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Where Do We Go From Here ? | 1971

Anthologie (non-traduite en français) éditée par Isaac Asimov

13/10/2022
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Photo @ Bruno Blanzat | Collection privée
Photo @ Bruno Blanzat | Collection privée

QuatriĂšme de couverture

Isaac Asimov maintains that science fiction has potential as an inspiring and useful teaching device and proves it with this selection of classic short stories.

Each story was chosen for its scientific content as much as for its literary merit and each is followed by Dr. Asimov’s own comments on the problems and questions created.

Introduction

En 1971, Isaac Asimov publie une sĂ©lection de dix-sept nouvelles avec l’idĂ©e que la SF pourrait constituer un outil Ă©ducatif, susceptible d’éveiller la curiositĂ© et amener des Ă©tudiants Ă  s’interroger sur leurs centres d’intĂ©rĂȘts, voire dĂ©terminer la suite de leur carriĂšre.

L’ancien prof de biochimie nous avertit cependant que ces nouvelles ne sont scientifiquement valables que pour les standards de leur temps. Qu’importe, une histoire de SF tord toujours dĂ©libĂ©rĂ©ment un principe scientifique pour servir l’intrigue, que ce soit fait par un auteur calĂ© en sciences ou un parfait ignorant : « une loi naturelle ignorĂ©e ou dĂ©voyĂ©e peut soulever plus d’intĂ©rĂȘt, parfois, qu’une loi de la nature bien expliquĂ©e. Les Ă©vĂ©nements de l’histoire sont-ils possibles ? Sinon, pourquoi ? Et en cherchant, l’élĂšve en apprend parfois davantage sur la science qu’au long de nombreux cours acadĂ©miques. Â» (*)

Le propos pourrait alimenter les dĂ©tracteurs de l’infodump, ceux qui reprochent Ă  Kim Stanley Robinson, par exemple, de faire de la « dĂ©charge informationnelle Â».

Asimov nous propose donc dix-sept nouvelles, toutes garanties de premiĂšre qualitĂ©, mais de niveaux scientifiques diffĂ©rents. Pour chacune d’entre elles, le maĂźtre se fend d’un petit commentaire d’expert Ăšs sciences aprĂšs le rĂ©cit, et propose quelques questions pour pousser la rĂ©flexion. Parfois, cela ressemble un peu trop Ă  des Ă©noncĂ©s de problĂšmes de maths, ce qui nous pousse Ă  passer trĂšs vite Ă  la nouvelle suivante.
 
(*) Les citations sont traduites par moi-mĂȘme.

1 - A Martian Odyssey, Stanley G. Weinbaum (1934)

Comme quelques autres nouvelles du recueil, celle-ci se dĂ©roule sur ou autour de Mars. Ici, il s’agit d’un trio d’explorateurs. L’un d’eux raconte aux deux autres son pĂ©riple Ă  travers la planĂšte rouge aprĂšs une panne de vĂ©hicule. En chemin, il rencontre Tweel, une sympathique crĂ©ature qui l’accompagne dans son aventure. On pense aux Navigateurs de l’infini (1925) et aux XipĂ©huz (1887), avec la pointe d’humour qui faisait dĂ©faut Ă  Rosny, notamment dans les commentaires des coĂ©quipiers, un AmĂ©ricain bourru et un franco-allemand Ă  l’accent incertain.

La nouvelle date de 1934, nous prĂ©cise Asimov, l’une des premiĂšres Ă  traiter des extraterrestres de façon rĂ©aliste, Ă  la diffĂ©rence de l’anthropomorphisme habituel. En 1969, elle fut classĂ©e deuxiĂšme meilleure nouvelle de tous les temps par la SociĂ©tĂ© des Écrivains de SF d’AmĂ©rique. Il y en a eu d’autres depuis qui ont pu lui ravir le titre.

