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L'arrivée à Salon de Provence en cette matinée de l'été 1975 m'avait suffisamment marqué pour que je m'en souvienne encore. En descendant du train de nuit (ben oui, il y avait encore des trains de nuit qui desservaient toute la France en ce temps-là !), je constatais qu'une pluie nocturne avait lavé la ville car le soleil, désormais maître du ciel, l'inondait d'une lumière neuve. Le festival de SF qui devait s'y tenir s'annonçait donc sous de bons auspices. C'était d'ailleurs un des tous premiers de ce genre en France et j'y retrouvai mes complices Charles Moreau et Richard Nolane. Heureusement d'ailleurs car Richard et moi bénéficiâmes de l'aile presque paternelle de Charles, fort précieuse. En effet, l'organisation n'était tout simplement pas au rendez-vous. Cependant, curieusement, cette manifestation avait attiré nombre d'auteurs du Fleuve Noir ainsi que quelques célébrités comme Bergier ou George H Gallet. Avec Gallet – seule et unique fois où je le rencontrai - nous discutâmes bien sûr de Nathalie Henneberg et du regretté « Rayon Fantastique », en évoquant en particulier les magnifiques couvertures signées Forest ou Jean-Claude Latappy. Gallet s'était retiré à Cassis et était donc venu en voisin. Je garde de lui le souvenir d'un homme très « vieille France » et charmant.
Donc l'organisation étant aux abonnés absents, chapeauté par Charles Moreau, je fréquentai davantage la terrasse d'un café situé près de la fontaine moussue qu'autre chose. Je me souviens néanmoins des séances de cinéma où je visionnai Zardoz qui ne m'emballa pas particulièrement, mais surtout THX 1138, un film qui me fit un fort effet. Le clou du festival fut atteint avec la conférence de Henri Bessière qui dégénéra en un chahut mémorable. Néanmoins, ce festival me permit d'intégrer l'équipe des chroniqueurs de l'éphémère revue « Spirale ».
Quelques semaines plus tard, on « m'invita » à exercer mes talents de petit soldat en Allemagne. Je ne suis toujours pas certain d'avoir été d'une grande utilité à l'armée. De fait, elle ne savait pas quoi faire de moi et ma timide suggestion de m'y mettre à la porte (même sans indemnités) ne fut hélas pas retenue. Mais bon, il faut toujours être constructif. J'y ai appris le morse, ce qui, on s'en doute, me sert quotidiennement, ainsi que quelques aimables refrains traditionnels que la décence m'interdit de reproduire ici.
Les mois s'écoulèrent, mes visites à Paris s'espacèrent, ce qui fit que j'appris avec retard le naufrage de « Horizons du Fantastique ». La revue était pourtant viable, mais l'intérêt de Dominique Besse, son directeur, s'était, nous dirons, déplacé vers un horizon plus... féminin.
Enfin, quelques semaines avant que je ne sois libéré du service se tint la convention française de SF de Metz. On peut dire que Henri-Luc Planchat, l'organisateur, avait vu les choses en grand. Bénéficiant d'un vrai budget de la part de la municipalité, il avait invité des gloires anglo-saxonnes comme Philip José Farmer, Théodore Sturgeon ou encore Harry Harrison. Théodore Sturgeon - un dieu vivant pour moi - me dédicaça « Vénus plus X ». Stupidement, lorsque plus tard je liquidai ma collection, ce volume échappa à ma vigilance et rejoignit le lot vendu à Temps Futurs. Appel au peuple : si quelqu'un tombe dessus et souhaite s'en défaire avant que je ne passe l'arme à gauche, je suis preneur à bon prix de cette relique. De Farmer je n'ai jamais été très fan, par contre Harry Harrison, qui était un sacré pitre, nous fit bien rigoler Richard Nolane et moi. Metz avait aussi attiré toute la nomenklatura de la SF française d'alors : les Klein, Versins, Guiot, Walther, Louit, Barbet etc... Cette convention fut une sacrée réussite.
