QuatriĂšme de couverture
Certes, câest une bonne chose que la Galaxie soit en paix, mais⊠Quand on est, comme Hori, lâhĂ©ritiĂšre du plus fameux Clan de combattants Irtanes, et la descendante directe de la grande Helni, la Destructrice, se retrouver capitaine dâun petit vaisseau de fret peut se rĂ©vĂ©ler un brin frustrant. Aussi, lorsque les savants Folpes de la Grande UniversitĂ© dĂ©voilent au monde leur formidable invention, la Surprenante Surprise, est-elle la premiĂšre Ă en entrevoir les possibilitĂ©s fantastiques. Lâaventure, la gloire et lâhonneur sont Ă nouveau Ă portĂ©e de main. Câest le dĂ©but, pour Hori et son Ă©quipage interlope de laissĂ©s-pour-compte de la Galaxie, dâune odyssĂ©e rocambolesque, qui les conduira bien souvent lĂ oĂč, tout bien rĂ©flĂ©chi, ils ne seraient sans doute pas allĂ©s.
Fiche de lecture
Dans le fourre-tout rimant et rigolo qu'on appelle la sagesse populaire, y a un proverbe qui nous interpelle vachement au niveau du vĂ©cu et du vaincu, tellement il s'applique bien Ă nos petites vies insignifiantes au niveau co(s)mique mais ĂŽ combien importantes quand on est au ras des pĂąquerettes. Lequel ? "Nul n'est prophĂšte en son pays", bien sĂ»r ! Ben ouais, tous ceux qui ont un tant soit peu essayĂ© de penser en dehors de la boĂźte et de sortir de la quadrature du cercle de la routine et du prĂȘt-Ă -penser, se sont heurtĂ©s au scepticisme de leurs proches. "Je l'ai connu en couches-culottes. C'est pas possible qu'il ait pu nous pondre une saga en 42 volumes avec style Ă©pique, retour des personnages et mĂ©caniques Ă bain d'huile !" ou encore : "Je le vois encore se tartiner la mouille avec du chocolat... Comment voulez-vous qu'il ait pu engendrer une rĂ©volution Ă©pistĂ©mologico-philosophique dans mon dos ?". Ceux qui pensent te connaĂźtre le plus sont souvent les derniers Ă reconnaĂźtre ta valeur et la familiaritĂ© leur fout de la buĂ©e sur les fenĂȘtres de lâĂąme. MĂȘme JĂ©sus, le Fils de l'Homme, le hĂ©ros super planant et rĂ©dempteur de l'humanitĂ© souffrante et dĂ©chue a dĂ» faire face Ă l'incomprĂ©hension de ses frangetogommes et sĆurettes au dĂ©but de sa carriĂšre de Messie avec un grand M ! Alors imagine pour tĂ©zigue avec ta tronche de quidam lambda et tes ambitions bien humaines... Eh ouais, sortir du panier de crabes familial ou du moule bien trop serrĂ© de ta bourgade natale, câest pas une sinĂ©cure !
Et moi, lâalpha et lâomĂ©ga du gros bĂȘta, j'ai failli dire Ă la prophĂ©tesse fictionnante d'aller voir lĂ -bas si j'y Ă©tais. Moi aussi, j'ai failli commettre cette erreur de croire qu'on peut connaĂźtre absolument nos familiers parce qu'on oublie que le quotidien, ben ça peut rouiller la perspicacitĂ© et le jugement et faire prendre un pur-sang pour un percheron.
Pendant que je mâĂ©chinais Ă taper mon roman polargotique interstellaire, Ă faire de la gymnastique morpho-syntaxique et Ă inventer une langue française que mĂȘme lâAcadĂ©mie Françoise voudrait refouler Ă la frontiĂšre, voilĂ -t-y pas que ma moitiĂ©, avec son flegme espagnol et son expertise du français, nous a pondu un cycle de SF qui tâemmĂšne plus loin que la NASA et qui te secoue plus les neurones quâun shaker en mode tremblement de terre. Et pas juste pour le voyage, hein ! Y a de quoi cogiter, se bidonner et passer un sacrĂ© bon moment. Tiens-toi-le pour dit.
