QuatriĂšme de couverture
Un jeune marchand de Bagdad rongé par le remords entreprend un voyage dans le temps grùce à une incroyable machine.
Dans un futur plus ou moins lointain, un chercheur en anatomie décide de disséquer les rouages de son propre cerveau pour en comprendre le fonctionnement.
Un mathĂ©maticien du XIXe siĂšcle met au point une machine censĂ©e Ă©duquer les enfants de maniĂšre rationnelle. Mais lorsquâil confie son propre fils Ă cette Nurse automatique, les choses ne se passent pas tout Ă fait comme prĂ©vuâŠ
Ă travers ces neuf nouvelles dâune inventivitĂ© et dâune intelligence rares, Ted Chiang interroge avec brio notre rapport aux machines, au temps, Ă la mĂ©moire, et en dĂ©finitive, ce qui fait notre humanitĂ©.
Dans un futur plus ou moins lointain, un chercheur en anatomie décide de disséquer les rouages de son propre cerveau pour en comprendre le fonctionnement.
Un mathĂ©maticien du XIXe siĂšcle met au point une machine censĂ©e Ă©duquer les enfants de maniĂšre rationnelle. Mais lorsquâil confie son propre fils Ă cette Nurse automatique, les choses ne se passent pas tout Ă fait comme prĂ©vuâŠ
Ă travers ces neuf nouvelles dâune inventivitĂ© et dâune intelligence rares, Ted Chiang interroge avec brio notre rapport aux machines, au temps, Ă la mĂ©moire, et en dĂ©finitive, ce qui fait notre humanitĂ©.
Fiche de lecture
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NĂ© en 1967 dans lâĂtat de New York, Ted Chiang vit aujourdâhui prĂšs de Seattle et travaille « dans lâindustrie informatique ». Nous nâen saurons pas plus sur ses activitĂ©s professionnelles, et sâil faut se contenter de son court CV de nouvelliste, il y a dĂ©jĂ de quoi se sentir tout petit : une quinzaine de nouvelles, une adaptation cinĂ©matographique dĂ©jĂ devenue un classique (Premier contact), 4 Prix Hugo, 4 prix Nebula, et 4 prix Locus.
Le prĂ©sent recueil compte 9 nouvelles cumulant 8 rĂ©compenses, et un bandeau marketing assez vendeur : « le meilleur de la science-fiction, selon Barack Obama ». Ted Chiang assume sa passion pour la SF amĂ©ricaine pĂ©riode Asimov et Clarke, celle des anthologies avec un petit commentaire liĂ© Ă chaque texte. Câest ce quâil avait fait pour son premier recueil, La Tour de Babylone, et câest le cas encore ici. Ces notes sont lâoccasion de remettre chaque rĂ©cit dans le contexte de sa crĂ©ation, toujours liĂ©e Ă une rĂ©flexion philosophique de lâauteur. Ce sont des Ă©clairages prĂ©cieux, mĂȘme si les nouvelles se suffisent Ă elles-mĂȘmes. Je ne vous propose pas du tout de commenter ses commentaires, mais de brosser rapidement chaque texte, et vous encourage Ă lire Ted Chiang, qui est effectivement un auteur que je place trĂšs haut dans lâart de la forme courte, une Ă©criture fine, intelligente et sensible. Lisez Chiang !
Le prĂ©sent recueil compte 9 nouvelles cumulant 8 rĂ©compenses, et un bandeau marketing assez vendeur : « le meilleur de la science-fiction, selon Barack Obama ». Ted Chiang assume sa passion pour la SF amĂ©ricaine pĂ©riode Asimov et Clarke, celle des anthologies avec un petit commentaire liĂ© Ă chaque texte. Câest ce quâil avait fait pour son premier recueil, La Tour de Babylone, et câest le cas encore ici. Ces notes sont lâoccasion de remettre chaque rĂ©cit dans le contexte de sa crĂ©ation, toujours liĂ©e Ă une rĂ©flexion philosophique de lâauteur. Ce sont des Ă©clairages prĂ©cieux, mĂȘme si les nouvelles se suffisent Ă elles-mĂȘmes. Je ne vous propose pas du tout de commenter ses commentaires, mais de brosser rapidement chaque texte, et vous encourage Ă lire Ted Chiang, qui est effectivement un auteur que je place trĂšs haut dans lâart de la forme courte, une Ă©criture fine, intelligente et sensible. Lisez Chiang !
Le Marchand et la porte de l'alchimiste (The Merchant and the Alchemist's Gate, 2007)
A Bagdad, un marchand cache au fond de sa boutique une porte singuliĂšre. La franchir dâun cĂŽtĂ© vous projette 20 ans en avant, la passer dans lâautre sens vous ramĂšne 20 ans en arriĂšre. De lĂ sâenchĂąssent plusieurs contes, Ă la maniĂšre des 1001 Nuits, liĂ©s les uns aux autres, avec toutes les surprises quâon peut attendre des voyages temporels. Jâaurais voulu que cette histoire ne sâarrĂȘte jamais.
