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📚 OpĂ©ration Mozart | Yann Quero | 2022

13/09/2022
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© Editions Bleu Nuit | Illustration de couverture © Wojtek Siudmak
© Editions Bleu Nuit | Illustration de couverture © Wojtek Siudmak

QuatriĂšme de couverture

Si vous pouviez faire revenir quelqu’un du passĂ©, qui choisiriez-vous : Alexandre le Grand ? JĂ©sus-Christ ? LĂ©onard de Vinci ? NapolĂ©on ?

Pour le milliardaire libanais Elias Zainoun, la question ne se pose pas. Ce serait Mozart, afin de lui permettre d’écrire un opĂ©ra d’aprĂšs la cĂ©lĂšbre piĂšce La TempĂȘte de Shakespeare. Et maintenant que le voilĂ  devenu riche hĂ©ritier d’une multinationale fondĂ©e par son pĂšre, pourquoi ne pas utiliser une partie de ces fonds pour concrĂ©tiser un incroyable voyage temporel ?

Mais cette "opĂ©ration", anodine en apparence, masque plus de dangers qu’il n’y paraĂźt. De fait, Mozart n’a pas seulement Ă©tĂ© le plus grand gĂ©nie de l’histoire de la musique. Ses biographes ont occultĂ© de nombreux aspects de sa personnalitĂ©, dont son appartenance Ă  la franc-maçonnerie. Et il est des boĂźtes de Pandore qu’il vaut probablement mieux ne pas ouvrir


Note

OpĂ©ration Mozart est une version revue et corrigĂ©e de La TempĂȘte de Mozart (2012) du mĂȘme auteur.

Fiche de lecture

Commençons par le mauvais cĂŽtĂ© des choses : je dois avoir un petit fond maso pour avoir pris et m’ĂȘtre mis Ă  lire ce roman. Pourquoi ? Parce que si j’ai des goĂ»ts trĂšs Ă©clectiques en musique – exception faite du rap et du grĂ©gorien que je n’aime pas –, il y a des compositeurs classiques que j’adore, par exemple Brahms et Chopin, et d’autres avec lesquels je n’ai jamais, mais alors jamais, accrochĂ©. Les trois principaux maudits sont Haydn, Bach et, surtout, Mozart.
 
Du coup, pourquoi me suis-je donc lancĂ© Ă  prendre en main un bouquin de SF – ou plutĂŽt d’anticipation puisque cela se passe Ă  notre Ă©poque – dont l’un des personnages est Johannes Chrysostomus Wolfgangus Theophilus Mozart lui-mĂȘme ? Évidemment, vous pouvez l’appeler Wolfgang Amadeus, voire Wolfgang dans l’intimitĂ©. Ceci dit, la question reste posĂ©e

 
Sur le principe, la trame de dĂ©part est « relativement Â» simple : Elias Zainoun, trentenaire austro-libanais, est fils du milliardaire libanais Lounis Zainoun et de la mĂ©lomane autrichienne Marie-Constance Baertschi. Son pĂšre, dĂ©cĂ©dĂ©, lui a transmis sa fortune grĂące au groupe Zayn, outre, et surtout, la gestion de la Fondation Zainoun & Baertschi pour la Science et la Musique de Mozart (OlĂ© !). Sa mĂšre, ĂągĂ©e et malade, lui a laissĂ©, elle, la lourde chape d’un amour exclusif et immodĂ©rĂ© – irrationnel, dirais-je – non vers lui, mais pour l’unique gĂ©nie de Mozart et de son Ɠuvre. Mais surtout elle porte le regret que ledit Mozart n’ait pas Ă©crit un opĂ©ra tirĂ© de La TempĂȘte, d’aprĂšs la piĂšce de Shakespeare, opĂ©ra qu’il aurait peut-ĂȘtre commencĂ©, mais dont aucune trace n’a jamais Ă©tĂ© retrouvĂ©e. Ceci est poussĂ© Ă  un tel degrĂ© d’obnubilation qu’Elias, en partie rejetĂ© par sa mĂšre, est obsĂ©dĂ© lui aussi par ce « rĂȘve maternel Â».
 