2 - Night, Don A. Stuart (1935)

L’astronaute Bob s’envole dans une sorte de ballon sonde. Au sol, l’équipe militaire suit les opĂ©rations, quand l’appareil choit et s’écrase. Au dĂ©part, le corps de Bob est introuvable, puis on le dĂ©couvre loin du crash. On le croit mort, gelĂ©, mais il revient Ă  lui et raconte que tout lĂ -haut, Ă  45 000 pieds d’altitude (presque 14 km), il s’est retrouvĂ© projetĂ© des milliards d’annĂ©es dans le futur, Ă  la fin de l’univers. La Terre est morte, le Soleil aussi, de mĂȘme que Mars, Jupiter, Saturne, jusqu’à Neptune, oĂč un faible reliquat d’énergie permet Ă  des machines de subsister. Elles soignent Bob dans une immense citĂ©, morte elle aussi. Il apprend alors que le moindre atome d’hydrogĂšne a Ă©tĂ© consommĂ© dans tout le systĂšme solaire. Bob est renvoyĂ© Ă  son Ă©poque pour ĂȘtre le prophĂšte de cette fin ultime.

L’auteur, sous le pseudonyme de Don A. Stuart, est en fait John W. Campbell, l’éditeur du magazine Astounding Science Fiction, figure de l’ñge d’or de la SF amĂ©ricaine et promoteur de la hard science.

3 - The Day is Done, Lester Del Rey (1939)

Le dernier NĂ©andertalien, recueilli par une tribu florissante d’hommes de Cro-Magnon, a tout de l’autochtone amĂ©rindien : un spĂ©cimen gardĂ© Ă  peine vivant pour l’édification des foules, symbole d’un passĂ© obscur, rĂ©duit Ă  la mendicitĂ©. L’histoire Ă©tait assez novatrice pour son temps, quand on croyait encore que NĂ©andertal avait disparu par la force des lois de l’évolution : Ă  partir d’un premier squelette difforme, on s’était forgĂ© l’image d’un individu devenu inapte, en concurrence avec le grand et fort Cro-Magnon. On avait fait Ă  tort d’un cas une gĂ©nĂ©ralitĂ©. L’histoire explore plutĂŽt l’idĂ©e de l’assimilation, rappelant que NĂ©andertal et Cro-Magnon sont tous deux des Homo Sapiens, nos ancĂȘtres Ă  tous. Nous descendons donc tout autant de l’un et de l’autre.

Cela reste cependant une histoire assez sombre : les derniers NĂ©andertaliens dĂ©laissent leur mode de vie nomade pour se fixer aux abords de la proto-civilisation de Cro-Magnon qui se sĂ©dentarise. Ravages de la domesticitĂ© sur le sauvage.

4 - Heavy Planet, Milton A. Rothman (1939)

Une histoire trĂšs hard science, son auteur l’ayant Ă©crite pendant ses Ă©tudes de physique. Sur une planĂšte Ă  la gravitĂ© monstrueuse, des factions de forces Ă©gales se font la guerre. Chacune cherche donc Ă  dĂ©gager un avantage technique ou stratĂ©gique qui renverserait la donne, jusqu’à l’échouage d’un vaisseau vraisemblablement terrien. À son bord, une source d’énergie Ă©norme, un truc en rapport avec les atomes (tiens, tiens ? qu’est-ce que ça peut bien ĂȘtre ?) dont il va falloir s’emparer.

5 - And he built a crooked house, Robert A. Heinlein (1940)

Ma prĂ©fĂ©rĂ©e des dix-sept nouvelles du recueil. Un architecte blasĂ© et un peu fou dĂ©cide de construire Ă  son meilleur ami une maison sur la base d’un tesseract. Bien avant Avengers, un rĂ©cit tordant et tordu qui confronte des bourgeois amĂ©ricains Ă  l’incomprĂ©hensible. J’ai pensĂ© Ă  Cube, mais aussi au Haut-Lieu de Serge Lehman. La tension monte au fur et Ă  mesure oĂč les murs deviennent hostiles, et ce sont les rĂ©actions de ces personnes ordinaires qui donnent Ă  la nouvelle son souffle et son charme.

Pour ceux qui, comme moi, ont du mal Ă  visualiser un cube en quatre dimensions, les explications d’Asimov en fin de rĂ©cit sont bien pratiques et fort Ă©clairantes.

6 - Proof, Hal Clement (1942)

Kron, pilote solarien d’astronef, devise mentalement avec un Sirien (natif du systĂšme de Sirius B) Ă  propos de son monde, ou plus prĂ©cisĂ©ment de sa civilisation, suspendue en orbite d’une Ă©toile dont ils exploitent le neutronium (matiĂšre faite de neutrons en contact, nous dit Asimov) (*). Lorsqu’ils le convertissent en Ă©nergie, celle-ci est si forte que n’importe quelle citĂ© qui serait bĂątie trop prĂšs ne le supporterait pas, c’est pourquoi ils vivent Ă  bonne distance.

