Aux grands anxieux
La Centrale extraordinaire est Ă©rigĂ©e au bord de la Sambre, prĂšs dâAuvelais, Ă lâorĂ©e de Ham. Comment ne pas la reconnaĂźtre de loin, par la prestance de son double dĂŽme de volumes inĂ©gaux. Le plus petit abrite le gĂ©nĂ©rateur ultime. Celui-ci transforme les saveurs lourdes de la matiĂšre noire en Ă©nergie domestique. Sous la plus grande coupole scintille une ribambelle dâĂ©crans, de tĂ©moins, de capteurs, autant de cadrans, dâaiguilles en repĂ©rage et autres boussoles. Chacune de leurs mesures rend palpables les mystĂšres physiques de cet espace aussi Ă©thĂ©rĂ© que vulnĂ©rable. Il va sans dire que la prĂ©cieuse source dâĂ©nergie assure la prospĂ©ritĂ© de lâensemble de la Wallonie mais quâune broutille suffirait pour paralyser la bienveillance de son activitĂ©.
Et pourtant, seulement une gardienne garantit chaque jour le bon fonctionnement des installations. Oui, en vertu de la loi sur la rĂ©gulation des services coordonnĂ©s par lâIA, un ĂȘtre humain unique doit chapeauter les systĂšmes automatiques qui gĂšrent ce lieu crucial.
Dina loge sur place, dans un bungalow qui relie les deux dĂŽmes. La voici qui manĆuvre une manette en vue de guider un cylindre de ravitaillement bourrĂ© de puissance brute. La trentenaire porte une longue combinaison blanche, avec, tel un capuchon repoussĂ© entre les omoplates, un casque flasque, flexible, avec sa visiĂšre molle. Câest sa seule sĂ©curitĂ© personnelle en cas dâavarie sĂ©vĂšre. Des patins Ă roulettes laser assurent la vĂ©locitĂ© de ses dĂ©placements.
Quand elle a postulĂ© pour ce travail, elle nâa Ă©tĂ© gĂȘnĂ©e par aucun rival. Personne sinon elle nâavait Ă©tĂ© attirĂ© par cette mission qui fait peser sur les Ă©paules des responsabilitĂ©s difficilement soutenables : prĂ©server le bien-ĂȘtre de millions de rĂ©sidents rĂ©gionaux. Ce qui lâa finalement dĂ©cidĂ©e Ă accepter cette charge oppressante ? Sam, son ami parti Ă lâautre bout du monde pour un stage de coopĂ©ration avec les aborigĂšnes.
Du fait de cette solitude imposĂ©e, parfois pĂ©nible, sa hiĂ©rarchie a jugĂ© nĂ©cessaire dâaffubler Dina dâun super-robot de compagnie. Son rĂŽle : veiller nuit et jour sur lâĂ©quilibre de la gardienne, Ă©quilibre parfois prĂ©caire, mais indispensable pour maintenir la prospĂ©ritĂ© de cette myriade dâĂąmes wallonnes. La prĂ©sence dâun tel androĂŻde est dâautant plus heureuse quâil nâest pas si rare que lâattention de Dina flanche, quand son regard nâest plus accaparĂ© par les complexes manipulations de contrĂŽle. Ainsi, dĂšs que la jeune femme se relĂąche :
â Haroun ! (Elle postillonne son micro.)
*
Cet Haroun, quelle belle allure, en costume trois piĂšces, avec son nĆud papillon dâĂcosse ! Du haut de ses un mĂštre 96 (comme le gĂ©nĂ©ral de Gaule), il impressionne par son visage cuivrĂ©, ses prunelles jade, son nez grec, ses lĂšvres gourmandes. Quand il Ă©coute, il rassĂ©rĂšne par un lĂ©ger ronron fĂ©lin. Ce modĂšle nâobĂ©it quâĂ un seul ordre suprĂȘme : sâaccommoder.
Ă lâappel de son nom, il abandonne dans la kitchenette du bungalow la prĂ©paration dâune salade mexicaine pour mademoiselle. Une lavette encore sur lâĂ©paule, il accĂ©lĂšre sur ses semelles magnĂ©tiques.
â Haroun, enfin ! Rassure-moi. Jette un Ćil sur ma nuque. Câest quoi, cette petite boule ?
Comme dâhabitude, le premier mouvement de lâandroĂŻde serait de mĂ©nager sa protĂ©gĂ©e. Mais aprĂšs moult calculs, dans un second temps, il conclut que sâil minimisait la source du souci, mademoiselle le suspecterait de lui voiler la vĂ©ritĂ©, elle se sentirait trompĂ©e, elle qui dĂ©sire tant ĂȘtre reconnue, aimĂ©e sans dĂ©tour. Finalement, il opte pour un petit mĂ©lo juste diluĂ©.