Revenu à la vie civile début août 1976, je m'empressai de rattraper le temps perdu. Dans ses derniers jours, « Horizons du Fantastique » avait accueilli Bruno Menais et Gilles Gressard. Bruno Menais venait de publier quelques romans au Fleuve Noir Anticipation sous le pseudonyme de Yann Menez et Gilles, cinéphile passionné, était appelé à prendre le relais des chroniques cinéma d'Evelyne Lowis, attirée elle, par un horizon plus... masculin.
Donc tout ce petit monde cogita et décida de donner un successeur à « Horizons du Fantastique ». L'aventure « Piranha » commençait. Nous constituâmes une société d'édition avec un capital de 2000 FRF (Normalement, les SARL ne pouvaient être créées qu'avec un capital minimum de 20000 FRF, mais il existait une dérogation pour la presse.) On me proposa d'en être le gérant, arguant qu'en cas de faillite, ne possédant pas de biens et étant célibataire, le risque pour moi était réduit. Mouais... Il fallait néanmoins que tous les membres de la SARL passent à la caisse pour permettre le démarrage de notre activité. Constituer une SARL imposait de disposer d'un siège social qui ne soit pas dédié à l'habitation. Nous trouvâmes un local à prix raisonnable dans un immeuble rempli de jeunes femmes s'adonnant au plus vieux métier du monde. Ambiance garantie !
Hélas, en termes de gestion, nous étions inexpérimentés, tous tendus vers le seul aspect éditorial de l'aventure. Cette carence fut en grande partie responsable de la faillite des éditons Pierre de Lune, survenue à l'issue du quatrième numéro de « Piranha ». A feuilleter cinquante ans plus tard ces revues, je trouve que nous y avions fait un bon boulot. Outre les deux premières nouvelles pro de Serge Brussolo, y figuraient des BD de haut niveau, des nouvelles plutôt bien léchées et des rubriques variées et travaillées en profondeur. En résumé : une bonne école, d'autant plus qu'aujourd'hui, s'il fallait remettre le couvert, les leçons de l'expérience porteraient leurs fruits.
Nous tirions à 20000 exemplaires, distribués en kiosque par les NMPP. Ce que nous ne savions pas, dans notre naïveté, c'est que ces dernières (filiale à l'époque du groupe Hachette) conservaient 50 pour 100 du chiffre d’affaires réalisé. Sur ce qui restait, il fallait évidemment payer l'imprimeur, le transporteur et le loyer du local avec ses charges. Ce n'est quasiment qu'à la fin que nous prîmes un comptable qui ne manqua pas bien sûr de présenter aussi sa facture. Conclusion : une revue se porte d'autant mieux qu'elle dispose d'un gros volant d'abonnés et de recettes publicitaires conséquentes, ce qui nous manqua cruellement.
Bref, les carottes étant cuites, la société fut placée sous l'autorité d'un syndic qui commença par me remonter les bretelles avant de m'envoyer devant le tribunal de commerce. Celui-ci prononça la liquidation de l'affaire, point final de l'aventure ! Un rien démoralisé (voir Souvenirs faniques - 1), je décidai de tourner la page et de laisser tomber tout ce qui m'avait transporté jusqu'alors. Pourtant, je gardai un contact épisodique avec Charles Moreau que je ne manquais pas d'aller saluer lors de mes passages en Avignon. Les années défilèrent et le virus endormi se réveilla un bref moment au début des années 90. Je tentais alors de renouer avec le milieu. Je reçus la visite de Charles accompagné d'un jeune espoir à l'époque (Jean-Luc Buard) et me décidai à reprendre la plume. J'envoyai une nouvelle (une ancienne parue dans Nadir mais remaniée) à Marc Bailly de et revue belge Phénix qui la publia et essayai de reprendre contact avec d'anciennes connaissances, dont le mari de Julia Verlanger : Jean-Pierre Taïeb. Il était inconsolable de la disparition de Julia et mes tentatives maladroites pour tenter de lui changer les idées n'aboutirent pas. Il n'avait plus qu'un but : promouvoir l'oeuvre et le souvenir de Julia à travers un prix dédié, financé par la dévolution de ses biens à la Fondation de France. Je crois que de toute manière, les romans et nouvelles de Julia sont intemporels et émerveilleront de nombreuses générations à venir.
