Présentation
« Autrui est le mĂ©diateur entre moi et moi-mĂȘme ». Cet extrait de « LâĂtre et le NĂ©ant » de Sartre rĂ©sume-t-il la science-fiction de « premier contact » ? En tout cas, il rĂ©sume Ă mes yeux ce film.
Dans celui-ci, les extraterrestres existent. On le sait. Câest prouvĂ© et dĂ©montrĂ©. Mais le secret est soigneusement dissimulĂ© par lâentreprise Wardex, une obscure organisation Ă laquelle appartenait Daniel Kellner. Ayant dĂ©couvert les preuves (qui sont posĂ©es dâoffice comme authentiques), il sera traquĂ© et poursuivi par les agents de Wardex, fuyant avec sa compagne Jane Ă travers le Kansas.
En parallĂšle, Margaret Fairchild, prĂ©sentatrice de la tĂ©lĂ©vision locale KCXKE, se met Ă dĂ©velopper des capacitĂ©s Ă©tranges : connaĂźtre trĂšs intimement les pensĂ©es des personnes quâelle croise, ou encore parler des langues qui lui sont normalement inconnues (dont le russe⊠forcĂ©ment, on est dans un film amĂ©ricain).
***
Plus quâun film de « premier contact » en tant que tel, ce film est une course-poursuite entre deux factions : les « gentils », partisans de rĂ©vĂ©ler (« to disclosure » en anglais) lâexistence des extraterrestres, et les « mĂ©chants » de lâentreprise Wardex (Ă©quivalent des « Hommes en noir » Ă la sauce XXIe siĂšcle), qui se disputent la possession de clĂ©s USB dĂ©tenant les preuves, lesquelles constituent le MacGuffin, lâobjet de la quĂȘte qui motive le film.
Cependant, le film essaye dâouvrir de nombreuses portes sans toutes les refermer : quel effet sur les religions (enfin⊠surtout le christianisme tel quâil se pratique aux Ătats-Unis) aurait le fait de savoir quâil existe des extraterrestres ? Ceux-ci sont-ils inclus dans les projets divins ? Les gens auraient-ils encore la foi (en ce quâils veulent) sâils savaient que des extraterrestres vus comme des dieux existaient ?
Ce thĂšme, trĂšs intĂ©ressant en lui-mĂȘme, est introduit au forcing pour peu de rĂ©sultats : Ă peine quelques lignes de dialogue et une mĂ©taphore biblique utilisĂ©e de la mĂȘme façon que les tĂ©lĂ©phones jetables cryptĂ©s dont nos personnages ne semblent jamais manquer. Une mĂ©taphore facile, trop facile⊠tant et si bien que je la trouve grossiĂšre, voire irrespectueuse⊠surtout quâelle est dĂ©truite Ă la toute fin du film.
Et surtout⊠les « commandes ». Sans divulgĂącher, ces artefacts (extraterrestres ?) permettent de contrĂŽler physiquement les gens, mais on ne sait jamais comment ça marche, ni quelles en sont les limites⊠à mes yeux, ces objets sont davantage magiques que technologiques et cassent la dynamique de science-fiction. Celle-ci demeure innervĂ©e par la question de la libertĂ© dâaccĂšs Ă lâinformation : câest cette thĂ©matique, peut-ĂȘtre davantage que la vie extraterrestre, qui est au cĆur du film. En effet, le personnage de Daniel Kellner fait penser Ă Edward Snowden ou encore Ă Chelsea Manning, lanceurs dâalerte amĂ©ricains bien connus et toujours controversĂ©s Ă ce jour.
Si la trajectoire de Daniel et Margaret, que tout devait opposer, est bien dĂ©veloppĂ©e avec suffisamment dâindices mystĂ©rieux dont on finit par comprendre la cohĂ©rence, la question extraterrestre est presque secondaire : oui, on est dans le clichĂ© pur des « petits gris » de Roswell, loin des Hexapodes du « Premier Contact » de Denis Villeneuve.
