Menu
.


Notez

  

Avant que le monde ne se ferme (Alain Mascaro)

Parution : 2021


27/02/2024
Lu 1925 fois





Avant que le monde ne se ferme @ 2021 Éditions Autrement | Conception graphique et illustration @ RaphaĂ«lle Faguer | Photo @ Djackdah Riker
Avant que le monde ne se ferme @ 2021 Éditions Autrement | Conception graphique et illustration @ RaphaĂ«lle Faguer | Photo @ Djackdah Riker

QuatriĂšme de couverture

Anton Torvath est tzigane et dresseur de chevaux. NĂ© au cƓur de la steppe kirghize peu aprĂšs la PremiĂšre Guerre mondiale, il grandit au sein d’un cirque, entourĂ© d’un clan bigarrĂ© de jongleurs, de trapĂ©zistes et de dompteurs. Ce « fils du vent Â» va traverser la premiĂšre moitiĂ© du « siĂšcle des gĂ©nocides Â», devenant Ă  la fois tĂ©moin de la folie des hommes et mĂ©moire d’un peuple sans mĂ©moire. AccompagnĂ© de Jag, l’homme au violon, de Simon, le mĂ©decin philosophe, ou de la mystĂ©rieuse Yadia, ex-officier de l’ArmĂ©e rouge, Anton va voyager dans une Europe oĂč le bruit des bottes Ă©crase tout. Sauf le souffle du vent.

À la fois Ă©popĂ©e et rĂ©cit intime, Avant que le monde ne se ferme est un premier roman Ă  l’écriture ample et poĂ©tique. Alain Mascaro s’empare du folklore et de la sagesse tziganes comme pour mieux mettre Ă  nu la barbarie du monde.

Alain Mascaro est né en 1964. Professeur de lettres à Vichy, il décide en 2019 de tout quitter pour s'en aller parcourir le monde. Ce long voyage sans date de retour lui aura permis d'écrire son premier roman.

Anecdote personnelle

Avant de commencer Ă  parler du livre, il faut que je vous raconte une petite histoire. Celle d'un gamin, qui au dĂ©but des annĂ©es 90, lit Ă©normĂ©ment de comics pris dans la collection de son oncle (les parutions Lug des annĂ©e 80, Strange et ses dĂ©clinaisons, les RĂ©cits Complet Marvel, Titans, etc.) mais trĂšs peu de livres. DĂ©but d'annĂ©e de cinquiĂšme, un jeune professeur de français (pas 30 ans) arrive au collĂšge et, lors du premier cours, remet Ă  tous les Ă©lĂšves une feuille A4 recto verso, qui se trouve ĂȘtre une liste de livres Ă  lire. Frayeur des Ă©lĂšves, il y a au moins 200 titres ! Il est malade, on ne lira jamais tout ça dans l'annĂ©e
 Cependant, frayeur vite levĂ©e : c'est une liste d'Ɠuvres qu'il juge importantes d'avoir lu dans sa vie. Ouf, nous voilĂ  soulagĂ©s !
 
Cette liste contient des noms d’auteurs assez connus : Zola, Hugo, d'autres dĂ©jĂ  citĂ©s en sixiĂšme, du trĂšs classique. Mais au milieu, d’autres noms vont changer ma vie Ă  jamais : Asimov, Herbert, Tolkien, King, etc
 Mon oncle, celui-lĂ  mĂȘme qui possĂšde les comics, me met dans les mains les livres de SF/Fantasy proposĂ©s sur cette liste. A partir de lĂ , rien ne fut plus jamais pareil.
 
Durant des annĂ©es, le souvenir de ce prof restera profondĂ©ment ancrĂ© dans ma mĂ©moire (il ne fit qu'une seule annĂ©e dans mon collĂšge) : l'image de le voir lire un poche de Stephen King lors d'une interro Ă©crite, la dĂ©couverte avec lui d'une salle de montage vidĂ©o inutilisĂ©e au dernier Ă©tage du collĂšge et bien d'autres souvenirs.
 
Des annĂ©es plus tard, grĂące Ă  des jeunes Ă©tudiants venant travailler l'Ă©tĂ© dans mon entreprise, je dĂ©couvre qu'il a enseignĂ© dans le lycĂ©e principal de la ville. Chacun de ces jeunes, avec qui j'en parle, est lui aussi profondĂ©ment marquĂ© par cet incroyable professeur. On est en 2021, et j'apprends qu'il est parti parcourir le monde. Il tient un journal de voyage (https://transhumances.eu/) et durant les confinements liĂ©s au Covid, il a Ă©crit un livre (son bureau d'Ă©criture fut notamment une plage en ThaĂŻlande) qui vient de sortir. De plus, il est de passage dans la ville pour une sĂ©ance de dĂ©dicaces ! Je ne peux faire autrement que d’y aller et me procurer son livre. Ce dernier rejoint ma PAL. De nombreuses autres lectures font que je ne l'ouvre pas de suite. Ce livre obtient de nombreux prix littĂ©raires (prĂšs de 20 Ă  ce jour) et je ne l'ouvre rĂ©ellement qu'aujourd'hui, dĂ©but de vacances de fĂ©vrier 2024



Fiche de lecture

Et maintenant que j’ai partagĂ© avec vous ce moment de ma vie, voici mon ressenti Ă  la lecture de ce livre.

