QuatriĂšme de couverture
Loin dâĂȘtre relĂ©guĂ©s Ă la science-fiction, les robots prennent dâores et dĂ©jĂ part Ă notre quotidien. On les trouve dans lâindustrie comme dans les soins, voire dans la guerre ou dans le sexe. Cette nouvelle normalitĂ© soulĂšve une foule de questions Ă©thiques, juridiques et sociĂ©tales. Les robots remettent en cause la maniĂšre dont nous travaillons et vivons ensemble, mais, plus fondamentalement encore, ils nous interrogent sur ce qui fait de nous des ĂȘtres humains. Sâils sont « parmi nous », comment rendre compte des dĂ©fis quâils nous lancent et comment les apprĂ©hender ? Cet ouvrage se veut un guide facile dâaccĂšs destinĂ© aussi bien aux concepteurs de systĂšmes robotiques quâĂ tous les utilisateurs qui cherchent Ă clarifier les enjeux Ă©thiques et sociaux de ces innovations technologiques.
Fiche de lecture
Voici un petit livre de 156 pages qui ne peut passer inaperçu auprĂšs des personnes sensibles Ă la chose robotique. Son intĂ©rĂȘt est multiple : vocabulaire simple, formulation claire, accessible aux non-initiĂ©s. Lâouvrage fait le point et surtout le tour des problĂšmes que soulĂšvent et vont soulever les robots, quâil sâagisse de leur essence ou de leurs interactions sociales.
Dâabord pourquoi cette relative ferveur pour ces drĂŽles de machines ? Le fantasme du robot bon Ă tout faire nâest pas nouveau. DĂ©jĂ , les anciens Grecs avaient envisagĂ© de jolies et prĂ©venantes servantes automates. En revanche, ce qui est rĂ©cent, câest quâils existent bel et bien dans nos citĂ©s et quâils suggĂšrent une interrogation sur leur sens parmi nous.
Johan Rochel dĂ©finit dâabord ce quâest un robot (et ce quâil nâest pas, par exemple une inutile machine de Tinguely ou un cyborg, entitĂ© mi-vivante, mi-mĂ©canique). Un robot serait une machine fonctionnelle, situĂ©e dans le monde, qui sent, pense et agit. Il sent grĂące Ă ses capteurs, pense grĂące Ă son IA, agit grĂące Ă sa mobilitĂ©.
Bien sĂ»r, « penser » est un terme vague. Il couvre ici « traiter lâinformation », analyser, calculer. On aimerait savoir (peut-ĂȘtre dans un prochain ouvrage) si le robot peut ou pourra raisonner, rĂ©flĂ©chir, dĂ©libĂ©rer, mĂ©diter, rĂȘver, gĂ©nĂ©rer des intuitions. Bref, peut-il ou pourra-t-il comprendre ?
Lâaptitude Ă agir des robots leur donne la capacitĂ© dâinfliger des blessures Ă leur entourage vivant (contrairement aux outils numĂ©riques). DâoĂč la nĂ©cessitĂ© dâun examen Ă©thique sur leurs performances. Ăthique et pas morale (terme plombĂ© depuis mai 68). LâĂ©thique visant des lois universelles sur ce quâil faut faire et ne pas faire.
Ces engins peuvent-ils donc voler de leurs propres ailes ? On parle de plus en plus de robots autonomes. Lâautonomie est un critĂšre quasi-sacrĂ© dans notre civilisation. Ne dit-on pas dĂ©jĂ au tout petit : il faut que tu apprennes Ă devenir autonome ? Cette qualitĂ© majeure renvoie Ă la capacitĂ© de prendre une dĂ©cision sans aucune aide extĂ©rieure. Un courant philosophique anglo-saxon soutient que pour choisir, prĂ©fĂ©rer, lâĂ©motion est indispensable. Ăvidemment, les robots ne sont pas prĂšs de sâĂ©mouvoirâŠ
Maintenant, le robot dotĂ© dâIA dispose-t-il du libre arbitre ? Est-il responsable de ses agissements ? Dans cette perspective, est-il avisĂ© de lâidentitĂ©, des propriĂ©tĂ©s des objets qui lâentourent ? ContrĂŽle-t-il son comportement en connaissance de cause ? Peut-il calculer toutes les consĂ©quences de ses actes ? Ainsi, par exemple, afin de mĂ©nager lâamour-propre humain, peut-il mentir ?
