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Disclosure Day (Steven Spielberg, 2026)


🪶 | 06/07/2026
Lu 512 fois





Présentation

Que feriez-vous si vous découvriez que nous ne sommes pas seuls sur Terre ? Si on vous le prouvait, auriez-vous peur ? Les gens ont droit à la vérité. Elle appartient à sept milliards de personnes. Chaque seconde nous rapproche de l'inévitable...

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« Autrui est le médiateur entre moi et moi-même ». Cet extrait de « L’Être et le Néant » de Sartre résume-t-il la science-fiction de « premier contact » ? En tout cas, il résume à mes yeux ce film.

Dans celui-ci, les extraterrestres existent. On le sait. C’est prouvé et démontré. Mais le secret est soigneusement dissimulé par l’entreprise Wardex, une obscure organisation à laquelle appartenait Daniel Kellner. Ayant découvert les preuves (qui sont posées d’office comme authentiques), il sera traqué et poursuivi par les agents de Wardex, fuyant avec sa compagne Jane à travers le Kansas.

En parallèle, Margaret Fairchild, présentatrice de la télévision locale KCXKE, se met à développer des capacités étranges : connaître très intimement les pensées des personnes qu’elle croise, ou encore parler des langues qui lui sont normalement inconnues (dont le russe… forcément, on est dans un film américain).

Plus qu’un film de « premier contact » en tant que tel, ce film est une course-poursuite entre deux factions : les « gentils », partisans de révéler (« to disclosure » en anglais) l’existence des extraterrestres, et les « méchants » de l’entreprise Wardex (équivalent des « Hommes en noir » à la sauce XXIe siècle), qui se disputent la possession de clés USB détenant les preuves, lesquelles constituent le MacGuffin, l’objet de la quête qui motive le film.

Cependant, le film essaye d’ouvrir de nombreuses portes sans toutes les refermer : quel effet sur les religions (enfin… surtout le christianisme tel qu’il se pratique aux États-Unis) aurait le fait de savoir qu’il existe des extraterrestres ? Ceux-ci sont-ils inclus dans les projets divins ? Les gens auraient-ils encore la foi (en ce qu’ils veulent) s’ils savaient que des extraterrestres vus comme des dieux existaient ?

Ce thème, très intéressant en lui-même, est introduit au forcing pour peu de résultats : à peine quelques lignes de dialogue et une métaphore biblique utilisée de la même façon que les téléphones jetables cryptés dont nos personnages ne semblent jamais manquer. Une métaphore facile, trop facile… tant et si bien que je la trouve grossière, voire irrespectueuse… surtout qu’elle est détruite à la toute fin du film.

Et surtout… les « commandes ». Sans divulgâcher, ces artefacts (extraterrestres ?) permettent de contrôler physiquement les gens, mais on ne sait jamais comment ça marche, ni quelles en sont les limites… À mes yeux, ces objets sont davantage magiques que technologiques et cassent la dynamique de science-fiction. Celle-ci demeure innervée par la question de la liberté d’accès à l’information : c’est cette thématique, peut-être davantage que la vie extraterrestre, qui est au cœur du film. En effet, le personnage de Daniel Kellner fait penser à Edward Snowden ou encore à Chelsea Manning, lanceurs d’alerte américains bien connus et toujours controversés à ce jour.

Si la trajectoire de Daniel et Margaret, que tout devait opposer, est bien développée avec suffisamment d’indices mystérieux dont on finit par comprendre la cohérence, la question extraterrestre est presque secondaire : oui, on est dans le cliché pur des « petits gris » de Roswell, loin des Hexapodes du « Premier Contact » de Denis Villeneuve.

C’est un film américain et je dirais… pour les Américains. On n’est pas dans un film intellectuel : si certaines idées sont bonnes (le vrai rôle de Daniel et Margaret, par exemple), « Disclosure Day » souffre de scories, dont les développements sur la foi, amenés et traités au forceps. Cela fait de ce film une œuvre sympathique, mi-course-poursuite, mais qui ne réinvente pas les deux genres.

Les acteurs sont assez convaincants, mais la musique n’est pas mémorable, voire inexistante… alors que John Williams est à la baguette. Soit le vénérable compositeur n’a plus la fougue de ses plus jeunes années (il est quand même nonagénaire), soit son vieux copain Steven Spielberg lui a demandé de se calmer… Et c’est dommage : la bande originale aurait pu tirer son épingle du jeu pour certaines scènes (celles où le film « relie les points » pour permettre au spectateur de comprendre les indices, notamment) ou rattraper certaines scènes d’action (celle, peu crédible, de Daniel essayant de voler une voiture noire de Wardex). C’est un film sympathique, mais… on n’est pas sur du Spielberg et du John Williams des grandes heures. Beaucoup de clichés, de connivence avec le public américain ou américanisé.

Le groupe allemand Rammstein, dans sa chanson « Amerika », chantait notamment : « Nous vivons tous en Amérique, l’Amérique est merveilleuse » ; « Nous vivons tous en Amérique, Amérique, Amérique ». Ce film est un miroir de cette « Amérique merveilleuse », mais il manque d’universalité : dans notre monde en tension croissante, où l’information circule à grande vitesse, il manque d’ambition.