Je crois que c'est la premiĂšre fois de ma vie que cela m'arrive
 Sentir des larmes couler alors que je lis, sentir ma gorge se nouer, ressentir en mĂȘme temps une immense tristesse et une joie irrĂ©pressible. La tristesse qui atteint son paroxysme au moment de la libĂ©ration du camp, aprĂšs avoir traversĂ© toutes les Ă©preuves du ghetto, d’Auschwitz, de la mort. La joie de retrouver ce son de violon si cher au cƓur d’Anton et la voix de cette chanteuse qui le bouleverse avant de comprendre pourquoi.

Je ne suis qu'Ă  la moitiĂ© du livre, je n'ai pas levĂ© les yeux une seule fois depuis que je me suis installĂ© dans mon fauteuil pour un petit moment de lecture, deux heures plus tĂŽt, happĂ© par la vie d’Anton, racontĂ©e avec une telle justesse que j'ai l'impression de lire une autobiographie. Je suis hors du temps ; seule me ramĂšne au monde rĂ©el l’heure de manger avec mon Ă©pouse et les enfants.

Vite, je dois retourner en Inde, retrouver Anton, et connaĂźtre la suite de son destin.

Le repas terminĂ©, je reprends ma lecture. Le hasard m'a vraiment fait faire une pause Ă  un passage charniĂšre de l’histoire. Cette deuxiĂšme partie narre la renaissance, les retrouvailles. Elle est une ode Ă  la vie. C'est aussi le rĂ©cit d'un voyage, physique mais aussi spirituel, un retour Ă  la vie aprĂšs l'enfer vĂ©cu.

Rarement un livre m'aura fait un tel effet ! Je retrouve le professeur de lettres, avec une Ă©criture fine et recherchĂ©e, mais jamais lourde. Je dĂ©couvre aussi le voyageur et, je suppose qu'une partie des descriptions vient de son voyage mĂȘme.

Comme le rĂ©pĂšte le coach de mon fils : « Il faut savoir sortir de sa zone de confort. Â» Eh bien, je ne pensais pas qu'un « simple Â» livre me le ferait autant faire. Mes lectures sont rarement hors Imaginaire, nĂ©anmoins, celle-ci risque de laisser une empreinte en moi aussi forte que la rencontre il y a presque 30 ans avec son auteur.

Merci, Monsieur Mascaro ! 


Djackdah Riker
Copyright © Djackdah Riker pour Le Galion des Etoiles. Tous droits réservés. En savoir plus sur cet auteur


💬Commentaires

1.Posté par Koyolite TSEILA le 27/02/2024 14:24 | Alerter
Utilisez le formulaire ci-dessous pour envoyer une alerte au responsable du site concernant ce commentaire :
Annuler

KoyoliteTseila
Une belle fiche de lecture, dotĂ©e d'une anecdote personnelle de vie touchante et trĂšs intĂ©ressante. En effet, il y a parfois des personnes et des noms qui changent notre vie 🙏

2.Posté par Jean Christophe GAPDY le 10/04/2024 11:51 | Alerter
Utilisez le formulaire ci-dessous pour envoyer une alerte au responsable du site concernant ce commentaire :
Annuler

JCGapdy
Une trĂšs agrĂ©able, mais trĂšs Ă©tonnante lecture qui happe et fait passer par d’intenses rĂ©flexions et Ă©motions. On arriverait Ă  croire que l’auteur a vĂ©cu ces Ă©vĂ©nements aussi bien que les sentiments qu’il retranscrit, qu’il a parcouru ce monde d’un assez rĂ©cent autrefois jusqu'Ă  celui de presque maintenant. En tout cas, il a su, non seulement parler d’humanitĂ© avec ce petit clan voyageur qui a traversĂ©, au son du violon, une partie de l’Europe, mais il a fait vibrer, au travers de ses mots et de ses phrases, une peinture trĂšs riche de ces dĂ©cennies, allant de la presque insouciante au dĂ©but du roman, pour plonger dans les drames de la guerre, avant de nous faire revenir Ă  la vie et au-delĂ .
Grand amateur de nombreuses formes de littĂ©rature, j’ai Ă©tĂ© comblĂ© de la premiĂšre Ă  la derniĂšre page de cette lecture emplie d'autant de poĂ©sie que de rĂ©alisme.