Lâexploit nâest pas mince, et pour pasticher un scribouillard qui a pas mal fait chauffer les perruques sous Louis XIV, je vais te le dire comme ça : "Les romans de SF de ma femme sont les meilleurs, et pas plus tard que tout de suite, nous lâallons voir tout Ă lâheure."
Accroche-toi à tes pinceaux, je retire l'échelle de Richter !
Le bouquin dont je vais tâentretenir ex cathedra aujourdâhui, mon biquet/ma biquette, il sâappelle La Flotte MystifiĂ©e, et il sâinscrit dans un cycle romanesque qui en a sous le capot : La Terre SurveillĂ©e. Un opĂ©ra spatial qui sort la grosse artillerie et qui envoie du bois jusquâĂ la ceinture de Kuiper, avec plus de bastons cosmiques et de manigances interstellaires que dans un banquet de la mafia vĂ©nusienne. Un machin qui filerait des Ă©toiles plein la rĂ©tine Ă Edmond Hamilton, et qui ferait tourner la tĂȘte Ă une supernova.
"De quoi ça cause ?" me demanderas-tu, en feignant dâĂȘtre autre chose quâun procĂ©dĂ© littĂ©raire habilement placĂ© pour me permettre de continuer mon monologue. Et moi, malin comme un singe savant, de ne pas te rĂ©pondre directement, mais de te glisser une Ă©nallage en douce, avant de refiler le crachoir Ă lâautrice :
"Certes, câest une bonne chose que la Galaxie soit en paix, mais⊠Quand on est, comme Hori, lâhĂ©ritiĂšre du plus fameux Clan de combattants Irtanes, et la descendante directe de la grande Helni, la Destructrice, se retrouver capitaine dâun petit vaisseau de fret peut se rĂ©vĂ©ler un brin frustrant. Aussi, lorsque les savants Folpes de la Grande UniversitĂ© dĂ©voilent au monde leur formidable invention, la Surprenante Surprise, est-elle la premiĂšre Ă en entrevoir les possibilitĂ©s fantastiques. Lâaventure, la gloire et lâhonneur sont Ă nouveau Ă portĂ©e de main. Câest le dĂ©but, pour Hori et son Ă©quipage interlope de laissĂ©s-pour-compte de la Galaxie, dâune odyssĂ©e rocambolesque, qui les conduira bien souvent lĂ oĂč, tout bien rĂ©flĂ©chi, ils ne seraient sans doute pas allĂ©s."
BalancĂ© comme ça, ça a pas grand sens, alors je vais un peu tâexpliquer de quoi il en retourne. Dans lâunivers de notre Ă©crivaine (« lore » en novlangue oncle-samisĂ©e), il y a une saletĂ© de race humanoĂŻde qui a pour blaze GhâĂ©âen. Une engeance qui, en matiĂšre de saloperie cosmique, se pose un peu lĂ : ces braves gens tiennent du croque-mitaine, du Grand Inquisiteur et de la Schutzstaffel en mĂȘme temps. Des cador du carnage, des stakhanovistes du sacrifice humain, des VRP de lâhorreur qui ouvrent des succursales de Baal et de Moloch sur toutes les planĂštes oĂč ils posent leurs grosses pattes poilues et crochues. Leur rĂ©gime alimentaire, Ă ces tristes zigues ? De la souffrance humanoĂŻde servie saignante avec rab de cris dâagonie. Ils ont tellement foutu le boxon dans le silence des espaces infinis oĂč on tâentend pas gueuler comme un putois que mĂȘme le vide spatial en a eu des sueurs froides. Et les peuples qui ont croisĂ© leur chemin ? Ils en ont gardĂ© des cicatrices jusque dans leur gĂ©nome, au point que leurs descendants en ont les chromosomes qui sursautent au moindre bruit bizarre.
Mais heureusement, par tout un tas dâĂ©vĂ©nements et de retournements de situation que jâai pas le temps de te conter par le menu, les Irtanes, câest-Ă -dire la race Ă laquelle appartient la capitaine Hori, ont rĂ©ussi Ă mornifler dans les grandes largeurs ces GhâĂ©âen impies et presque rĂ©ussi Ă les faire disparaĂźtre.
Et lĂ , au dĂ©but de ce rĂ©cit que propose-t-on Ă Hori et Ă son Ă©quipage bigarrĂ© et bagarreur ? Remonter le courant du Sablier du Temps Ă la nage et plus vite que la lumiĂšre pour dĂ©barrasser une bonne fois pour toutes la Galaxie de ces odieux GhâĂ©âen.