Câest un film amĂ©ricain et je dirais⊠pour les AmĂ©ricains. On nâest pas dans un film intellectuel : si certaines idĂ©es sont bonnes (le vrai rĂŽle de Daniel et Margaret, par exemple), « Disclosure Day » souffre de scories, dont les dĂ©veloppements sur la foi, amenĂ©s et traitĂ©s au forceps. Cela fait de ce film une Ćuvre sympathique, mi-course-poursuite, mais qui ne rĂ©invente pas les deux genres.
Les acteurs sont assez convaincants, mais la musique nâest pas mĂ©morable, voire inexistante⊠alors que John Williams est Ă la baguette. Soit le vĂ©nĂ©rable compositeur nâa plus la fougue de ses plus jeunes annĂ©es (il est quand mĂȘme nonagĂ©naire), soit son vieux copain Steven Spielberg lui a demandĂ© de se calmer⊠Et câest dommage : la bande originale aurait pu tirer son Ă©pingle du jeu pour certaines scĂšnes (celles oĂč le film « relie les points » pour permettre au spectateur de comprendre les indices, notamment) ou rattraper certaines scĂšnes dâaction (celle, peu crĂ©dible, de Daniel essayant de voler une voiture noire de Wardex). Câest un film sympathique, mais⊠on nâest pas sur du Spielberg et du John Williams des grandes heures. Beaucoup de clichĂ©s, de connivence avec le public amĂ©ricain ou amĂ©ricanisĂ©.
Le groupe allemand Rammstein, dans sa chanson « Amerika », chantait notamment : « Nous vivons tous en AmĂ©rique, lâAmĂ©rique est merveilleuse » ; « Nous vivons tous en AmĂ©rique, AmĂ©rique, AmĂ©rique ». Ce film est un miroir de cette « AmĂ©rique merveilleuse », mais il manque dâuniversalitĂ© : dans notre monde en tension croissante, oĂč lâinformation circule Ă grande vitesse, il manque dâambition.
En somme, un film sympathique Ă voir une fois. Mais probablement pas plus.
Dans celui-ci, les extraterrestres existent. On le sait. Câest prouvĂ© et dĂ©montrĂ©. Mais le secret est soigneusement dissimulĂ© par lâentreprise Wardex, une obscure organisation Ă laquelle appartenait Daniel Kellner. Ayant dĂ©couvert les preuves (qui sont posĂ©es dâoffice comme authentiques), il sera traquĂ© et poursuivi par les agents de Wardex, fuyant avec sa compagne Jane Ă travers le Kansas.
En parallĂšle, Margaret Fairchild, prĂ©sentatrice de la tĂ©lĂ©vision locale KCXKE, se met Ă dĂ©velopper des capacitĂ©s Ă©tranges : connaĂźtre trĂšs intimement les pensĂ©es des personnes quâelle croise, ou encore parler des langues qui lui sont normalement inconnues (dont le russe⊠forcĂ©ment, on est dans un film amĂ©ricain).
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Plus quâun film de « premier contact » en tant que tel, ce film est une course-poursuite entre deux factions : les « gentils », partisans de rĂ©vĂ©ler (« to disclosure » en anglais) lâexistence des extraterrestres, et les « mĂ©chants » de lâentreprise Wardex (Ă©quivalent des « Hommes en noir » Ă la sauce XXIe siĂšcle), qui se disputent la possession de clĂ©s USB dĂ©tenant les preuves, lesquelles constituent le MacGuffin, lâobjet de la quĂȘte qui motive le film.
Cependant, le film essaye dâouvrir de nombreuses portes sans toutes les refermer : quel effet sur les religions (enfin⊠surtout le christianisme tel quâil se pratique aux Ătats-Unis) aurait le fait de savoir quâil existe des extraterrestres ? Ceux-ci sont-ils inclus dans les projets divins ? Les gens auraient-ils encore la foi (en ce quâils veulent) sâils savaient que des extraterrestres vus comme des dieux existaient ?
