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AndroĂŻde Blues 0 : Seule sur Mars ? | Michel Maillot | 2025


đŸȘ¶Un article de | 24/08/2025
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Quand il n’y en a plus


Petit retour dans le passĂ©, pour mettre en scĂšne l’un des personnages apparus sur le tard dans les histoires d’AndroĂŻde Blues. Le premier pas, les premiers pas de celle qui deviendra, malgrĂ© elle, « Princesse de Mars ».

Monologue dĂ©sabusĂ©, mais non dĂ©nuĂ© d’humour, de la premiĂšre reprĂ©sentante de la Terre Ă  poser le pied sur la PlanĂšte Rouge. MalgrĂ© la succession de catastrophes, preuve en est qu’on ne doit jamais dĂ©sespĂ©rer, une main peut toujours se tendre pour nous relever.

Voici donc ce qui peut se présenter comme le chapitre zéro de la Saga « Androïde Blues », et qui vient gentiment se glisser devant les autres.

Bonne lecture !
Illustration © Aykut Aydoğdu, artiste digital, https://www.aykworks.com/
Illustration © Aykut Aydoğdu, artiste digital, https://www.aykworks.com/

AndroĂŻde Blues 0 : Seule sur Mars ?

Assise contre un rocher, les jambes allongĂ©es, lĂ©gĂšrement Ă©cartĂ©es pour soulager le corps et surtout l’esprit. De toute façon, ces scaphandres ne sont pas Ă©tudiĂ©s pour aller danser. Il a beau y avoir un panorama Ă  couper le souffle, tiens, c’est drĂŽle ça, couper le souffle. Une Ă©toile lointaine qui propage timidement sa jaunisse, un firmament d’une splendeur Ă©mouvante, tant l’atmosphĂšre si tĂ©nue n’entrave en rien sa riche profusion lorsque la nuit installe ses affaires. Non, pas question de danser, mĂȘme si se trouver lĂ  mĂ©riterait une cĂ©lĂ©bration particuliĂšre. Mais toute seule, ça ne rimerait Ă  rien. Il faudrait au moins un peu de musique, un rythme qui colle. Il y en a bien eu quelques-unes, composĂ©es tout lĂ -bas, sur la PlanĂšte Bleue, mais on a un peu oubliĂ©, dans ce sĂ©rieux pĂ©riple, d’ajouter l’agrĂ©able Ă  l’utile. Puis, encore une fois, cette satanĂ©e tenue n’arrange en rien la grĂące que rĂ©clame le mouvement, fĂ»t-il syncopĂ© pour respecter une certaine modernitĂ©. Tout ça reste Ă  inventer, un de ces jours. Quand on sera Ă  niveau, parce que lĂ , c’est plutĂŽt ratĂ©, et c’est pas demain la veille qu’on tentera Ă  nouveau le voyage.

Jusqu’à ce qu’on se pose du cĂŽtĂ© de Valles Marineris, dans la rĂ©gion de Tharsis, pour ceux qui visualisent un peu la gĂ©ographie martienne, tout s’était bien passĂ©. Les premiĂšres sorties, le premier pas opĂ©rĂ© par votre serviteuse. Fallait bien rĂ©pondre au besoin de diversitĂ© et de mise en avant du beau sexe pour embarquer tout le monde, non ? Bon, je n’étais pas la plus nulle non plus. DerriĂšre une certaine forme d’hypocrisie pour vendre l’épopĂ©e, il Ă©tait impĂ©ratif de se montrer Ă  la hauteur, tout du moins de tenir la distance, quand il s’agit d’aller se balader Ă  plusieurs dizaines de millions de kilomĂštres. Bref, j’ai posĂ© la premiĂšre botte, prononcĂ© la phrase rituelle, inventĂ©e forcĂ©ment sur l’instant aprĂšs avoir Ă©tĂ© peaufinĂ©e par d’autres des mois durant avant le dĂ©part. « Aujourd’hui, la premiĂšre empreinte humaine, sur une autre planĂšte que la nĂŽtre, marque le dĂ©but d’une aventure qui rejoint et dĂ©passe celles menĂ©es naguĂšre sur nos ocĂ©ans. Les premiers marins de l’espace ont touchĂ© au port, d’autres viendront bientĂŽt Ă©toffer les routes dĂ©sormais ouvertes Ă  l’Homme » qu’elle disait. Tu parles d’un pompeux, j’avais un peu honte, mais Ă©galement le plaisir coupable d’ĂȘtre celle qui les prononcerait pour la postĂ©ritĂ©. C’est Maman qui devait se sentir fiĂšre, tout en retenant ses larmes.