Kron raconte alors l’histoire de sa race, forcĂ©e d’évoluer vers une civilisation technologiquement avancĂ©e par la confrontation avec un ennemi extraterrestre Ă  peine plus fort qu’elle. L’affrontement Ă  forces Ă©gales entre Solariens et Siriens prĂ©figure alors une guerre froide des Ă©toiles.

La curiositĂ© de cette histoire, c’est le rĂ©cit d’une mission de Kron, au cours de laquelle il dĂ©couvre de la vie alien dans une Ă©toile.

Cette nouvelle est la premiÚre publiée par son auteur, alors tout jeune homme, devenu plus tard professeur de sciences à la Milton Academy.
 
(*) Le neutronium est en rĂ©alitĂ© un Ă©lĂ©ment hypothĂ©tique de numĂ©ro atomique 0, ce serait la forme la plus dense sous laquelle se trouverait la matiĂšre, il faudrait imaginer qu’on fait tenir le soleil dans un-dixiĂšme de son volume. « Il peut Ă©galement renvoyer Ă  un Ă©tat extrĂȘmement dense de la matiĂšre qui ne peut exister que sous les Ă©normes pressions qu'on retrouve au cƓur des Ă©toiles Ă  neutrons ; c’est un Ă©tat de la matiĂšre dont plusieurs aspects sont actuellement mal compris. Le terme n’est pas utilisĂ© dans la littĂ©rature astrophysique officielle, mais apparaĂźt rĂ©guliĂšrement dans la SF. En dĂ©pit de l’extrĂȘme instabilitĂ© du neutronium Ă  des pressions normales, les auteurs de science-fiction le dĂ©crivent souvent comme un matĂ©riau stable. Â» (Wikipedia) On retrouve le neutronium plusieurs fois dans les diffĂ©rentes nouvelles du recueil. Il semblait trĂšs Ă  la mode Ă  cette Ă©poque.

7 - A Subway Named Mobius, A. J. Deutsch (1950)

VĂ©ritable enquĂȘte policiĂšre autour d’une ligne de mĂ©tro bostonienne qui a disparu mystĂ©rieusement. Tout le monde se gratte la tĂȘte : le circuit ferrĂ© est fermĂ©, rien n’explique que la rame soit sortie d’une maniĂšre ou d’une autre. La seule explication possible, c’est qu’elle est toujours lĂ , mais qu’on ne la voit pas. Le scientifique qui rĂ©sout l’énigme utilise comme image le ruban de Möbius.

Le titre est une allusion Ă  la piĂšce de Tennessee Williams, Un tramway nommĂ© DĂ©sir, mais le personnage principal n’a rien Ă  voir avec Marlon Brando. Il faudrait plutĂŽt comprendre que Möbius est le nom de la station impossible par laquelle passe le mĂ©tro, comme le tramway de Williams s’arrĂȘte rue Desire Ă  la Nouvelle-OrlĂ©ans.

8 - Surface Tension, James Blish (1952)

L’équipage d’un vaisseau-graine Ă©choue non loin de Tau Ceti, sur la planĂšte Hydrot, recouverte d’eau. Des vaisseaux comme celui-lĂ , il y en a des centaines dans l’univers qui ont pour mission d’ensemencer des mondes lointains, pour y faire vivre des ĂȘtres humains modifiĂ©s, adaptĂ©s Ă  leur nouvel environnement. Ils utilisent pour cela la panatropie, une technologie assez sophistiquĂ©e.

Or, l’équipage que nous dĂ©couvrons sur Hydrot a endommagĂ© son Ă©quipement, leurs ressources leur font dĂ©faut, et leur espĂ©rance de vie sur cette planĂšte inhospitaliĂšre est rĂ©duite Ă  un mois. Un mois pour implanter durablement une forme de vie intelligente sur Hydrot, et mourir sans ĂȘtre sĂ»r que ça tienne.

Quelques gĂ©nĂ©rations plus tard, on retrouve une civilisation d’ĂȘtres humains pas plus grands qu’un micron, parfaitement adaptĂ©s Ă  cette planĂšte, et vivant au fond d’une mare. Ils se transmettent de clone en clone les techniques hĂ©ritĂ©es de leurs crĂ©ateurs, et vivent en petite sociĂ©tĂ© structurĂ©e comme une tribu, oĂč la science confine Ă  la religion (*).

