QuatriĂšme de couverture
Isaac Asimov maintains that science fiction has potential as an inspiring and useful teaching device and proves it with this selection of classic short stories.
Each story was chosen for its scientific content as much as for its literary merit and each is followed by Dr. Asimovâs own comments on the problems and questions created.
Each story was chosen for its scientific content as much as for its literary merit and each is followed by Dr. Asimovâs own comments on the problems and questions created.
Introduction
En 1971, Isaac Asimov publie une sĂ©lection de dix-sept nouvelles avec lâidĂ©e que la SF pourrait constituer un outil Ă©ducatif, susceptible dâĂ©veiller la curiositĂ© et amener des Ă©tudiants Ă sâinterroger sur leurs centres dâintĂ©rĂȘts, voire dĂ©terminer la suite de leur carriĂšre.
Lâancien prof de biochimie nous avertit cependant que ces nouvelles ne sont scientifiquement valables que pour les standards de leur temps. Quâimporte, une histoire de SF tord toujours dĂ©libĂ©rĂ©ment un principe scientifique pour servir lâintrigue, que ce soit fait par un auteur calĂ© en sciences ou un parfait ignorant : « une loi naturelle ignorĂ©e ou dĂ©voyĂ©e peut soulever plus dâintĂ©rĂȘt, parfois, quâune loi de la nature bien expliquĂ©e. Les Ă©vĂ©nements de lâhistoire sont-ils possibles ? Sinon, pourquoi ? Et en cherchant, lâĂ©lĂšve en apprend parfois davantage sur la science quâau long de nombreux cours acadĂ©miques. » (*)
Le propos pourrait alimenter les dĂ©tracteurs de lâinfodump, ceux qui reprochent Ă Kim Stanley Robinson, par exemple, de faire de la « dĂ©charge informationnelle ».
Asimov nous propose donc dix-sept nouvelles, toutes garanties de premiĂšre qualitĂ©, mais de niveaux scientifiques diffĂ©rents. Pour chacune dâentre elles, le maĂźtre se fend dâun petit commentaire dâexpert Ăšs sciences aprĂšs le rĂ©cit, et propose quelques questions pour pousser la rĂ©flexion. Parfois, cela ressemble un peu trop Ă des Ă©noncĂ©s de problĂšmes de maths, ce qui nous pousse Ă passer trĂšs vite Ă la nouvelle suivante.
Lâancien prof de biochimie nous avertit cependant que ces nouvelles ne sont scientifiquement valables que pour les standards de leur temps. Quâimporte, une histoire de SF tord toujours dĂ©libĂ©rĂ©ment un principe scientifique pour servir lâintrigue, que ce soit fait par un auteur calĂ© en sciences ou un parfait ignorant : « une loi naturelle ignorĂ©e ou dĂ©voyĂ©e peut soulever plus dâintĂ©rĂȘt, parfois, quâune loi de la nature bien expliquĂ©e. Les Ă©vĂ©nements de lâhistoire sont-ils possibles ? Sinon, pourquoi ? Et en cherchant, lâĂ©lĂšve en apprend parfois davantage sur la science quâau long de nombreux cours acadĂ©miques. » (*)
Le propos pourrait alimenter les dĂ©tracteurs de lâinfodump, ceux qui reprochent Ă Kim Stanley Robinson, par exemple, de faire de la « dĂ©charge informationnelle ».
Asimov nous propose donc dix-sept nouvelles, toutes garanties de premiĂšre qualitĂ©, mais de niveaux scientifiques diffĂ©rents. Pour chacune dâentre elles, le maĂźtre se fend dâun petit commentaire dâexpert Ăšs sciences aprĂšs le rĂ©cit, et propose quelques questions pour pousser la rĂ©flexion. Parfois, cela ressemble un peu trop Ă des Ă©noncĂ©s de problĂšmes de maths, ce qui nous pousse Ă passer trĂšs vite Ă la nouvelle suivante.
(*) Les citations sont traduites par moi-mĂȘme.
1 - A Martian Odyssey, Stanley G. Weinbaum (1934)
Comme quelques autres nouvelles du recueil, celle-ci se dĂ©roule sur ou autour de Mars. Ici, il sâagit dâun trio dâexplorateurs. Lâun dâeux raconte aux deux autres son pĂ©riple Ă travers la planĂšte rouge aprĂšs une panne de vĂ©hicule. En chemin, il rencontre Tweel, une sympathique crĂ©ature qui lâaccompagne dans son aventure. On pense aux Navigateurs de lâinfini (1925) et aux XipĂ©huz (1887), avec la pointe dâhumour qui faisait dĂ©faut Ă Rosny, notamment dans les commentaires des coĂ©quipiers, un AmĂ©ricain bourru et un franco-allemand Ă lâaccent incertain.
