Comment Ă©volue-t-on du statut de lecteur passionnĂ© Ă celui de fan ? Qu'est-ce qu'un fan ? Est-ce une crĂ©ature qui fuit une rĂ©alitĂ© qu'il juge terne au profit de rĂȘves qui l'emportent au-delĂ des barriĂšres du temps et de l'espace ? Je ne sais pas. Je me souviens simplement que, au milieu de ces annĂ©es 70, le monde qui m'entourait m'indiffĂ©rait et seules comptaient la frĂ©quentation des librairies spĂ©cialisĂ©es, les rencontres avec les auteurs que j'adulais. Bref, en ce milieu de dĂ©cennie j'Ă©tais bel et bien devenu un fan, c'est Ă dire un drĂŽle d'animal.
Je ne saurais plus situer ni relater les circonstances qui me firent intĂ©grer l'Ă©quipe de rĂ©daction de « Horizons du Fantastique ». Mes premiĂšres contributions furent effectives Ă partir du n° 35, au tout dĂ©but de 1975, mais j'y avais mis les pieds avant. Pour moi c'Ă©tait une consĂ©cration ! HdF Ă©tait une revue semi-professionnelle qui, quoique tirant Ă 25000 exemplaires, se gardait bien de rĂ©munĂ©rer ses collaborateurs. J'y fis la connaissance de Serge BĂ©nard qui mena ultĂ©rieurement une belle carriĂšre chez Dargaud comme rĂ©dacteur en chef de « Rustica », de Daniel Riche avec qui je me fĂąchais quelques annĂ©es plus tard, de Pierre K Rey, un homme adorable, de Richard Nolane et donc, l'un n'allant pas sans l'autre, de Charles Moreau. Le directeur, Dominique Besse, travaillait au journal « Le Monde », au service publicitĂ©. De ce fait, il parvenait Ă faire intercaler rĂ©guliĂšrement des encadrĂ©s en faveur de HdF dans ce grand quotidien. Il avait fondĂ© la revue Ă la fin des annĂ©es 60 avec Alain Schlockoff, mais le mariage avait Ă©tĂ© de trĂšs courte durĂ©e. Alain dirige toujours la revue «L'Ă©cran fantastique » oĂč opĂšrent encore les vieux compĂšres Andrevon et Fontana.
Je passais donc du temps dans les locaux sis rue Cadet Ă Paris, Ă lire â en vue d'une sĂ©lection - la pile Ă©norme de nouvelles reçues que Dominique laissait s'accumuler sans vraiment s'en soucier â c'Ă©tait une vraie purge ! Evidemment, dans le lot, il y avait du Brussolo ! Serge, qui n'avait encore rien publiĂ©, envoyait des textes Ă la pelle Ă toutes les revues et fanzines possibles. C'est dans ce contexte que parurent mes premiĂšres critiques « semi-professionnelles » et que je me fis immĂ©diatement des ennemis ce qui, dans le petit monde agitĂ© de la SF d'alors, Ă©tait trĂšs facile.
En redĂ©couvrant ces premiers essais, je me dis que j'Ă©tais vraiment un jeune c..., (aujourd'hui j'en suis un vieux, c'est un peu diffĂ©rent). Dans ma toute premiĂšre critique, j'avais dĂ©moli la plupart des textes de l'anthologie de Henri-Luc Planchat, « DĂ©dale 1 », tel un petit coq imbu de suffisance. Seul le texte de Michel Jeury et Katia Alexandre avait eu ma faveur. (Michel m'en remercia Ă AngoulĂȘme). Aujourd'hui, sans doute un peu plus mĂ»r et tolĂ©rant, je professe que, lorsque l'on n'aime pas quelque chose â ici un livre â on n'en parle pas. D'abord parce qu'un avis est par nature subjectif, ensuite parce que dĂ©zinguer l'oeuvre d'un auteur/auteure n'apporte pas de valeur ajoutĂ©e et relĂšve d'une certaine forme de sadisme.