â En effet, je vous comprends, cela peut paraĂźtre vilain, prĂȘte Ă penser au pire. Par chance, selon mes donnĂ©es, il ne sâagit point dâune excroissance cancĂ©reuse. Ouf, nâest-ce pas ?
â Câest quoi, alors ?
Dire que Dina Ă©tait nĂ©e sous la lune de lâinquiĂ©tude, câest peu dire.
â Un bouton, mademoiselle, une piqĂ»re dâinsecte, une simple piqĂ»re qui a cru bon enfler, en guise dâallergie.
â Tu es sĂ»r ? Quel insecte ?
Il zoome au max sur la « petite boule ».
â Une fourmi. Une malheureuse fourmi en panique. Rien de mĂ©chant, donc, mademoiselle. Ne laissez pas troubler votre attention par cette vĂ©tille. La Centrale wallonne requiert toute votre concentration, vous le savez bien. Pensez Ă tous ces ĂȘtres qui dĂ©pendent de vous.
*
« Alerte, zone 4. Chute de pression du liquide des arÎmes opaques. »
Dina bondit, saisit la sacoche des urgences, enfile son casque, fonce Ă tĂȘte baissĂ©e jusquâau quatriĂšme sas. De lâeau sombre sâĂ©coule sur la paroi derriĂšre laquelle rĂšgne la matiĂšre grise. La gardienne dĂ©verrouille une trappe. Une gaine fendue ruisselle. La jeune femme asperge dâĂ©cume spongieuse la fissure aussitĂŽt colmatĂ©e par cette mousse qui se pĂ©trifie.
« Zone 4. Pression normale restaurĂ©e. Fin de lâalerte. PrĂ©voir remplacement de la gaine. »
Lâintervention sâavĂšre accomplie. Pleine rĂ©ussite. Dina pourrait ĂȘtre fiĂšre dâelle, jouir dâun vif soulagement. Son casque ĂŽtĂ©, la tension retombĂ©e, dans le silence protĂ©gĂ© par le bĂ©ton, elle se sent respirer. Mais mal. Elle referme la trappe, boucle la sacoche dâurgence. Non, ça ne va pas. Elle se plie en deux Ă cause dâun point de cĂŽtĂ©. Dâun mĂ©chant point de cĂŽtĂ©.
â Haroun ! Ă moi ! Serait-ce mon foie ? Mon pancrĂ©as ?
*
Dina, il est vrai, Ă©change peu avec ses parents. Depuis leur retraite, tous deux fusionnels, voguent dâune croisiĂšre Ă lâautre, entre le Pacifique et lâocĂ©an Indien. Tant son pĂšre que sa mĂšre souhaitent finir leur existence au cĆur de lâexotisme, loin de leur vieux monde qui a trop changĂ©. Leur fille rĂ©alise que ses coups de fil relient ses parents, contre leur grĂ©, Ă cet univers Ă leurs yeux dĂ©figurĂ©, auquel ils tentent Ă jamais dâĂ©chapper.
NâempĂȘche, quand elle ressasse leur Ă©loignement, bonjour la nausĂ©e, bonjour le mal amour ! Heureusement, elle ne manque pas de correspondants dâautant plus touchants quâelle leur manifeste une sincĂšre sollicitude. Toutefois, curieusement, ses contacts amicaux privilĂ©gient des proches qui traversent une dĂ©tresse sans horizon. Elle sâingĂ©nie Ă les aider ou tout au moins Ă les rĂ©conforter en partageant les affres de leurs Ă©preuves. Parfois, miracle, elle trouve mĂȘme une solution viable Ă leur problĂšme.
Ce matin, pendant sa pause Ă la Centrale, elle joint un pote quâelle sait au bord dâun grand changement. Ou pas.
â AllĂŽ ?... Damien, je tâentends. Tu te cogne le front contre le mur. Quâest-ce qui sâest passĂ© ?
â Câest terrible, Dina. Suis sĂ»r que jâai ratĂ© mon exa dâentrĂ©e. Mon rĂȘve dâenfance se crashe.
â Ho ! Attends, attends, tout doux ! Tu ignores les rĂ©sultats, non ?
â Câest vrai. NâempĂȘche, je les sens trop mal. Mon oral Ă©tait une cata. Je ramais dans mes rĂ©parties.
â Ramer nâest pas Ă©chouer. De loin pas, voyons ! Courage, Damien ! Patience. Quand sauras-tu si tu es reçu ?
â Depuis cinq minutes.
â Quoi ?
â Pas osĂ© ouvrir mon courriel. Le constat de mon Ă©chec me serait insupportable.