Ces micro-humains perpĂ©tuent les rĂȘves de conquĂȘte Ă  leur Ă©chelle, affrontent des micro-organismes devenus krakens, et finissent par sortir de leur flaque pour dĂ©couvrir le reste de l’univers.
 
(*) On peut rappeler ici la troisiĂšme loi de Clarke : des formes de technologie si Ă©voluĂ©es que cette derniĂšre serait indiscernable de la magie.

9 - Country Doctor, William Morrison (1953)

Sur Mars, le docteur Meltzer est tirĂ© de son lit en pleine nuit pour une urgence. De trĂšs mauvais grĂ©, il se rend au spatioport, persuadĂ© que ça va encore ĂȘtre une intervention vĂ©tĂ©rinaire. Dure vie du mĂ©decin de campagne, qui doit soigner autant les hommes que les bĂȘtes.

Grosse surprise Ă  son arrivĂ©e, le crash n’a fait que des blessĂ©s lĂ©gers. Le militaire qui l’a fait venir le conduit alors voir son patient : une vache spatiale (« space-cow Â»), embarquĂ©e sur GanymĂšde, et qui occupe les deux tiers du vaisseau. Elle a Ă©tĂ© nommĂ©e ainsi par manque d’idĂ©e, car ça ne vit pas dans l’espace et ça ne ressemble pas du tout Ă  une vache. NĂ©anmoins, l’animal ne va pas bien, il faut que le docteur Meltzer l’examine et le soigne.

ProblĂšme : personne n’en a jamais eu ni vu dans le moindre zoo. Pas moyen de faire une prise de sang, ni de la faire entrer dans une cabine de radiologiste. Meltzer va devoir se dĂ©brouiller tout seul, et endurer les remontrances de son Ă©pouse.

TrÚs bonne histoire, trÚs drÎle et trÚs réaliste, dont je ne dévoile pas le twist final.

10 - The Holes Around Mars, Jerome Bixby (1954)

Encore une histoire martienne. Au cours de l’une des premiĂšres expĂ©ditions vers la planĂšte rouge, le commandant Allenby sort du vaisseau et s’apprĂȘte Ă  fouler le sol martien pour la premiĂšre fois. Finalement, il trĂ©buche sur un trou et s’écroule. En se redressant, il porte son attention sur le fameux trou et fait une dĂ©couverte : c’est un rond parfait creusĂ© dans la roche. En regardant Ă  travers, il voit plus loin un autre trou dans une autre roche, un autre encore dans une plante. Le groupe qui l’entoure, un biologiste, un botaniste, un photographe, un gĂ©ologue, le pilote et quelques autres, se met Ă  dĂ©battre de l’origine du trou. Janus, le photographe n’en dĂ©mord pas : c’est un truc religieux. De toute maniĂšre, on n’a jamais vu de lignes parfaites dans la nature, pas mĂȘme la ligne courbe d’un rond.

Qu’à cela ne tienne, la troupe retourne au vaisseau pour suivre cette chaĂźne de trous. StupĂ©faction : il y en a tout autour de la planĂšte. La scĂšne ultime de rencontre avec un village martien, digne de l’homme blanc face Ă  l’autochtone africain et qui ne comprend rien Ă  rien, dĂ©bouche sur une explication clairement et complĂštement farfelue, qui m’a fait beaucoup rire : la dĂ©couverte de Bottomos, la troisiĂšme lune de Mars.

Dans son commentaire, Asimov salue le talent de pianiste de l’auteur, puis dĂ©monte assez sĂ©vĂšrement l’invraissemblabilitĂ© scientifique de son histoire.

11 - The Deep Range, Arhur C. Clarke (1954)

Don Burley patrouille Ă  bord de son sous-marin de poche dans les eaux glacĂ©es de l’Atlantique Nord. Un tueur sĂ©vit dans les parages, il doit garder son troupeau, entre « vase pĂ©lagique Â» et « hauteurs stratosphĂ©riques de l’ocĂ©an Â». AssistĂ© de Benj et Susan, les marsouins de berger, il protĂšge un banc de baleines, attaquĂ©es par un requin du Groenland gĂ©ant (prĂšs du double de ceux d’aujourd’hui). Don Burley mĂšne sa mission Ă  bien et s’en retourne Ă  son vaisseau d’attache, le Herman Melville.