Fort de cette expĂ©rience malencontreuse, je m'en tiens de nos jours Ă ces rĂšgles. C'est aussi dans le cadre d'HdF que je fis la connaissance d'Yvon Cayrel, un personnage haut en couleurs et un super dessinateur. J'aurais le plaisir de le revoir quarante et quelques annĂ©es plus tard Ă SĂšvres. C'est aussi sans doute grĂące Ă ma collaboration avec HdF que je rencontrai Jacques Guiod, Philippe Goy et Bernard Villaret alors de passage en France (il rĂ©sidait ordinairement en PolynĂ©sie). Jacques Guiod me donna quelques articles pour Axolotl (publiĂ© vers la mĂȘme Ă©poque) et une interview de B R Bruss destinĂ©e Ă un second numĂ©ro de ce fanzine qui ne vit jamais le jour.
Justement, dans ce cadre, j'avais contactĂ© B R Bruss/Roger Blondel, de son vrai nom RenĂ© Bonnefoy. Contrairement Ă ce qu'Ă©crivit Charles Moreau des dĂ©cennies plus tard, on savait Ă l'Ă©poque que cet homme avait occupĂ© de hautes fonctions Ă Vichy, sans vraiment creuser le sujet. B R Bruss â gardons ce pseudonyme â me reçut fort aimablement dans son appartement parisien situĂ© dans une des tours du 13Ăšme arrondissement. Il alternait les sĂ©jours entre la capitale et la demeure â GĂ©rard Klein parle de manoir â qu'il possĂ©dait en Haute-Loire ou dans le Puy de DĂŽme, je ne sais plus. C'Ă©tait un monsieur trĂšs distinguĂ© et courtois, et notre conversation roula en partie â je m'en souviens bien â sur l'oeuvre de Nathalie Henneberg qu'il admirait. J'avais dĂ» lui remettre un exemplaire d'Axolotl 1 en lui annonçant la publication de son interview pour le numĂ©ro suivant. Il me remit gentiment un portrait de lui pour l'illustrer, en me faisant promettre de le lui rapporter aprĂšs usage. Bon, il n'en fut rien. Axolotl ne connut pas de n°2 et l'interview, comme la photo, furent rĂ©cupĂ©rĂ©es par Charles Moreau qui les mit en ligne sur le net, oĂč elles y sont toujours.
RenĂ© Bonnefoy/B R Bruss avait un passĂ© de journaliste et de rĂ©dacteur en chef de quotidien, par consĂ©quent il me parla longuement de « La Montagne », le journal Clermontois dont il me disait avec un rien de fiertĂ© auvergnate, qu'il tirait alors Ă 800000 exemplaires ! RĂ©cemment, je me suis fendu d'articles sur lui, convaincu que, quoique maĂźtre de la censure sous Vichy, il ne fut pas un fanatique. Il avait sans doute cĂ©dĂ© aux injonctions d'un Laval auquel il ne pouvait rien refuser. C'est lĂ mon interprĂ©tation et je me trompe peut-ĂȘtre. Pour moi, l'humanisme qui se dĂ©gage de ses livres suffit Ă prouver que c'Ă©tait un homme tolĂ©rant. Quoi qu'il en fut, c'Ă©tait un immense Ă©crivain, et la lecture d'oeuvres comme « Le boeuf » ou « L'archange » le dĂ©montre sans peine.
Tout feu tout flamme, je ne me contentais pas de participer Ă HdF. Une autre revue Ă©tait apparue, « Argon », dirigĂ©e par Alain Detallante, qui accueillit quelques-unes de mes critiques aux cĂŽtĂ©s de celles d'Andrevon ou du pĂšre Nolane. Grenouiller dans le fandom d'alors en France, c'Ă©tait forcĂ©ment se faire cataloguer par de brillants esprits comme se situant Ă gauche ou Ă droite de l'Ă©chiquier politique. Or moi, du haut de mes 19 ans, la politique je n'en avais strictement rien Ă cirer, mais il en allait autrement de certaines figures du milieu qui commençaient Ă s'imposer et Ă Ă©tendre leur influence, comme Bernard Blanc. De mĂȘme - libĂ©ralisation des mĆurs post 68 oblige - il Ă©tait devenu Ă la mode pour certains de parsemer leurs rĂ©cits de scĂšnes de cul sans vraiment parvenir au niveau de « Gare Ă la bĂȘte » de Farmer. Je ne dis pas qu'il fallait continuer de verser dans le puritanisme : introduire une dose de sexe marquait une rupture bienvenue avec la rigueur hypocrite d'antan ; mais j'avais la conviction que la littĂ©rature « porno », par destination et surtout lorsqu'elle est illustrĂ©e, se prĂȘtait mieux Ă ce genre de mise en scĂšne qu'une nouvelle de SF ! C'Ă©tait un peu le message que j'avais tentĂ© de faire passer Ă propos de la nouvelle de Daniel Walther « Le CINEMA mental de Belinda Blue » parue dans « DĂ©dale 1 ». Daniel n'apprĂ©cia pas du tout mes propos et m'envoya une volĂ©e de bois vert dans la tribune libre du numĂ©ro d'HdF qui suivit ma critique. On se foutait joyeusement sur la gueule dans le petit monde de la SF d'alors : c'Ă©tait le bon temps !
