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Une Terre trop humaine (Stéphane Dovert)

Parution : 2022


17/03/2023
Lu 402 fois





Une Terre trop humaine © 2022 Éditions Arkuiris | Illustration de couverture © Thierry Clet
Une Terre trop humaine © 2022 Éditions Arkuiris | Illustration de couverture © Thierry Clet

QuatriĂšme de couverture

Les seize nouvelles de ce recueil par Stéphane Dovert explorent notre relation à l'environnement, qu'il soit humain ou... autre.

Oscillant entre fantastique et science-fiction, ces histoires illustrent les multiples facettes de cet écrivain, qui sait conjuguer avec talent humour, amour, drames, science et effondrements...

Stéphane Dovert s'attache ainsi à répondre avec un mélange de tendresse et de cruauté à des questions telles que :

Quelles conséquences lorsque les humains jouent aux apprentis sorciers avec la nature ou avec leurs gÚnes ?

La biodiversité va-t-elle se résigner à disparaßtre ou bien se rebeller ?

Et si les dieux ou les extraterrestres décidaient finalement d'intervenir pour sauver notre planÚte ou nous remplacer ?

Les nouvelles

1. Le Grand Changement d’échelle
2. Les Ignames de l’Éden
3. Nacht und Nebel
4. DiogÚne, agent intersidéral
5. Halim, Pierre et le Loup
6. Mister Croc et les 17 Chevaliers de l’Apocalypse
7. Passion Âź
8. Prédestination (les scorpions)
9. La Cité selon EugÚne
10. La Flamme déclinante du Shratonprincess
11. Le Boucher du divin
12. Fast and Fungus
13. SauvĂ©s par une couronne d’épines
14. Des cauchemars pour l’Anthroposphùre
15. Une voix pour l’éternitĂ©
16. Alternatives

Fiche de lecture

Si vous avez encore foi en l’humanitĂ© – ce n’est plus trop mon cas depuis longtemps, mĂȘme si espoir je garde – ce fix-up vous en ĂŽtera de nombreuses parcelles. StĂ©phane Dovert ne fait, ici, ni dans la gentillesse ni dans le hopepunk. C’est sombre, avec de quoi vous remuer les tripes parfois (Nacht und Nebel), vous faire serrer les poings avec l’envie de frapper (Halim, Pierre et le Loup), tout en nous permettant quand mĂȘme de sourire (PassionÂź) par moments.

En clair, l’auteur appuie lĂ  oĂč ça fait mal en espĂ©rant – me semble-t-il – rĂ©veiller un peu de cette humanitĂ© censĂ©e nous habiter et nous amener Ă  rĂ©agir. S’il n’est pas tendre, c’est aussi parce qu’il veut nous faire comprendre nos folies, nos absurditĂ©s et nos erreurs, parce qu’il aimerait nous pousser Ă  l’hĂ©tĂ©rodoxie consumĂ©riste et sociĂ©tale, loin de cette civilisation oĂč prime l’égoĂŻsme et la surenchĂšre dans laquelle nous nous prĂ©lassons.

Quand j’ai ouvert ce livre, je dois quand mĂȘme reconnaĂźtre que j’ai un peu tiquĂ© : la premiĂšre nouvelle ne m’a absolument pas « emballĂ© », rien ne m’accrochait dans cette histoire et certainement pas cette AĂźnĂ©e des Cillines (pensez au suffixe de certains antibiotiques pour ce dernier nom). MĂȘme la fin, pourtant bien twistĂ©e, m’a laissĂ© sur ma faim. Diantre !

Heureusement, la suivante, « Les ignames de l’Eden », m’a fait tourner les pages jusqu'Ă  sa chute – une seule courte phrase â€“ qui m’a arrachĂ© un petit rire, tant elle Ă©tait bien venue et bien menĂ©e.

À partir de lĂ , j’ai pu me laisser embarquer et apprĂ©cier chacune des histoires rassemblĂ©es par StĂ©phane Dovert.