Transpose ça dans ton paradigme de petit postmoderne insignifiant et tu comprendras ce quâon propose Ă nos hĂ©ros. Imagine un peu : des gnaces en blouse blanche qui noircissent des tableaux avec des Ă©quations ont pondu une machine Ă effacer les erreurs du passĂ©, une gomme quantique pour virer les horreurs de lâhistoire. Et lĂ , ils viennent te voir et te proposent un petit voyage dans le temps avec pour mission dâannihiler un moustachu monotesticulaire qui roule les "R" en allemand du sud ou un Spirou des tĂ©nĂšbres qui sifflote en russkof tout en remplissant son death note. Un truc Ă signer des deux mains, mĂȘme sans bras, en rĂ©sumĂ©.
Presque exterminer les GhâĂ©âen, câest bien. Faire en sorte quâils nâaient jamais existĂ©, câest mieux.
Mais voilĂ , mon canard, on est dans un roman ! Et un roman, ça vaut pas plus quâun pastis sans flotte, sâil nây pas des obstacles Ă la pelle, des emmerdements en escadrille et des pĂ©ripĂ©ties Ă la tonne. Alors forcĂ©ment, le beau plan va vite fait partir en vrille, les Ă©toiles vont se mettre Ă tanguer, et nos protagonistes vont vivre une aventure dont ils se souviendront tous. Bref, ça va barder dans le firmament et plus haut encore, et toi, tâauras quâĂ tâinstaller peinard avec ton bouquin et regarder le feu dâartifice.
Bon, je pourrais, comme les dĂ©mons de minuit, t'entraĂźner jusquâau bout de la nuit en te baratinant sur les mille et une qualitĂ©s de ce bijou de fiction spĂ©culative et futuriste, mais comme je suis un gars bien Ă©levĂ© et que jâai dĂ©jĂ Ă©tĂ© au restaurant, je vais Ă©viter le service Ă rallonge et te la faire courte, façon ristretto intergalactique.
DĂ©jĂ , mon gaillard, ma poulette, toi qui rĂȘves dâexotisme pendant que ton taf dâesclave moderne tâoblige Ă faire la navette entre le point A et le point B aux pires heures de la journĂ©e, accroche-toi Ă ton fauteuil en skaĂŻ rĂąpĂ©, parce que La Flotte MystifiĂ©e va te tĂ©lĂ©porter dans un ailleurs oĂč mĂȘme Google Maps jette lâĂ©ponge. Mathilde Contreras, elle a bien potassĂ© ses classiques, et comme une digne disciple dâUrsula K. Le Guin, elle a pigĂ© que les civilisations, câest comme des tables de mixage : chaque peuple bidouille ses potards Ă sa sauce, et ce qui fait marrer les uns fait hurler les autres.
Alors, oublie les extraterrestres caricaturaux qui jaffent des hamburgers et qui jasent en nĂ©o-anglais avec un accent dâassureur texan qui mĂąche un chewing-gum. Ici, câest pas un vulgaire space-opĂ©ra sous stĂ©roĂŻdes yankees, câest du ciselĂ©, du raffinĂ©, du smörgĂ„sbord anthropologique. Irtanes, Guls, Ramtis, Narques, Folpes⊠Une vraie mĂ©nagerie cosmique, chacun avec ses tocs, ses travers et ses traditions plus ou moins ragoĂ»tantes. Et la tauliĂšre, Mathilde Contreras, elle a pas fait semblant : elle a jouĂ© les Margaret Mead de lâespace, et crois-moi, son ethnologie interstellaire, elle est aussi solide que de lâosmium.
RĂ©sultat ? Un univers dense, foisonnant, bordĂ©lique mais addictif, oĂč chaque peuple te fait reconsidĂ©rer ta petite vie bien rangĂ©e et mĂȘme rĂ©flĂ©chir sur lâarbitraire de nos us et coutumes.
Mais notre gĂ©nĂ©ratrice dâintrigues, avec son blase qui fleure bon la paella bien dorĂ©e et le flamenco qui claque, elle a compris la recette qui tabasse : le mĂ©lange. Et crois-moi, dans la tambouille quâelle nous mijote, le tout est vachement supĂ©rieur Ă la somme de ses parties.
