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La monstrueuse Parade | Freaks | 1932


Un article ajouté/rédigé par | 06/09/2020 | Lu 407 fois




La monstrueuse Parade | Freaks | 1932
Des ĂȘtres difformes se produisent dans un cĂ©lĂšbre cirque, afin de s'exhiber en tant que phĂ©nomĂšnes de foire. Le Lilliputien Hans, fiancĂ© Ă  l'Ă©cuyĂšre naine Frieda, est fascinĂ© par la beautĂ© de l'acrobate ClĂ©opĂątre. Apprenant que son soupirant a hĂ©ritĂ© d'une belle somme, celle-ci dĂ©cide de l'Ă©pouser pour l'empoisonner ensuite avec la complicitĂ© de son amant Hercule. Mais le complot est dĂ©couvert, et les amis de Hans et Frieda vont se venger...

Présentation et analyse

Freaks ( ou La monstrueuse Parade) est un film américain de Tod Browning, sorti en 1932, avec dans les rÎles principaux Wallace Ford, Leila Hyams, Olga Baclanova, Roscoe Ates, Henry Victor, Harry et Daisy Earles, Rose Dione, Daisy et Violet Hilton, Angelo Rossito, Johnny Eck, Frances O'Connor et Prince Randian.

L'action se dĂ©roule dans un cirque, qui prĂ©sente des monstres. Nains, sƓurs siamoises, homme tronc, etc. Hans, illusionniste atteint de nanisme (Harry Earles), fiancĂ© Ă  l'Ă©cuyĂšre Frieda, une naine elle aussi (Daisy Earles), tombe amoureux de la grande et belle ClĂ©opĂątre, la trapĂ©ziste (Olga Baclanova). Au dĂ©part, celle-ci, amusĂ©e, se moque doucement de lui, acceptant ses avances et surtout ses cadeaux, sous l’Ɠil jaloux et impuissant de Frieda. De son cĂŽtĂ©, ClĂ©opĂątre cultive en secret sa relation avec le beau et fort Hercule, le Monsieur muscle du cirque (Henry Victor). Ainsi lorsqu'ils apprennent que Hans a hĂ©ritĂ© d'une fortune, ce qui n'Ă©tait qu'un jeu se transforme en plan machiavĂ©lique. Elle cherche Ă  l'empoisonner, mais Ă©choue. Les monstres du cirque, amis de Hans, victimes des moqueries de la belle ClĂ©opĂątre, se rĂ©voltent alors, et dĂ©cident de se venger...

Tod Browning Ă©tait trĂšs proche des Freaks, il n'Ă©tait pas du tout dans l'Ă©tat d'esprit de les filmer, les exploiter, et s'en tenir Ă  ce type de rapports. Toute sa vie, il a Ă©tĂ© un homme de cirque, de spectacle. Ses Freaks, il les aimait. Et on le comprend, Ă  travers la prĂ©sentation qu'il en fait. Car enfin, ces monstres ne sont pas dangereux, malfaisants. Ils n'ont rien Ă  voir avec les crĂ©atures hideuses dont sont remplis les films destinĂ©s Ă  faire peur, Ă  cette Ă©poque. Ce sont juste des humains, atteints de difformitĂ©s, ou de particularitĂ©s un peu spectaculaires. Et le rĂ©cit est construit de telle maniĂšre qu'on ne peut que se sentir empli d'empathie pour tous ces personnages, abusĂ©s, exploitĂ©s, par le monde qui les entoure, considĂ©rĂ©s comme des objets de curiositĂ©, de divertissement. On le voit, le public fait preuve de haine envers eux, mais n’hĂ©site pas Ă  dĂ©bourser de l’argent pour les voir s'exhiber (personnellement, je trouve ça tout Ă  fait malsain et je n'irais jamais voir quoi que ce soit de ce genre. Du reste, le cirque, quoi qu'il montre, est un endroit que je trouve profondĂ©ment dĂ©primant, notamment les animaux en cage).

C'est bien ce thÚme du voyeurisme qui est traité dans Freaks.
Daisy et Violet Hilton
Daisy et Violet Hilton

Également, celui de la diffĂ©rence et du jugement, Ă  travers le regard. Car, si les Freaks sont autres, s'ils ont un aspect monstrueux, les vĂ©ritables monstres sont, en fait, les gens ayant, eux, une apparence tout Ă  fait normale. Ceux auxquels on s'identifie, spontanĂ©ment. Si, dans un premier temps, le spectateur caractĂ©rise les Freaks comme Ă©tant les monstres, il est rapidement amenĂ© Ă  changer d'opinion, de regard. Et si les Freaks sont effrayants, Ă  la fin, ils ne font, en rĂ©alitĂ©, que se venger. A la fois de ce que ClĂ©opĂątre et Hercule leur ont fait subir, mais aussi, de ce que toute cette sociĂ©tĂ© leur inflige. Les gens normaux, tout simplement. Ceux qui les jugent, les Ă©tiquettent, les rejettent.