La nouvelle date de 1934, nous prĂ©cise Asimov, lâune des premiĂšres Ă traiter des extraterrestres de façon rĂ©aliste, Ă la diffĂ©rence de lâanthropomorphisme habituel. En 1969, elle fut classĂ©e deuxiĂšme meilleure nouvelle de tous les temps par la SociĂ©tĂ© des Ăcrivains de SF dâAmĂ©rique. Il y en a eu dâautres depuis qui ont pu lui ravir le titre.
La nouvelle date de 1934, nous prĂ©cise Asimov, lâune des premiĂšres Ă traiter des extraterrestres de façon rĂ©aliste, Ă la diffĂ©rence de lâanthropomorphisme habituel. En 1969, elle fut classĂ©e deuxiĂšme meilleure nouvelle de tous les temps par la SociĂ©tĂ© des Ăcrivains de SF dâAmĂ©rique. Il y en a eu dâautres depuis qui ont pu lui ravir le titre.
2 - Night, Don A. Stuart (1935)
Lâastronaute Bob sâenvole dans une sorte de ballon sonde. Au sol, lâĂ©quipe militaire suit les opĂ©rations, quand lâappareil choit et sâĂ©crase. Au dĂ©part, le corps de Bob est introuvable, puis on le dĂ©couvre loin du crash. On le croit mort, gelĂ©, mais il revient Ă lui et raconte que tout lĂ -haut, Ă 45 000 pieds dâaltitude (presque 14 km), il sâest retrouvĂ© projetĂ© des milliards dâannĂ©es dans le futur, Ă la fin de lâunivers. La Terre est morte, le Soleil aussi, de mĂȘme que Mars, Jupiter, Saturne, jusquâĂ Neptune, oĂč un faible reliquat dâĂ©nergie permet Ă des machines de subsister. Elles soignent Bob dans une immense citĂ©, morte elle aussi. Il apprend alors que le moindre atome dâhydrogĂšne a Ă©tĂ© consommĂ© dans tout le systĂšme solaire. Bob est renvoyĂ© Ă son Ă©poque pour ĂȘtre le prophĂšte de cette fin ultime.
Lâauteur, sous le pseudonyme de Don A. Stuart, est en fait John W. Campbell, lâĂ©diteur du magazine Astounding Science Fiction, figure de lâĂąge dâor de la SF amĂ©ricaine et promoteur de la hard science.
Lâauteur, sous le pseudonyme de Don A. Stuart, est en fait John W. Campbell, lâĂ©diteur du magazine Astounding Science Fiction, figure de lâĂąge dâor de la SF amĂ©ricaine et promoteur de la hard science.
3 - The Day is Done, Lester Del Rey (1939)
Le dernier NĂ©andertalien, recueilli par une tribu florissante dâhommes de Cro-Magnon, a tout de lâautochtone amĂ©rindien : un spĂ©cimen gardĂ© Ă peine vivant pour lâĂ©dification des foules, symbole dâun passĂ© obscur, rĂ©duit Ă la mendicitĂ©. Lâhistoire Ă©tait assez novatrice pour son temps, quand on croyait encore que NĂ©andertal avait disparu par la force des lois de lâĂ©volution : Ă partir dâun premier squelette difforme, on sâĂ©tait forgĂ© lâimage dâun individu devenu inapte, en concurrence avec le grand et fort Cro-Magnon. On avait fait Ă tort dâun cas une gĂ©nĂ©ralitĂ©. Lâhistoire explore plutĂŽt lâidĂ©e de lâassimilation, rappelant que NĂ©andertal et Cro-Magnon sont tous deux des Homo Sapiens, nos ancĂȘtres Ă tous. Nous descendons donc tout autant de lâun et de lâautre.
Cela reste cependant une histoire assez sombre : les derniers Néandertaliens délaissent leur mode de vie nomade pour se fixer aux abords de la proto-civilisation de Cro-Magnon qui se sédentarise. Ravages de la domesticité sur le sauvage.
Cela reste cependant une histoire assez sombre : les derniers Néandertaliens délaissent leur mode de vie nomade pour se fixer aux abords de la proto-civilisation de Cro-Magnon qui se sédentarise. Ravages de la domesticité sur le sauvage.
4 - Heavy Planet, Milton A. Rothman (1939)
Une histoire trĂšs hard science, son auteur lâayant Ă©crite pendant ses Ă©tudes de physique. Sur une planĂšte Ă la gravitĂ© monstrueuse, des factions de forces Ă©gales se font la guerre. Chacune cherche donc Ă dĂ©gager un avantage technique ou stratĂ©gique qui renverserait la donne, jusquâĂ lâĂ©chouage dâun vaisseau vraisemblablement terrien. Ă son bord, une source dâĂ©nergie Ă©norme, un truc en rapport avec les atomes (tiens, tiens ? quâest-ce que ça peut bien ĂȘtre ?) dont il va falloir sâemparer.