Tâas de lâĂ©pique en plat de rĂ©sistance, du comique en amuse-gueule, du tragique en digestif et mĂȘme une lichette dâĂ©rotisme pour relever le tout â et câest pas du vinaigre de supermarchĂ©. Tout ça, ça fuse, ça sâenlace, ça copule entre les lignes, et ça donne pas dans le fade ni dans le tiĂ©dasse. Dit comme ça, tâas peut-ĂȘtre lâimpression que ça va donner des reflux gastriques Ă tes synapses, mais une fois dedans, ça file comme un verre de Rioja ou de MĂĄlaga sur une table bien mise.
T'attends pas Ă de l'imbitable ou de l'emberlificotĂ©. Ăa a le goĂ»t de l'Ă©vidence et t'en redemanderas. Et moi, j'arrĂȘte lĂ ma mĂ©taphore culinaire et filĂ©e. Sous des atours simples, c'est complexe. Sous des dehors rigolards, ça fait rĂ©flĂ©chir.
Ăa Ă l'air foutraque mais c'est architecturĂ© au millimĂštre. Et câest lĂ quâon reconnaĂźt les cadors de lâimaginaire, les ciseleurs de rĂ©cits, ceux qui te prennent par la main et tâembarquent sans jamais te lĂącher la pogne.
Ăa fait moins de 500 pages, mais jâaurais pu mâen enquiller 3000 tranquillement. Si tu te laisses tenter par La Flotte MystifiĂ©e, je te parie ma derniĂšre cartouche dâastĂ©rogitanes que tu finiras dans le mĂȘme Ă©tat que moi : accro, heureux, et prĂȘt Ă en redemander.
Tu l'auras compris, aprĂšs lecture de ce morcif de SF, je me suis rendu compte que j'avais eu tort de pas lire plus tĂŽt les livres de ma chĂšre et tendre, parce que lĂ , c'est de la saga galactique (Ă lire sans s'emmĂȘler la menteuse...) de haut vol. De quoi vous expĂ©dier au septiĂšme ciel du lecteur. Une espĂšce de mĂ©lange hyper rĂ©ussi entre Ursula K. Le Guin et Terry Pratchett, une fusion des codes de l'Ă©popĂ©e homĂ©rique avec ce qu'il faut de burlesque, d'action, et de titillant. C'est vraiment unique en son genre et ça gagne Ă ĂȘtre connu.
Si la señora Contreras Ă©tait ricaine, on aurait dĂ©jĂ des drones Amazon qui balanceraient ses bouquins sur ta tronche et des critiques subventionnĂ©s par BollorĂ© qui lui tresseraient des couronnes de lauriers dĂ©matĂ©rialisĂ©es. Mais câest une fransquillonne auto-Ă©ditĂ©e, alors faut pas trop en demander... Câest lĂ que toi, lecteur avisĂ© et nanti de quelques pĂ©pettes, tu peux entrer dans la lĂ©gende. Tâas deux sous de jugeote et un peu de grisbi Ă claquer ? Alors fonce tâoffrir La Flotte MystifiĂ©e. En plus dâen prendre plein les mirettes, tu pourras te la jouer grand seigneur en soirĂ©e : « Moi, je lâai lue quand elle Ă©tait encore dans lâombre ». Ăa fera son petit effet.
Mais quâest-ce que tu fous encore lĂ ? Câest pas en lambinant que la galaxie va ĂȘtre sauvĂ©e ni que les auteurs en or vont sortir de leur trou noir ! Allez, zou, action-rĂ©action, et ouvre ton lazingue en grand pour te procurer La Flotte MystifiĂ©e !
Et moi, lâalpha et lâomĂ©ga du gros bĂȘta, j'ai failli dire Ă la prophĂ©tesse fictionnante d'aller voir lĂ -bas si j'y Ă©tais. Moi aussi, j'ai failli commettre cette erreur de croire qu'on peut connaĂźtre absolument nos familiers parce qu'on oublie que le quotidien, ben ça peut rouiller la perspicacitĂ© et le jugement et faire prendre un pur-sang pour un percheron.
