Sherlock Holmes : une Odyssée martienne (Jean-Pierre Andrevon, 2022)
Avec cette nouvelle inĂ©dite, Jean-Pierre Andrevon nous invite Ă assister aux retrouvailles de Sherlock et de Watson qui ne se sont plus revus depuis quelques annĂ©es, des Ă©vĂ©nements graves faisant que chacun a Ă©tĂ© trĂšs occupĂ© de son cĂŽtĂ©. Donc une trentaine dâannĂ©es aprĂšs leur toute premiĂšre enquĂȘte Une Ă©tude en rouge (1887), nous retrouvons les deux amis - qui ont pris un petit coup de vieux - rĂ©unis auprĂšs de lâĂątre au 221B Baker Street. Confortablement assis dans le canapĂ© face Ă un Sherlock bien calĂ© dans son fauteuil, un verre de vin rouge en main, nous lâĂ©coutons narrer lâincroyable mission quâil a effectuĂ©e pour le compte de son frĂšre Mycroft durant la PremiĂšre Guerre mondiale. Il sâagissait pour Sherlock de se faire prisonnier, afin de pouvoir traverser les lignes de front pour gagner le cĆur de lâAllemagne et dĂ©couvrir ce quâil sây mijotait, tout particuliĂšrement au sein dâun aĂ©rodrome, base de dĂ©part pour des engins volants fabriquĂ©s par les Teutons dans un endroit beaucoup plus Ă©loignĂ© et inatteignable, Ă savoir⊠sur Mars !
Moi qui viens de lire Simulacres martiens dâEric Brown, je pourrais penser que la tendance est Ă envoyer Sherlock sur Mars đ. A lâoccasion, jâavais Ă©galement fait part de mes rĂ©serves quant au fait de sâapproprier des personnages créés par autrui pour les rĂ©utiliser Ă sa sauce et de maniĂšre pas toujours rĂ©ussie, il faut le dire.
Eh bien, en lâoccurrence, jâai Ă©tĂ© agrĂ©ablement surprise. Cette histoire, trĂšs bien Ă©crite et intrigante, mâa embarquĂ©e dâentrĂ©e. Jâai Ă©galement retrouvĂ© avec plaisir les traits de caractĂšre, ainsi que leur façon de sâexprimer, propres Ă chacun des protagonistes (Sherlock, Watson, Mme Hudson, Mycroft) et antagoniste (Moriarty). Le clin dâĆil Ă H.G. Wells mâa fait sourire, il est placĂ© au bon moment dans le texte.
Je me suis Ă©galement amusĂ©e Ă la lecture de certains mots « allemands » qui en fait ne le sont pas du tout, parce quâils sont traduits littĂ©ralement et ne veulent rien dire, du genre « Eisenarbeitrer ». Cela ne mâĂ©tonne pas que Sherlock se soit fait rapidement pincer en sâadressant ainsi aux Prussiens ! đ
En tant quâamatrice des enquĂȘtes du cĂ©lĂšbre dĂ©tective du 221B Baker Street et sachant que le machiavĂ©lique Moriarty â revenu dâentre les morts â est dans le coup, jâai vu arriver la chute, que jâai trouvĂ© bienvenue et subtilement amenĂ©e. Dâautres lecteurs, Ă lâinstar de ce cher Watson, se feront trĂšs certainement piĂ©ger. Jâen ris dâavance.
De par son style, sa forme, la maniĂšre dont les faits sont exposĂ©s et sa chute, cette nouvelle aurait pu ĂȘtre Ă©crite par Sir Arthur Conan Doyle lui-mĂȘme. Imitation doylesque rĂ©ussie donc, dont la lecture mâa fait plaisir, moi qui aurais tant voulu avoir davantage dâenquĂȘtes de Sherlock Holmes Ă me mettre sous la dent.
TrĂšs chouette nouvelle.
Moi qui viens de lire Simulacres martiens dâEric Brown, je pourrais penser que la tendance est Ă envoyer Sherlock sur Mars đ. A lâoccasion, jâavais Ă©galement fait part de mes rĂ©serves quant au fait de sâapproprier des personnages créés par autrui pour les rĂ©utiliser Ă sa sauce et de maniĂšre pas toujours rĂ©ussie, il faut le dire.
