Résumé
"Plus qu'un vaisseau, c'est une ville flottante. Si le Great Eastern n'est pas seulement une machine nautique, si c'est un microcosme, un observateur ne s'étonnera pas d'y rencontrer tous les instincts, tous les ridicules, toutes les passions des hommes."
Les rumeurs vont bon train quand on franchit le pont du Great Eastern : des cabines jusqu'aux cales, il est question d'inquiétantes disparitions...
Un des capitaines aurait pĂ©ri noyĂ©, un passager se serait Ă©garĂ© dans les profondeurs du navire, un mĂ©canicien aurait mĂȘme Ă©tĂ© soudĂ© dans la boĂźte Ă vapeur !
Hypnotisé par la démesure du bùtiment, le narrateur embarque à son bord pour une traversée qui réserve bien des surprises.
Les rumeurs vont bon train quand on franchit le pont du Great Eastern : des cabines jusqu'aux cales, il est question d'inquiétantes disparitions...
Un des capitaines aurait pĂ©ri noyĂ©, un passager se serait Ă©garĂ© dans les profondeurs du navire, un mĂ©canicien aurait mĂȘme Ă©tĂ© soudĂ© dans la boĂźte Ă vapeur !
Hypnotisé par la démesure du bùtiment, le narrateur embarque à son bord pour une traversée qui réserve bien des surprises.
Fiche de lecture
Ce roman de Jules Verne est paru en 1871. Il fait partie de la sĂ©rie « Voyages extraordinaires ». La ville flottante, c'est le Great Eastern, un Ă©norme navire faisant la traversĂ©e Liverpool-New York, Ă bord duquel se trouvent plusieurs milliers de personnes, avec leurs caractĂšres diffĂ©rents. Câest en somme un Ă©talage de la sociĂ©tĂ©. Le personnage principal du rĂ©cit, câest le narrateur. On ignore son nom, mais je pense quâil sâagit de Jules Verne, sachant quâil a lui-mĂȘme effectuĂ© une traversĂ©e Ă bord du Great Eastern. « Une Ville flottante » serait donc un hommage au navire.
Le Great Eastern Ă©tait un paquebot transatlantique anglais lancĂ© en 1858. A lâĂ©poque, câĂ©tait le premier paquebot gĂ©ant et surtout, le plus grand navire jamais construit ! Il Ă©tait cĂ©lĂšbre pour avoir incarnĂ© le gigantisme des projets de Brunel, son concepteur, et de la RĂ©volution industrielle du XIXĂšme siĂšcle. Mais il Ă©tait aussi tristement connu pour les malheurs et Ă©checs qui lâont accompagnĂ© de sa construction Ă son exploitation, et pour les lĂ©gendes macabres qui lâentouraient. On racontait que des ouvriers furent emmurĂ©s vivants dans sa double-coque... Bref, tout ceci lui valu dâavoir une rĂ©putation de « navire maudit ».
Ici, le narrateur embarque donc Ă Liverpool Ă bord du Great Eastern pour une traversĂ©e de lâAtlantique. Nous sommes en mars 1867. AprĂšs une vingtaine de traversĂ©es entre lâAngleterre et lâAmĂ©rique, dont une marquĂ©e par des accidents graves, lâexploitation du Great Eastern avait Ă©tĂ© abandonnĂ©e. Pourtant, le navire, au vu de ses dimensions extraordinaires, fut le seul capable de poser le cĂąble tĂ©lĂ©graphique entre les deux continents. Ceci lui permit donc de regagner un peu de notoriĂ©tĂ©. Mais pour cette nouvelle tentative de croisiĂšre, il fallait donc quâil soit remis Ă neuf et amĂ©nagĂ© pour accueillir des passagers. Les travaux de rĂ©novations nâĂ©tant pas achevĂ©s dans les temps, le bateau part avec quelques jours de retard. Lorsque les voyageurs embarquent, la peinture est encore tout fraĂźche et on termine de poser la tapisserie dans les salons. Ce nâest pas un bateau, câest une ville flottante, un bout de continent amovible, qui accueille 4000 passagers ! Comme sur un immense théùtre, on y rencontre tous les genres de la sociĂ©tĂ©, ce qui amuse et divertit beaucoup le hĂ©ros. Il va dâailleurs faire la rencontre de lâextravagant Docteur Pitferge, qui deviendra son compagnon de voyage.