Ça, c’était au dĂ©but. Ensuite, ça s’est gĂątĂ©, des foutues machines se sont mises Ă  bĂ©gayer. Le bug, l’insecte qui s’est glissĂ© dans le code ! Appelez-moi le responsable qui a raccourci les dĂ©lais pour livrer Ă  temps, voire en avance. DĂ©faillance sur dĂ©faillance. Si ce n’était que pour des choses futiles, comme les toilettes, bon, c’est important aussi, les toilettes. Mais l’air qu’on respire dans notre capsule, c’est pas du luxe qui nĂ©cessiterait un billet pour une cabine de premiĂšre classe ! Pschit, une grande partie qui s’est envolĂ©e pour se perdre dans ce qui reste ici, tout de mĂȘme un rien tĂ©nu, et qui ne contient pas le mĂ©lange exigĂ© pour des Terriens en goguette. Repartir ? Oui, merci, on y a pensĂ©. Ne pas traĂźner sur un monde hostile ou plutĂŽt qui n’avait pas besoin de notre prĂ©sence, c’était la solution. Quitte Ă  refaire des calculs pour mettre au point la trajectoire.

Pendant que j’étais de sortie pour justifier les dĂ©penses par quelques ramassages d’échantillons, voire des dĂ©couvertes forcĂ©ment inattendues, puisque dĂ©couvertes, je ne sais pas ce qui s’est passĂ©. Un essai de mise Ă  feu de la partie supĂ©rieure du module ? Pas le dĂ©sir, en tout cas j’espĂšre, de me laisser en arriĂšre Ă  cause de mon mauvais caractĂšre resurgi Ă  l’occasion de nos mĂ©saventures. Tenir le rĂŽle de la derniĂšre princesse de Mars, ça n’était pas ni dans mes intentions ni dans mes cordes jusque-lĂ . Bref, je me suis retrouvĂ©e cul par-dessus tĂȘte quand l’explosion s’est produite. En me secouant, je suis restĂ©e interdite, et ça n’est pas la vue du nouveau cratĂšre fumant, Ă  l’endroit oĂč se trouvait quelques secondes auparavant notre vaisseau, qui m’a autorisĂ©e Ă  fonctionner clairement de nouveau. Sans oublier que mes trois camarades de l’expĂ©dition Ă©taient partis avec la fumĂ©e. L’horreur de l’instant, la perte irrĂ©mĂ©diable vous envahit et vous submerge. Le corps s’agite de tremblements, les sanglots vous noient l’esprit et les larmes embuent la visiĂšre. Puis, rapidement, la rĂ©alitĂ© vient, par une autre vague puissante, cogner Ă  grands coups sur votre porte. On se raconte souvent des histoires quant aux rĂ©actions qu’on pourrait avoir dans ce genre de circonstances.

À quoi, Ă  qui pense-t-on devant l’inĂ©luctable ? Une mission de secours ? Se mettre en position sur le bord du chemin pour faire de l’astronef-stop ? Des fois qu’il viendrait Ă  l’esprit d’un voyageur Ă©garĂ© de passer par lĂ . Et pourquoi pas le chariot du pĂšre NoĂ«l pendant qu’on y est ? Et pourtant, on voudrait y croire, pendant une fraction de seconde, avant que la chape de la rĂ©alitĂ©, qui dĂ©passe de loin la gravitĂ© martienne, ne vous tombe sur les Ă©paules. « M
 ! Â» qu’on crie derriĂšre le plexi opacifiĂ© de son casque pour attĂ©nuer la lumiĂšre. Le temps de vĂ©rifier le niveau du mĂ©lange Ă  respirer. une heure trente, c’est pas beaucoup pour tenir jusqu’à son prochain anniversaire ! Non, vraiment, c’est pas du gĂąteau, et de toute maniĂšre, pas moyen de trouver des bougies dans le coin. Pas de bol pour les idoles ! Ce qui traverse l’esprit ? Sa fin proche, en se consolant comme on peut. On va sĂ»rement dresser un monument Ă  notre gloire dans le musĂ©e de l’Exploration de l’espace. Maman va toucher un gros chĂšque. Est-ce qu’on va susciter de nouvelles carriĂšres, pour venger la dĂ©faite face aux incertitudes ? Tu parles d’incertitudes et de hasard, la course Ă  l’échalote, oui. Bon, avec un caractĂšre trempĂ© qui se refuse Ă  baisser les bras, mĂȘme dans cette foutue combinaison qui ferait passer le Bibendum pour une danseuse Ă©toile ! Non, partir en beautĂ©, fĂ»t-ce sans maquillage. S’asseoir contre un rocher, en direction du couchant. Non loin de ces cyclopĂ©ennes murailles qui dressent par endroits des silhouettes quasi humanoĂŻdes. Des figures d’anciennes divinitĂ©s, Ă©rodĂ©es par le temps et les vents de Mars, qui ont un peu l’air de se moquer de moi en me fixant d’un regard narquois.

