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Récits maritimes

        

Le « Concorde des mers »


Un article ajouté/rédigé par | 14/03/2021 | Lu 287 fois




Né en 1943, Alain Colas est l’un des plus grands navigateurs français dont les mentors étaient Eric Tabarly et Olivier de Kersauson. Il gagne en 1972 la « Transat anglaise » qui est la quatrième édition d’une course transatlantique dans le sens Angleterre-USA en solitaire. L’année suivante, il remporte le record du tour du monde. Ses deux exploits, il les doit à son PEN DUICK IV, un trimaran de 20m de long racheté à Eric Tabarly.

Les années suivantes, Alain Colas a une obsession : sortir du lot et entrer dans l’histoire. En effet, sachant que plus un bateau est long, plus il ira vite (formule mathématique qui s’applique aux bateaux de types légers ou de courses et non au gros porteurs), son rêve est de gagner la Transat de 1976 à bord d’un immense voilier pilotable seul.

Lors d’un dîner au restaurant avec son ami Michel Bigoin, un architecte naval de Marseille, l’esquisse du futur navire se dessine sur la nappe de la table…
 
Quelques semaines plus tard, les plans sont finalisés. La réalisation du voilier géant se fait sur dérogation du gouvernement français au chantier naval militaire de Toulon, le seul chantier capable de construire le navire pour la date de la course.

Les financements viennent de donations et d’investissements privés, tel que celui du patron du Club Med de l’époque Gilbert Trigano, apportant 3'700’000 francs français. Le navire s’appelle d’ailleurs CLUB MÉDITERRANÉE, introduisant ainsi le tout premier sponsoring de l’histoire des courses navales.

Un bateau hors du commun

Pour des raisons techniques, sa coque doit être mise à l’eau à l’envers pour être ensuite retournée : une opération délicate au risque de briser la quille.

Le voilier de 72m de long et 9,60m de largeur peut alors être armé (équipé) de ses quatre mâts avec sa surface totale de 1000m² de voilure, le tout réglable à partir de la barre de navigation.

Lors de ses essais en Méditerranée, le voilier se retrouve dans des bourrasques de vents forts. Il atteint des vitesses de 25 à 30 nœuds (60km/h). Le pari est gagné.

Afin de pouvoir participer à la course Transat de 1976, les Anglais lui imposent une épreuve de sélection supplémentaire en Atlantique Nord, épreuve qu’il réussit haut la main.
 

L’élève face à son maître

5 juin 1976. C’est le départ pour la fameuse course avec 155 concurrents, dont le maître et rival de Colas : Eric Tabarly. CLUB MÉDITERRANÉE prend rapidement l’avance et les premiers jours se déroulent sans accros. Malheureusement la météo se déchaine. Une première tempête, puis une deuxième, attaquent les courageux navigateurs qui petit à petit ne résistent pas. Certains bateaux coulent, d’autres abandonnent.

Une troisième tempête et plusieurs autres petites dépressions abîment à leur tour le puissant voilier d’Alain Colas. Suite à un défaut de conception au niveau des mâts, un frottement des câbles use ceux-ci au sommet et les voiles tombent une à une. Alain Colas est contraint de faire une escale à Terre-Neuve pour réparer. Il perd alors une vingtaine d’heures alors que la course n’est pas finie.

Alain Colas repart après réparation et il est attendu à Newport (USA) où aucun bateau n’est encore arrivé. Au matin du 28 juin, un bateau est repéré au large du port. A la stupéfaction générale, c’est Eric Tabarly, qui avait gardé le silence radio, qui arrive le premier.

Sept heures et vingt-huit minutes plus tard, en élève battu par son maître, Colas – très déçu - arrive deuxième à Newport. Il est également pénalisé et déplacé en cinquième position pour avoir fait escale à Terre-Neuve.
 

Grandeur, décadence, renaissance

A partir de ce jour-là, c’est la descente aux enfers. Les créanciers demandent des comptes. Colas est contraint de transformer son voilier de course en navire de plaisance, l’aménageant avec le peu de finances qu’il lui reste et en faisant un tour des plages, le proposant à visiter aux touristes.

Après un incendie à bord, Alain Colas décide d’aller en Polynésie afin de le louer pour des croisières dans les îles, malgré des installations précaires.

Non rentable, il abandonne son voilier géant à Tahiti pour retrouver son vieux trimaran PEN DUICK IV, afin de participer en 1978 à la nouvelle course appelée « Route du Rhum ».

Resté quatre ans à l’abandon à Tahiti, le bateau CLUB MÉDITERRANÉE est racheté en 1982 par un jeune homme d’affaire français : Bernard Tapie. Il le rebaptise LA VIE CLAIRE (nom assez paradoxal vu de nos jours) et demande à son équipage personnel de battre le record de traversée transatlantique au départ de New-York. Malgré son état, le voilier n’a rien perdu de sa prestance et de sa vitesse et bat le record avec une pointe de 900km parcourus en un jour. Mais avant l’arrivée, le vent s’estompe, la course est interrompue.

De retour à Marseille, le bateau retombe dans les mains de Michel Bigoin son architecte. Bernard Tapie le fait transformer en yacht de luxe. Les travaux durent trois ans et coutent 60'000’000 de francs français. Il devient le PHOCÉA, surnommé « Concorde des mers » et l’image de marque de l’empire de Bernard Tapie.

En 1988, le PHOCÉA refait une traversée transatlantique au départ de New-York. Bernard Tapie est à bord et le bateau exécute la traversée en 8 jours et 3 heures, malgré le poids de ses aménagements intérieurs de luxe.
Quelques années plus tard, Tapie croule sous les scandales et les affaires de corruption. Le fisc s’en mêle et le bateau fait partie du lot.

Il est racheté en 1997 par Mouna Ayoub, une femme d’affaire libanaise. Elle le restaure une nouvelle fois pour 67'000’000 de francs français (10 millions €) et le loue pour 700’000 FF (110 000 €) la semaine.

Elle le revendra aux fondateurs du site Pixmania pour la même somme : 10 millions d’euros.

Aujourd’hui, le PHOCÉA bat pavillon luxembourgeois mais appartient à une société maltaise.

Alain Colas n’est jamais revenu de la course « La route du rhum ». On ne l’a jamais retrouvé, ni son trimaran PEN DUICK IV qu’il avait renommé MANUREVA. Alain Chamfort lui rendra hommage en lui dédiant une de ses chansons…
Le « Concorde des mers »




💬Commentaires

1.Posté par Erwelyn CULTURE MARTIENNE le 15/03/2021 08:30 | Alerter
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erwelyn
Magnifique histoire, encore. Le destin des hommes croisent souvent le destin des lieux ou des objets. Bateau mythique, passant de mains en mains, réécrivant à chaque fois une nouvelle histoire, voilà à nouveau un superbe article.? Merci ♥

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