Expiration (Exhalation, 2008)
Dans un monde indĂ©terminĂ©, toutes les crĂ©atures vivent non pas grĂące Ă lâoxygĂšne, mais Ă lâargon. Câest leur souffle de vie propre, tel le pneuma de Rousseau. Ce sont des sortes de robots vivants, si lâon peut dire les choses ainsi, et lâĂ©trangetĂ© dans laquelle le lecteur est jetĂ© dĂšs les premiĂšres lignes est assez dĂ©routante. Le narrateur cherche Ă percer le secret de leurs mĂ©moires, et se lance dans une quĂȘte anatomique, aux conclusions mĂ©taphysiques.
Ce qu'on attend de nous (What's Expected of Us, 2007)
Manuel dâutilisation du DĂ©ducteur, un « circuit Ă retard temporel nĂ©gatif, il renvoie un signal dans le temps ». Si vous pressez le bouton, une lumiĂšre sâallume avant que vous ayez pris la dĂ©cision dâappuyer. Si elle ne sâallume pas, câest que vous nâallez pas appuyer. VoilĂ un appareil qui fait des nĆuds aux cerveaux de tout le monde, avec des consĂ©quences inattendues. On dĂ©couvre dans ce monde que le libre arbitre nâest quâune illusion, ce qui provoque chez les individus un mutisme akinĂ©tique. Autrement dit, cela vous paralyse et vous empĂȘche de choisir quoi que ce soit. Vertige garanti en quelques pages.
Le Cycle de vie des objets logiciels (The Lifecycle of Software Objects, 2010)
Lâun des plus longs textes du recueil. Il suit lâhistoire commerciale des digimos, des ĂȘtres organiques digitaux. Le point de vue est celui dâAna, comportementaliste animaliĂšre. Elle se retrouve Ă bosser pour cette boĂźte qui a dĂ©veloppĂ© des entitĂ©s virtuelles ressemblant Ă des animaux ou des robots, avec la maturitĂ© affective et intellectuelle de jeunes enfants. Le but est de les vendre comme des tamagochis : chaque propriĂ©taire doit prendre soin de son digimo pour le faire grandir, acquĂ©rir la parole etc. Mais le public se lasse. Trop dur, trop long, trop de patience nĂ©cessaire. Comme tout abandon dâanimal de compagnie, les premiers concernĂ©s continuent leur vie. Ils grandissent, Ă©voluent comme des ĂȘtres intelligents, apprennent de leurs expĂ©riences. MĂȘme quand la sociĂ©tĂ© qui les emploie fait faillite, Ana et son collĂšgue Derek poursuivent lâapprentissage. Ana pratique le renforcement positif, comme avec les animaux. Ils se sont attachĂ©s Ă eux, comme Ă des intelligences certes artificielles mais sensibles, voire sentientes. Les annĂ©es passent, ils luttent pour garantir Ă leurs digimos un environnement riche et pĂ©renne, car ce sont les interactions avec leurs pairs qui leur permettent de se construire et de grandir. Les relations entre les personnages, la construction narrative en alternance des points de vue, rappelle LâHistoire de ta vie, avec cette fois une histoire secondaire dâacte manquĂ©, des sacrifices personnels et professionnels que les hĂ©ros sont prĂȘts Ă faire au nom de leur affection pour ces ĂȘtres uniques dont ils se sentent responsables.
La Nurse automatique brevetée de Dacey (Dacey's Patent Automatic Nanny, 2011)
Texte conçu sous la forme dâun catalogue dâexposition dâun objet singulier, une machine conçue pour sâoccuper de lâenfant de son inventeur, dont lâĂ©pouse est dĂ©cĂ©dĂ©e. Si le fils nâa pas vraiment Ă©tĂ© choyĂ© par son pĂšre, il nâen applique pas moins la mĂȘme mĂ©thode Ă son propre rejeton des annĂ©es plus tard. RĂ©sultat : on constate des retards physiques et psychiques. Câest un rĂ©cit qui ressemble un peu Ă la vie du Christ, en tout cas la ressemblance est frappante avec le dernier rejeton qui meurt Ă 33 ans, aprĂšs avoir eu une existence tenant du miracle, tant elle est marquĂ©e par lâanormalitĂ© et la souffrance, Ă©levĂ© par une mĂšre vierge, non fĂ©condĂ©e. La comparaison portera peut-ĂȘtre Ă discussion, mais on ne peut sâempĂȘcher dây voir aussi un miroir de lâenfant sans mĂšre biologique (JĂ©sus nâa pas de pĂšre biologique). Cette nouvelle est empreinte dâune atmosphĂšre lourde, froide, on est heureux quâelle se termine.
