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Stryges (Philippe Lemaire)

Editions RiviĂšre Blanche, 2018


đŸȘ¶ | 30/09/2020
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QuatriĂšme de couverture

GĂȘnĂ© par son embonpoint, le Directeur dut modifier sa position sur le siĂšge pour parvenir Ă  tendre une feuille pliĂ©e en trois qu’il venait d’extraire de la poche intĂ©rieure de sa veste. Sans lui accorder le moindre regard, Gwladys se saisit du morceau de papier tendu et prit rapidement connaissance du contenu relativement bref. RĂ©digĂ© par les services de la Direction FinanciĂšre, le pli stipulait que dorĂ©navant, l’entreprise exigerait de ses clients le paiement comptant des frais d’obsĂšques afin d’éradiquer dĂ©finitivement les consĂ©quences dĂ©sastreuses des trop nombreux impayĂ©s. Lucie ne put retenir un sourire blasĂ© en rendant la lettre au gros homme.

Elles sont vraiment curieuses ces pierres pouquelĂ©es de Vauville. Rien de tel que cette lande sauvage en bord de mer pour oublier les frasques de ce fichu Directeur d’agence, mais quel endroit Ă©trange quand mĂȘme. C’est incroyable qu’un si vieux dolmen puisse receler autant d’énergie. A croire qu’il est hantĂ© !

 Â« Le pays sis par delĂ  la forĂȘt est tout.
C’est le pays de l’ours comme c’est celui du loup,
Cette terre maudite oĂč est ensevelie la goule.
La reine rouge grĂące Ă  qui le sang des humains coule,
Pour réchauffer les veines glacées de Lil Itu. »

Fiche de lecture

Gwladys travaille dans une entreprise de pompes funĂšbres sous le joug d’un directeur vĂ©reux, autoritaire et Ă  ses yeux, dĂ©goĂ»tant. Afin de rĂ©gler les modalitĂ©s d’un contrat d’obsĂšques, elle se rend Ă  Vauville chez Madame Lebarbanchon oĂč elle dĂ©couvre une amulette ancestrale posĂ©e sur sa cheminĂ©e. La vieille dame lui donne quelques explications et lui parle des pierres pouquelĂ©es de Vauville.
 
Plus tard, Ă  la suite d’une confrontation avec son dĂ©testable directeur, la jeune femme part en voiture se changer les idĂ©es et se rend Ă  ces fameux petits dolmens sur les hauteurs de Vauville. DĂšs l’approche de ces petits monticules de pierres, une voix, un esprit en dĂ©tresse, entre en contact avec elle. Une lourde dĂ©cision est demandĂ©e Ă  Gwladys par cet esprit intrigant et la jeune dame accepte aprĂšs plusieurs hĂ©sitations. S’en suit aussitĂŽt un voyage temporel de 3000 ans en arriĂšre et l’aventure commence


PremiĂšre petite apprĂ©hension :

Pour des raisons personnelles et assez lointaines, je suis en gĂ©nĂ©ral assez rĂ©ticent aux histoires d’esprits. Je regarde d’ailleurs ce genre de film avec passablement de « distance Â».

Je commence donc ma lecture et m’aperçois dĂšs les premiĂšres lignes que l’on est dans l’univers d’une sociĂ©tĂ© de pompes funĂšbres – qui n’est forcĂ©ment pas un sujet trĂšs attirant - et que l’on en vient en plus - et assez rapidement - Ă  l’arrivĂ©e de cet esprit intrigant parlant Ă  cette charmante et volontaire dame qu’est Gwladys. DĂ©jĂ  au premier jet de lecture, je me demande dans quoi je me suis lancĂ© ; seulement voilĂ , ces petits dolmens de pierres sont bien curieux


DeuxiĂšme petite apprĂ©hension :

Le thĂšme de la rĂ©incarnation est Ă©galement Ă©voquĂ© aussitĂŽt. On peut alors dire que l’auteur ne chipote pas et plonge ses lecteurs prĂ©cisĂ©ment dans le contexte par les explications de cet esprit perdu dans les mĂ©andres d’un entre-deux mondes. Non pas l’entre-deux mondes entre vie et mort, mais plutĂŽt entre vie et vies suivantes.