Cette tentative de reprendre le train en marche fut sans lendemain. Dans les années qui suivirent, j'essayai, de temps en temps de gratter une feuille de papier, histoire de me remettre en selle, mais la vie familiale et professionnelle imposèrent leurs lois.
Ce n'est qu'en 2009 que j'ai vraiment repris du service, grâce au site « Outremonde » et au soutien d'Elie Darco et Cyril Carau.
Mais cela, c'est une autre histoire.
🔚 FIN
Donc l'organisation étant aux abonnés absents, chapeauté par Charles Moreau, je fréquentai davantage la terrasse d'un café situé près de la fontaine moussue qu'autre chose. Je me souviens néanmoins des séances de cinéma où je visionnai Zardoz qui ne m'emballa pas particulièrement, mais surtout THX 1138, un film qui me fit un fort effet. Le clou du festival fut atteint avec la conférence de Henri Bessière qui dégénéra en un chahut mémorable. Néanmoins, ce festival me permit d'intégrer l'équipe des chroniqueurs de l'éphémère revue « Spirale ».
Quelques semaines plus tard, on « m'invita » à exercer mes talents de petit soldat en Allemagne. Je ne suis toujours pas certain d'avoir été d'une grande utilité à l'armée. De fait, elle ne savait pas quoi faire de moi et ma timide suggestion de m'y mettre à la porte (même sans indemnités) ne fut hélas pas retenue. Mais bon, il faut toujours être constructif. J'y ai appris le morse, ce qui, on s'en doute, me sert quotidiennement, ainsi que quelques aimables refrains traditionnels que la décence m'interdit de reproduire ici.
Les mois s'écoulèrent, mes visites à Paris s'espacèrent, ce qui fit que j'appris avec retard le naufrage de « Horizons du Fantastique ». La revue était pourtant viable, mais l'intérêt de Dominique Besse, son directeur, s'était, nous dirons, déplacé vers un horizon plus... féminin.
Enfin, quelques semaines avant que je ne sois libéré du service se tint la convention française de SF de Metz. On peut dire que Henri-Luc Planchat, l'organisateur, avait vu les choses en grand. Bénéficiant d'un vrai budget de la part de la municipalité, il avait invité des gloires anglo-saxonnes comme Philip José Farmer, Théodore Sturgeon ou encore Harry Harrison. Théodore Sturgeon - un dieu vivant pour moi - me dédicaça « Vénus plus X ». Stupidement, lorsque plus tard je liquidai ma collection, ce volume échappa à ma vigilance et rejoignit le lot vendu à Temps Futurs. Appel au peuple : si quelqu'un tombe dessus et souhaite s'en défaire avant que je ne passe l'arme à gauche, je suis preneur à bon prix de cette relique. De Farmer je n'ai jamais été très fan, par contre Harry Harrison, qui était un sacré pitre, nous fit bien rigoler Richard Nolane et moi. Metz avait aussi attiré toute la nomenklatura de la SF française d'alors : les Klein, Versins, Guiot, Walther, Louit, Barbet etc... Cette convention fut une sacrée réussite.
Revenu à la vie civile début août 1976, je m'empressai de rattraper le temps perdu. Dans ses derniers jours, « Horizons du Fantastique » avait accueilli Bruno Menais et Gilles Gressard. Bruno Menais venait de publier quelques romans au Fleuve Noir Anticipation sous le pseudonyme de Yann Menez et Gilles, cinéphile passionné, était appelé à prendre le relais des chroniques cinéma d'Evelyne Lowis, attirée elle, par un horizon plus... masculin.