Outre mes activitĂ©s Ă©pistolaires, mes achats frĂ©nĂ©tiques de bouquins, en particulier de pulps auprĂšs des librairies « Temps Futurs » et « Azathot », je participai Ă mes premiĂšres conventions. BranchĂ© par Roland PrĂ©vot, je m'inscrivis Ă la Sfancon 74 qui se dĂ©roulait Ă Gand. Avec une organisation millimĂ©trĂ©e, un hĂ©bergement parfait, une restauration et des activitĂ©s (confĂ©rences, rencontres, sans parler du bar...) rĂ©unis sur le mĂȘme site (la facultĂ© alors en congĂ©s) je garde un excellent souvenir de ces manifestions (J'y retournai en 1975). (Par contre la compote Ă la place du pain : traumatisĂ© Ă vie !)
C'est lĂ que je fis la connaissance de Claude Cheinisse, et le courant passa immĂ©diatement entre nous deux malgrĂ© son caractĂšre un rien bourru. Il me semble que Christine Renard, son Ă©pouse, Ă©tait absente. Je ne la vis qu'Ă AngoulĂȘme. Quand on sait comment Claude mit fin Ă ses jours, il y a de quoi pleurer...
Ces conventions (les Sfancon) étaient vraiment bon enfant et l'on y croisait des pointures anglaises (Brian Aldiss, Kenneth Bulmer...). Mon seul regret est ne n'y avoir pas rencontré Claude Dumont dont j'appréciais énormément « Octazine », fanzine Belge dans lequel je publiai ultérieurement une nouvelle, « Euryale », refondue des décennies plus tard pour une anthologie des éditions « Sombres Rets ». Et il y avait l'inamovible Jean-Paul Cronimus toujours bardé d'appareils photos.
Je ne sais plus pourquoi je ne me suis pas rendu Ă celle de Grenoble, qui se tint vers cette Ă©poque. Jacques Avoine (voir Souvenirs faniques - 2) qui y participa en fit un retour assez peu enthousiaste. Arriva AngoulĂȘme. Tout le gratin de la SF française s'y pressa, Ă l'exception de quelques pointures. Nous Ă©tions hĂ©bergĂ©s dans un couvent de bonnes sĆurs, et voir Bernard Blanc et sa cour Ă©voluer dans ce milieu monacal avait quelque chose de rigolo. C'est Ă cette occasion que je fis la connaissance « in live » de Michel Jeury, Richard Nolane (qui arborait tout Ă propos un chapeau de curĂ©), de Jacques Sadoul - qui me fit remarquer que lui n'aurait jamais sorti ses pulps de ses rayonnages (en effet j'en avais apportĂ© une pleine valise Ă fin d'exposition) de Daniel Drode ou encore de Francis Carsac. Ce dernier, contrairement Ă mes opinions d'alors, m'avait fait comprendre sans Ă©quivoque que le service militaire Ă©tait absolument nĂ©cessaire (je devais ĂȘtre incorporĂ© deux mois plus tard et n'envisageais pas cette perspective d'un bon Ćil). Je devais presqu'ĂȘtre heureux de le faire selon lui ! Pierre Barbet Ă©tait lĂ aussi bien sĂ»r, George Barlow, Marianne Leconte et John Brunner aussi. Que de souvenirs !
Enfin j'ai un petit pincement au cĆur pour Johanne Marsais et Jean-Pierre Planque, cĂŽtoyĂ©s Ă cette occasion. Je passe sur la sĂ©ance de cinĂ©ma oĂč l'on nous proposa un superbe navet â je ne me rappelle mĂȘme plus du titre - qui fit que le spectacle se dĂ©plaça de l'Ă©cran vers la salle.