Lorsque Janowsky, un drĂŽle de zĂšbre, se prĂ©sente Ă  la Fondation avec le projet de crĂ©er une machine Ă  voyager dans le temps et contre l’avis de ceux qui lui sont proches, Elias va bondir sur l’occasion et tout faire pour arracher Mozart Ă  son Ă©poque afin de le sauver de la mort et de lui permettre de composer cet opĂ©ra.
 
Une opĂ©ration tout ce qu’il y a de plus facile, n’est-ce pas ? Oui, enfin, notons quand mĂȘme que tout doit se faire dans le plus grand secret. Que l’appareil (loin d’ĂȘtre la machine ultralĂ©gĂšre d’H.G. Wells) va consommer des mĂ©gapaquets de gigawatts (Doc peut bien aller se rhabiller avec ses minuscules 2,21 gigowatts). Qu’Elias ne connaĂźt aucun personnel compĂ©tent pour pratiquer un enlĂšvement discret en dĂ©cembre 1791. Qu’il ne faut surtout pas crĂ©er de paradoxe temporel, sinon tout est fichu, fors l’honneur, mais ça ne compte pas. Qu’il n’était pas prĂ©vu que l’épouse et les mĂŽmes de Mozart
 que
 PurĂ©e, mais comment Elias compte-t-il rĂ©ussir ? Si l’envie ne lui manque pas, il ne dispose que d’une Ă©quipe de bras cassĂ©s – sont douĂ©s dans leurs domaines respectifs, mais l’enlĂšvement au sĂ©rail, c’est pas leur truc – ainsi que d’une machine qui
 n’a pas encore Ă©tĂ© créée et dont les plans initiaux n’étaient pas vraiment prĂ©vus pour transporter plusieurs Humains si loin dans le temps et les ramener ici.
 
J’ai, hĂ©las, follement envie de rentrer dans le dĂ©tail de l’histoire, mais je vais me retenir pour ne point divulgĂącher quoi que ce soit de plus.
 
J’avoue que je me suis un tout petit peu ennuyĂ© au dĂ©but, non parce que c’est mal Ă©crit, ou parce qu’on aurait pu Ă©courter ou supprimer quoi que ce soit, mais parce qu’il fallait bien parler de ce fichu gĂ©nie de Mozart et de son Ɠuvre. Oui, sinon ce serait dur de comprendre les tenants, les aboutissants et les chemins de traverse de l’histoire. J’ai mĂȘme tentĂ© (si, si ! promis, jurĂ©, tout ça) d’écouter quelques-uns des morceaux citĂ©s, genre la « Sonate pour piano et violon ná”’ 18 en sol majeur K. 301/293ᔃ Â» dont Elias parle au dĂ©but du deuxiĂšme chapitre.
 
– Et (voix du chƓur) ça a marché ? ...
 
– Non (rĂ©ponse du soprano) ! J’ai tenu quarante secondes sur les quinze minutes de sa durĂ©e

 
Mais revenons plutĂŽt Ă  Wolfgang en chair, en mots et en notes de musique.
 
Donc passĂ© l’entrĂ©e par ce court purgatoire mozartien (vous pourriez bien aimer Ă  l’inverse), dĂšs que le projet se met en place et que la machine Ă  voyager dans le temps de ce cinglĂ© de Janowsky va passer en mode construction, lĂ , tout explose. Vu les contraintes que j’avais sur pas mal de projets, je m’étais fixĂ© de lire ce roman Ă  raison d’un ou deux chapitres par soirĂ©e. Tu parles, tiens ! J’ai Ă©tĂ© emportĂ©, mĂȘme si j’ai rĂ©ussi Ă  me limiter Ă  trois, voire quatre chapitres by night. J’attendais les chapitres suivants – comme certains attendent leurs Ă©pisodes d’une sĂ©rie tĂ©lĂ© – avec plaisir et en me demandant quelles avanies ce « tordu et sadique Â» d’auteur allait faire subir Ă  ses personnages.
 