La Vérité du fait, la vérité de l'émotion (The Truth of Fact, the Truth of Feeling, 2013)
Deux histoires parallĂšles. Dâun cĂŽtĂ©, un missionnaire en Afrique apprend lâĂ©criture Ă un jeune issu dâune tradition orale. De lâautre, dĂ©veloppement de la technologie MEMORIA : « nous deviendrons des cyborgs cognitifs, virtuellement incapables de la moindre erreur de mĂ©moire ; la vidĂ©o numĂ©rique stockĂ©e sur du silicium Ă correction dâerreur remplacera nos vieux lobes temporaux faillibles ». Chiang mĂšne ici plusieurs rĂ©flexions philosophiques : une mĂ©moire froide et parfaite empĂȘche les souvenirs traumatiques de sâestomper et de permettre le pardon, elle empĂȘche dâoublier, de se fabriquer ses propres souvenirs Ă partir de ses Ă©motions et de ce que les autres nous en disent. Autre axe, « lâĂ©criture une forme de technologie, et le mĂ©canisme de pensĂ©e dâune personne alphabĂ©tisĂ©e est donc rĂ©gulĂ© par cette technologie. Nous devenons des cyborgs cognitifs dĂšs que nous apprenons Ă lire, et les consĂ©quences en sont profondes ». Avant que nâadvienne lâĂ©criture, une culture orale peut remanier son histoire, celle-ci nâa pas besoin dâĂȘtre exacte. Il est dâailleurs intĂ©ressant de voir que la tribu des Tiv distingue le vrai « prĂ©cis » du vrai « juste ». Aujourdâhui, chacun a son histoire orale privĂ©e, nous réécrivons notre passĂ© en fonction de nos besoins. En conclusion, nous ne pouvons pas plus Ă©viter la mĂ©moire numĂ©rique que les cultures orales nâont pu Ă©viter lâĂ©crit. Selon lâauteur, il faut y voir une vertu : la mĂ©moire parfaite ne sert pas Ă prouver quâon avait raison sur tel ou tel fait passĂ©, mais Ă admettre quâon avait tort. Pourquoi pas.
Le Grand silence (The Great Silence, 2015)
Un texte court mais fort, le rĂ©cit Ă la premiĂšre personne dâune espĂšce en voie de disparition, qui sâadresse Ă lâhumanitĂ© sâacharnant Ă scruter des signes de vie dans lâunivers. Je renvoie Ă lâarticle de Julien Wacquez (Le perroquet est un extraterrestre comme les autres), co-Ă©crit avec Chiara Mengozzi, qui me lâa fait dĂ©couvrir, et que jâai pillĂ© avec son accord pour une petite confĂ©rence que jâai tenue sur lâintelligence animale. Le message que nous laisse cet ĂȘtre vivant est poignant.
Un Amazone de Porto Rico | © Par Tom MacKenzie, http://www.fws.gov/caribbean/ES/Parrot-Gallery.html, Domaine public, https://commons.wikimedia.org/w/index.php?curid=11818051
Omphalos (Omphalos, 2019)
Nous sommes dans un univers parallĂšle, alternatif, rĂ©gi par des lois crĂ©ationnistes, et oĂč des lieux bien connus de notre rĂ©alitĂ© sâappellent ici Chicagou, ou Arisona. Une anatomiste se lance sur la piste de reliques vendues en contrebande. Quâest-ce que ces objets volĂ©s ont de particulier ? Ce sont des os ou des coquillages, les restes dâorganismes primordiaux (comprenez : créés par Dieu). La cosmogonie de ce monde repose donc sur la crĂ©ation ex nihilo des premiers ĂȘtres, dont nous serions les descendants. Attention, câest sĂ©rieux, rien Ă voir avec la fable du premier homme et de la premiĂšre femme, mais lâapparition spontanĂ©e dâun ensemble assez consĂ©quent dâĂȘtres vivants pour pouvoir Ă©voluer sur des millĂ©naires. Levons maintenant les yeux : lâespace est fini, le nombre dâĂ©toiles limitĂ©. Mais une dĂ©couverte astronomique vient tout bouleverser : nous qui pensions tourner autour dâun soleil immobile, baignant dans un Ă©ther luminifĂšre en mouvement, voilĂ quâon apprend que le systĂšme Ăridani est gĂ©ocentrique. Câest la preuve quâil y aurait une planĂšte Ă©lue, et ce nâest pas la nĂŽtre ! Une crise de foi planĂ©taire sâen suit, un peu comme dans la nouvelle Ce quâon attend de nous, avec un effet diamĂ©tralement opposĂ© : nous saurions finalement douĂ©s de libre-arbitre. Car la question est de savoir comment les hommes primordiaux ont fait pour sâen sortir sans expĂ©rience, sans transmission dâun savoir, faute de prĂ©dĂ©cesseurs ou de modĂšles : ils ont fait des choix Ă partir de ce qui leur Ă©tait donnĂ© de connaĂźtre, pour sâamĂ©liorer.
