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Histoires maritimes

        

Nul besoin d'être un géant des mers pour écrire l'Histoire - Chapitre 3 - Nomadic


Rédigé par le 12/09/2020 | Lu 144 fois




Quand la chance choisit son bateau...

1910, début du 20e siècle et début de l’âge d’or des voyages transatlantiques entre la Grande-Bretagne et les USA, un petit navire voit le jour dans un chantier naval de Belfast en Irlande du Nord.

Il est lancé le 25 avril 1911 et porte le nom de NOMADIC.

Petit navire de 67m sur 11m de large et doté de 14 membres d’équipage, il peut tout de même accueillir 1000 passagers.

Si petit et autant de monde ? Mais à quoi peut-il bien servir ?

Sa mission est simple.

En Angleterre, la White Star Line, leader dans les voyages vers les USA et voulant contrer sa rivale la Cunard Line, vient de construire deux très grands paquebots : l’OLYMPIC et le TITANIC.

Économiquement et surtout techniquement, ces géants des mers ne peuvent pas se dérouter et accoster de port en port pour embarquer tous leurs voyageurs. C’est donc la raison pour laquelle la White Star Line met en service de petits navetteurs.

Le NOMADIC est donc destiné à faire les trajets entre la France (port de Cherbourg) et le lieu où le paquebot attend en mer. On dit alors que le navire « mouille en rade ».

Le 10 avril 1912, le NOMADIC est donc nommé pour transborder une partie des passagers français vers le TITANIC : 148 passagers de première classe et 30 de deuxième classe.

Nul besoin d'être un géant des mers pour écrire l'Histoire - Chapitre 3 - Nomadic
A cette époque, il est de coutume de séparer les troisièmes classes. C’est un autre transbordeur qui s’en charge : le TRAFFIC embarque alors 102 immigrants de troisième classe, ainsi que le courrier postal.

Le NOMADIC étant un transbordeur récent de la White Star Line, sa ligne ressemble beaucoup à celle des grands paquebots de la société : une proue (avant) très droite, la poupe (arrière) en forme de voûte, une coque noire et blanche avec une ligne jaune intermédiaire et sa seule cheminée jaune à bande noir lui vaudront très rapidement le surnom de « petit frère du Titanic ».

Après la catastrophe du TITANIC, les deux transbordeurs continuent leur service pour d’autres navires.

Durant la première guerre mondiale, ils sont affectés tout d’abord au transport des troupes américaines, puis dans la dangereuse mission de dragueurs de mines jusqu’en 1919.

Vers 1930, suite à une crise financière touchant les USA et qui s’étend à tous les pays occidentaux, les compagnies maritimes sont obligées de réduire leurs dépenses.

La White Star Line se sépare alors de ses deux « petits » bateaux.

Les NOMADIC et TRAFFIC sont revendus à une société de remorquage et sauvetage de Cherbourg en 1934.

Ils sont rebaptisés respectivement INGÉNIEUR MINARD et INGÉNIEUR REIBELL.

1939 l’Europe replonge une nouvelle fois dans la guerre.

L’INGÉNIEUR REIBELL est aussitôt reconverti en mouilleur de mines.

Les Allemands arrivant rapidement à Cherbourg, l’INGÉNIEUR MINARD (ex-NOMADIC) participe activement à l’évacuation des troupes et du personnel d’une usine d’aéronautique.

Il quitte de justesse Cherbourg en direction de l’Angleterre.

L’INGÉNIEUR REIBELL (ex-TRAFFIC) est pris par l’occupant et démoli en 1941.

Réquisitionné par la Royal-Navy, l’ex-NOMADIC est utilisé intensivement comme transporteur de troupes.

Il est au bout du rouleau à la fin de la guerre et l’armée décide de l’envoyer à la casse. Coup de chance, son armateur français insiste auprès de la Royal Navy pour récupérer son bateau.

Dès son retour, il est mis en cale sèche et est totalement rénové.

L’INGÉNIEUR MINARD continue ensuite son service pour les grands paquebots jusqu’en 1952, année durant laquelle le port de Cherbourg peut accueillir directement les grands navires.

L’arrivée des avions à réaction dans les longs courriers donne un grand coup aux voyages transatlantiques dès 1960.
 