Pendant que je mâĂ©chinais Ă taper mon roman polargotique interstellaire, Ă faire de la gymnastique morpho-syntaxique et Ă inventer une langue française que mĂȘme lâAcadĂ©mie Françoise voudrait refouler Ă la frontiĂšre, voilĂ -t-y pas que ma moitiĂ©, avec son flegme espagnol et son expertise du français, nous a pondu un cycle de SF qui tâemmĂšne plus loin que la NASA et qui te secoue plus les neurones quâun shaker en mode tremblement de terre. Et pas juste pour le voyage, hein ! Y a de quoi cogiter, se bidonner et passer un sacrĂ© bon moment. Tiens-toi-le pour dit.
Lâexploit nâest pas mince, et pour pasticher un scribouillard qui a pas mal fait chauffer les perruques sous Louis XIV, je vais te le dire comme ça : "Les romans de SF de ma femme sont les meilleurs, et pas plus tard que tout de suite, nous lâallons voir tout Ă lâheure."
Accroche-toi à tes pinceaux, je retire l'échelle de Richter !
Le bouquin dont je vais tâentretenir ex cathedra aujourdâhui, mon biquet/ma biquette, il sâappelle La Flotte MystifiĂ©e, et il sâinscrit dans un cycle romanesque qui en a sous le capot : La Terre SurveillĂ©e. Un opĂ©ra spatial qui sort la grosse artillerie et qui envoie du bois jusquâĂ la ceinture de Kuiper, avec plus de bastons cosmiques et de manigances interstellaires que dans un banquet de la mafia vĂ©nusienne. Un machin qui filerait des Ă©toiles plein la rĂ©tine Ă Edmond Hamilton, et qui ferait tourner la tĂȘte Ă une supernova.
"De quoi ça cause ?" me demanderas-tu, en feignant dâĂȘtre autre chose quâun procĂ©dĂ© littĂ©raire habilement placĂ© pour me permettre de continuer mon monologue. Et moi, malin comme un singe savant, de ne pas te rĂ©pondre directement, mais de te glisser une Ă©nallage en douce, avant de refiler le crachoir Ă lâautrice :
"Certes, câest une bonne chose que la Galaxie soit en paix, mais⊠Quand on est, comme Hori, lâhĂ©ritiĂšre du plus fameux Clan de combattants Irtanes, et la descendante directe de la grande Helni, la Destructrice, se retrouver capitaine dâun petit vaisseau de fret peut se rĂ©vĂ©ler un brin frustrant. Aussi, lorsque les savants Folpes de la Grande UniversitĂ© dĂ©voilent au monde leur formidable invention, la Surprenante Surprise, est-elle la premiĂšre Ă en entrevoir les possibilitĂ©s fantastiques. Lâaventure, la gloire et lâhonneur sont Ă nouveau Ă portĂ©e de main. Câest le dĂ©but, pour Hori et son Ă©quipage interlope de laissĂ©s-pour-compte de la Galaxie, dâune odyssĂ©e rocambolesque, qui les conduira bien souvent lĂ oĂč, tout bien rĂ©flĂ©chi, ils ne seraient sans doute pas allĂ©s."
BalancĂ© comme ça, ça a pas grand sens, alors je vais un peu tâexpliquer de quoi il en retourne. Dans lâunivers de notre Ă©crivaine (« lore » en novlangue oncle-samisĂ©e), il y a une saletĂ© de race humanoĂŻde qui a pour blaze GhâĂ©âen. Une engeance qui, en matiĂšre de saloperie cosmique, se pose un peu lĂ : ces braves gens tiennent du croque-mitaine, du Grand Inquisiteur et de la Schutzstaffel en mĂȘme temps. Des cador du carnage, des stakhanovistes du sacrifice humain, des VRP de lâhorreur qui ouvrent des succursales de Baal et de Moloch sur toutes les planĂštes oĂč ils posent leurs grosses pattes poilues et crochues. Leur rĂ©gime alimentaire, Ă ces tristes zigues ? De la souffrance humanoĂŻde servie saignante avec rab de cris dâagonie. Ils ont tellement foutu le boxon dans le silence des espaces infinis oĂč on tâentend pas gueuler comme un putois que mĂȘme le vide spatial en a eu des sueurs froides. Et les peuples qui ont croisĂ© leur chemin ? Ils en ont gardĂ© des cicatrices jusque dans leur gĂ©nome, au point que leurs descendants en ont les chromosomes qui sursautent au moindre bruit bizarre.