C'est ainsi que j'ai pu comparer ce qui se faisait en Belgique versus la France. Malgré les efforts et la gentillesse des organisateurs qui sortaient quotidiennement un numéro du « Popilius » - fanzine/bulletin de la convention - il n'y avait pas photo !
Mais le meilleur était à venir avec Salon de Provence !
đ Ă suivre...
Je ne saurais plus situer ni relater les circonstances qui me firent intĂ©grer l'Ă©quipe de rĂ©daction de « Horizons du Fantastique ». Mes premiĂšres contributions furent effectives Ă partir du n° 35, au tout dĂ©but de 1975, mais j'y avais mis les pieds avant. Pour moi c'Ă©tait une consĂ©cration ! HdF Ă©tait une revue semi-professionnelle qui, quoique tirant Ă 25000 exemplaires, se gardait bien de rĂ©munĂ©rer ses collaborateurs. J'y fis la connaissance de Serge BĂ©nard qui mena ultĂ©rieurement une belle carriĂšre chez Dargaud comme rĂ©dacteur en chef de « Rustica », de Daniel Riche avec qui je me fĂąchais quelques annĂ©es plus tard, de Pierre K Rey, un homme adorable, de Richard Nolane et donc, l'un n'allant pas sans l'autre, de Charles Moreau. Le directeur, Dominique Besse, travaillait au journal « Le Monde », au service publicitĂ©. De ce fait, il parvenait Ă faire intercaler rĂ©guliĂšrement des encadrĂ©s en faveur de HdF dans ce grand quotidien. Il avait fondĂ© la revue Ă la fin des annĂ©es 60 avec Alain Schlockoff, mais le mariage avait Ă©tĂ© de trĂšs courte durĂ©e. Alain dirige toujours la revue «L'Ă©cran fantastique » oĂč opĂšrent encore les vieux compĂšres Andrevon et Fontana.
Je passais donc du temps dans les locaux sis rue Cadet Ă Paris, Ă lire â en vue d'une sĂ©lection - la pile Ă©norme de nouvelles reçues que Dominique laissait s'accumuler sans vraiment s'en soucier â c'Ă©tait une vraie purge ! Evidemment, dans le lot, il y avait du Brussolo ! Serge, qui n'avait encore rien publiĂ©, envoyait des textes Ă la pelle Ă toutes les revues et fanzines possibles. C'est dans ce contexte que parurent mes premiĂšres critiques « semi-professionnelles » et que je me fis immĂ©diatement des ennemis ce qui, dans le petit monde agitĂ© de la SF d'alors, Ă©tait trĂšs facile.
En redĂ©couvrant ces premiers essais, je me dis que j'Ă©tais vraiment un jeune c..., (aujourd'hui j'en suis un vieux, c'est un peu diffĂ©rent). Dans ma toute premiĂšre critique, j'avais dĂ©moli la plupart des textes de l'anthologie de Henri-Luc Planchat, « DĂ©dale 1 », tel un petit coq imbu de suffisance. Seul le texte de Michel Jeury et Katia Alexandre avait eu ma faveur. (Michel m'en remercia Ă AngoulĂȘme). Aujourd'hui, sans doute un peu plus mĂ»r et tolĂ©rant, je professe que, lorsque l'on n'aime pas quelque chose â ici un livre â on n'en parle pas. D'abord parce qu'un avis est par nature subjectif, ensuite parce que dĂ©zinguer l'oeuvre d'un auteur/auteure n'apporte pas de valeur ajoutĂ©e et relĂšve d'une certaine forme de sadisme.
Fort de cette expĂ©rience malencontreuse, je m'en tiens de nos jours Ă ces rĂšgles. C'est aussi dans le cadre d'HdF que je fis la connaissance d'Yvon Cayrel, un personnage haut en couleurs et un super dessinateur. J'aurais le plaisir de le revoir quarante et quelques annĂ©es plus tard Ă SĂšvres. C'est aussi sans doute grĂące Ă ma collaboration avec HdF que je rencontrai Jacques Guiod, Philippe Goy et Bernard Villaret alors de passage en France (il rĂ©sidait ordinairement en PolynĂ©sie). Jacques Guiod me donna quelques articles pour Axolotl (publiĂ© vers la mĂȘme Ă©poque) et une interview de B R Bruss destinĂ©e Ă un second numĂ©ro de ce fanzine qui ne vit jamais le jour.