L'Angoisse est le vertige de la liberté (Anxiety Is the Dizziness of Freedom, 2019)
Accrochez-vous, on atteint le niveau Greg Egan en termes de comprĂ©hension. Un jour, quelquâun invente les Prismes, « Processus Plaga Intermonde Ă Signalisation MĂ©canique ». Ce sont des instruments quantiques permettant dâentrer en contact avec son « parallĂȘtre », son double vivant dans une autre dimension (si lâon se base sur lâidĂ©e que chaque choix ou Ă©vĂ©nement peut engendrer des bifurcations temporelles et des univers parallĂšles). La place que prennent les prismes dans le quotidien est lâoccasion de suivre les parcours croisĂ©s de plusieurs personnages, surtout celui de Nat, une vendeuse/arnaqueuse de prismes, ancienne toxico, et Dana la psy qui anime des cercles de paroles pour gens accros aux prismes. Il est Ă nouveau question de libre-arbitre, ainsi que du vertige de nos vies alternatives. Chiang Ă©puise ici le sujet du chat de Schrödinger, en y incluant mĂȘme des biais auxquels on nâaurait pas pensĂ©, tels que les courtiers en donnĂ©es, des tentatives complexes de prĂ©visions etc.
Pour comprendre son fonctionnement, je ne peux pas faire autrement que citer lâauteur in extenso :
Cette limite aux Ă©changes gĂ©nĂšre forcĂ©ment une Ă©conomie du bit Ă©changeable, et donc une multiplicitĂ© infinie dâintrigues, de possibles que la nouvelle ne peut que laisser entrevoir, mais cela nous laisse songeur.
Pour comprendre son fonctionnement, je ne peux pas faire autrement que citer lâauteur in extenso :
chaque prisme « avait deux LED, une rouge et une bleue. Quand un prisme Ă©tait activĂ©, une mesure quantique Ă©tant lancĂ©e Ă lâintĂ©rieur de lâappareil, avec deux rĂ©sultats possibles Ă probabilitĂ© Ă©gale (âŠ). Ă partir de cet instant, le prisme permettait le transfert dâinformations entre deux branches de la fonction dâonde universelle. En termes plus familiers, le prisme crĂ©ait deux lignes temporelles nouvellement divergentes, une oĂč la LED rouge sâallumait et une autre oĂč câĂ©tait la bleue, permettant ainsi la communication entre les deux. Lâinformation Ă©tait Ă©changĂ©e Ă lâaide dâun rĂ©seau ionique, isolĂ© dans des piĂšges magnĂ©tiques Ă lâintĂ©rieur du prisme. Quand le prisme Ă©tait activĂ© et que la fonction dâonde universelle se divisait en deux branches, ces ions restaient dans un Ă©tat de superposition cohĂ©rente, en Ă©quilibre sur le fil du rasoir et accessibles Ă chaque branche. Chaque ion pouvait ĂȘtre utilisĂ© pour envoyer un bit dâinformation, un oui ou un non, dâune branche Ă lâautre. Lâacte de lire ce oui/non entraĂźnait la dĂ©cohĂ©rence de lâion, le prĂ©cipitant de façon permanente de son Ă©quilibre prĂ©caire vers lâun des deux cĂŽtĂ©s. Pour envoyer un autre bit, il vous fallait un autre ion. Avec un rĂ©seau ionique, vous pouviez transmettre une suite de bits qui encodait du texte ; avec un rĂ©seau suffisamment long, vous pouviez expĂ©dier des images, du son, mĂȘme de la vidĂ©o. (âŠ) CâĂ©tait plus proche dâun bloc-notes partagĂ© entre deux branches, et chaque fois quâun message Ă©tait envoyĂ© une feuille de papier Ă©tait arrachĂ©e de la rame. Une fois la rame de papier Ă©puisĂ©e, aucune autre information ne pouvait ĂȘtre Ă©changĂ©e et les deux branches continuaient leurs routes sĂ©parĂ©ment, Ă jamais injoignables. »
Cette limite aux Ă©changes gĂ©nĂšre forcĂ©ment une Ă©conomie du bit Ă©changeable, et donc une multiplicitĂ© infinie dâintrigues, de possibles que la nouvelle ne peut que laisser entrevoir, mais cela nous laisse songeur.




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