000, portĂ©e... En savoir plus sur cet auteur


💬 Vos commentaires

1.Posté par Frédéric le 03/03/2017 20:31 | Alerter
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Bonsoir,

je suis en pleine lecture de cet excellent roman de Jules Verne, bien meilleur à mon sens qu'"Autour de le Lune" (par exemple, le sentiment de promiscuité y est bien mieux rendu malgré les 4000 passagers).
Sur le passage dont vous parlez, je fais bien Ă©videmment moi aussi le parallĂšle avec le Titanic, mais quand l'auteur parle d' "un exemple rĂ©cent, une dĂ©plorable catastrophe survenue Ă  l’un des paquebots transocĂ©aniens", sachant que le livre a Ă©tĂ© Ă©ditĂ© en 1871, je me pose la question de quelle catastrophe il s'agit. Mes recherches sur internet (courtes je dois l'avouer) n'ont rien donnĂ©.
Peut-ĂȘtre pourrez-vous Ă©clairer ma lanterne, ou plutĂŽt mon fanal ?

Merci Ă  vous.
Bien cordialement,
Fred

2.Posté par Koyolite TSEILA le 04/03/2017 09:31 | Alerter
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KoyoliteTseila
Bonjour Fred, en effet, cet ouvrage est excellent. La question que vous soulevez est intĂ©ressante, et je suis contente que celle-ci vous interpelle, car figurez-vous qu’à l’époque de ma lecture, j’ai fait aussi quelques recherches de mon cĂŽtĂ©, ma curiositĂ© ayant Ă©tĂ© titillĂ©e.

En 1870, lorsque la White Star Line (fondĂ©e en 1845) tente de s’implanter sur le marchĂ© transatlantique, il y a dĂ©jĂ  4 autres compagnies bien implantĂ©es sur la ligne Liverpool – New York : la Cunard Line, la Guion Line, l’Inman Line et la National Line. On peut dĂšs lors supposer que l’incident dont il est question se rapporte Ă©ventuellement Ă  l’un des navires de l’une de ces quatre compagnies dĂ©jĂ  bien implantĂ©es. On peut – je pense - exclure la White Star, sa premiĂšre grande catastrophe maritime s’étant produite en 1873 avec le naufrage de l’Atlantic. La Guion Line – par exemple - a perdu 2 navires, l’un en 1868 et l’autre en 1869 (naufrages). L’Inman Line, de 1852 Ă  1870 a perdu pas moins de 6 navires, dont le Glasgow (1865) qui a coulĂ© aprĂšs un incendie en mer, et la catastrophe la plus rĂ©cente en 1870 : la perte du City of Boston (177 disparus).

Voici donc Ă  quoi mes recherches m’ont conduite, mais cela ne me permet malheureusement pas pour autant de dĂ©finir avec certitude Ă  quel paquebot Jules Verne fait allusion.

Cordialement
Koyolite Tseila

3.Posté par Christobal COLUMBUS le 18/10/2020 13:49 | Alerter
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ChristoColumbus
Si je devais utiliser le style d’écriture de Jules Verne, je dirais « Ce petit roman me fut fort plaisant ».
En effet, un passionnĂ© d’Histoire (avec un grand H) et de bateaux tel que je suis se devait de lire ce livre.
Naissance du roman :
En 1867, Jules Verne effectue un voyage au USA avec son frĂšre Paul, Ă  bord du premier et plus gros paquebot gĂ©ant du Monde : le « Great Eastern ». Le navire d’une capacitĂ© de 4000 personnes fait 211m de long, 25m de large et est Ă©quipĂ© en propulsion de 6 mĂąts, 1 moteur Ă  hĂ©lice et 1 moteur pour les 2 gigantesques roues Ă  aubes. Jules Verne dira que c’est une vĂ©ritable ville flottante et en publiera un roman en 1870 dans lequel est sera narrateur et acteur de son histoire et dans laquelle il emploiera les vĂ©ritables noms de quelques personnes rencontrĂ©es Ă  bord.
Mon avis perso :
Bon... Tout d’abord je ne conseille pas de lire ce livre Ă  celui qui n’est pas intĂ©ressĂ© par les bateaux.
En effet, J.Verne explique - et mĂȘme dĂ©cortique - le navire dans ses moindres recoins et utilise assez souvent des dĂ©tails techniques que moi-mĂȘme ai difficile Ă  assimiler.
Au fur et Ă  mesure de la lecture, on ressent vraiment ce qu’a pu Ă©prouver J.Verne Ă  bord de ce transatlantique.
Les pages dĂ©filent rapidement et on a l’impression de rĂ©ellement ĂȘtre Ă  bord avec le narrateur, sur les diffĂ©rents ponts comme dans la salle de restaurant oĂč tout compte fait, il ne s’y passe pas grand-chose.
PrĂ©sence d’icebergs, incidents, accidents et tempĂȘtes viennent d’ailleurs « animer » (si je peux m’exprimer ainsi) cette histoire quelque peu aussi romancĂ©e d’une histoire d’amour-jalousie-persĂ©cution mais je n’en dirai pas plus.
En entrant dans les derniers chapitres, on se demande un peu oĂč veut aller l’auteur pour terminer son histoire et les dĂ©tails deviennent mĂȘme un peu longs et pĂ©nibles mais on n’est pas déçu de la fin.
En tout cas, on baigne vraiment dans cette pĂ©riode victorienne et ses mentalitĂ©s. On rĂ©alise aussi ce que l’Homme est capable de faire en constructions, inventions, dĂ©sir de ce gigantisme du « toujours plus grand, toujours plus vite, toujours fort
 »
Le style d’écriture de Jules Verne est gĂ©nial et je n’ai qu’un mot Ă  dire Ă  celui qui dĂ©sire lire ce roman : « Bienvenue Ă  bord du Great Eastern ! »
j'ai aussi fait mention de ce bateau dans l'un de mes trois articles "Une société de consommation partie-3 : consommation de la communication"

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