Eh bien, en lâoccurrence, jâai Ă©tĂ© agrĂ©ablement surprise. Cette histoire, trĂšs bien Ă©crite et intrigante, mâa embarquĂ©e dâentrĂ©e. Jâai Ă©galement retrouvĂ© avec plaisir les traits de caractĂšre, ainsi que leur façon de sâexprimer, propres Ă chacun des protagonistes (Sherlock, Watson, Mme Hudson, Mycroft) et antagoniste (Moriarty). Le clin dâĆil Ă H.G. Wells mâa fait sourire, il est placĂ© au bon moment dans le texte.
« Mars ? Vous voulez dire la planÚte Mars ? Celle de monsieur Wells ? » (Watson à Sherlock)
Je me suis Ă©galement amusĂ©e Ă la lecture de certains mots « allemands » qui en fait ne le sont pas du tout, parce quâils sont traduits littĂ©ralement et ne veulent rien dire, du genre « Eisenarbeitrer ». Cela ne mâĂ©tonne pas que Sherlock se soit fait rapidement pincer en sâadressant ainsi aux Prussiens ! đ
En tant quâamatrice des enquĂȘtes du cĂ©lĂšbre dĂ©tective du 221B Baker Street et sachant que le machiavĂ©lique Moriarty â revenu dâentre les morts â est dans le coup, jâai vu arriver la chute, que jâai trouvĂ© bienvenue et subtilement amenĂ©e. Dâautres lecteurs, Ă lâinstar de ce cher Watson, se feront trĂšs certainement piĂ©ger. Jâen ris dâavance.
De par son style, sa forme, la maniĂšre dont les faits sont exposĂ©s et sa chute, cette nouvelle aurait pu ĂȘtre Ă©crite par Sir Arthur Conan Doyle lui-mĂȘme. Imitation doylesque rĂ©ussie donc, dont la lecture mâa fait plaisir, moi qui aurais tant voulu avoir davantage dâenquĂȘtes de Sherlock Holmes Ă me mettre sous la dent.
TrĂšs chouette nouvelle.
Mille Marées (IrÚne Rodha, prix Alain le Bussy, 2022)
« Aucune intelligence ne peut faire un choix arbitraire à cent pour cent. Il y a toujours une logique sous-jacente, souvent totalement inconsciente. Il y a toujours quelque chose qui fait pencher pour une décision. »
Quelque part dans lâunivers, sur une planĂšte inconnueâŠ
Une androĂŻde gĂźt au bord dâune mer, adossĂ©e Ă une plante gigantesque. Son torse est lacĂ©rĂ©, ses membres sont tous cabossĂ©s ; elle ne peut plus marcher. Dans cette inconfortable situation, elle tente de rĂ©gĂ©nĂ©rer ses circuits, mais les ressources lui manquent et la mĂ©tĂ©o se montre de plus en plus impitoyable, dĂ©chaĂźnant les Ă©lĂ©ments et faisant monter la marĂ©e.
Elle attend, lĂ , seule, la panne ultime, tout en rĂ©flĂ©chissant Ă ce qui a bien pu se passer pour quâelle se retrouve ici. Hormis quelques bribes de souvenirs, elle ne se souvient plus de rien.
Son regard se perd alors vers le ciel. OĂč est son capitaine ? Reviendra-t-il la chercher ?
Bon sang, quelle nouvelle ! Jâen ai les larmes aux yeux. Sous couvert de la science-fiction, IrĂšne Rodha aborde des thĂšmes lourds, tels que lâabandon, la solitude, la dĂ©gĂ©nĂ©rescence, lâattente de la mort, la dĂ©livranceâŠ
Sous sa plume poĂ©tique, naissent des mots, des couleurs, des paysages, un univers Ă la faune exotique. Et des surprises aussi. La narration sous la forme dâun journal de bord truffĂ© de pensĂ©es â si je puis dire â intimes rend dâemblĂ©e sensible au sort de cette androĂŻde mal au point.