TrĂšs intĂ©ressante nouvelle, axĂ©e Ă  99 % sur le cĂŽtĂ© western de l’action, le cow-boy devenu « whale-boy Â», avec une explication contextuelle livrĂ©e en quelques phrases Ă  la toute fin : l’humanitĂ© s’étant retrouvĂ©e Ă  court de ressources terrestres, elle doit se retourner vers l’ocĂ©an pour sa survie. Les fermes de plancton nourrissent dĂ©sormais les cheptels de baleines, qui fournissent Ă  l’homme des tonnes de viande, d’huile et de lait.

S’il reconnaĂźt que Clarke est l’un des meilleurs auteurs de SF « scientifiques Â» Asimov se lance nĂ©anmoins dans un rapide calcul qui tend Ă  pondĂ©rer l’optimisme du texte sur l’opportunitĂ© de vivre d’une Ă©conomie baleiniĂšre. Petit plaidoyer vĂ©gĂ©tarien pour ma part que me permet Asimov : selon lui 10 % seulement de la matiĂšre absorbĂ©e par un ĂȘtre vivant se retrouve Ă  disposition pour l’ĂȘtre vivant supĂ©rieur dans la chaĂźne alimentaire. RĂ©sultat : les milliards de tonnes de plancton ne produisent que des millions de tonnes de protĂ©ine de baleine : n’aurait-on pas intĂ©rĂȘt Ă  nous nourrir directement de plancton ? Asimov va plus loin : l’accroissement dĂ©mographique observĂ© au XXe siĂšcle laisse supposer que les ressources apparemment plĂ©thoriques des ocĂ©ans s’épuiseront Ă©galement trĂšs vite.

12 - The Cave of Night, James E. Gunn (1955)

« Ă€ 8h00, aprĂšs le coucher du soleil et quand le ciel s’obscurcit, regardez en l’air ! Il y a un homme lĂ -haut, oĂč aucun homme n’est allĂ©. Il est perdu dans la caverne de nuit
 Â»

Cet homme, c’est Reverdy L. McMillen, lieutenant de l’US Air Force, pilote d’avion et de fusĂ©e, le premier homme dans l’espace, bloquĂ© en orbite, sans moyen de redescendre. Le narrateur, un ami Ă©crivain du hĂ©ros, voudrait faire son apologie, chanter ses louanges, tresser ses lauriers, ne serait-ce que pour la prouesse technique : « il s’agissait de se libĂ©rer de la tyrannie de la Terre, cette mĂšre jalouse qui avait ligotĂ© ferme ses enfants par les fils de dentelle de la gravitĂ© Â» (on croirait que c’est chantĂ© par JipĂ© Nataf).

Le cas de Rev devient alors cause nationale et internationale, il faut sauver le soldat Rev. Nouvelle prouesse de l’humanitĂ© : en quelques semaines Ă  peine, on improvise une mission de sauvetage qui dĂ©colle de Cocoa Beach, en Floride (au sud de Cape Canaveral qui n’existait pas encore Ă  l’époque). Trop tard, Rev a manquĂ© d’oxygĂšne quelques minutes seulement avant leur arrivĂ©e. Le vaisseau devient son tombeau sacrĂ©, inviolable, et le memento mori des futurs astronautes.

Oui mais voilà que le narrateur croise plus tard un homme sur Times Square, le sosie de Rev


Le commentaire d’Asimov remet en perspective, aprĂšs les exploits des annĂ©es 50-60, l’intĂ©rĂȘt de la conquĂȘte spatiale et la partialitĂ© des foules : si le maronnĂ© avait Ă©tĂ© Russe, aurait-il bĂ©nĂ©ficiĂ© de la mĂȘme ferveur populaire ?

13 - Dust Rag, Hal Clement (1956)

Longue et fastidieuse histoire de deux astronautes qui ont un problĂšme de poussiĂšre sur leur visiĂšre sur la lune. Sans intĂ©rĂȘt.