Si lâon veut feutrer les effets de sa prĂ©sence, lors dâinteractions avec les hommes et les femmes, quelle forme donner Ă un robot ? Une simple forme fonctionnelle, tel un outil ? Ou une forme plus avenante, lâimage humaine ? Le risque dans cette apparence serait de provoquer le sentiment dâinquiĂ©tante Ă©trangetĂ©. Celui-ci sâanime Ă la vue dâun double de soi, hors de contrĂŽle (Freud, Otto Rank et Mori).
Quelles limites imposer aux robots ? Ă la lumiĂšre du droit, oĂč commence leur responsabilitĂ© en cas dâaccident ? Pour prĂ©venir lâirrĂ©parable, ces machines doivent pouvoir accĂ©der Ă toutes les donnĂ©es, y compris celles liĂ©es Ă la sphĂšre privĂ©e. Mais tout le monde consentira-t-il au libre accĂšs Ă des informations personnelles ? Dans lâaffirmative, les robots nâincarneraient-il pas des « espions ambulants » ?
Dâun point de vue plus social, quelle menace leur multiplication fait-elle peser sur lâemploi ? Leurs activitĂ©s nâentraĂźneront-elles pas une sociĂ©tĂ© des loisirs, une sociĂ©tĂ© oĂč prospĂ©rerait le bĂ©nĂ©volat, en rĂ©ponse Ă lâappel au contact humain ? Faudra-t-il taxer les robots pour financer la transition sans heurts vers une sociĂ©tĂ© dans laquelle le travail rĂ©munĂ©rĂ© serait une denrĂ©e rare ?
Enfin, quel Ă©clairage, quel cadrage sur les robots la fiction propose-t-elle au public ? Dans les films, les sĂ©ries, les romans, les nouvelles, lâimage dominante de ces crĂ©atures de lâintelligence tend-elle Ă ĂȘtre valorisante ou dĂ©valorisante ? Les robots coopĂšrent-ils ou rivalisent-ils avec les humains ? Peuvent-ils prendre le contrĂŽle de nos existences ? Nourris, normĂ©s par les donnĂ©es, comment traitent-ils les marginaux qui vivent selon des critĂšres hors des sentiers battus ? Quant aux individus dits normaux, quel sens laissent-ils Ă leur vie de mortel ? Au bout du compte, Ă cause de leur expansion, lâexistence humaine se distinguera-t-elle encore de celle des animaux ?
Reste la fameuse question : lâavenir du robot le destine-t-il Ă devenir le semblable de son crĂ©ateur ?
Dâabord pourquoi cette relative ferveur pour ces drĂŽles de machines ? Le fantasme du robot bon Ă tout faire nâest pas nouveau. DĂ©jĂ , les anciens Grecs avaient envisagĂ© de jolies et prĂ©venantes servantes automates. En revanche, ce qui est rĂ©cent, câest quâils existent bel et bien dans nos citĂ©s et quâils suggĂšrent une interrogation sur leur sens parmi nous.
Johan Rochel dĂ©finit dâabord ce quâest un robot (et ce quâil nâest pas, par exemple une inutile machine de Tinguely ou un cyborg, entitĂ© mi-vivante, mi-mĂ©canique). Un robot serait une machine fonctionnelle, situĂ©e dans le monde, qui sent, pense et agit. Il sent grĂące Ă ses capteurs, pense grĂące Ă son IA, agit grĂące Ă sa mobilitĂ©.
Bien sĂ»r, « penser » est un terme vague. Il couvre ici « traiter lâinformation », analyser, calculer. On aimerait savoir (peut-ĂȘtre dans un prochain ouvrage) si le robot peut ou pourra raisonner, rĂ©flĂ©chir, dĂ©libĂ©rer, mĂ©diter, rĂȘver, gĂ©nĂ©rer des intuitions. Bref, peut-il ou pourra-t-il comprendre ?