5 - And he built a crooked house, Robert A. Heinlein (1940)
Ma prĂ©fĂ©rĂ©e des dix-sept nouvelles du recueil. Un architecte blasĂ© et un peu fou dĂ©cide de construire Ă son meilleur ami une maison sur la base dâun tesseract. Bien avant Avengers, un rĂ©cit tordant et tordu qui confronte des bourgeois amĂ©ricains Ă lâincomprĂ©hensible. Jâai pensĂ© Ă Cube, mais aussi au Haut-Lieu de Serge Lehman. La tension monte au fur et Ă mesure oĂč les murs deviennent hostiles, et ce sont les rĂ©actions de ces personnes ordinaires qui donnent Ă la nouvelle son souffle et son charme.
Pour ceux qui, comme moi, ont du mal Ă visualiser un cube en quatre dimensions, les explications dâAsimov en fin de rĂ©cit sont bien pratiques et fort Ă©clairantes.
Pour ceux qui, comme moi, ont du mal Ă visualiser un cube en quatre dimensions, les explications dâAsimov en fin de rĂ©cit sont bien pratiques et fort Ă©clairantes.
6 - Proof, Hal Clement (1942)
Kron, pilote solarien dâastronef, devise mentalement avec un Sirien (natif du systĂšme de Sirius B) Ă propos de son monde, ou plus prĂ©cisĂ©ment de sa civilisation, suspendue en orbite dâune Ă©toile dont ils exploitent le neutronium (matiĂšre faite de neutrons en contact, nous dit Asimov) (*). Lorsquâils le convertissent en Ă©nergie, celle-ci est si forte que nâimporte quelle citĂ© qui serait bĂątie trop prĂšs ne le supporterait pas, câest pourquoi ils vivent Ă bonne distance.
Kron raconte alors lâhistoire de sa race, forcĂ©e dâĂ©voluer vers une civilisation technologiquement avancĂ©e par la confrontation avec un ennemi extraterrestre Ă peine plus fort quâelle. Lâaffrontement Ă forces Ă©gales entre Solariens et Siriens prĂ©figure alors une guerre froide des Ă©toiles.
La curiositĂ© de cette histoire, câest le rĂ©cit dâune mission de Kron, au cours de laquelle il dĂ©couvre de la vie alien dans une Ă©toile.
Cette nouvelle est la premiÚre publiée par son auteur, alors tout jeune homme, devenu plus tard professeur de sciences à la Milton Academy.
Kron raconte alors lâhistoire de sa race, forcĂ©e dâĂ©voluer vers une civilisation technologiquement avancĂ©e par la confrontation avec un ennemi extraterrestre Ă peine plus fort quâelle. Lâaffrontement Ă forces Ă©gales entre Solariens et Siriens prĂ©figure alors une guerre froide des Ă©toiles.
La curiositĂ© de cette histoire, câest le rĂ©cit dâune mission de Kron, au cours de laquelle il dĂ©couvre de la vie alien dans une Ă©toile.
Cette nouvelle est la premiÚre publiée par son auteur, alors tout jeune homme, devenu plus tard professeur de sciences à la Milton Academy.
(*) Le neutronium est en rĂ©alitĂ© un Ă©lĂ©ment hypothĂ©tique de numĂ©ro atomique 0, ce serait la forme la plus dense sous laquelle se trouverait la matiĂšre, il faudrait imaginer quâon fait tenir le soleil dans un-dixiĂšme de son volume. « Il peut Ă©galement renvoyer Ă un Ă©tat extrĂȘmement dense de la matiĂšre qui ne peut exister que sous les Ă©normes pressions qu'on retrouve au cĆur des Ă©toiles Ă neutrons ; câest un Ă©tat de la matiĂšre dont plusieurs aspects sont actuellement mal compris. Le terme nâest pas utilisĂ© dans la littĂ©rature astrophysique officielle, mais apparaĂźt rĂ©guliĂšrement dans la SF. En dĂ©pit de lâextrĂȘme instabilitĂ© du neutronium Ă des pressions normales, les auteurs de science-fiction le dĂ©crivent souvent comme un matĂ©riau stable. » (Wikipedia) On retrouve le neutronium plusieurs fois dans les diffĂ©rentes nouvelles du recueil. Il semblait trĂšs Ă la mode Ă cette Ă©poque.
