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Un hivernage dans les glaces (Jules Verne)

Parution : 1874


đŸȘ¶ | 25/08/2022
Lu 2258 fois





QuatriĂšme de couverture

Une expédition de secours s'organise et met les voiles vers le nord pour tenter de retrouver des hommes disparus en mer dans des circonstances héroïques. Equipés de manteaux de fourrure et de traßneaux à chiens, les personnages devront, comme le titre de la nouvelle l'indique, passer l'hiver emprisonnés dans les glaces du Groenland...
Un hivernage dans les glaces © 2022 Books on Demand | Une partie de la carte des voyages de Jules Verne annotée par mes soins issue du livre « Jules Verne, voyageur extraordinaire » | Photos et montage © Koyolite Tseila, éditions privées
Un hivernage dans les glaces © 2022 Books on Demand | Une partie de la carte des voyages de Jules Verne annotée par mes soins issue du livre « Jules Verne, voyageur extraordinaire » | Photos et montage © Koyolite Tseila, éditions privées

Fiche de lecture

A Dunkerque, la jeune Marie et Jean Cornbutte, son futur beau-pĂšre, attendent impatiemment le retour au bercail imminent de Louis Cornbutte, parti en mer - il y a plusieurs mois de cela - avec son Ă©quipage Ă  bord de la Jeune-Hardie, un beau brick appartenant Ă  son paternel. Les bans ont Ă©tĂ© publiĂ©s et le mariage de Marie et Louis doit ĂȘtre cĂ©lĂ©brĂ© dĂšs que ce dernier mettra pied Ă  terre.

Mais lorsque le brick arrive au port, au grand dam de Jean et de Marie, le fils et fiancĂ© n’est pas en vue. AndrĂ© Vasling, le capitaine en second, leur annonce une affreuse nouvelle : Louis Cornbutte est mort. C’est en voulant sauver les matelots d’une goĂ©lette en perdition Ă  proximitĂ© du Maelström, gouffre maritime situĂ© au sud des Ăźles Lofoten (NorvĂšge), que le jeune homme a pĂ©ri, emportĂ© par les flots.

Ivre de chagrin, Jean Cornbutte ne peut se rĂ©soudre Ă  l’idĂ©e que son fils soit mort. En effet, il est convaincu que toutes les recherches nĂ©cessaires pour le retrouver n’ont pas Ă©tĂ© effectuĂ©es. Il dĂ©cide alors de reprendre le commandement de son brick et pour ce long voyage de plusieurs mois, le fait approvisionner de viandes salĂ©es, de biscuits, de barils de farine, de pommes de terre, de porc, de vin, d’eau-de-vie, de cafĂ©, de thĂ© et de tabac. AussitĂŽt prĂȘte, la Jeune-Hardie met le cap en direction du lieu du naufrage.

Jean Cornbutte sait qu’il devra probablement porter ses recherches au-delĂ  de la mer du Nord. Mais ce qu’il ignore encore, c’est qu’une passagĂšre clandestine est montĂ©e Ă  bord de son brick. Commence alors un long pĂ©riple sur les mers glacĂ©es


La Jeune-Hardie ne se trouvait plus qu’à trois encĂąblures du port, lorsqu’un pavillon noir monta Ă  la corne de brigantine
 Il y avait un deuil Ă  bord ! Un sentiment de terreur courut dans tous les esprits et dans le cƓur de la jeune fiancĂ©e. Le brick arrivait tristement au port, et un silence glacial rĂ©gnait sur son pont. BientĂŽt il eut dĂ©passĂ© l’extrĂ©mitĂ© de l’estacade. Marie, Jean Cornbutte et tous les amis se prĂ©cipitĂšrent vers le quai qu’il allait accoster, et, en un instant, ils se trouvĂšrent Ă  bord. « Mon fils ! Â» dit Jean Cornbutte, qui ne put articuler que ces mots. Les marins du brick, la tĂȘte dĂ©couverte, lui montrĂšrent le pavillon de deuil.
(Jules Verne, Un Hivernage dans les Glaces, 1874)

Un Hivernage dans les Glaces est une nouvelle de jeunesse de Jules Verne, Ă©ditĂ©e dans la revue Le MusĂ©e des Familles au printemps 1855, puis reprise dans le recueil Le Docteur Ox, avec un texte diffĂ©rent, aux Ă©ditions Hetzel en 1874, soit trĂšs exactement cent ans avant ma naissance !

Je l’ai dĂ©jĂ  dit plusieurs fois et je le rĂ©pĂšte encore et encore : Jules Verne Ă©tait un conteur hors-pair ! Et avec Un Hivernage dans les Glaces, il ne dĂ©roge point Ă  cette rĂšgle.

Composée de seize mini-chapitres, cette nouvelle prend sa source à Dunkerque sous le signe du pavillon noir, puis nous fait voir les projets de Jean Cornbutte, avant de nous embarquer à bord du brick en direction de la NorvÚge, puis au-delà dans les passes des mers arctiques jusqu'à l'ßle de Liverpool, pour continuer encore plus loin vers les mers polaires jusqu'à ce que les glaces finissent par se refermer autour de la Jeune-Hardie et qu'un hivernage soit installé. Le reste du voyage se fera sous forme d'explorations à pieds ou en traßneaux sur la neige et les glaces avec des températures allant parfois jusqu'à 30 à 35 degrés Celsius inférieurs à zéro.