Le ton est donnĂ© lorsque le navire quitte Liverpool et remonte la Mersey avant de rejoindre lâocĂ©an. Un incident survient, tuant quatre personnes et en blessant gravement douze autres. « Un voyage qui commence bien ! », sâĂ©crie Pitferge avec ironie, intimement convaincu que le Great Eastern coulera pendant sa traversĂ©e vers New York. A bord, se succĂšderont toute une sĂ©rie dâĂ©vĂ©nements qui entraĂźneront le lecteur dans un voyage inoubliable.
Le rĂ©cit est vraiment trĂšs sympa, mais plus que tout, ce qui mâa troublĂ©e dans ce roman, câest que Jules Verne dit assez clairement que nul navire nâest insubmersible, et quâil serait prĂ©tentieux que de croire le contraire, que dâimaginer que lâhomme est capable de dompter les humeurs de lâocĂ©an, juste parce quâil a conçu un Ă©norme navire. Le narrateur dit Ă©galement quâĂ force de vouloir aller toujours plus vite pour effectuer une traversĂ©e, les capitaines de paquebot perdent tout bon sens. Ils prennent des risques qui mettent en pĂ©ril leur paquebot et ses occupants, juste par dĂ©fi de battre un record.
Chapitre 24, le Great Eastern est pris dans un cyclone :
Lorsque quâune voie dâeau se dĂ©clare dans les cales du Great Eastern, parce que la coque a Ă©tĂ© abĂźmĂ©e, le capitaine finit enfin par rĂ©agir. Il donne lâordre de changer de cap, ce qui pour lui sâapparente Ă une fuite, et sâĂ©crire, furieux : « Mon navire est dĂ©shonorĂ© ! ».
Je pense que par ces deux extraits, Jules Verne nous donne un bon aperçu de ce quâest lâarrogance humaine. Plus tard, il conclura ainsi :
Si tout comme moi vous vous intĂ©ressez Ă lâhistoire du Titanic, vous ne pourrez vous empĂȘcher de faire des parallĂšles â mĂȘme si les conditions ne sont pas tout Ă fait les mĂȘmes - entre les mises en garde de Jules Verne et le naufrage du gĂ©ant de la White Star qui a eu lieu trente ans plus tard, la nuit du 14 au 15 avril 1912âŠ
« Une Ville flottante » est un livre que je vous recommande, en souhaitant que vous aurez tout autant de plaisir Ă le lire que moi jâen ai eu. A noter Ă©galement que la chute est excellente ! DerriĂšre cette histoire divertissante, teintĂ©e dâironie et dâhumour, force mâest de constater une fois de plus que Jules Verne Ă©tait un visionnaire hors du commun.
Le Great Eastern Ă©tait un paquebot transatlantique anglais lancĂ© en 1858. A lâĂ©poque, câĂ©tait le premier paquebot gĂ©ant et surtout, le plus grand navire jamais construit ! Il Ă©tait cĂ©lĂšbre pour avoir incarnĂ© le gigantisme des projets de Brunel, son concepteur, et de la RĂ©volution industrielle du XIXĂšme siĂšcle. Mais il Ă©tait aussi tristement connu pour les malheurs et Ă©checs qui lâont accompagnĂ© de sa construction Ă son exploitation, et pour les lĂ©gendes macabres qui lâentouraient. On racontait que des ouvriers furent emmurĂ©s vivants dans sa double-coque... Bref, tout ceci lui valu dâavoir une rĂ©putation de « navire maudit ».
Ici, le narrateur embarque donc Ă Liverpool Ă bord du Great Eastern pour une traversĂ©e de lâAtlantique. Nous sommes en mars 1867. AprĂšs une vingtaine de traversĂ©es entre lâAngleterre et lâAmĂ©rique, dont une marquĂ©e par des accidents graves, lâexploitation du Great Eastern avait Ă©tĂ© abandonnĂ©e. Pourtant, le navire, au vu de ses dimensions extraordinaires, fut le seul capable de poser le cĂąble tĂ©lĂ©graphique entre les deux continents. Ceci lui permit donc de regagner un peu de notoriĂ©tĂ©. Mais pour cette nouvelle tentative de croisiĂšre, il fallait donc quâil soit remis Ă neuf et amĂ©nagĂ© pour accueillir des passagers. Les travaux de rĂ©novations nâĂ©tant pas achevĂ©s dans les temps, le bateau part avec quelques jours de retard. Lorsque les voyageurs embarquent, la peinture est encore tout fraĂźche et on termine de poser la tapisserie dans les salons. Ce nâest pas un bateau, câest une ville flottante, un bout de continent amovible, qui accueille 4000 passagers ! Comme sur un immense théùtre, on y rencontre tous les genres de la sociĂ©tĂ©, ce qui amuse et divertit beaucoup le hĂ©ros. Il va dâailleurs faire la rencontre de lâextravagant Docteur Pitferge, qui deviendra son compagnon de voyage.