Donc tout ce petit monde cogita et décida de donner un successeur à « Horizons du Fantastique ». L'aventure « Piranha » commençait. Nous constituâmes une société d'édition avec un capital de 2000 FRF (Normalement, les SARL ne pouvaient être créées qu'avec un capital minimum de 20000 FRF, mais il existait une dérogation pour la presse.) On me proposa d'en être le gérant, arguant qu'en cas de faillite, ne possédant pas de biens et étant célibataire, le risque pour moi était réduit. Mouais... Il fallait néanmoins que tous les membres de la SARL passent à la caisse pour permettre le démarrage de notre activité. Constituer une SARL imposait de disposer d'un siège social qui ne soit pas dédié à l'habitation. Nous trouvâmes un local à prix raisonnable dans un immeuble rempli de jeunes femmes s'adonnant au plus vieux métier du monde. Ambiance garantie !
Hélas, en termes de gestion, nous étions inexpérimentés, tous tendus vers le seul aspect éditorial de l'aventure. Cette carence fut en grande partie responsable de la faillite des éditons Pierre de Lune, survenue à l'issue du quatrième numéro de « Piranha ». A feuilleter cinquante ans plus tard ces revues, je trouve que nous y avions fait un bon boulot. Outre les deux premières nouvelles pro de Serge Brussolo, y figuraient des BD de haut niveau, des nouvelles plutôt bien léchées et des rubriques variées et travaillées en profondeur. En résumé : une bonne école, d'autant plus qu'aujourd'hui, s'il fallait remettre le couvert, les leçons de l'expérience porteraient leurs fruits.
Nous tirions à 20000 exemplaires, distribués en kiosque par les NMPP. Ce que nous ne savions pas, dans notre naïveté, c'est que ces dernières (filiale à l'époque du groupe Hachette) conservaient 50 pour 100 du chiffre d’affaires réalisé. Sur ce qui restait, il fallait évidemment payer l'imprimeur, le transporteur et le loyer du local avec ses charges. Ce n'est quasiment qu'à la fin que nous prîmes un comptable qui ne manqua pas bien sûr de présenter aussi sa facture. Conclusion : une revue se porte d'autant mieux qu'elle dispose d'un gros volant d'abonnés et de recettes publicitaires conséquentes, ce qui nous manqua cruellement.
Bref, les carottes étant cuites, la société fut placée sous l'autorité d'un syndic qui commença par me remonter les bretelles avant de m'envoyer devant le tribunal de commerce. Celui-ci prononça la liquidation de l'affaire, point final de l'aventure ! Un rien démoralisé (voir Souvenirs faniques - 1), je décidai de tourner la page et de laisser tomber tout ce qui m'avait transporté jusqu'alors. Pourtant, je gardai un contact épisodique avec Charles Moreau que je ne manquais pas d'aller saluer lors de mes passages en Avignon. Les années défilèrent et le virus endormi se réveilla un bref moment au début des années 90. Je tentais alors de renouer avec le milieu. Je reçus la visite de Charles accompagné d'un jeune espoir à l'époque (Jean-Luc Buard) et me décidai à reprendre la plume. J'envoyai une nouvelle (une ancienne parue dans Nadir mais remaniée) à Marc Bailly de et revue belge Phénix qui la publia et essayai de reprendre contact avec d'anciennes connaissances, dont le mari de Julia Verlanger : Jean-Pierre Taïeb. Il était inconsolable de la disparition de Julia et mes tentatives maladroites pour tenter de lui changer les idées n'aboutirent pas. Il n'avait plus qu'un but : promouvoir l'oeuvre et le souvenir de Julia à travers un prix dédié, financé par la dévolution de ses biens à la Fondation de France. Je crois que de toute manière, les romans et nouvelles de Julia sont intemporels et émerveilleront de nombreuses générations à venir.
Cette tentative de reprendre le train en marche fut sans lendemain. Dans les années qui suivirent, j'essayai, de temps en temps de gratter une feuille de papier, histoire de me remettre en selle, mais la vie familiale et professionnelle imposèrent leurs lois.
Ce n'est qu'en 2009 que j'ai vraiment repris du service, grâce au site « Outremonde » et au soutien d'Elie Darco et Cyril Carau.
Mais cela, c'est une autre histoire.
🔚 FIN