Et voilĂ  que maintenant, de par leur dĂ©sir de vengeance, les Freaks deviennent rĂ©ellement monstrueux, pas tant dans leur apparence, que dans leur comportement. A force, Ă  force
 Les railleries, la curiositĂ© malsaine, les souffrances, tout ça a fini par faire d’eux, Ă  leur tour, oui, des monstres. Une monstruositĂ© qui ressemble Ă  celle de leurs tortionnaires, ClĂ©opĂątre et Hercule. Finalement, tout se brouille, on se dit que personne ne sort indemne de ce rĂ©cit sombre, gothique, Ă  la limite de l'horreur. Tod Browning enfonce petit Ă  petit son film dans les tĂ©nĂšbres, poussant son intrigue vers toujours plus de dĂ©sespoir et de violence pour, finalement, s’aventurer dans quelque chose qui s'apparente Ă  du cinĂ©ma d’horreur. Ce qui avait commencĂ© presque comme un documentaire, nous montrant le quotidien de ce cirque et de ses artistes, se mue progressivement en un sombre conte horrifique. C’est ainsi que le cinĂ©aste se retrouve en terrain connu, lui qui a toujours aimĂ© mystĂšres, trucages, ambiances vĂ©nĂ©neuses. Browning peu Ă  peu, s'extrait de la rĂ©alitĂ© et nous emmĂšne vers quelque chose de plus irrĂ©el.

Prince Randiant
Prince Randiant
Freaks effectue une sorte de vaste fondu enchaĂźnĂ©, qui humanise les monstres et rend les humains monstrueux. Il rend compte d’un monde sans pitiĂ© oĂč l’on se repaĂźt avec gourmandise du malheur des autres, et oĂč seules les apparences priment. Le monstre n’est pas forcĂ©ment celui que l’on croit et chacun peut, Ă  sa maniĂšre, ĂȘtre un monstre.

Est-il vraiment utile de préciser que Freaks, à sa sortie, n'a guÚre eu de succÚs, et n'a rencontré qu'incompréhension ? Ce n'est qu'avec le temps que les cinéphiles ont réussi, peu à peu, à le comprendre, l'apprécier.

J'Ă©tais jeune quand j'ai vu ce film, mais j'en garde un souvenir hallucinĂ©. Je me souviens de cette scĂšne, avec l'orage, la pluie diluvienne, et ces personnages rampant dans la boue, animĂ©s du dĂ©sir de punir. Notamment cet homme sans bras ni jambes (Prince Randian), un peu comme une saucisse avec une tĂȘte, mais avançant rĂ©solument, un couteau entre les dents.

Une autre affiche du film
Une autre affiche du film
La fin, aussi, m'avait traumatisé (je n'en dirai pas plus). Je me suis demandé comment Tod Browning avait pu réaliser pareil trucage. Mais il semble bien qu'il n'y ait aucun artifice, que cette créature ait bien existé ; une certaine Minnie Woosley.

Freaks est bien, dans l'ensemble, un film dérangeant, inclassable. Mais également, attachant, touchant. Un film fondateur, une des racines profondes de ma culture, le genre de choses qui finit par vous influencer, sans seulement qu'on en ait conscience.

Je le place parmi les films que je trouve passionnants, que je revois de temps en temps, et pour lesquels j'Ă©prouve un profond respect.


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💬Commentaires

1.Posté par Mello VON MOBIUS le 25/04/2021 01:08 | Alerter
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Mello
Chaque fois que j'ai conseillé ce film à des amis, ils en sont ressortis dégoûtés et traumatisés, mais je trouve pourtant que ce film vaut vraiment le visionnage ! Alors certes, ça peut sûrement ''choquer'' de voir autant de personnes ''anormales'', mais les personnages sont présentés avec réalisme et respect. Il humanise les monstres et montre le cÎté monstrueux des gens ''beaux'', et ce dans une ambiance ultra particuliÚre qui semble couper du monde. La course-poursuite de la fin m'a toujours collé des frissons, et que dire de cette fin !

2.Posté par Koyolite TSEILA le 19/03/2022 10:35 | Alerter
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KoyoliteTseila
Quand j'Ă©tais jeune (et bĂȘte), j'ai louĂ© au vidĂ©oclub du village la K7 vidĂ©o du film, dans l'idĂ©e d'y voir des monstres. Par voyeurisme, quoi, je le dis franchement. Et je suis complĂštement passĂ©e Ă  cĂŽtĂ© de toute la profondeur de ce film, trop jeune pour bien l'apprĂ©hender, c'est-Ă -dire pour en capter toutes les subtilitĂ©s, car je n'en ai retenu que les Ă©lĂ©ments superficiels. Bien des annĂ©es plus tard, j'ai eu l'occasion de le revoir, et lĂ ... bon sang, la claque ! En tout cas, cette prĂ©sentation me donne vraiment envie d'y retourner. Mais comme c'est du lourd, il faut aussi ĂȘtre moralement disposĂ© pour cela. J'attends donc la soirĂ©e qui conviendra pour ce faire.

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