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🎬 Le rùgne animal | 2023


đŸȘ¶Un article de | 13/10/2023
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Dans un monde en proie à une vague de mutations qui transforment peu à peu certains humains en animaux, François fait tout pour sauver sa femme, touchée par ce phénomÚne mystérieux.

Alors que la rĂ©gion se peuple de crĂ©atures d'un nouveau genre, il embarque Émile, leur fils de 16 ans, dans une quĂȘte qui bouleversera Ă  jamais leur existence...

Présentation

Un film dans la veine de Lamb ou La NuĂ©e. Pas vraiment de la science-fiction puisque ça se passe de nos jours, peut-ĂȘtre l’an prochain ou l’annĂ©e d’aprĂšs, il y a des Ă©pisodes mĂ©tĂ©o extrĂȘmes mais les personnages ne s’en Ă©meuvent pas. « Ya plus de saison ! Â» s’exclame un gĂ©rant de paillotte trĂšs premier degrĂ©.
 
Ça dĂ©marre en rĂ©gion parisienne, dans les bouchons, on croit aller vers un scĂ©nario catastrophe avec une crĂ©ature Ă©chappĂ©e de l’ambulance, peut-ĂȘtre une pandĂ©mie, la panique. Finalement les gens semblent assez rĂ©signĂ©s, on s’achemine seulement vers une nouvelle partition du corps social : eux et nous. Une mĂšre s’excuse de l’image que donne sa fille Ă  l’hosto. Les gens s’excusent de ce qui leur tombe dessus, maladies et malheurs, ils n’y sont pour rien mais se sentent fautifs de quelque chose, sans savoir quoi.
 
Ici, comme dans la vraie vie, la diffĂ©rence est gĂ©rĂ©e comme un problĂšme sanitaire, et ne peut avoir pour seule rĂ©ponse que l’enfermement et/ou le traitement mĂ©dical.
 
C’est donc un film trĂšs rĂ©aliste, trĂšs contemporain, qui ne rejoue pas l’apartheid ou les camps de concentration, il montre la discrimination ordinaire, le rejet banal de l’autre.
 
Romain Duris joue un quadra conscient, qui engueule son mÎme quand il bouffe des chips pleines de nitrites, dénonce la culture des résineux dans les Landes, mais fume comme un pompier et se trouve dépassé par les événements.
 
Sur le phĂ©nomĂšne qui touche certaines personnes, qu’ils appellent mutation, pas vraiment d’explication, mais une manifestation intĂ©ressante. Ce n’est pas une rĂ©gression Ă  l’état sauvage, sans quoi les chiens redeviendraient loups, les hommes redeviendraient singes (d’ailleurs ce serait plutĂŽt l’inverse, au vu des derniĂšres connaissances palĂ©ontologiques). C’est plutĂŽt une Ă©volution, au sens mĂȘme de la mutation, comme l’émergence d’une nouvelle forme de vie. Ce ne sont pas les X-Men qui dĂ©veloppent des pouvoirs, le fantasme amĂ©ricain de l’homme augmentĂ©, du Juif ou du Noir qui a quelque chose en plus et qui nous effraie. Il s’agit plutĂŽt d’une histoire europĂ©enne, comme la mĂ©tamorphose de Samsa, le Horla, ou encore les Furtifs : une nouveautĂ© radicale, Ă©trange, plus proche de l’homme en ce qu’elle l’interroge sur sa place dans l’univers. Le film distille l’absurditĂ© de vouloir enfermer des personnes qui ont besoin d’espace. C’est la lutte ancestrale du naturel et de l’artificiel.
 
Pendant un bref instant, on entrevoit le paradis. Des peaux lisses, des Ă©cailles, des plumes, des groins, des prunelles verticales, toute une diversitĂ© vivant au coeur de la forĂȘt, paisible aux premiĂšres lueurs. Puis les fumigĂšnes, les casques et les treillis, les armes. La fin du rĂȘve.
 
J’ai lu que le rĂ©alisateur a fait appel Ă  BenoĂźt Peeters et Sylvain Desprez pour travailler l’image, le cadrage, c’est donc un film trĂšs français, qui va puiser dans les forces vives de la BD de chez nous, nos imaginaires, avec un casting Ă©galement trĂšs franchouille et qui tient la route. Duris et Exarchopoulos ne font pas vraiment une performance d’acteurs, ils jouent leurs rĂŽles habituels, mais on ne leur en demande pas plus. Ce sont surtout les jeunes qui assurent la rĂ©ussite du film, Billie Blain dont le personnage est atteint de TDA, et le trĂšs bon Paul Kircher, l’ado aux prises avec la mutation. A travers lui, on saisit l’entre deux de l’humain, entre le sauvage et le domestique, les limites de l’hybride aussi. Il y a une scĂšne dans laquelle son ami Fix, l’homme-oiseau, perd dĂ©finitivement la parole au moment mĂȘme oĂč il acquiert la capacitĂ© de voler. Ce personnage a la gueule cassĂ©e : quand son visage a commencĂ© Ă  changer, le nez devenant bec, les toubibs ont voulu lui faire de la chirurgie rĂ©paratrice. Bien entendu, les coutures ont craquĂ©.
 