3.Posté par Michel MAILLOT le 22/04/2024 12:53 | Alerter
Utilisez le formulaire ci-dessous pour envoyer une alerte au responsable du site concernant ce commentaire :
Annuler

mmaillot
Les livres nous causent, ils causent de nous, nous causent du bien, rarement du mal, mĂȘme lorsqu’ils le dĂ©crivent de maniĂšre crue. Celui-lĂ  nous touche, en pleine tĂȘte, en plein cƓur. Il nous fait remonter des souvenirs. PĂȘle-mĂȘle, les Tziganes, les Gitans, les Romanichels, nos Indiens Ă  nous. Comme ces lointains cousins humains, rejetĂ©s, mal-aimĂ©s, toujours soupçonnĂ©s du pire parce que diffĂ©rents. Je me souviens donc de cette roulotte, stationnant Ă  cĂŽtĂ© de l’endroit clos oĂč nous Ă©tions en pension mon frĂšre et moi Ă  Saint-Hilarion, dĂ©but des annĂ©es 60. Un lieu tranquille oĂč nous partagions la cour avec la petite Ă©cole primaire. On nous avait bien dit, attention, ne pas s’approcher de ces gens-lĂ , des voleurs de poules, d’enfants et de bien d’autres choses encore. En plus, ils Ă©taient forcĂ©ment sales, Ă  vivre ainsi dans cette carriole tirĂ©e, oui, par un cheval Ă  l’époque. Des paroles pour nous faire peur ? Sans doute. Mais pas dĂ©nuĂ© de cette forme d’intolĂ©rance qui perdure pour l’étranger. Viendront ensuite des images pour adoucir, puis faire rĂȘver. Un Spirou et Fantasio « Il y a un sorcier Ă  Champignac » avec la tendresse de Franquin. Les Clubs des Cinq avec Jo, sosie de Claude, le garçon manquĂ©, et toute sa famille de forains. On en croisera des vrais, venant Ă  l’école Victor Hugo Ă  Sevran en 1965-66. Juste quelques jours, le temps de suivre le pĂ©riple avec leurs parents. Images de garçons, souvent muets, pas trĂšs propres qui s’essuyaient le « zizi » avec leurs mouchoirs. DrĂŽles de souvenirs qui marquent l’esprit.

Et puis plus tard, sur la barbarie nazie, la projection de « Nuits et Brouillard » d’Alain Resnais au collĂšge CrĂ©tier Ă  Sevran en 5Ăšme. L’empreinte indĂ©lĂ©bile de ces corps emmĂȘlĂ©s, poussĂ©s par des engins dans une fosse, des scĂšnes qui se gravent dans la mĂ©moire de celui qui sort, dĂ©boussolĂ©, de la petite bĂątisse et reviennent encore aujourd’hui pour vous hanter. Parce que l’innommable ça n’a pas de nom, mais souvent des images.

Tout remonte Ă  la surface, Ă  la lecture de ce terrible et Ă  la fois magnifique roman qui mĂȘle en deux temps, le plongeon vers le mal absolu, les tĂ©nĂšbres, avant le douloureux retour Ă  la lumiĂšre et la vie. En plusieurs moments qui se chevauchent. D’abord ce coup de poing au plexus qui vous envoie Ă  terre puis un long et lent cheminement vers l’espĂ©rance.

La main implacable du destin qui Ă©crase les ĂȘtres, l’accablement, la chape de l’obscur qui s’abat et rĂ©vĂšle la noirceur des hommes. Une noirceur qui s’instille, qui g...

Nouveau commentaire :
PENSEZ A SAUVEGARDER VOTRE COMMENTAIRE SUR VOTRE PC AVANT DE L’ENVOYER ! En effet, le Galion est facĂ©tieux et parfois, l’envoi peut ne pas aboutir dans le poste de pilotage. Le transfert est rĂ©ussi lorsqu’aprĂšs avoir cliquĂ© sur « ajouter », vous voyez en encadrĂ© et en rouge le texte « Votre commentaire a Ă©tĂ© postĂ© ». SVP soignez votre orthographe, oubliez le langage SMS et ne mettez pas de liens externes ou de commentaires ne vous appartenant pas. Veuillez prendre connaissance du RĂšglement avant de poster votre commentaire. Le filtrage des commentaires est de rigueur sur ce site. Le Webmaster se rĂ©serve le droit de supprimer les commentaires contraires au rĂšglement.



Rejoignez-nous sur Bluesky