C’est le niveau d’oxygĂšne qui baisse dangereusement, ou c’est moi ? Je commence Ă  avoir des hallucinations. La poussiĂšre rouge fait des tourbillons autour de moi, comme pour m’étudier, interroger mes formes. Doucement, les caresses ! On ne se connaĂźt pas vraiment, et je ne suis pas certaine qu’on aura le temps de faire plus ample connaissance. Ma vision pĂ©riphĂ©rique capte d’insolites mouvements en direction des hautes falaises. Dans la brume poussiĂ©reuse, je crois distinguer une silhouette longiligne qui progresse sur d’étranges bĂ©quilles. À moins qu’il ne s’agisse de membres graciles, oĂč les muscles n’ont guĂšre besoin de se vanter pour cause de gravitĂ© infime. Est-elle sortie d’une de ces cavitĂ©s qu’on discerne Ă  distance sur ces parois colossales ? Au fur et Ă  mesure que mon esprit s’engourdit, m’apparaĂźt un visage aux yeux larges oĂč clignent des paupiĂšres transparentes. Il dessine une bouche sans lĂšvres qui semble esquisser un sourire bienveillant. DrĂŽle de binette, un peu pĂąlotte, mais sympathique Ă  premiĂšre et seconde vue, mĂȘme en baisse. Je lĂšve machinalement ma main gantĂ©e et boudinĂ©e, pour tenter de faire un geste Ă  la Spock, dont j’espĂšre qu’il est toujours de mise dans la confrĂ©rie galactique.

Avant de sombrer dans mon dernier sommeil, j’imagine crĂ©er une illusion Ă  l’aide de mon esprit d’adolescente attardĂ©e imprĂ©gnĂ© par mes lointaines lectures. Je crois sentir qu’on me redresse, qu’on essaie de traficoter le cĂŽtĂ© de mon casque. J’ai mĂȘme l’impression, impossible, d’entendre une voix qui s’exprime dans un curieux langage. En tout cas, rien que je connaisse. Des fois que, je partage un de mes sourires les plus radieux, rĂ©servĂ©s d’habitude aux photos de famille. C’est bien le moins que je puisse offrir Ă  quiconque ou l’éternitĂ©. Mais qui sait si tout ça n’est pas un peu rĂ©el
 AprĂšs tout, on se situe aux confins de l’impossible. Peut-ĂȘtre bien que finalement, je vais l’entamer, ma carriĂšre de princesse de Mars. La nouvelle Dejah Thoris de Barsoom ! Demander l’asile cosmique, prendre la nationalitĂ© martienne. Et puis, dĂ©sormais, je suis ici chez moi pour partager avec ceux qui logeraient sur place. Les vastes sillons et canyons creusĂ©s sur des centaines de kilomĂštres pour prĂ©server le souvenir d’antiques fleuves. Les dĂ©serts infinis oĂč les tempĂȘtes impĂ©tueuses sculptent sans cesse, de leur insatisfaction d’artistes, des dunes aux formes gĂ©nĂ©reuses et suggestives. Des chaĂźnes de montagnes titanesques enfantĂ©es par les remous turbulents d’une jeunesse non moins tumultueuse. Des volcans Ă  la hauteur prodigieuse, dont la mĂ©moire assoupie conserve sans doute d’anciennes colĂšres. Et puis tous ces ocres sublimes qui recouvrent de leurs nuances innombrables les paysages de la mystĂ©rieuse et envoĂ»tante PlanĂšte Rouge.

C’est dĂ©cidĂ©, si on veut bien de moi, je suis prĂȘte. Dites-moi oĂč je dois signer, ou donnez-moi les paroles Ă  prononcer.