Bon sang, quelle histoire incroyable ! Une fois commencĂ©e, je n’ai plus pu lĂącher cette passionnante nouvelle. Que de dĂ©tails dans cette lutte pour la survie durant cet hivernage dans les glaces du Groenland ! C’est incroyable. C’est comme si Jules Verne lui-mĂȘme avait vĂ©cu ce pĂ©riple et en avait fait un compte-rendu prĂ©cis. En mer ou sur la terre ferme, ce rĂ©cit est Ă©poustouflant et d'une grande crĂ©dibilitĂ©. Et alors ce petit vent de traĂźtrise dans l’air qui vient pimenter ce voyage dĂ©jĂ  – ĂŽ combien difficile -, c’est comme une rondelle de citron dans un verre de rhum : le petit goĂ»t acide qui fait grimacer la frimousse (en parlant de citrons, si vous vous apprĂȘtez Ă  rĂ©aliser une telle Ă©popĂ©e, pensez Ă  en embarquer, c’est efficace contre le scorbut).

Et ces trois personnages principaux, nom d’une pipe ! Nous avons tout d’abord Jean Cornbutte, la soixantaine, marin aguerri, intelligent, bienveillant, vaillant et fort, qui poursuit sa quĂȘte sans jamais faillir. Il veut retrouver son fils coĂ»te que coĂ»te aux mĂ©pris de tous les dangers. Puis il y a cette jeune femme, Marie. Elle est courageuse, forte et rĂ©flĂ©chie. C’est la mascotte de l’équipage, leur ange gardien. Elle joue un rĂŽle important dans cette histoire. Et c’est un fait Ă  souligner, car dans les rĂ©cits de cette Ă©poque, gĂ©nĂ©ralement les dames avaient plutĂŽt leur place en cuisine ou dans leur atelier de couture. Donc Jules Verne l’a bien mise en valeur. Et pour finir, il y a le capitaine en second, le fourbe AndrĂ© Vasling. Si au dĂ©part il cache bien son jeu, avec le temps, il va se rĂ©vĂ©ler au grand jour comme Ă©tant un ennemi redoutable. Et ça pue bon les relents d’une mutinerie !

A propos du Maelström Ă©voquĂ© au dĂ©but de ce rĂ©cit et aux abords duquel Louis Cornbutte a Ă©tĂ© portĂ© disparu, cet endroit est un mythe parmi les sites verniens. Il est Ă©voquĂ© dans plusieurs romans de Jules Verne. Comme exemple le plus connu, ce tourbillon dont aucun navire n’a jamais pu sortir sert de cadre Ă  la perte prĂ©sumĂ©e du cĂ©lĂšbre Nautilus du capitaine Nemo en 1869 dans Vingt Mille Lieues sous les Mers.   

De par les thĂšmes qu’il aborde, ce texte n’est pas sans rappeler – pour mon plus grand plaisir - d’autres textes de l’auteur : Les Aventures du Capitaine Hatteras, Un Drame au Mexique et Les RĂ©voltĂ©s de la Bounty pour ce qui est de la lutte pour la survie et de la traĂźtrise et, en ce qui concerne la recherche d’un ĂȘtre aimĂ©, Les Enfants du Capitaine Grant et Mistress Branican.

En conclusion, ce rĂ©cit m’a Ă©normĂ©ment plu. J’ai lu cette nouvelle durant la canicule de l’étĂ© 2022. J’en suis ressortie toute rafraĂźchie, secouĂ©e aussi, les yeux brillants de mille feux, avec le sentiment d’avoir vĂ©cu une grande aventure.

Nota Bene

1) L’édition Books on Demand est truffĂ©e de coquilles, donc si vous souhaitez lire cette nouvelle en version papier et que vous ĂȘtes un tantinet pointilleux, je vous invite Ă  vous procurer une autre Ă©dition.

2) Si vous lisez au format numĂ©rique, je vous recommande Jules Verne ƒuvres complĂštes aux Ă©ditions Arvensa. Les textes sont soignĂ©s et accompagnĂ©s de belles gravures.

3) Tous les textes de Jules Verne sont du domaine public, donc vous pouvez également les lire gratuitement au format numérique sur les plateformes adéquates.

Koyolite Tseila
âš”ïžđŸŠœ Capitaine — PassionnĂ©e de science-fiction, je rĂ©dige des articles depuis l'an 2000, portĂ©e... En savoir plus sur cet auteur


💬 Vos commentaires

1.Posté par Erwelyn CULTURE MARTIENNE le 20/09/2022 10:07 | Alerter
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erwelyn
Dans les anciennes thĂ©ories des terres creuses, le maelström pouvait en ĂȘtre une des entrĂ©es possibles (avec les pĂŽles).

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