Justement, dans ce cadre, j'avais contactĂ© B R Bruss/Roger Blondel, de son vrai nom RenĂ© Bonnefoy. Contrairement Ă ce qu'Ă©crivit Charles Moreau des dĂ©cennies plus tard, on savait Ă l'Ă©poque que cet homme avait occupĂ© de hautes fonctions Ă Vichy, sans vraiment creuser le sujet. B R Bruss â gardons ce pseudonyme â me reçut fort aimablement dans son appartement parisien situĂ© dans une des tours du 13Ăšme arrondissement. Il alternait les sĂ©jours entre la capitale et la demeure â GĂ©rard Klein parle de manoir â qu'il possĂ©dait en Haute-Loire ou dans le Puy de DĂŽme, je ne sais plus. C'Ă©tait un monsieur trĂšs distinguĂ© et courtois, et notre conversation roula en partie â je m'en souviens bien â sur l'oeuvre de Nathalie Henneberg qu'il admirait. J'avais dĂ» lui remettre un exemplaire d'Axolotl 1 en lui annonçant la publication de son interview pour le numĂ©ro suivant. Il me remit gentiment un portrait de lui pour l'illustrer, en me faisant promettre de le lui rapporter aprĂšs usage. Bon, il n'en fut rien. Axolotl ne connut pas de n°2 et l'interview, comme la photo, furent rĂ©cupĂ©rĂ©es par Charles Moreau qui les mit en ligne sur le net, oĂč elles y sont toujours.
RenĂ© Bonnefoy/B R Bruss avait un passĂ© de journaliste et de rĂ©dacteur en chef de quotidien, par consĂ©quent il me parla longuement de « La Montagne », le journal Clermontois dont il me disait avec un rien de fiertĂ© auvergnate, qu'il tirait alors Ă 800000 exemplaires ! RĂ©cemment, je me suis fendu d'articles sur lui, convaincu que, quoique maĂźtre de la censure sous Vichy, il ne fut pas un fanatique. Il avait sans doute cĂ©dĂ© aux injonctions d'un Laval auquel il ne pouvait rien refuser. C'est lĂ mon interprĂ©tation et je me trompe peut-ĂȘtre. Pour moi, l'humanisme qui se dĂ©gage de ses livres suffit Ă prouver que c'Ă©tait un homme tolĂ©rant. Quoi qu'il en fut, c'Ă©tait un immense Ă©crivain, et la lecture d'oeuvres comme « Le boeuf » ou « L'archange » le dĂ©montre sans peine.
Tout feu tout flamme, je ne me contentais pas de participer Ă HdF. Une autre revue Ă©tait apparue, « Argon », dirigĂ©e par Alain Detallante, qui accueillit quelques-unes de mes critiques aux cĂŽtĂ©s de celles d'Andrevon ou du pĂšre Nolane. Grenouiller dans le fandom d'alors en France, c'Ă©tait forcĂ©ment se faire cataloguer par de brillants esprits comme se situant Ă gauche ou Ă droite de l'Ă©chiquier politique. Or moi, du haut de mes 19 ans, la politique je n'en avais strictement rien Ă cirer, mais il en allait autrement de certaines figures du milieu qui commençaient Ă s'imposer et Ă Ă©tendre leur influence, comme Bernard Blanc. De mĂȘme - libĂ©ralisation des mĆurs post 68 oblige - il Ă©tait devenu Ă la mode pour certains de parsemer leurs rĂ©cits de scĂšnes de cul sans vraiment parvenir au niveau de « Gare Ă la bĂȘte » de Farmer. Je ne dis pas qu'il fallait continuer de verser dans le puritanisme : introduire une dose de sexe marquait une rupture bienvenue avec la rigueur hypocrite d'antan ; mais j'avais la conviction que la littĂ©rature « porno », par destination et surtout lorsqu'elle est illustrĂ©e, se prĂȘtait mieux Ă ce genre de mise en scĂšne qu'une nouvelle de SF ! C'Ă©tait un peu le message que j'avais tentĂ© de faire passer Ă propos de la nouvelle de Daniel Walther « Le CINEMA mental de Belinda Blue » parue dans « DĂ©dale 1 ». Daniel n'apprĂ©cia pas du tout mes propos et m'envoya une volĂ©e de bois vert dans la tribune libre du numĂ©ro d'HdF qui suivit ma critique. On se foutait joyeusement sur la gueule dans le petit monde de la SF d'alors : c'Ă©tait le bon temps !