â Damien, Ă©coute-moi, je suis avec toi, quoi quâil tâarrive. Allez, allez, vas-y ! Ouvre !
Long silence. Puis un toussotement.
â Mais non⊠jeâŠ
â Tu es reçu, hein, vieux farceur ?
â Ben, je ne comprends pas. Il doit y avoir une erreur.
*
Alors quâHaroun nettoie la chambre de Dina, il dĂ©couvre un message auquel est attachĂ©e une sĂ©rie dâhologrammes oĂč, successivement, la jeune femme se montre vĂȘtue dâune robe verte, une bleue Ă pois blancs, une rouge dĂ©colletĂ©e.
â Haroun, tâes lĂ ? Impossible de me dĂ©cider. Laquelle tu prĂ©fĂšres ?
â Calculs en cours, mademoiselle.
Choisir pour la jeune femme, câest un calvaire. Ă chaque sĂ©lection, elle doute, faute de confiance en son jugement, par crainte de regretter par la suite ce quâelle a retenu comme le meilleur. Dans son malaise, elle se croit obligĂ©e de justifier la situation :
â La robe, câest pour accueillir Sam, Ă son retour du bout du monde. Je voudrais tant lui plaire, ne pas le dĂ©cevoir.
â Je vous saisis cinq sur cinq. Mais, selon mes donnĂ©es, je ne suis pas un fin connaisseur en robes de charme.
â Tu pourrais au moins me donner une rĂ©ponse. Ăa mâaiderait, tu le sais bien.
â Ă quoi bon une rĂ©ponse alĂ©atoire, sans aucune pertinence ?
â Aah, dĂ©cidĂ©ment, Haroun, tu ne mâaimes pas !
*
Appel sur la ligne prioritaire, depuis le poste 6 de la Centrale.
â Haroun ! Barre Ă lâestomac ! Dâurgence aux toilettes. Prends le relai de ma surveillance.
Dina ne laisse pas le choix. Elle plante ses Ă©crans. Haroun arrive Ă la rescousse, les patins Ă fond. Ă peine sur place, il observe une panne. Des icones Ă©carlates clignotent sur le panneau principal de contrĂŽle. LâandroĂŻde accĂ©lĂšre le balayage de ses data. Lâalerte exige de promptes mesures, mais le robot de compagnie nâest pas trĂšs au clair avec le fonctionnement de la sĂ©curitĂ©. Il nâa pas Ă©tĂ© Ă©tudiĂ© pour. Son rĂŽle dĂ©jĂ bien ingrat se limite Ă la bonne garde de la gardienne. Il se branche sur un service dâaide dâurgence pour exposer son affaire critique. De plus en plus dâalarmes sonores chahutent.
Dina, tout essoufflĂ©e, sa main sur lâestomac, finit par accourir.
â Quâest-ce que tu fiches, Haroun ? Câest lâexercice du mercredi. Une simulation dâincident.
Elle fait tourner une clĂ© dans un bloc cylindrique blanc. AussitĂŽt tout sâapaise sous le vaste dĂŽme.
â Heureusement quâon vous a, mademoiselle ! Que oui, la rĂ©gion vous doit tout !
*
Dina mĂąchouille un sandwich aux bananes et aux concombres improvisĂ© par son robot. Elle profite de lâheure de la collation pour relancer une amie souvent dĂ©semparĂ©e :
â Coucou, Johanna !
â âŠ
â HĂ©, quelle drĂŽle de tĂȘte ! Quâest-ce qui ne va pas ?
â Rien ne va plus, Dina. Comme au casino. Jâai tout perdu.
â Comment cela ?
â Adieu, mon mec, adieu, mon toit, adieu mon job. La totale, donc.
â Ouch, ma pauvre⊠(Elle rĂ©flĂ©chit.) Sais-tu quâil y a un point commun Ă ces trois piliers de la maturitĂ© ?
â Ah ?
â En cas de pertes, tous trois se retrouvent.
â Merci. Me voilĂ bien avancĂ©e.
â Johanna, ressaisis-toi. Tu nâas pas perdu ton avenir. Ces prochains lendemains, tu retrouveras Jules, logis, boulot.
â Je nâai pas ton Ă©lan. Je trĂŽne sur un trĂŽne dâemmerdes oĂč jâai perdu la face.
â La face, mais pas le visage. Nourris ta force Ă chercher un projet. LĂąche ta rancĆur. Fais pulser ton sang pour une cause digne de ta personne. Descends de ton « trĂŽne ». Pour enfourcher lâespĂ©rance.
AprÚs quelques autres réconforts de Diana, aprÚs enfin un sourire spontané de Johanna, les deux femmes se quittent avec la promesse de se reparler sous peu.