Ce thĂšme, trĂšs intĂ©ressant en lui-mĂȘme, est introduit au forcing pour peu de rĂ©sultats : Ă peine quelques lignes de dialogue et une mĂ©taphore biblique utilisĂ©e de la mĂȘme façon que les tĂ©lĂ©phones jetables cryptĂ©s dont nos personnages ne semblent jamais manquer. Une mĂ©taphore facile, trop facile⊠tant et si bien que je la trouve grossiĂšre, voire irrespectueuse⊠surtout quâelle est dĂ©truite Ă la toute fin du film.
Et surtout⊠les « commandes ». Sans divulgĂącher, ces artefacts (extraterrestres ?) permettent de contrĂŽler physiquement les gens, mais on ne sait jamais comment ça marche, ni quelles en sont les limites⊠à mes yeux, ces objets sont davantage magiques que technologiques et cassent la dynamique de science-fiction. Celle-ci demeure innervĂ©e par la question de la libertĂ© dâaccĂšs Ă lâinformation : câest cette thĂ©matique, peut-ĂȘtre davantage que la vie extraterrestre, qui est au cĆur du film. En effet, le personnage de Daniel Kellner fait penser Ă Edward Snowden ou encore Ă Chelsea Manning, lanceurs dâalerte amĂ©ricains bien connus et toujours controversĂ©s Ă ce jour.
Si la trajectoire de Daniel et Margaret, que tout devait opposer, est bien dĂ©veloppĂ©e avec suffisamment dâindices mystĂ©rieux dont on finit par comprendre la cohĂ©rence, la question extraterrestre est presque secondaire : oui, on est dans le clichĂ© pur des « petits gris » de Roswell, loin des Hexapodes du « Premier Contact » de Denis Villeneuve.
Câest un film amĂ©ricain et je dirais⊠pour les AmĂ©ricains. On nâest pas dans un film intellectuel : si certaines idĂ©es sont bonnes (le vrai rĂŽle de Daniel et Margaret, par exemple), « Disclosure Day » souffre de scories, dont les dĂ©veloppements sur la foi, amenĂ©s et traitĂ©s au forceps. Cela fait de ce film une Ćuvre sympathique, mi-course-poursuite, mais qui ne rĂ©invente pas les deux genres.
Les acteurs sont assez convaincants, mais la musique nâest pas mĂ©morable, voire inexistante⊠alors que John Williams est Ă la baguette. Soit le vĂ©nĂ©rable compositeur nâa plus la fougue de ses plus jeunes annĂ©es (il est quand mĂȘme nonagĂ©naire), soit son vieux copain Steven Spielberg lui a demandĂ© de se calmer⊠Et câest dommage : la bande originale aurait pu tirer son Ă©pingle du jeu pour certaines scĂšnes (celles oĂč le film « relie les points » pour permettre au spectateur de comprendre les indices, notamment) ou rattraper certaines scĂšnes dâaction (celle, peu crĂ©dible, de Daniel essayant de voler une voiture noire de Wardex). Câest un film sympathique, mais⊠on nâest pas sur du Spielberg et du John Williams des grandes heures. Beaucoup de clichĂ©s, de connivence avec le public amĂ©ricain ou amĂ©ricanisĂ©.
Le groupe allemand Rammstein, dans sa chanson « Amerika », chantait notamment : « Nous vivons tous en AmĂ©rique, lâAmĂ©rique est merveilleuse » ; « Nous vivons tous en AmĂ©rique, AmĂ©rique, AmĂ©rique ». Ce film est un miroir de cette « AmĂ©rique merveilleuse », mais il manque dâuniversalitĂ© : dans notre monde en tension croissante, oĂč lâinformation circule Ă grande vitesse, il manque dâambition.
En somme, un film sympathique Ă voir une fois. Mais probablement pas plus.


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