Outre mes activitĂ©s Ă©pistolaires, mes achats frĂ©nĂ©tiques de bouquins, en particulier de pulps auprĂšs des librairies « Temps Futurs » et « Azathot », je participai Ă mes premiĂšres conventions. BranchĂ© par Roland PrĂ©vot, je m'inscrivis Ă la Sfancon 74 qui se dĂ©roulait Ă Gand. Avec une organisation millimĂ©trĂ©e, un hĂ©bergement parfait, une restauration et des activitĂ©s (confĂ©rences, rencontres, sans parler du bar...) rĂ©unis sur le mĂȘme site (la facultĂ© alors en congĂ©s) je garde un excellent souvenir de ces manifestions (J'y retournai en 1975). (Par contre la compote Ă la place du pain : traumatisĂ© Ă vie !)
C'est lĂ que je fis la connaissance de Claude Cheinisse, et le courant passa immĂ©diatement entre nous deux malgrĂ© son caractĂšre un rien bourru. Il me semble que Christine Renard, son Ă©pouse, Ă©tait absente. Je ne la vis qu'Ă AngoulĂȘme. Quand on sait comment Claude mit fin Ă ses jours, il y a de quoi pleurer...
Ces conventions (les Sfancon) étaient vraiment bon enfant et l'on y croisait des pointures anglaises (Brian Aldiss, Kenneth Bulmer...). Mon seul regret est ne n'y avoir pas rencontré Claude Dumont dont j'appréciais énormément « Octazine », fanzine Belge dans lequel je publiai ultérieurement une nouvelle, « Euryale », refondue des décennies plus tard pour une anthologie des éditions « Sombres Rets ». Et il y avait l'inamovible Jean-Paul Cronimus toujours bardé d'appareils photos.
Je ne sais plus pourquoi je ne me suis pas rendu Ă celle de Grenoble, qui se tint vers cette Ă©poque. Jacques Avoine (voir Souvenirs faniques - 2) qui y participa en fit un retour assez peu enthousiaste. Arriva AngoulĂȘme. Tout le gratin de la SF française s'y pressa, Ă l'exception de quelques pointures. Nous Ă©tions hĂ©bergĂ©s dans un couvent de bonnes sĆurs, et voir Bernard Blanc et sa cour Ă©voluer dans ce milieu monacal avait quelque chose de rigolo. C'est Ă cette occasion que je fis la connaissance « in live » de Michel Jeury, Richard Nolane (qui arborait tout Ă propos un chapeau de curĂ©), de Jacques Sadoul - qui me fit remarquer que lui n'aurait jamais sorti ses pulps de ses rayonnages (en effet j'en avais apportĂ© une pleine valise Ă fin d'exposition) de Daniel Drode ou encore de Francis Carsac. Ce dernier, contrairement Ă mes opinions d'alors, m'avait fait comprendre sans Ă©quivoque que le service militaire Ă©tait absolument nĂ©cessaire (je devais ĂȘtre incorporĂ© deux mois plus tard et n'envisageais pas cette perspective d'un bon Ćil). Je devais presqu'ĂȘtre heureux de le faire selon lui ! Pierre Barbet Ă©tait lĂ aussi bien sĂ»r, George Barlow, Marianne Leconte et John Brunner aussi. Que de souvenirs !
Enfin j'ai un petit pincement au cĆur pour Johanne Marsais et Jean-Pierre Planque, cĂŽtoyĂ©s Ă cette occasion. Je passe sur la sĂ©ance de cinĂ©ma oĂč l'on nous proposa un superbe navet â je ne me rappelle mĂȘme plus du titre - qui fit que le spectacle se dĂ©plaça de l'Ă©cran vers la salle.
C'est ainsi que j'ai pu comparer ce qui se faisait en Belgique versus la France. Malgré les efforts et la gentillesse des organisateurs qui sortaient quotidiennement un numéro du « Popilius » - fanzine/bulletin de la convention - il n'y avait pas photo !
Mais le meilleur était à venir avec Salon de Provence !
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La rédaction du Galion
