Présentation
Digger Rockwell, magnat du pétrole, apprend que ses forages au Groenland ont relâché du méthane dans l'atmosphère et provoqué le détachement d'un énorme iceberg qui va bientôt percuter l'Europe et provoquer un tsunami extrêmement meurtrier. En accord avec Compson, le président des États-Unis, lui-même atteint d'un cancer en phase terminale, Digger essaie de répandre de fausses informations pour dégager sa responsabilité et celle des États-Unis...
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La bande annonce surexcitée et un article dans Libé ne me donnaient pas franchement envie de passer plus de 2h dans une salle de ciné avec cette histoire semble-t-il assez convenue et qui parle plus de raffineries que de raffinement. Le jeu de mot pétrolier vous amuse ? Tant mieux, parce que le personnage principal se prénomme « Digger », littéralement celui qui creuse, avec un patronyme qui érige la roche en bien moral (Rockwell, « le caillou qui va bien » pourrions-nous dire, bien qu’on puisse aussi y voir plus prosaïquement le puits de forage). La pelle de son aïeul est suspendue au-dessus de la cheminée, celle-là même qui a trouvé le premier gisement qui a fait sa fortune.
Mais ça ne s’arrête pas là, parce que nous comprenons dès les premières minutes que Digger est le bras armé du Drill-Baby-Drill trumpien. D’ailleurs, le président incarné par John Goodman, sans mimétisme, reprend le dress-code bien connu du costard bleu à cravate rouge, et l’on ne s’y trumpe guère en le voyant flanqué d’un vice-président con-con (Michael Stuhlbarg que j’avais adoré dans la série Fargo), de hauts-gradés militaires et d’un révérend fanatique.
Pas très raffiné non plus, la relation de Digger avec son chat de 35 ans qu’il s’acharne à maintenir en vie : métaphore à gros pieds du vieux monde qui ne veut rien lâcher ? Assurément, mais nous y reviendrons plus tard.
[Attention spoiler]
Car il y a un retournement qui s’installe par vagues successives dans la narration. On pense assister à un film-catastrophe, une fiction typiquement what if, qui pousse la folie de l’extractivisme à son paroxysme. On bascule alors dans l’anticipation : et si un iceberg de la taille de Philadelphie fonçait sur l’Europe ? Le scénario déroule les enjeux géopolitiques, et les réactions américaines ne choquent personne. Donc jusqu’ici, on a cru regarder une fable du temps présent, qui devient l’anticipation d’un futur proche, alors que ce qui nous est raconté est en fait la reconstitution théâtralisée de quelque chose qui est déjà arrivé, une plongée mémorielle pour les survivants de l’humanité se réveillant dans un monde littéralement asphyxié.
[Fin du spoiler]
Alors se pose la question de la farce grossière. Pourquoi choisir de montrer sous les dehors d’une comédie satirique le pire de l’humain ? Pourquoi opter pour cette forme dans un monde condamné par des choix aussi tragiques ? Au-delà du personnage outrancier de Digger, c’est bien ce parti pris qui choque : a-t-on vraiment envie d’en rire ? Iñárritu nous prend sans cesse à contre-pied, il nous fait rire puis regretter nos rires, il nous plonge dans le grotesque puis nous ramène à un autre plan de réalité (la double narration centrée sur le métier de comédien rappelle par ailleurs Birdman et m’a donné envie de le revoir).
On salue bien entendu la prestation de Tom Cruise, pas franchement abonné aux longues tirades, mais forcément à l’aise dans l’excès après avoir dépassé toutes les limites du vraisemblable dans Mission Impossible. Une séquence passera peut-être à la postérité, la façon avec laquelle il entre dans une arène politique franchement hostile mais qu’il chevauche comme un taureau de rodéo. Là encore, Iñárritu ne nous épargne rien des vieux symboles américains pour nous montrer à quel point ils n’ont plus aucun sens.
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La bande annonce surexcitée et un article dans Libé ne me donnaient pas franchement envie de passer plus de 2h dans une salle de ciné avec cette histoire semble-t-il assez convenue et qui parle plus de raffineries que de raffinement. Le jeu de mot pétrolier vous amuse ? Tant mieux, parce que le personnage principal se prénomme « Digger », littéralement celui qui creuse, avec un patronyme qui érige la roche en bien moral (Rockwell, « le caillou qui va bien » pourrions-nous dire, bien qu’on puisse aussi y voir plus prosaïquement le puits de forage). La pelle de son aïeul est suspendue au-dessus de la cheminée, celle-là même qui a trouvé le premier gisement qui a fait sa fortune.
Mais ça ne s’arrête pas là, parce que nous comprenons dès les premières minutes que Digger est le bras armé du Drill-Baby-Drill trumpien. D’ailleurs, le président incarné par John Goodman, sans mimétisme, reprend le dress-code bien connu du costard bleu à cravate rouge, et l’on ne s’y trumpe guère en le voyant flanqué d’un vice-président con-con (Michael Stuhlbarg que j’avais adoré dans la série Fargo), de hauts-gradés militaires et d’un révérend fanatique.
Pas très raffiné non plus, la relation de Digger avec son chat de 35 ans qu’il s’acharne à maintenir en vie : métaphore à gros pieds du vieux monde qui ne veut rien lâcher ? Assurément, mais nous y reviendrons plus tard.
[Attention spoiler]
Car il y a un retournement qui s’installe par vagues successives dans la narration. On pense assister à un film-catastrophe, une fiction typiquement what if, qui pousse la folie de l’extractivisme à son paroxysme. On bascule alors dans l’anticipation : et si un iceberg de la taille de Philadelphie fonçait sur l’Europe ? Le scénario déroule les enjeux géopolitiques, et les réactions américaines ne choquent personne. Donc jusqu’ici, on a cru regarder une fable du temps présent, qui devient l’anticipation d’un futur proche, alors que ce qui nous est raconté est en fait la reconstitution théâtralisée de quelque chose qui est déjà arrivé, une plongée mémorielle pour les survivants de l’humanité se réveillant dans un monde littéralement asphyxié.
[Fin du spoiler]
Alors se pose la question de la farce grossière. Pourquoi choisir de montrer sous les dehors d’une comédie satirique le pire de l’humain ? Pourquoi opter pour cette forme dans un monde condamné par des choix aussi tragiques ? Au-delà du personnage outrancier de Digger, c’est bien ce parti pris qui choque : a-t-on vraiment envie d’en rire ? Iñárritu nous prend sans cesse à contre-pied, il nous fait rire puis regretter nos rires, il nous plonge dans le grotesque puis nous ramène à un autre plan de réalité (la double narration centrée sur le métier de comédien rappelle par ailleurs Birdman et m’a donné envie de le revoir).
On salue bien entendu la prestation de Tom Cruise, pas franchement abonné aux longues tirades, mais forcément à l’aise dans l’excès après avoir dépassé toutes les limites du vraisemblable dans Mission Impossible. Une séquence passera peut-être à la postérité, la façon avec laquelle il entre dans une arène politique franchement hostile mais qu’il chevauche comme un taureau de rodéo. Là encore, Iñárritu ne nous épargne rien des vieux symboles américains pour nous montrer à quel point ils n’ont plus aucun sens.



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