7 - A Subway Named Mobius, A. J. Deutsch (1950)
VĂ©ritable enquĂȘte policiĂšre autour dâune ligne de mĂ©tro bostonienne qui a disparu mystĂ©rieusement. Tout le monde se gratte la tĂȘte : le circuit ferrĂ© est fermĂ©, rien nâexplique que la rame soit sortie dâune maniĂšre ou dâune autre. La seule explication possible, câest quâelle est toujours lĂ , mais quâon ne la voit pas. Le scientifique qui rĂ©sout lâĂ©nigme utilise comme image le ruban de Möbius.
Le titre est une allusion Ă la piĂšce de Tennessee Williams, Un tramway nommĂ© DĂ©sir, mais le personnage principal nâa rien Ă voir avec Marlon Brando. Il faudrait plutĂŽt comprendre que Möbius est le nom de la station impossible par laquelle passe le mĂ©tro, comme le tramway de Williams sâarrĂȘte rue Desire Ă la Nouvelle-OrlĂ©ans.
Le titre est une allusion Ă la piĂšce de Tennessee Williams, Un tramway nommĂ© DĂ©sir, mais le personnage principal nâa rien Ă voir avec Marlon Brando. Il faudrait plutĂŽt comprendre que Möbius est le nom de la station impossible par laquelle passe le mĂ©tro, comme le tramway de Williams sâarrĂȘte rue Desire Ă la Nouvelle-OrlĂ©ans.
8 - Surface Tension, James Blish (1952)
LâĂ©quipage dâun vaisseau-graine Ă©choue non loin de Tau Ceti, sur la planĂšte Hydrot, recouverte dâeau. Des vaisseaux comme celui-lĂ , il y en a des centaines dans lâunivers qui ont pour mission dâensemencer des mondes lointains, pour y faire vivre des ĂȘtres humains modifiĂ©s, adaptĂ©s Ă leur nouvel environnement. Ils utilisent pour cela la panatropie, une technologie assez sophistiquĂ©e.
Or, lâĂ©quipage que nous dĂ©couvrons sur Hydrot a endommagĂ© son Ă©quipement, leurs ressources leur font dĂ©faut, et leur espĂ©rance de vie sur cette planĂšte inhospitaliĂšre est rĂ©duite Ă un mois. Un mois pour implanter durablement une forme de vie intelligente sur Hydrot, et mourir sans ĂȘtre sĂ»r que ça tienne.
Quelques gĂ©nĂ©rations plus tard, on retrouve une civilisation dâĂȘtres humains pas plus grands quâun micron, parfaitement adaptĂ©s Ă cette planĂšte, et vivant au fond dâune mare. Ils se transmettent de clone en clone les techniques hĂ©ritĂ©es de leurs crĂ©ateurs, et vivent en petite sociĂ©tĂ© structurĂ©e comme une tribu, oĂč la science confine Ă la religion (*).
Ces micro-humains perpĂ©tuent les rĂȘves de conquĂȘte Ă leur Ă©chelle, affrontent des micro-organismes devenus krakens, et finissent par sortir de leur flaque pour dĂ©couvrir le reste de lâunivers.
Or, lâĂ©quipage que nous dĂ©couvrons sur Hydrot a endommagĂ© son Ă©quipement, leurs ressources leur font dĂ©faut, et leur espĂ©rance de vie sur cette planĂšte inhospitaliĂšre est rĂ©duite Ă un mois. Un mois pour implanter durablement une forme de vie intelligente sur Hydrot, et mourir sans ĂȘtre sĂ»r que ça tienne.
Quelques gĂ©nĂ©rations plus tard, on retrouve une civilisation dâĂȘtres humains pas plus grands quâun micron, parfaitement adaptĂ©s Ă cette planĂšte, et vivant au fond dâune mare. Ils se transmettent de clone en clone les techniques hĂ©ritĂ©es de leurs crĂ©ateurs, et vivent en petite sociĂ©tĂ© structurĂ©e comme une tribu, oĂč la science confine Ă la religion (*).
Ces micro-humains perpĂ©tuent les rĂȘves de conquĂȘte Ă leur Ă©chelle, affrontent des micro-organismes devenus krakens, et finissent par sortir de leur flaque pour dĂ©couvrir le reste de lâunivers.
(*) On peut rappeler ici la troisiÚme loi de Clarke : des formes de technologie si évoluées que cette derniÚre serait indiscernable de la magie.
9 - Country Doctor, William Morrison (1953)
Sur Mars, le docteur Meltzer est tirĂ© de son lit en pleine nuit pour une urgence. De trĂšs mauvais grĂ©, il se rend au spatioport, persuadĂ© que ça va encore ĂȘtre une intervention vĂ©tĂ©rinaire. Dure vie du mĂ©decin de campagne, qui doit soigner autant les hommes que les bĂȘtes.