Lâaptitude Ă agir des robots leur donne la capacitĂ© dâinfliger des blessures Ă leur entourage vivant (contrairement aux outils numĂ©riques). DâoĂč la nĂ©cessitĂ© dâun examen Ă©thique sur leurs performances. Ăthique et pas morale (terme plombĂ© depuis mai 68). LâĂ©thique visant des lois universelles sur ce quâil faut faire et ne pas faire.
Ces engins peuvent-ils donc voler de leurs propres ailes ? On parle de plus en plus de robots autonomes. Lâautonomie est un critĂšre quasi-sacrĂ© dans notre civilisation. Ne dit-on pas dĂ©jĂ au tout petit : il faut que tu apprennes Ă devenir autonome ? Cette qualitĂ© majeure renvoie Ă la capacitĂ© de prendre une dĂ©cision sans aucune aide extĂ©rieure. Un courant philosophique anglo-saxon soutient que pour choisir, prĂ©fĂ©rer, lâĂ©motion est indispensable. Ăvidemment, les robots ne sont pas prĂšs de sâĂ©mouvoirâŠ
Maintenant, le robot dotĂ© dâIA dispose-t-il du libre arbitre ? Est-il responsable de ses agissements ? Dans cette perspective, est-il avisĂ© de lâidentitĂ©, des propriĂ©tĂ©s des objets qui lâentourent ? ContrĂŽle-t-il son comportement en connaissance de cause ? Peut-il calculer toutes les consĂ©quences de ses actes ? Ainsi, par exemple, afin de mĂ©nager lâamour-propre humain, peut-il mentir ?
Si lâon veut feutrer les effets de sa prĂ©sence, lors dâinteractions avec les hommes et les femmes, quelle forme donner Ă un robot ? Une simple forme fonctionnelle, tel un outil ? Ou une forme plus avenante, lâimage humaine ? Le risque dans cette apparence serait de provoquer le sentiment dâinquiĂ©tante Ă©trangetĂ©. Celui-ci sâanime Ă la vue dâun double de soi, hors de contrĂŽle (Freud, Otto Rank et Mori).
Quelles limites imposer aux robots ? Ă la lumiĂšre du droit, oĂč commence leur responsabilitĂ© en cas dâaccident ? Pour prĂ©venir lâirrĂ©parable, ces machines doivent pouvoir accĂ©der Ă toutes les donnĂ©es, y compris celles liĂ©es Ă la sphĂšre privĂ©e. Mais tout le monde consentira-t-il au libre accĂšs Ă des informations personnelles ? Dans lâaffirmative, les robots nâincarneraient-il pas des « espions ambulants » ?
Dâun point de vue plus social, quelle menace leur multiplication fait-elle peser sur lâemploi ? Leurs activitĂ©s nâentraĂźneront-elles pas une sociĂ©tĂ© des loisirs, une sociĂ©tĂ© oĂč prospĂ©rerait le bĂ©nĂ©volat, en rĂ©ponse Ă lâappel au contact humain ? Faudra-t-il taxer les robots pour financer la transition sans heurts vers une sociĂ©tĂ© dans laquelle le travail rĂ©munĂ©rĂ© serait une denrĂ©e rare ?
Enfin, quel Ă©clairage, quel cadrage sur les robots la fiction propose-t-elle au public ? Dans les films, les sĂ©ries, les romans, les nouvelles, lâimage dominante de ces crĂ©atures de lâintelligence tend-elle Ă ĂȘtre valorisante ou dĂ©valorisante ? Les robots coopĂšrent-ils ou rivalisent-ils avec les humains ? Peuvent-ils prendre le contrĂŽle de nos existences ? Nourris, normĂ©s par les donnĂ©es, comment traitent-ils les marginaux qui vivent selon des critĂšres hors des sentiers battus ? Quant aux individus dits normaux, quel sens laissent-ils Ă leur vie de mortel ? Au bout du compte, Ă cause de leur expansion, lâexistence humaine se distinguera-t-elle encore de celle des animaux ?
Reste la fameuse question : lâavenir du robot le destine-t-il Ă devenir le semblable de son crĂ©ateur ?

Soumettre un article