Le ton est donnĂ© lorsque le navire quitte Liverpool et remonte la Mersey avant de rejoindre lâocĂ©an. Un incident survient, tuant quatre personnes et en blessant gravement douze autres. « Un voyage qui commence bien ! », sâĂ©crie Pitferge avec ironie, intimement convaincu que le Great Eastern coulera pendant sa traversĂ©e vers New York. A bord, se succĂšderont toute une sĂ©rie dâĂ©vĂ©nements qui entraĂźneront le lecteur dans un voyage inoubliable.
Le rĂ©cit est vraiment trĂšs sympa, mais plus que tout, ce qui mâa troublĂ©e dans ce roman, câest que Jules Verne dit assez clairement que nul navire nâest insubmersible, et quâil serait prĂ©tentieux que de croire le contraire, que dâimaginer que lâhomme est capable de dompter les humeurs de lâocĂ©an, juste parce quâil a conçu un Ă©norme navire. Le narrateur dit Ă©galement quâĂ force de vouloir aller toujours plus vite pour effectuer une traversĂ©e, les capitaines de paquebot perdent tout bon sens. Ils prennent des risques qui mettent en pĂ©ril leur paquebot et ses occupants, juste par dĂ©fi de battre un record.
Chapitre 24, le Great Eastern est pris dans un cyclone :
« Cette obstination, cet entĂȘtement du capitaine Ă lutter contre la mer mâĂ©tonnaient. [..] Lâaspect de lâAtlantique Ă©tait effrayant. A lâavant, les lames couvraient le navire en grand. Je regardais ce sublime spectacle, ce combat du colosse contre les flots. Je comprenais jusquâĂ un certain point cette opiniĂątretĂ© du « maĂźtre aprĂšs Dieu » qui ne voulait pas cĂ©der. Mais jâoubliais que la puissance de la mer est infinie, et que rien ne peut lui rĂ©sister de ce qui est fait de la main de lâhomme ! »
Lorsque quâune voie dâeau se dĂ©clare dans les cales du Great Eastern, parce que la coque a Ă©tĂ© abĂźmĂ©e, le capitaine finit enfin par rĂ©agir. Il donne lâordre de changer de cap, ce qui pour lui sâapparente Ă une fuite, et sâĂ©crire, furieux : « Mon navire est dĂ©shonorĂ© ! ».
Je pense que par ces deux extraits, Jules Verne nous donne un bon aperçu de ce quâest lâarrogance humaine. Plus tard, il conclura ainsi :
« RĂ©pĂ©tons-le aussi, quelle que soit sa puissance, il ne faut pas opposer un navire sans raison Ă une mer dĂ©montĂ©e. Si grand quâil soit, si fort quâon le suppose, un navire nâest pas « dĂ©shonorĂ© » parce quâil fuit devant la tempĂȘte. Un commandant ne doit jamais oublier que la vie dâun homme vaut plus quâune satisfaction dâamour-propre. En tout cas, sâobstiner est dangereux, sâentĂȘter est blĂąmable, et un exemple rĂ©cent, une dĂ©plorable catastrophe survenue Ă lâun des paquebots transocĂ©aniens, prouve quâun capitaine ne doit pas lutter outre mesure contre la mer, mĂȘme quand il sent sur ses talons le navire dâune compagnie rivale. »
Si tout comme moi vous vous intĂ©ressez Ă lâhistoire du Titanic, vous ne pourrez vous empĂȘcher de faire des parallĂšles â mĂȘme si les conditions ne sont pas tout Ă fait les mĂȘmes - entre les mises en garde de Jules Verne et le naufrage du gĂ©ant de la White Star qui a eu lieu trente ans plus tard, la nuit du 14 au 15 avril 1912âŠ
« Une Ville flottante » est un livre que je vous recommande, en souhaitant que vous aurez tout autant de plaisir Ă le lire que moi jâen ai eu. A noter Ă©galement que la chute est excellente ! DerriĂšre cette histoire divertissante, teintĂ©e dâironie et dâhumour, force mâest de constater une fois de plus que Jules Verne Ă©tait un visionnaire hors du commun.


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