Grosse surprise Ă son arrivĂ©e, le crash nâa fait que des blessĂ©s lĂ©gers. Le militaire qui lâa fait venir le conduit alors voir son patient : une vache spatiale (« space-cow »), embarquĂ©e sur GanymĂšde, et qui occupe les deux tiers du vaisseau. Elle a Ă©tĂ© nommĂ©e ainsi par manque dâidĂ©e, car ça ne vit pas dans lâespace et ça ne ressemble pas du tout Ă une vache. NĂ©anmoins, lâanimal ne va pas bien, il faut que le docteur Meltzer lâexamine et le soigne.
ProblĂšme : personne nâen a jamais eu ni vu dans le moindre zoo. Pas moyen de faire une prise de sang, ni de la faire entrer dans une cabine de radiologiste. Meltzer va devoir se dĂ©brouiller tout seul, et endurer les remontrances de son Ă©pouse.
TrÚs bonne histoire, trÚs drÎle et trÚs réaliste, dont je ne dévoile pas le twist final.
Grosse surprise Ă son arrivĂ©e, le crash nâa fait que des blessĂ©s lĂ©gers. Le militaire qui lâa fait venir le conduit alors voir son patient : une vache spatiale (« space-cow »), embarquĂ©e sur GanymĂšde, et qui occupe les deux tiers du vaisseau. Elle a Ă©tĂ© nommĂ©e ainsi par manque dâidĂ©e, car ça ne vit pas dans lâespace et ça ne ressemble pas du tout Ă une vache. NĂ©anmoins, lâanimal ne va pas bien, il faut que le docteur Meltzer lâexamine et le soigne.
ProblĂšme : personne nâen a jamais eu ni vu dans le moindre zoo. Pas moyen de faire une prise de sang, ni de la faire entrer dans une cabine de radiologiste. Meltzer va devoir se dĂ©brouiller tout seul, et endurer les remontrances de son Ă©pouse.
TrÚs bonne histoire, trÚs drÎle et trÚs réaliste, dont je ne dévoile pas le twist final.
10 - The Holes Around Mars, Jerome Bixby (1954)
Encore une histoire martienne. Au cours de lâune des premiĂšres expĂ©ditions vers la planĂšte rouge, le commandant Allenby sort du vaisseau et sâapprĂȘte Ă fouler le sol martien pour la premiĂšre fois. Finalement, il trĂ©buche sur un trou et sâĂ©croule. En se redressant, il porte son attention sur le fameux trou et fait une dĂ©couverte : câest un rond parfait creusĂ© dans la roche. En regardant Ă travers, il voit plus loin un autre trou dans une autre roche, un autre encore dans une plante. Le groupe qui lâentoure, un biologiste, un botaniste, un photographe, un gĂ©ologue, le pilote et quelques autres, se met Ă dĂ©battre de lâorigine du trou. Janus, le photographe nâen dĂ©mord pas : câest un truc religieux. De toute maniĂšre, on nâa jamais vu de lignes parfaites dans la nature, pas mĂȘme la ligne courbe dâun rond.
QuâĂ cela ne tienne, la troupe retourne au vaisseau pour suivre cette chaĂźne de trous. StupĂ©faction : il y en a tout autour de la planĂšte. La scĂšne ultime de rencontre avec un village martien, digne de lâhomme blanc face Ă lâautochtone africain et qui ne comprend rien Ă rien, dĂ©bouche sur une explication clairement et complĂštement farfelue, qui mâa fait beaucoup rire : la dĂ©couverte de Bottomos, la troisiĂšme lune de Mars.
Dans son commentaire, Asimov salue le talent de pianiste de lâauteur, puis dĂ©monte assez sĂ©vĂšrement lâinvraissemblabilitĂ© scientifique de son histoire.
QuâĂ cela ne tienne, la troupe retourne au vaisseau pour suivre cette chaĂźne de trous. StupĂ©faction : il y en a tout autour de la planĂšte. La scĂšne ultime de rencontre avec un village martien, digne de lâhomme blanc face Ă lâautochtone africain et qui ne comprend rien Ă rien, dĂ©bouche sur une explication clairement et complĂštement farfelue, qui mâa fait beaucoup rire : la dĂ©couverte de Bottomos, la troisiĂšme lune de Mars.
Dans son commentaire, Asimov salue le talent de pianiste de lâauteur, puis dĂ©monte assez sĂ©vĂšrement lâinvraissemblabilitĂ© scientifique de son histoire.