Pour citer un AmĂ©ricain : « la vie trouve toujours un chemin Â».

Bande-annonce


Bruno Blanzat
Copyright © Bruno Blanzat pour Le Galion des Etoiles. Tous droits réservés. En savoir plus sur cet auteur


💬 Vos commentaires

1.Posté par Michel MAILLOT le 13/10/2023 11:14 | Alerter
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mmaillot
Une trĂšs belle chronique sur ce film dont les critiques ou les commentaires sur les sites spĂ©cialisĂ©s nous laissent parfois, souvent, dubitatifs. Certains pros d'ailleurs devraient s'inspirer de celle-ci. Trop souvent on a mĂȘme l'impression qu'on n'a pas vu le mĂȘme film ou plus grave qu'eux mĂȘme ne l'ont pas visionnĂ© ! Bref, ce passage en revue ici nous donne l'envie d'aller voir ce qu'on en pense par nous mĂȘmes. Il souligne suffisamment les Ă©lĂ©ments techniques et scĂ©naristiques pour cerner le sujet, les intentions et la mise en Ɠuvre. J'hĂ©sitais un peu Ă  le voir et finalement je pense que le jeu en vaut la chandelle. Merci Ă  Bruno de l'avoir Ă©clairĂ©e !

2.Posté par Franck SELSIS le 13/10/2023 11:55 | Alerter
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Sans spoilers.

J'écris à chaud, encore sous le choc de ce merveilleux film. Je l'ai vu avec mon ado de fils (qui a adoré lui aussi) et quand vous verrez le film, vous comprendrez à quel point ça a pu jouer sur mon émotion de spectateur.
Enfin !
Enfin un film qui est indéniablement, profondément un film français, au sens le plus positif (pas le magazine) ; un film dans la lignée de ce que le cinéma de notre pays a pu offrir de mieux.
Enfin un film qui est absolument, et là aussi au meilleur sens de ces mots, un film de science-fiction. (Ou fantastique si l'on préfÚre, cela importe peu ici)
Le film a l'ambition folle, déraisonnable de nous offrir une mythologie, digne héritiÚre des plus grands films de monstres, sans tenter de singer les codes, l'imagerie, la narration des succÚs du genre qui déferlent d'outre Atlantique. Ces succÚs qui font vivre les cinémas français mais que Le Cinéma Français ne saurait s'abaisser à produire.
Un challenge impossible. Et miraculeusement rĂ©ussi, Ă  un point que je n'espĂ©rais pas. Au point que oui, ce pourrait ĂȘtre lĂ  la fin de la malĂ©diction.
Tout est intelligent, tout est poignant dans ce film dont les auteurs ont compris les multiples dimensions du MONSTRE. Rarement j'aurais vu l'imaginaire maĂźtrisĂ© Ă  ce point. Rarement j'aurais vĂ©cu une histoire aussi universelle, racontĂ©e aussi proche des individus. Rien n'est forcĂ© dans le rĂ©cit. Le dĂ©calage d'avec la rĂ©alitĂ© intervient immĂ©diatement, dans les premiĂšres minutes ; il est subtil, rĂ©aliste, ne heurtera l'incrĂ©dulitĂ© d'aucun spectateur, mĂȘme celui rĂ©fractaire Ă  la SF que le cinĂ©ma français s'est donnĂ© pour cƓur de cible. De ce pas de cĂŽtĂ© initial, tout dĂ©coulera le plus naturellement du monde, au plus proche des acteurs qui SONT leur personnage, qui parlent, agissent, regardent sans jamais que l'artifice ne les Ă©loigne de nous. L'imaginaire est ici et Ă  tous les niveaux ancrĂ© dans la rĂ©alitĂ©. Peut-ĂȘtre plus encore pour moi qui ai grandi dans ces forĂȘts, ces riviĂšres, ces landes et ces marais (bon, sous un toit tout de mĂȘme, hein).
C'est bien notre réalité, ses errances et urgences actuelles, le sujet du film. Et c'est bien là de la SF. De la meilleure qui soit. L'amateur ne verra là aucune contradiction évidemment.
Il y a quelques semaines, bien avant que j'en fasse l'expérience inoubliable, ce film m'avait mis en colÚre. En colÚre parce que ses distributeurs nous l'avaient repris aprÚs nous avoir fait miroiter une avant-premiÚre pour le festival Hypermondes. Ils ne souhaitaient ...

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