Je ne vais pas passer chacune d’elle en revue, mais uniquement effleurer celles qui m’ont totalement emportĂ© et marquĂ©. La premiĂšre est « Nacht und Nebel » (Nuit et brouillard) qui ressemble Ă  un bonbon acidulĂ© : la douceur d’une poĂ©sie enrobant cruautĂ© et fĂ©rocitĂ©, un pamphlet contre la pĂȘche industrielle et la destruction du royaume des grands cĂ©tacĂ©s.

Vient ensuite « La Flamme dĂ©clinante du Shratonprincess », histoire de l'ultime peuplade encore prĂ©sente sur une Terre envahie par la glace et le froid. Un monde post-apocalyptique oĂč tout a Ă©tĂ© perdu, jusqu'Ă  l’écriture et au langage Ă©voluĂ©. OĂč on ne survit que difficilement, tant Ă  cause du climat que de la disparition de la flore et faune. À quoi s'ajoutent les Â« dĂ©gĂ©nĂšres », des humains anthropophages, genre zombis – heureusement pour moi qui n’aime pas ce genre, ils ne sont qu’évoquĂ©s et c’est parfait ainsi. Le tout amenant Ă  un dĂ©nouement flamboyant.

Avec cela des textes comme « Passion Âź » ou « SauvĂ©s par une couronne d’épines » offrent un agrĂ©able divertissement grĂące Ă  une touche d’humour bienvenu.

Et puis, j’ai eu deux coups de cƓur, des « joyaux » qui clĂŽturent ce recueil et viennent trancher avec les prĂ©cĂ©dentes histoires.

D'abord « Une voix pour l’éternitĂ© », triste et musical, hommage Ă  Berlioz (la symphonie fantastique avec le « Songe d'une nuit du Sabbat » ou la damnation de Faust avec sa « Marche hongroise » par exemple) et Ă  la cantatrice CornĂ©lie Falcon.

Ensuite « Alternatives » est Ă  la fois point d’orgue et apothĂ©ose, car terminant sur la note presque optimiste que l’on attendait et qui nous redonne un peu d’espoir : pourrions-nous changer le futur si nous le voulions vraiment ?

Au final, ce fix-up rassemble des textes dĂ©jĂ  parus de-ci de-lĂ , mais tous empreints de la mĂȘme thĂ©matique Ă  laquelle j’accrocherais volontiers ce dĂ©tournement d’une phrase cĂ©lĂšbre de François Mauriac : nous mĂ©ritons toutes nos rencontres, mais mĂ©ritons-nous notre monde et notre planĂšte ?

Ajouterai-je quelques dĂ©tails ? Bien sĂ»r. D'abord le fait que l’auteur dispose d’une solide culture et nous en offre ce qu’il faut pour rĂ©flĂ©chir, voire chercher Ă  creuser au-delĂ  de son histoire. L'affirmation de la quatriĂšme de couverture annonçant qu’il conjugue ces facettes avec talent n’est pas usurpĂ©e du tout. Ensuite que ledit auteur a une « amourette » particuliĂšrement prononcĂ©e pour le point-virgule, ce qui m’a amusĂ© en dĂ©couvrant leurs apparitions de tous cĂŽtĂ©s. Sans que cela gĂȘne, je n'ai pu m'empĂȘcher de le noter.

Je conclurai par deux petites remarques : j’ai reçu un epub mal fagotĂ© que j’ai dĂ» retravailler pour pouvoir me plonger plus confortablement dans ces histoires. Je pense prĂ©fĂ©rable de vous dire d’acquĂ©rir la version papier (ces versions sont toujours de bonne qualitĂ© chez Arkuiris), sauf si, depuis, ledit epub a Ă©tĂ© mis en forme correcte et utilisable. Enfin la prĂ©face aurait Ă©tĂ© mieux placĂ©e en postface, une fois que les nouvelles ont Ă©tĂ© lues et apprĂ©ciĂ©es, car elle permet de comprendre les approches et les souhaits de l’auteur. C’est d’ailleurs ce que j’ai fait : j’ai abandonnĂ© cette prĂ©face au bout de quatre pages pour en profiter aprĂšs avoir terminĂ© le recueil. Et elle Ă©tait fort agrĂ©able Ă  ce moment-lĂ .

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JC Gapdy
Copyright © J.C. Gapdy pour Le Galion des Etoiles. Tous droits réservés. En savoir plus sur cet auteur


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