Ayant des idĂ©es bien personnelles sur le sujet et la croyance, je me suis une nouvelle fois demandĂ© dans quelle lecture je m’étais lancĂ©. Seulement voilĂ  encore, Gwladys accepte de faire cet intrigant voyage temporel pour aider cet intrigant esprit


Un voyage surprenant :

« â€Š bien avant que les Romains ne soient venus instaurer un semblant de civilisation. Â»
 
Un bon de 3000 ans en arriĂšre et me voilĂ  plongĂ© dans des paysages alternant entre montagnes, forĂȘts luxuriantes et vastes Ă©tendues de plaines, parfaitement dĂ©taillĂ©s. Tout y est dĂ©crit comme de vĂ©ritables photos prises sur place; les dĂ©tails des forĂȘts, des animaux, des diffĂ©rentes tribus trĂšs primitives rencontrĂ©es, il en va de la hutte en torchis et Ă  rudimentaire ouverture en guise de cheminĂ©e, Ă  la primitive bĂątisse de pierre et de bois. Le style vestimentaire de cette Ă©poque, ainsi que les peaux pestilentielles portĂ©es par ces peuples aux cheveux plaquĂ©s par la crasse, sont savamment dĂ©crits.
 
Au fur et Ă  mesure de ma lecture, je n’ai pu m’empĂȘcher de revoir les images de Farcry Primal, ce fameux jeu vidĂ©o auquel jouait mon fiston : une gestion de la vie d’un personnage au temps prĂ©historique oĂč, dans des paysages fabuleux entre montagnes et forĂȘts luxuriantes, il faut survivre en fabriquant ses propres armes de bois, en amadouant ou combattant certaines tribus rencontrĂ©es, tout en cueillant et chassant pour se nourrir. Je prends l’exemple de ce jeu car, sur le moment, aucun film prĂ©cis Ă  Ă©noncer sur cette Ă©poque ne me vient en tĂȘte.
 
J’ai vraiment Ă©tĂ© embarquĂ© avec cette chĂšre et vaillante Gwladys qui s’est vue obligĂ©e d’assumer, bien malgrĂ© elle, cette nouvelle vie de sauvage. Je suis mĂȘme allĂ© voir sur Internet si ce village de Vauville et ses pierres pouquelĂ©es existaient rĂ©ellement, ce qui est le cas.

TroisiĂšme petite apprĂ©hension :

Et lĂ  je devrais dire « trĂšs petite Â» apprĂ©hension, car arrive Ă©galement le thĂšme du vampirisme ; un concept qui ne me dĂ©plaĂźt pas malgrĂ© les nombreux films qui traitent dĂ©jĂ  de ce sujet livrĂ© Ă  tellement de sauces que j’ai un peu peur d’ĂȘtre déçu.

Seulement voilĂ , l’auteur aborde ce thĂšme d’une façon vraiment rĂ©flĂ©chie, immersive, tout en finesse


Un formidable pĂ©riple :

Stryges est un formidable voyage dans le temps. Un petit dĂ©tail reste malgrĂ© tout un peu interpellant, mais j’ai compris que l’on pouvait s’en faire soi-mĂȘme la rĂ©ponse.
 
Une merveilleuse Ă©popĂ©e, une immersion dans un autre temps qui peut presque faire penser aux aventures de PersĂ©e dans Le Choc des Titans (1981) oĂč l’on rencontre multitudes de personnages et crĂ©atures intrigantes (notamment un certain trio nettement plus sympathique ici).
 
On est plongĂ© dans cette aventure du dĂ©but Ă  la fin, sans longueur ni lassitude. On accompagne cette attachante et courageuse Gwladys avec ses compagnons d’aventure, parfois craignant pour elle, parfois nous arrachant un petit sourire. On voyage et, aprĂšs avoir terminĂ© la lecture de la derniĂšre page, de la derniĂšre ligne et, aprĂšs avoir refermĂ© le livre, on se dit : « 
 Â».
 
Car oui, la fin est assez imprĂ©vue. Cela reste dans la tĂȘte et fait rĂ©flĂ©chir


Christobal Columbus
⚓📜 Historien maritime En savoir plus sur cet auteur


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