En somme, un film sympathique à voir une fois. Mais probablement pas plus.

Jacques BELLEZIT
🛢️ Pourvoyeur de soute caustique — Jeune écrivain de science-fiction, né en 1992 et vivant en... En savoir plus sur cet auteur


💬 Vos commentaires

1.Posté par Patate DES TÉNÈBRES le 22/06/2026 14:08 | Alerter
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patatetenebres
J'avoue que, même si je souhaite respirer le même oxygène qu'Emily Blunt, et qu'un Spielberg, en général, ça sait ce que ça fait, là je ne suis pas du tout emballé par cette atmosphère 90's, et une thématique déjà pas mal vue. Comme notre Capitaine, j'attendrai de voir ça dans ma tanière.

2.Posté par B BLANZAT le 30/06/2026 10:52 | Alerter
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Blanzat
Vu hier avec les mômes. Je pense qu'il faut mettre de côté la question extraterrestre. Pour ceux qui attendent une continuité avec E.T. ou Rencontres du 3e type, vous serez déçus. J'y vois plus de similitude avec Minority Report et Pentagon Papers, pour la traque psi et la révélation des scandales d'État. Il y a peut-être trop de métaphores insuffisamment explorées, comme le rapport au vivant, le fait de prendre l'opinion publique pour un baril de poudre, les exactions perpétrées directement ou indirectement par les Occidentaux...
Bref, à digérer encore un peu, mais la déception est bien là. Pas d'émerveillement, pas d'enthousiasme, pas d'envie de prendre fait et cause pour les héros, pas de Spielberg quoi.

3.Posté par Koyolite TSEILA le 06/07/2026 08:34 | Alerter
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KoyoliteTseila
@Jacques et Bruno : Merci pour vos avis sur ce film. Comme je l’avais mentionné dans mon précédent commentaire (que j’ai effacé par erreur hier en mettant la fiche à jour), je suis curieuse de le visionner. J’y irais sans attente particulière, les yeux et les oreilles grands ouverts ^-^ Par contre, ce ne sera pas au ciné. J’attendrai qu’il passe à la télé ou qu’il soit disponible sur une plateforme de streaming.

4.Posté par B BLANZAT le 06/07/2026 14:29 | Alerter
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Blanzat
J'en profite pour vous signaler que l'épisode de C'est plus que de la SF : Disclosure Day de Steven Spielberg est-il un ovni ? avec Victor Norek est très bien et donne une autre vision du film. J'ajoute aussi que pendant le film, je trouvais qu'Emily Blunt avait la même tenue que Jodie Whittaker en 13e docteur, et que la "commande" extraterrestre avait un côté Tournevis Sonique...

5.Posté par Michel MAILLOT le 24/07/2026 15:14 | Alerter
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mmaillot
Vu enfin hier. Tellement content de découvrir un nouveau Spielberg sur les Aliens. Alors, déçu, ravi ?

Forcément un peu des deux, mais plus le second que le premier. Certes, le film n’est pas autant sur les extra-terrestres que dans Rencontre, mais, comme d’habitude, les références ne manquent pas. Aux anciens films de Steven, dont celui-là, ou à d’autres, dont les séquences dingues de poursuites qui font penser à Indiana Jones. Duel aussi avec cette voiture qui pousse au passage à niveau. Steven s’amuse et parle souvent de lui, que ce soit son histoire ou ses films. Le cocktail peut être parfois « too much ». Les exagérations de certaines situations vécues par les « héros » qui s’en sortent par des pirouettes scénaristiques quelque peu « osées ». Mais on est là pour qu’on nous fasse du cinéma, non ?

Mais le sujet derrière tout ça, n’est-il pas un peu plus grave qu’un autre film de SF, d’action, de complot ? N’y a-t-il pas des messages plus ou moins bien cachés entre vérités alternatives imposées par certains, mais surtout de tolérance que d’aucuns trouveraient naïf. Est-ce que cette tolérance, la compassion Spielbergienne n’essaie pas de nous faire voir l’étranger comme un autre nous même avec lequel on se doit de fraterniser pour retrouver ou trouver notre humanité ?

Dans le film, ce n’est pas lui, l’Alien, qui nous ferait changer, mais son existence induirait alors la prise de conscience de notre insignifiance et notre fragilité dans cet univers immense révélé. Une fragilité qui imposerait ainsi le besoin de solidarité entre nous pour progresser en tant qu’espèce.

Mais trêve de digressions, Spielberg reste un sacré raconteur d’histoire. Il sait également toucher nos cordes sensibles, la scène finale vient en écho à celle de Projet dernière chance, dans le but de nous chatouiller un peu niveau glande lacrymale.

Donc, on l’aura compris, en tant qu’admirateur de la première heure et sensible à ce genre d’histoires, il ne faut pas compter sur moi pour rabaisser la performance. Pour moi, c’est un bon film, même si ça n’est pas le meilleur du réalisateur.

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