Je ressors de cette lecture Ă la fois bouleversĂ©e et Ă©merveillĂ©e, avec des images plein les yeux. Mille marĂ©es, et tout autant dâĂ©motions et de rĂ©flexions.
En un mot : magnifique !
Une nouvelle pour laquelle j'ai eu un coup de đ€.
Une véritable Artiste (Real Artists, Ken Liu, 2011)
Sophia est aux anges lorsquâelle dĂ©croche un rendez-vous pour une offre dâemploi chez SĂ©maphore, elle qui est passionnĂ©e de cinĂ©ma â tout particuliĂšrement des productions de cette entreprise ! - et qui a toujours rĂȘvĂ© de faire ses propres films. La jeune femme est douĂ©e pour les scripts. Câest Ă nâen pas douter une vĂ©ritable artiste qui ne demande quâĂ mettre son talent au service des studios SĂ©maphore. Cependant, elle va vite dĂ©chanter lorsque lâenvers du dĂ©cor lui sera prĂ©sentĂ© par le big boss de la sociĂ©tĂ© et quâelle dĂ©couvrira que tout est gĂ©rĂ© et rĂ©alisĂ© par Big Semi, une intelligence artificielle, qui sâamĂ©liore chaque annĂ©e. DĂšs lors, aussi bon soit-on, comment rivaliser avec une machine ? Quel est lâavenir de sa profession de rĂ©alisatrice ? Sera-t-elle en mesure dâaccepter le poste qui lui est proposĂ©, loin de toutes ses attentes ?
Un texte trĂšs bien Ă©crit, avec une histoire intelligente, mais effrayante aussi, qui â Ă lâinverse du cinĂ©ma - ne fait pas rĂȘver du tout. Le concept de rĂ©alisations de films quâimagine Ken Liu a cela de particulier quâil me semble bien prĂšs de la rĂ©alitĂ©. Il suffit de voir comment cela fonctionne actuellement avec les rĂ©seaux sociaux : toutes nos actions et rĂ©actions (ce que lâon visionne, ce que lâon Ă©crit, ce que lâon like, etc.) sont analysĂ©es en vue de nous proposer du contenu ciblĂ©. Finalement, pourquoi en serait-il autrement dans le septiĂšme art ? Pourquoi ne se mettrait-on pas Ă filmer, mesurer et analyser nos rĂ©actions/Ă©motions, afin de nous proposer des films « sur mesure » ? On nâen est pas loin, me semble-t-il. Et personnellement, je trouve cela assez terrifiant. Une nouvelle trĂšs intĂ©ressante, qui pousse Ă la rĂ©flexion sur ce que lâon est prĂȘts Ă accepter (ou pas) pour avoir un maximum de divertissement.
« Une vĂ©ritable artiste fait tout ce quâil faut pour quâune grande vision devienne rĂ©alitĂ©. MĂȘme si elle doit pour cela rester assise immobile dans une piĂšce obscure. »
Un texte trĂšs bien Ă©crit, avec une histoire intelligente, mais effrayante aussi, qui â Ă lâinverse du cinĂ©ma - ne fait pas rĂȘver du tout. Le concept de rĂ©alisations de films quâimagine Ken Liu a cela de particulier quâil me semble bien prĂšs de la rĂ©alitĂ©. Il suffit de voir comment cela fonctionne actuellement avec les rĂ©seaux sociaux : toutes nos actions et rĂ©actions (ce que lâon visionne, ce que lâon Ă©crit, ce que lâon like, etc.) sont analysĂ©es en vue de nous proposer du contenu ciblĂ©. Finalement, pourquoi en serait-il autrement dans le septiĂšme art ? Pourquoi ne se mettrait-on pas Ă filmer, mesurer et analyser nos rĂ©actions/Ă©motions, afin de nous proposer des films « sur mesure » ? On nâen est pas loin, me semble-t-il. Et personnellement, je trouve cela assez terrifiant. Une nouvelle trĂšs intĂ©ressante, qui pousse Ă la rĂ©flexion sur ce que lâon est prĂȘts Ă accepter (ou pas) pour avoir un maximum de divertissement.


