Connectez-vous S'inscrire
Menu

Notez

     

Digger (Alejandro González Iñárritu, 2026)


🪶 Un article signé | 10/10/2026
Lu 76 fois





Présentation

Digger Rockwell, magnat du pétrole, apprend que ses forages au Groenland ont relâché du méthane dans l'atmosphère et provoqué le détachement d'un énorme iceberg qui va bientôt percuter l'Europe et provoquer un tsunami extrêmement meurtrier. En accord avec Compson, le président des États-Unis, lui-même atteint d'un cancer en phase terminale, Digger essaie de répandre de fausses informations pour dégager sa responsabilité et celle des États-Unis...

🎞️🎞️🎞️

La bande annonce surexcitée et un article dans Libé ne me donnaient pas franchement envie de passer plus de 2h dans une salle de ciné avec cette histoire semble-t-il assez convenue et qui parle plus de raffineries que de raffinement. Le jeu de mot pétrolier vous amuse ? Tant mieux, parce que le personnage principal se prénomme « Digger », littéralement celui qui creuse, avec un patronyme qui érige la roche en bien moral (Rockwell, « le caillou qui va bien » pourrions-nous dire, bien qu’on puisse aussi y voir plus prosaïquement le puits de forage). La pelle de son aïeul est suspendue au-dessus de la cheminée, celle-là même qui a trouvé le premier gisement qui a fait sa fortune.

Mais ça ne s’arrête pas là, parce que nous comprenons dès les premières minutes que Digger est le bras armé du Drill-Baby-Drill trumpien. D’ailleurs, le président incarné par John Goodman, sans mimétisme, reprend le dress-code bien connu du costard bleu à cravate rouge, et l’on ne s’y trumpe guère en le voyant flanqué d’un vice-président con-con (Michael Stuhlbarg que j’avais adoré dans la série Fargo), de hauts-gradés militaires et d’un révérend fanatique.

Pas très raffiné non plus, la relation de Digger avec son chat de 35 ans qu’il s’acharne à maintenir en vie : métaphore à gros pieds du vieux monde qui ne veut rien lâcher ? Assurément, mais nous y reviendrons plus tard.

[Attention spoiler]

Car il y a un retournement qui s’installe par vagues successives dans la narration. On pense assister à un film-catastrophe, une fiction typiquement what if, qui pousse la folie de l’extractivisme à son paroxysme. On bascule alors dans l’anticipation : et si un iceberg de la taille de Philadelphie fonçait sur l’Europe ? Le scénario déroule les enjeux géopolitiques, et les réactions américaines ne choquent personne. Donc jusqu’ici, on a cru regarder une fable du temps présent, qui devient l’anticipation d’un futur proche, alors que ce qui nous est raconté est en fait la reconstitution théâtralisée de quelque chose qui est déjà arrivé, une plongée mémorielle pour les survivants de l’humanité se réveillant dans un monde littéralement asphyxié.

[Fin du spoiler]

Alors se pose la question de la farce grossière. Pourquoi choisir de montrer sous les dehors d’une comédie satirique le pire de l’humain ? Pourquoi opter pour cette forme dans un monde condamné par des choix aussi tragiques ? Au-delà du personnage outrancier de Digger, c’est bien ce parti pris qui choque : a-t-on vraiment envie d’en rire ? Iñárritu nous prend sans cesse à contre-pied, il nous fait rire puis regretter nos rires, il nous plonge dans le grotesque puis nous ramène à un autre plan de réalité (la double narration centrée sur le métier de comédien rappelle par ailleurs Birdman et m’a donné envie de le revoir).

On salue bien entendu la prestation de Tom Cruise, pas franchement abonné aux longues tirades, mais forcément à l’aise dans l’excès après avoir dépassé toutes les limites du vraisemblable dans Mission Impossible. Une séquence passera peut-être à la postérité, la façon avec laquelle il entre dans une arène politique franchement hostile mais qu’il chevauche comme un taureau de rodéo. Là encore, Iñárritu ne nous épargne rien des vieux symboles américains pour nous montrer à quel point ils n’ont plus aucun sens.

Bruno Blanzat
📣✨ Délégué astro-syndical — J'ai fait des études de philo et ça mène à tout. Je suis grand amateur... En savoir plus sur cet auteur


💬 Vos commentaires

1.Posté par Koyolite TSEILA le 10/10/2026 12:58 | Alerter
Utilisez le formulaire ci-dessous pour envoyer une alerte au responsable du site concernant ce commentaire :
Annuler
KoyoliteTseila
Et hop, je l'ajoute à mes favoris (ma liste de films à voir) et je reviendrai faire part de mes impressions. Amusant le clin d'oeil à "Marche ou crève" de Stephen King sur l'affiche. Merci pour cette présentation, Bruno.

2.Posté par Michel MAILLOT le 10/10/2026 14:04 | Alerter
Utilisez le formulaire ci-dessous pour envoyer une alerte au responsable du site concernant ce commentaire :
Annuler
mmaillot
Toute proportion gardée, et oui il faut garder les sens de la démesure, le traitement "comique" comme tu le décris m'a fait penser à Docteur Folamour, notamment la scène finale où, armé d'un chapeau de cow-boy, le cinglé de service chevauche le missile nucléaire qui tel un taureau en furie va déclencher l’apocalypse. Évidemment, je m'arrête illico dans la comparaison audacieuse. Tout de même, Stanley ! Bref, je suis malgré tout tenté de "creuser" un peu l'affaire, ne serait-ce que pour voir Tom Cruise dans un rôle à part. Et puis John Goodman, c'est également une bonne raison pour visionner le film.

Merci pour l'article, Bruno.

Nouveau commentaire :
📜Conditions d'utilisation : Merci de soigner votre orthographe et votre écriture. Les liens externes ne sont pas autorisés, afin d’éviter toute redirection vers des sites potentiellement malveillants. Pour ce type de partage, merci d’utiliser notre forum - La Taverne. Veillez à rester polis et respectueux dans vos propos. Donner votre avis sur l’œuvre présentée est plus constructif que de commenter les ressentis des autres. La diversité d’opinions que vous trouverez sur le site est une richesse : entretenons‑la et préservons‑la. Veuillez prendre connaissance du RÈGLEMENT avant de valider votre commentaire. Le filtrage des commentaires est strict sur ce site. Le webmaster se réserve le droit de retirer tout message ne respectant pas les règles établies.