Le 4 novembre 1968, l’INGÉNIEUR MINARD effectue son dernier voyage en transbordant ses passagers sur le grand paquebot QUEEN ELIZABETH et est à nouveau destiné à la démolition en étant revendu à la Société Maritime de Récupération.


Un nouveau coup de chance :

Roland Spinnewyne, un dynamique chef d’entreprise le rachète pour en faire un restaurant flottant.

Le 26 avril 1969, il est remorqué de Cherbourg au Havre jusque Rouen où il sera en partie démonté. En effet, certains de ses éléments ne lui permettront pas de passer les ponts de la Seine. Il est ensuite remorqué jusque Conflans-Saint-Honorine, chez son armateur près de Paris.

Il y reste 4 ans sans que rien ne soit fait...

Par manque d’argent, Roland Spinnewyne abandonne son projet mais garde le bateau qui sera pillé.

Contraint de se résigner à s’en débarrasser, le bateau est à nouveau destiné à être démoli.
Nul besoin d'être un géant des mers pour écrire l'Histoire - Chapitre 3 - Nomadic

La chance toujours...

Octobre 1974, Yvon Vincent, ancien agent immobilier, rachète le bateau et lui rend sa première identité le NOMADIC.

Il lui faut 3 ans pour le rénover en salle de réception flottante. En 1977, le NOMADIC devient un luxueux navire; endroit très branché à la décoration années 70 et très sollicité pour de nombreuses manifestations !

Des années 90 improbables :

1997, James Cameron sort son nouveau film sur le TITANIC et pulvérise les records d’entrées.

Le public pleure devant l’histoire du grand paquebot et par l’entrefaite à Paris, on redécouvre le NOMADIC…

Malheureusement en 1999, afin de respecter les normes européennes, les autorités ordonnent une inspection complète de la coque du bateau. Le passage en cale sèche impose à l’armateur certaines procédures beaucoup trop coûteuses.

Le NOMADIC est encore mis hors service et en attente de sa destinée durant plusieurs années.

Les loyers d’emplacement ne sont plus payés, le navire se dégrade. Le Port Autonome de Paris obtient l’autorisation du tribunal de saisir le bateau.

Il semble que la démolition soit inévitable...

Une dernière chance :

Mise au courant des derniers évènements, l’AFT (Association Française du Titanic) parvient à organiser un vaste mouvement de défense du NOMADIC.

Grâce à cela, le 4 avril 2003, le ministère de la Culture engage une procédure pour son classement parmi les monuments historiques.

Toutes les superstructures du bateau sont démontées. Il ne reste que la coque et ses armements de base.

Racheté par le « Department of Social Development of Northern Ireland », les restes du petit navire sont chargés sur une barge le 9 juillet 2006.

Le NOMADIC se retrouve sur son lieu de naissance à Belfast le 15 juillet 2006. Il sera remis dans l’état exact dans lequel il était en 1911 !

Parmi ses innombrables passagers, le NOMADIC a, entre autres, accueillis plusieurs célébrités telles que :

  • Bruce Ismay : président de la White Star Line, lors du voyage inaugural du TITANIC.
  • Molly Brown : une rescapée du Titanic (barque n°6) qui avait convaincu l’officier de faire demi-tour pour sauver d’autres naufragés.
  • Marie Curie : Physicienne et chimiste, première femme à avoir le prix Nobel de chimie pour ses études sur la radiation, passagère en 1921.
  • Charlie Chaplin : lors d’une escale du RMS QUEEN ELIZABETH à Cherbourg en 1952.
  • Johnny Weismuller : l’acteur qui a joué Tarzan se rendait aux jeux olympiques de Paris en 1924.
  • Elizabeth Taylor et Richard Burton : célèbres acteurs britanniques en visite en France en 1964.
  • James Cameron : le réalisateur du film TITANIC a demandé une visite du NOMADIC lorsqu’il était encore en rénovation en 2012.

Contrairement à son frère géant, qui n’a vécu qu’une succession de malchances en seulement 4 jours, le « petit frère du TITANIC » aura eu droit à plus de 100 années inespérées de chance…

Aujourd’hui, le NOMADIC est exposé au musée Titanic Quarter à Belfast.

Il ne naviguera jamais plus… que sur un long repos bien mérité…

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Commentaires

1.Posté par Thierry B. le 14/09/2020 00:33 | Alerter
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ThierryB
Quelle histoire mouvementée !

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