11 - The Deep Range, Arhur C. Clarke (1954)
Don Burley patrouille Ă bord de son sous-marin de poche dans les eaux glacĂ©es de lâAtlantique Nord. Un tueur sĂ©vit dans les parages, il doit garder son troupeau, entre « vase pĂ©lagique » et « hauteurs stratosphĂ©riques de lâocĂ©an ». AssistĂ© de Benj et Susan, les marsouins de berger, il protĂšge un banc de baleines, attaquĂ©es par un requin du Groenland gĂ©ant (prĂšs du double de ceux dâaujourdâhui). Don Burley mĂšne sa mission Ă bien et sâen retourne Ă son vaisseau dâattache, le Herman Melville.
TrĂšs intĂ©ressante nouvelle, axĂ©e Ă 99 % sur le cĂŽtĂ© western de lâaction, le cow-boy devenu « whale-boy », avec une explication contextuelle livrĂ©e en quelques phrases Ă la toute fin : lâhumanitĂ© sâĂ©tant retrouvĂ©e Ă court de ressources terrestres, elle doit se retourner vers lâocĂ©an pour sa survie. Les fermes de plancton nourrissent dĂ©sormais les cheptels de baleines, qui fournissent Ă lâhomme des tonnes de viande, dâhuile et de lait.
Sâil reconnaĂźt que Clarke est lâun des meilleurs auteurs de SF « scientifiques » Asimov se lance nĂ©anmoins dans un rapide calcul qui tend Ă pondĂ©rer lâoptimisme du texte sur lâopportunitĂ© de vivre dâune Ă©conomie baleiniĂšre. Petit plaidoyer vĂ©gĂ©tarien pour ma part que me permet Asimov : selon lui 10 % seulement de la matiĂšre absorbĂ©e par un ĂȘtre vivant se retrouve Ă disposition pour lâĂȘtre vivant supĂ©rieur dans la chaĂźne alimentaire. RĂ©sultat : les milliards de tonnes de plancton ne produisent que des millions de tonnes de protĂ©ine de baleine : nâaurait-on pas intĂ©rĂȘt Ă nous nourrir directement de plancton ? Asimov va plus loin : lâaccroissement dĂ©mographique observĂ© au XXe siĂšcle laisse supposer que les ressources apparemment plĂ©thoriques des ocĂ©ans sâĂ©puiseront Ă©galement trĂšs vite.
TrĂšs intĂ©ressante nouvelle, axĂ©e Ă 99 % sur le cĂŽtĂ© western de lâaction, le cow-boy devenu « whale-boy », avec une explication contextuelle livrĂ©e en quelques phrases Ă la toute fin : lâhumanitĂ© sâĂ©tant retrouvĂ©e Ă court de ressources terrestres, elle doit se retourner vers lâocĂ©an pour sa survie. Les fermes de plancton nourrissent dĂ©sormais les cheptels de baleines, qui fournissent Ă lâhomme des tonnes de viande, dâhuile et de lait.
Sâil reconnaĂźt que Clarke est lâun des meilleurs auteurs de SF « scientifiques » Asimov se lance nĂ©anmoins dans un rapide calcul qui tend Ă pondĂ©rer lâoptimisme du texte sur lâopportunitĂ© de vivre dâune Ă©conomie baleiniĂšre. Petit plaidoyer vĂ©gĂ©tarien pour ma part que me permet Asimov : selon lui 10 % seulement de la matiĂšre absorbĂ©e par un ĂȘtre vivant se retrouve Ă disposition pour lâĂȘtre vivant supĂ©rieur dans la chaĂźne alimentaire. RĂ©sultat : les milliards de tonnes de plancton ne produisent que des millions de tonnes de protĂ©ine de baleine : nâaurait-on pas intĂ©rĂȘt Ă nous nourrir directement de plancton ? Asimov va plus loin : lâaccroissement dĂ©mographique observĂ© au XXe siĂšcle laisse supposer que les ressources apparemment plĂ©thoriques des ocĂ©ans sâĂ©puiseront Ă©galement trĂšs vite.
12 - The Cave of Night, James E. Gunn (1955)
« Ă 8h00, aprĂšs le coucher du soleil et quand le ciel sâobscurcit, regardez en lâair ! Il y a un homme lĂ -haut, oĂč aucun homme nâest allĂ©. Il est perdu dans la caverne de nuit⊠»
Cet homme, câest Reverdy L. McMillen, lieutenant de lâUS Air Force, pilote dâavion et de fusĂ©e, le premier homme dans lâespace, bloquĂ© en orbite, sans moyen de redescendre. Le narrateur, un ami Ă©crivain du hĂ©ros, voudrait faire son apologie, chanter ses louanges, tresser ses lauriers, ne serait-ce que pour la prouesse technique : « il sâagissait de se libĂ©rer de la tyrannie de la Terre, cette mĂšre jalouse qui avait ligotĂ© ferme ses enfants par les fils de dentelle de la gravitĂ© » (on croirait que câest chantĂ© par JipĂ© Nataf).