Mais heureusement, par tout un tas dâĂ©vĂ©nements et de retournements de situation que jâai pas le temps de te conter par le menu, les Irtanes, câest-Ă -dire la race Ă laquelle appartient la capitaine Hori, ont rĂ©ussi Ă mornifler dans les grandes largeurs ces GhâĂ©âen impies et presque rĂ©ussi Ă les faire disparaĂźtre.
Et lĂ , au dĂ©but de ce rĂ©cit que propose-t-on Ă Hori et Ă son Ă©quipage bigarrĂ© et bagarreur ? Remonter le courant du Sablier du Temps Ă la nage et plus vite que la lumiĂšre pour dĂ©barrasser une bonne fois pour toutes la Galaxie de ces odieux GhâĂ©âen.
Transpose ça dans ton paradigme de petit postmoderne insignifiant et tu comprendras ce quâon propose Ă nos hĂ©ros. Imagine un peu : des gnaces en blouse blanche qui noircissent des tableaux avec des Ă©quations ont pondu une machine Ă effacer les erreurs du passĂ©, une gomme quantique pour virer les horreurs de lâhistoire. Et lĂ , ils viennent te voir et te proposent un petit voyage dans le temps avec pour mission dâannihiler un moustachu monotesticulaire qui roule les "R" en allemand du sud ou un Spirou des tĂ©nĂšbres qui sifflote en russkof tout en remplissant son death note. Un truc Ă signer des deux mains, mĂȘme sans bras, en rĂ©sumĂ©.
Presque exterminer les GhâĂ©âen, câest bien. Faire en sorte quâils nâaient jamais existĂ©, câest mieux.
Mais voilĂ , mon canard, on est dans un roman ! Et un roman, ça vaut pas plus quâun pastis sans flotte, sâil nây pas des obstacles Ă la pelle, des emmerdements en escadrille et des pĂ©ripĂ©ties Ă la tonne. Alors forcĂ©ment, le beau plan va vite fait partir en vrille, les Ă©toiles vont se mettre Ă tanguer, et nos protagonistes vont vivre une aventure dont ils se souviendront tous. Bref, ça va barder dans le firmament et plus haut encore, et toi, tâauras quâĂ tâinstaller peinard avec ton bouquin et regarder le feu dâartifice.
Bon, je pourrais, comme les dĂ©mons de minuit, t'entraĂźner jusquâau bout de la nuit en te baratinant sur les mille et une qualitĂ©s de ce bijou de fiction spĂ©culative et futuriste, mais comme je suis un gars bien Ă©levĂ© et que jâai dĂ©jĂ Ă©tĂ© au restaurant, je vais Ă©viter le service Ă rallonge et te la faire courte, façon ristretto intergalactique.
DĂ©jĂ , mon gaillard, ma poulette, toi qui rĂȘves dâexotisme pendant que ton taf dâesclave moderne tâoblige Ă faire la navette entre le point A et le point B aux pires heures de la journĂ©e, accroche-toi Ă ton fauteuil en skaĂŻ rĂąpĂ©, parce que La Flotte MystifiĂ©e va te tĂ©lĂ©porter dans un ailleurs oĂč mĂȘme Google Maps jette lâĂ©ponge. Mathilde Contreras, elle a bien potassĂ© ses classiques, et comme une digne disciple dâUrsula K. Le Guin, elle a pigĂ© que les civilisations, câest comme des tables de mixage : chaque peuple bidouille ses potards Ă sa sauce, et ce qui fait marrer les uns fait hurler les autres.
Alors, oublie les extraterrestres caricaturaux qui jaffent des hamburgers et qui jasent en nĂ©o-anglais avec un accent dâassureur texan qui mĂąche un chewing-gum. Ici, câest pas un vulgaire space-opĂ©ra sous stĂ©roĂŻdes yankees, câest du ciselĂ©, du raffinĂ©, du smörgĂ„sbord anthropologique. Irtanes, Guls, Ramtis, Narques, Folpes⊠Une vraie mĂ©nagerie cosmique, chacun avec ses tocs, ses travers et ses traditions plus ou moins ragoĂ»tantes. Et la tauliĂšre, Mathilde Contreras, elle a pas fait semblant : elle a jouĂ© les Margaret Mead de lâespace, et crois-moi, son ethnologie interstellaire, elle est aussi solide que de lâosmium.