Michel Maillot
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💬 Vos commentaires

1.PostĂ© par Éric MARIE le 24/08/2025 11:10 | Alerter
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ATRAVERSLESPACE
Beaucoup d’humour dans ce nouveau texte de Michel Maillot, mais les sourires sont empathiques et l’impression gĂ©nĂ©rale oscille entre rĂ©signation et espĂ©rances. Encore une fois, nous voilĂ  assis Ă  contempler Mars la belle, et le spectacle est grandiose, il y a mĂȘme un feu d’artifice !
Que reste t-il lorsqu’il n’y a plus rien ? L’espoir jusqu’au dernier souffle.
Doux, poétique, prégnant
 Merci Michel pour cet opus 0.

2.Posté par Koyolite TSEILA le 25/08/2025 08:24 | Alerter
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KoyoliteTseila
Intrigant, poétique, oscillant entre résignation et espoir, ce monologue en sol martien du chapitre zéro d'Androïde Blues est une délicate et appétissante mise en bouche et donne envie de déguster la suite ! J'ai un retard fou dans certaines de mes lectures, que je comble petit à petit. Merci Michel pour ce texte !

3.Posté par B BLANZAT le 26/08/2025 08:54 | Alerter
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Blanzat
Un trĂšs bon prologue Ă  la saga "AndroĂŻde Blues", oĂč le spleen n'empĂȘche pas de rĂȘver au lendemain.

4.Posté par Robert YESSOUROUN le 28/08/2025 07:23 | Alerter
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Yessouroun
Voici un court rĂ©cit d’inspiration poĂ©tique qui laisse songeur. Le lecteur se demande ce qui arrive vraiment Ă  la naufragĂ©e de la planĂšte rouge, naufragĂ©e qui affronte le pire du pire. Assiste-t-on ici Ă  la solution d’une tragĂ©die par le rĂȘve (le sort de bien des Ă©crivains de SF, non ?) ou plutĂŽt Ă  une belle leçon d’espĂ©rance justifiĂ©e par le « rĂ©el » ?
Signalons l’allusion Ă  une princesse martienne, personnage inventĂ© par le crĂ©ateur de Tarzan, cĂ©lĂšbre solitaire dans un monde vierge.
Fin en apothéose, dans un décor magistral, marqué par de gigantesques vestiges. Merci Michel pour ce texte.

5.Posté par Christobal COLUMBUS le 29/08/2025 17:00 | Alerter
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ChristoColumbus
Voici un beau récit intriguant qui m'a donné envie de découvrir la suite. C'est au deuxiÚme épisode que j'ai eu la réponse à mon questionnement survenu à la fin de celui-ci.
Je vais poursuivre mes lectures "AndroĂŻdes Blues" et je ne doute pas que leurs suites soient tout aussi passionnantes.
Merci Michel pour cet investissement littĂ©raire offert au Galion des Étoiles !

6.Posté par Jean-Michel ARCHAIMBAULT le 01/09/2025 13:46 | Alerter
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JMARCHAIMBAULT
J'ai attendu la fin, ou plutĂŽt le (re)commencement, pour me manifester Ă  propos de ces sept textes qui composent une suite comme je les adore.
Grand fut le privilÚge d'effectuer la béta-lecture, l'annotation et la correction de ces perles enchaßnées, correction bien plus de forme que de fond car j'ai trouvé bien peu à redire !
Michel, c'est une sorte de confluence entre Stefan, Ray, Clifford, Arthur des "Sables de Mars", Julia, Nathalie, et bien d'autres que nous aimons, nous, car leurs Ă©crits rĂ©sonnent trĂšs profond dans nos cƓurs et nos Ăąmes de jeunes anciens.
Sur les courtes et moyennes distances, poÚmes et nouvelles, tout se savoure avec parfois des réminiscences de madeleines de nos plus belles années.
En mode long courrier, je suis en train de me laisser emporter par le parfum d'Andromùde vers l'Étoile qui songe. Encore trop tît pour en parler, mais cela viendra d'ici quelques mois.
Magie des mots, des images, sens de l'épopée et de l'émerveillement... Un peu de lumiÚre qui s'allumera sur notre futur proche.
Haut les cƓurs, et merci, Michel !

7.Posté par Claude AUBERTIN le 08/01/2026 17:04 | Alerter
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Klod49
Un texte original sur un thĂšme somme toute classique, qui ouvre de multiples portes Ă  la volĂ©e sans en refermer aucune, comme quoi mĂȘme sur mars il peut y avoir des courants d'air !

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