Le cas de Rev devient alors cause nationale et internationale, il faut sauver le soldat Rev. Nouvelle prouesse de lâhumanitĂ© : en quelques semaines Ă peine, on improvise une mission de sauvetage qui dĂ©colle de Cocoa Beach, en Floride (au sud de Cape Canaveral qui nâexistait pas encore Ă lâĂ©poque). Trop tard, Rev a manquĂ© dâoxygĂšne quelques minutes seulement avant leur arrivĂ©e. Le vaisseau devient son tombeau sacrĂ©, inviolable, et le memento mori des futurs astronautes.
Oui mais voilĂ que le narrateur croise plus tard un homme sur Times Square, le sosie de RevâŠ
Le commentaire dâAsimov remet en perspective, aprĂšs les exploits des annĂ©es 50-60, lâintĂ©rĂȘt de la conquĂȘte spatiale et la partialitĂ© des foules : si le maronnĂ© avait Ă©tĂ© Russe, aurait-il bĂ©nĂ©ficiĂ© de la mĂȘme ferveur populaire ?
Cet homme, câest Reverdy L. McMillen, lieutenant de lâUS Air Force, pilote dâavion et de fusĂ©e, le premier homme dans lâespace, bloquĂ© en orbite, sans moyen de redescendre. Le narrateur, un ami Ă©crivain du hĂ©ros, voudrait faire son apologie, chanter ses louanges, tresser ses lauriers, ne serait-ce que pour la prouesse technique : « il sâagissait de se libĂ©rer de la tyrannie de la Terre, cette mĂšre jalouse qui avait ligotĂ© ferme ses enfants par les fils de dentelle de la gravitĂ© » (on croirait que câest chantĂ© par JipĂ© Nataf).
Le cas de Rev devient alors cause nationale et internationale, il faut sauver le soldat Rev. Nouvelle prouesse de lâhumanitĂ© : en quelques semaines Ă peine, on improvise une mission de sauvetage qui dĂ©colle de Cocoa Beach, en Floride (au sud de Cape Canaveral qui nâexistait pas encore Ă lâĂ©poque). Trop tard, Rev a manquĂ© dâoxygĂšne quelques minutes seulement avant leur arrivĂ©e. Le vaisseau devient son tombeau sacrĂ©, inviolable, et le memento mori des futurs astronautes.
Oui mais voilĂ que le narrateur croise plus tard un homme sur Times Square, le sosie de RevâŠ
Le commentaire dâAsimov remet en perspective, aprĂšs les exploits des annĂ©es 50-60, lâintĂ©rĂȘt de la conquĂȘte spatiale et la partialitĂ© des foules : si le maronnĂ© avait Ă©tĂ© Russe, aurait-il bĂ©nĂ©ficiĂ© de la mĂȘme ferveur populaire ?
13 - Dust Rag, Hal Clement (1956)
Longue et fastidieuse histoire de deux astronautes qui ont un problĂšme de poussiĂšre sur leur visiĂšre sur la lune. Sans intĂ©rĂȘt.
14 - Pùté de foie gras, Isaac Asimov (1956)
En français dans le texte, le pĂątĂ© de foie gras annoncĂ© sera compliquĂ© Ă dĂ©guster. Il sâagit de lâhistoire de Ian Angus McGregor, honnĂȘte fermier texan, qui Ă©crit sans cesse au gouvernement pour se plaindre que les Ćufs pondus par son oie nâĂ©closent pas. De guerre lasse, on y dĂ©pĂȘche un employĂ© du ministĂšre de lâagriculture qui comprend assez vite le problĂšme : lâoie pond des Ćufs en orâŠ
Pour un cours complet de chimie permettant une telle merveille, la nouvelle se suffit Ă elle-mĂȘme, et se lit aussi facilement quâune recette de cuisine. Mais il faudra nĂ©cessairement complĂ©ter par lâarticle commun de Fabrice Chemla et Roland Lehoucq dans le Bifrost n°105, et ouvrant la voie Ă une filiation avec les super-hĂ©ros, ceux du moins qui prĂ©sentent les caractĂ©ristiques de rĂ©acteurs nuclĂ©aires vivants.
