Entrée de la Baume Archée à Mouthier-Haute-Pierre, Doubs, France | Photo © JYB Devot, CC BY-SA 4.0, https://commons.wikimedia.org/w/index.php?curid=67137036 | Retouches en noir et blanc par Michel Maillot | Montage final © Le Galion des Etoiles
Le Gouffre
Au fond de la grotte aux parois nues et suintantes. Là où la lumière même du jour hésite à pénétrer de crainte de s’y perdre et disparaître à jamais. Devant laquelle, insectes et mammifères rebroussent chemin, pressentant la menace diffuse, où le végétal contourne l’orifice pour mieux repartir vers les pentes salutaires. Il se dissimule, traîtreusement masqué par le relief de la pierre complice. Attendant son heure : le gouffre.
Sa gueule avide et obscure ouvre sa démesure de créature vorace. Du trou béant, des ténèbres effrayantes, monte comme l’haleine fétide, l’expiration de l’innommable dévoreur d’espoir. Des tentacules immatériels dont on ne percevrait la présence qu’en regardant de biais dansent en ondulations lubriques au bord de la bouche édentée. Quoi ou qui peut demeurer au fond de ces entrailles méphitiques à l’affût de l’inconscient téméraire ?
À l’entrée de la cavité impénétrable, l’oiseau imprudent se tient, à la recherche d’une nourriture qui le fuit. D’abord curieux, puis soudainement paralysé pour cause d’approche hasardeuse. Son regard capté, les sens envoûtés par l’invisible qui l’enserre de ses griffes hypnotiques. La plume frémit de terreur, il vacille. La force de l’indicible l’ensorcelle, aveuglant sa perception.
Faut-il qu’un rayon de soleil salvateur vienne lui lustrer son noir de jais ? De sa gorge libérée monte le trille mélodieux. La tête secoue l’endormissement, se tourne vers la chaleur de la vie. Les ailes se déploient et l’animal s’échappe, battant avec frénésie sa frayeur pour regagner le monde.
Un tressaillement de dépit vibre dans l’air vicié et glacial. Comme à regret, l’imperceptible se retire, les appendices invisibles refluent le long des mâchoires inertes pour rejoindre la monstruosité ancestrale tapie dans les abysses. Dans les profondeurs oubliées et maudites. L’ouverture maléfique a ingurgité l’abomination hideuse et son message de mort. Mais là, au fond, patiemment depuis des temps immémoriaux, elle sait attendre. L’instant viendra où, se libérant de sa gangue, elle prendra possession d’un corps et pourra alors se répandre au-dehors pour avaler tout ce qui vit…


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