RĂ©sultat ? Un univers dense, foisonnant, bordĂ©lique mais addictif, oĂč chaque peuple te fait reconsidĂ©rer ta petite vie bien rangĂ©e et mĂȘme rĂ©flĂ©chir sur lâarbitraire de nos us et coutumes.
Mais notre gĂ©nĂ©ratrice dâintrigues, avec son blase qui fleure bon la paella bien dorĂ©e et le flamenco qui claque, elle a compris la recette qui tabasse : le mĂ©lange. Et crois-moi, dans la tambouille quâelle nous mijote, le tout est vachement supĂ©rieur Ă la somme de ses parties.
Tâas de lâĂ©pique en plat de rĂ©sistance, du comique en amuse-gueule, du tragique en digestif et mĂȘme une lichette dâĂ©rotisme pour relever le tout â et câest pas du vinaigre de supermarchĂ©. Tout ça, ça fuse, ça sâenlace, ça copule entre les lignes, et ça donne pas dans le fade ni dans le tiĂ©dasse. Dit comme ça, tâas peut-ĂȘtre lâimpression que ça va donner des reflux gastriques Ă tes synapses, mais une fois dedans, ça file comme un verre de Rioja ou de MĂĄlaga sur une table bien mise.
T'attends pas Ă de l'imbitable ou de l'emberlificotĂ©. Ăa a le goĂ»t de l'Ă©vidence et t'en redemanderas. Et moi, j'arrĂȘte lĂ ma mĂ©taphore culinaire et filĂ©e. Sous des atours simples, c'est complexe. Sous des dehors rigolards, ça fait rĂ©flĂ©chir.
Ăa Ă l'air foutraque mais c'est architecturĂ© au millimĂštre. Et câest lĂ quâon reconnaĂźt les cadors de lâimaginaire, les ciseleurs de rĂ©cits, ceux qui te prennent par la main et tâembarquent sans jamais te lĂącher la pogne.
Ăa fait moins de 500 pages, mais jâaurais pu mâen enquiller 3000 tranquillement. Si tu te laisses tenter par La Flotte MystifiĂ©e, je te parie ma derniĂšre cartouche dâastĂ©rogitanes que tu finiras dans le mĂȘme Ă©tat que moi : accro, heureux, et prĂȘt Ă en redemander.
Tu l'auras compris, aprĂšs lecture de ce morcif de SF, je me suis rendu compte que j'avais eu tort de pas lire plus tĂŽt les livres de ma chĂšre et tendre, parce que lĂ , c'est de la saga galactique (Ă lire sans s'emmĂȘler la menteuse...) de haut vol. De quoi vous expĂ©dier au septiĂšme ciel du lecteur. Une espĂšce de mĂ©lange hyper rĂ©ussi entre Ursula K. Le Guin et Terry Pratchett, une fusion des codes de l'Ă©popĂ©e homĂ©rique avec ce qu'il faut de burlesque, d'action, et de titillant. C'est vraiment unique en son genre et ça gagne Ă ĂȘtre connu.
Si la señora Contreras Ă©tait ricaine, on aurait dĂ©jĂ des drones Amazon qui balanceraient ses bouquins sur ta tronche et des critiques subventionnĂ©s par BollorĂ© qui lui tresseraient des couronnes de lauriers dĂ©matĂ©rialisĂ©es. Mais câest une fransquillonne auto-Ă©ditĂ©e, alors faut pas trop en demander... Câest lĂ que toi, lecteur avisĂ© et nanti de quelques pĂ©pettes, tu peux entrer dans la lĂ©gende. Tâas deux sous de jugeote et un peu de grisbi Ă claquer ? Alors fonce tâoffrir La Flotte MystifiĂ©e. En plus dâen prendre plein les mirettes, tu pourras te la jouer grand seigneur en soirĂ©e : « Moi, je lâai lue quand elle Ă©tait encore dans lâombre ». Ăa fera son petit effet.
Mais quâest-ce que tu fous encore lĂ ? Câest pas en lambinant que la galaxie va ĂȘtre sauvĂ©e ni que les auteurs en or vont sortir de leur trou noir ! Allez, zou, action-rĂ©action, et ouvre ton lazingue en grand pour te procurer La Flotte MystifiĂ©e !
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