Pour un cours complet de chimie permettant une telle merveille, la nouvelle se suffit Ă elle-mĂȘme, et se lit aussi facilement quâune recette de cuisine. Mais il faudra nĂ©cessairement complĂ©ter par lâarticle commun de Fabrice Chemla et Roland Lehoucq dans le Bifrost n°105, et ouvrant la voie Ă une filiation avec les super-hĂ©ros, ceux du moins qui prĂ©sentent les caractĂ©ristiques de rĂ©acteurs nuclĂ©aires vivants.
15 - Omnilingual, H. Beam Piper (1957)
Longue nouvelle, trĂšs intĂ©ressante, sur un groupe dâarchĂ©ologues qui fouillent les ruines dâune civilisation martienne disparue des milliers dâannĂ©es avant lâapparition du premier homme sur Terre. Lâaction est centrĂ©e sur Martha Dane, qui sâĂ©chine Ă dĂ©chiffrer les maigres fragments dont elle dispose. Ses collĂšgues sont assez pessimistes : mĂȘme si elle trouvait lâĂ©quivalent dâune pierre de Rosette, il faudrait des annĂ©es, voire des siĂšcles, pour amorcer le dĂ©but dâune comprĂ©hension de la langue martienne disparue. MalgrĂ© tout, de nouvelles dĂ©couvertes vont lui permettre de progresser plus vite que ce quâon attendait.
Les tĂątonnements et les avancĂ©es de Martha Dane sont captivants (*), y compris quand elle se prend la tĂȘte avec son supĂ©rieur qui considĂšre ses recherches comme une perte de temps et dâargent. Quand il lui dit que, de toute maniĂšre, ce qui avait peut-ĂȘtre un sens Ă lâĂ©poque des Martiens, ne veut plus rien dire aujourdâhui, la rĂ©ponse de Martha est merveilleuse : « le sens nâest pas une chose qui sâĂ©vapore avec le temps, il signifie tout autant maintenant quâil a toujours signifiĂ©, nous nâavons simplement pas encore appris Ă le dĂ©chiffrer. »
Le questionnement final dâAsimov est pas mal non plus : « Lâintelligence est-elle de lâintelligence, ou en existe-t-il de diffĂ©rentes sortes qui peuvent se rĂ©vĂ©ler mutuellement incomprĂ©hensibles ? »
Les tĂątonnements et les avancĂ©es de Martha Dane sont captivants (*), y compris quand elle se prend la tĂȘte avec son supĂ©rieur qui considĂšre ses recherches comme une perte de temps et dâargent. Quand il lui dit que, de toute maniĂšre, ce qui avait peut-ĂȘtre un sens Ă lâĂ©poque des Martiens, ne veut plus rien dire aujourdâhui, la rĂ©ponse de Martha est merveilleuse : « le sens nâest pas une chose qui sâĂ©vapore avec le temps, il signifie tout autant maintenant quâil a toujours signifiĂ©, nous nâavons simplement pas encore appris Ă le dĂ©chiffrer. »
Le questionnement final dâAsimov est pas mal non plus : « Lâintelligence est-elle de lâintelligence, ou en existe-t-il de diffĂ©rentes sortes qui peuvent se rĂ©vĂ©ler mutuellement incomprĂ©hensibles ? »
(*) Ces linguistes et tous les Ă©crits de lâanthologie sont lâoccasion de constater une fois de plus que les anglophones sont meilleurs latinistes que les Français, puisquâils font lâeffort dâaccorder les mots employĂ©s : « millenia », « nuclei », sans parler de i.e. ou de q.e.d. (beaucoup plus classe que CQFD)âŠ
16 - The Big Bounce, Walter S. Tevis (1958)
Nous sommes Ă San Francisco, le jeune scientifique Farnsworth a conçu une balle rebondissante qui, si on la fait rebondir, rebondit. Cependant, en dĂ©pit des lois 1 et 2 de la thermodynamique, la balle ne rebondit pas jusquâĂ Ă©puisement progressif de son Ă©nergie utile, au contraire, elle rebondit de plus en plus vite, de plus en plus haut, et de plus en plus fort. Face Ă cette source dâĂ©nergie exponentielle et quasi-inĂ©puisable, Farnsworth et son ami vont tenter dâen trouver un usage domestique, en vue dâun dĂ©veloppement industriel, et peut-ĂȘtre faire fortune.
17 - Neutron Star, Larry Niven (1966)
Encore une histoire de neutronium ! Cette fois, câest Beowulf Shaeffer, ancien pilote au chĂŽmage et fauchĂ©, qui se trouve abordĂ© par un groupe dâaliens, reprĂ©sentants dâune grande compagnie industrielle, sur la planĂšte We Made it (On y est arrivĂ©). Dans un environnement Ă la Resnick, le gars est embauchĂ© dans une mission-suicide pour Ă©lucider le mystĂšre des Ă©toiles Ă neutron.