14 - Pùté de foie gras, Isaac Asimov (1956)

En français dans le texte, le pĂątĂ© de foie gras annoncĂ© sera compliquĂ© Ă  dĂ©guster. Il s’agit de l’histoire de Ian Angus McGregor, honnĂȘte fermier texan, qui Ă©crit sans cesse au gouvernement pour se plaindre que les Ɠufs pondus par son oie n’éclosent pas. De guerre lasse, on y dĂ©pĂȘche un employĂ© du ministĂšre de l’agriculture qui comprend assez vite le problĂšme : l’oie pond des Ɠufs en or


Pour un cours complet de chimie permettant une telle merveille, la nouvelle se suffit Ă  elle-mĂȘme, et se lit aussi facilement qu’une recette de cuisine. Mais il faudra nĂ©cessairement complĂ©ter par l’article commun de Fabrice Chemla et Roland Lehoucq dans le Bifrost n°105, et ouvrant la voie Ă  une filiation avec les super-hĂ©ros, ceux du moins qui prĂ©sentent les caractĂ©ristiques de rĂ©acteurs nuclĂ©aires vivants.

15 - Omnilingual, H. Beam Piper (1957)

Longue nouvelle, trĂšs intĂ©ressante, sur un groupe d’archĂ©ologues qui fouillent les ruines d’une civilisation martienne disparue des milliers d’annĂ©es avant l’apparition du premier homme sur Terre. L’action est centrĂ©e sur Martha Dane, qui s’échine Ă  dĂ©chiffrer les maigres fragments dont elle dispose. Ses collĂšgues sont assez pessimistes : mĂȘme si elle trouvait l’équivalent d’une pierre de Rosette, il faudrait des annĂ©es, voire des siĂšcles, pour amorcer le dĂ©but d’une comprĂ©hension de la langue martienne disparue. MalgrĂ© tout, de nouvelles dĂ©couvertes vont lui permettre de progresser plus vite que ce qu’on attendait.

Les tĂątonnements et les avancĂ©es de Martha Dane sont captivants (*), y compris quand elle se prend la tĂȘte avec son supĂ©rieur qui considĂšre ses recherches comme une perte de temps et d’argent. Quand il lui dit que, de toute maniĂšre, ce qui avait peut-ĂȘtre un sens Ă  l’époque des Martiens, ne veut plus rien dire aujourd’hui, la rĂ©ponse de Martha est merveilleuse : « le sens n’est pas une chose qui s’évapore avec le temps, il signifie tout autant maintenant qu’il a toujours signifiĂ©, nous n’avons simplement pas encore appris Ă  le dĂ©chiffrer. Â»

Le questionnement final d’Asimov est pas mal non plus : « L’intelligence est-elle de l’intelligence, ou en existe-t-il de diffĂ©rentes sortes qui peuvent se rĂ©vĂ©ler mutuellement incomprĂ©hensibles ? Â»
 
(*) Ces linguistes et tous les Ă©crits de l’anthologie sont l’occasion de constater une fois de plus que les anglophones sont meilleurs latinistes que les Français, puisqu’ils font l’effort d’accorder les mots employĂ©s : « millenia Â», « nuclei Â», sans parler de i.e. ou de q.e.d. (beaucoup plus classe que CQFD)


16 - The Big Bounce, Walter S. Tevis (1958)

Nous sommes Ă  San Francisco, le jeune scientifique Farnsworth a conçu une balle rebondissante qui, si on la fait rebondir, rebondit. Cependant, en dĂ©pit des lois 1 et 2 de la thermodynamique, la balle ne rebondit pas jusqu’à Ă©puisement progressif de son Ă©nergie utile, au contraire, elle rebondit de plus en plus vite, de plus en plus haut, et de plus en plus fort. Face Ă  cette source d’énergie exponentielle et quasi-inĂ©puisable, Farnsworth et son ami vont tenter d’en trouver un usage domestique, en vue d’un dĂ©veloppement industriel, et peut-ĂȘtre faire fortune.

17 - Neutron Star, Larry Niven (1966)

Encore une histoire de neutronium ! Cette fois, c’est Beowulf Shaeffer, ancien pilote au chĂŽmage et fauchĂ©, qui se trouve abordĂ© par un groupe d’aliens, reprĂ©sentants d’une grande compagnie industrielle, sur la planĂšte We Made it (On y est arrivĂ©). Dans un environnement Ă  la Resnick, le gars est embauchĂ© dans une mission-suicide pour Ă©lucider le mystĂšre des Ă©toiles Ă  neutron.

Bruno Blanzat
Copyright @ Bruno Blanzat pour Le Galion des Etoiles. Tous droits réservés. En savoir plus sur cet auteur


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