De fait, on n’a pas le temps de s’ennuyer tant les twists, surprises et rebondissements sont nombreux. Plus encore, tous les personnages principaux – y compris Mozart et son gamin – gagnent en ampleur et profondeur au fur et Ă  mesure que l’on avance ; je me suis pris Ă  leur « parler Â», entre autres Ă  Vladimir dont les blagues Ă  deux balles Ă©taient parfois soĂ»lantes, preuve qu’il Ă©tait bien « vivant Â». J’avoue un grand coup de cƓur pour Mayssa, l’assistante d’Elias, qui n’a rien d’une beautĂ© de concours, mais qui est quand mĂȘme la plus censĂ©e et la plus humaine du groupe. MĂȘme si, Isis m’en soit tĂ©moin, elle pĂšte deux fois les plombs.
 
Si une partie des fils tissĂ©s permet de deviner facilement plusieurs pans du final, l’auteur a su garder quelques surprises jusqu’au bout. Et puis j’avais l’impression çà et lĂ , face Ă  cette « machine temporelle Â» de me retrouver dans un mĂ©lange de La machine Ă  voyager dans le temps d’H.G. Wells et de Retour vers le futur de Robert Zemeckis.
 
Un reproche quand mĂȘme ? Allez ! Parce qu’on peut toujours en faire. Il y a un point clef de l’histoire et du protocole de cette OpĂ©ration Mozart qui, de mon point de vue, est dĂ©voilĂ© trop tard. La dĂ©cision Ă  prendre quant Ă  ce que deviendra Mozart – et donc son avenir ou sa disparition – est primordiale, essentielle, indispensable et conditionne tout le projet. Or elle n’est prĂ©sentĂ©e que parce que Mayssa y contraint finalement Elias Ă  un moment donnĂ© et en plein milieu du roman. Trop tardivement de mon point de vue, mĂȘme si l’auteur justifie correctement ce « retard Â» d’information.
 
Ah, je vais ajouter un dĂ©tail qui m’a fait sourire : il y a un chat dans l’histoire. Si ! Si ! Et, forcĂ©ment, il se nomme Lubanara, mĂȘme s’il ne dispose d’aucune pierre philosophale (Der Stein der Weisen oder die Zauberinsel).
 
VoilĂ , au final, un livre qui m’a agrĂ©ablement changĂ© les idĂ©es. Moi qui, dans un autrefois encore rĂ©cent, n’était pas fan des voyages dans le temps au sein des romans (pas de souci dans les BD comme ValĂ©rian et Laureline, Les NaufragĂ©s du temps, etc. ou dans certains films comme ce fameux Back to the future). Avec cela, les rĂ©fĂ©rences Ă  Mozart sont bien documentĂ©es – mais je n’en doutais pas un seul instant, aprĂšs avoir Ă©tĂ© emballĂ© par un chouette ouvrage de Yann Quero : « L’ImpĂ©ratrice secrĂšte du Japon Â».
 
Pourtant, je suis dĂ©solĂ© de l’avouer Ă  l’auteur : non, je n’aime pas plus l’Ɠuvre de Mozart qu’auparavant. Ce n’est donc pas lui que je ferais revenir s’il m’en Ă©tait donnĂ© l’occasion. Qui ? Bah, j’ai dĂ©jĂ  rĂ©pondu Ă  cette question, il y a quelques annĂ©es, au travers d’Importance toute relative.
 
Pas grave, j’ai aimĂ© l’OpĂ©ration Mozart. C’est ce qui compte.

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JC Gapdy
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