Haroun, qui a suivi les encouragements de mademoiselle, ne peut sâempĂȘcher de commenter :
â Comment vous qui ĂȘtes si tourmentĂ©e, vous pouvez supporter les tourments des autres ?
â Facile, cher robot. Dâabord, aider quelquâun, ça me sort de moi, de mon sort. Ensuite, rĂ©ussir Ă hisser quelquâun hors de sa fosse, ça hausse lâestime de soi. Lâanxieux en manque tellement !
*
â Haroun ! OĂč tâes ? Jâen peux plus, je mâinsupporte. Ăa me sur-stresse. Envie de vomir !
â Prenez un bol dâair hors du dĂŽme, mademoiselle. Rien de tel quâun vif footing dans le petit parc voisin.
Elle sort, encore tremblante. Le soleil caresse ses joues. La nature semble belle, tiĂšde, tempĂ©rĂ©e par une lĂ©gĂšre brise. Comment ne pas apprĂ©cier la mĂ©lodie de ces oiseaux dissimulĂ©s dans les hauts feuillages ? Au-dessus de sa tĂȘte, un merle siffle sa prĂ©sence, son chant bientĂŽt couvert par la sirĂšne lointaine dâun vĂ©hicule des forces de lâordre.
Dina sâengouffre dans le dĂŽme, suffoque, au bord de lâasphyxie.
â Haroun ?
*
Dina ne lĂąche jamais Haroun. Ă force de le pomper par ses suppliques, elle rend sa prĂ©sence une source de surchauffe. Lâair conditionnĂ© peine Ă se propager dans les circuits internes des logiciels directeurs de lâandroĂŻde. ParticuliĂšrement affectĂ©, son module verbal se met Ă dĂ©river. Le robot de compagnie commence Ă formuler avec difficultĂ©. Quel carambolage de vocables dans ses puces langagiĂšres ! DâoĂč tous ces mots quâil appelle et qui ne rĂ©pondent plusâŠ
De son cĂŽtĂ©, Dina crispe gravement, bien quâelle achĂšve sa tournĂ©e sous le dĂŽme. Certes, tous les indicateurs rayonnent au vert. Certes, la majoritĂ© des graphiques gagne en azur. Certes, rien ne dysfonctionne. Certes, tout appelle la sĂ©rĂ©nitĂ©, saufâŠ
â Haroun ! Haroun, quâest-ce que jâai sur lâĆil ?
Il la rejoint, sans rĂ©action. Câest que lâandroĂŻde ne trouve plus ses mots.
â Serait-ce une poussiĂšre, dis-moi, Haroun ? LĂ , sur lâĆil ?
Contre toute attente, il parvient à rétorquer :
â En effet, une paupiĂšre, mitouselle.
Ă lâĂ©vidence, le robot vient de se buter Ă sa formulation, prononçant un mot pour un autre. AgacĂ©e, Dina laisse Ă©chapper son impatience :
â Ah, non, vraiment, tu ne mâaides pas. Je le savais que je ne pourrais compter sur une machine. Vas-t-en !
La tĂȘte synthĂ©tique basse, il se retire Ă reculons jusquâĂ une chambre froide dans laquelle, lentement il sâĂ©teint. Selon ses derniĂšres prĂ©visions, il doit attendre quelques heures en mode hors service avant de se rebooster avec succĂšs.
Ă lâinfirmerie, Dina consulte un oculoscope. Examen Ă©clair. Diagnostic aisĂ©.
â Pourquoi vous vous maquillez ?
â Ăa me regarde, rĂ©plique-t-elle, offusquĂ©e.
Alors, une pince duveteuse enduite dâun gel stĂ©rile dĂ©colle de la cornĂ©e la particule de poudre Ă dĂ©rider.
*
Ăa fait longtemps que Dina nâappelle plus son androĂŻde de compagnie. Elle ignore mĂȘme oĂč il traĂźne. Pourtant, elle souffre dâune migraine carabinĂ©e. Tant pis, elle se replie vers sa chambre pour sây allonger Ă lâabri de la lumiĂšre. Or, en chemin, elle surprend Haroun recroquevillĂ© dans un coin de bĂ©ton.
Le robot vient de quitter sa longue mise en veilleuse. Ă voir sa mine (sur son visage) de cuivre, on jurerait que la venue inopinĂ©e de lâhumaine le trouble. NĂ©anmoins, il peut dĂ©sormais sâexprimer sans ambages ni confusion :
â Mademoiselle, quelle chance de vous voir !
Il se dĂ©vĂȘtit. Veste, gilet, chemise, nĆud papillon sur le carrelage, il ajoute :
â Un Ă©trange cliquetis mâobsĂšde.
â Pardon ? (Elle comprime dâune main sa tempe.)
â Sâil vous plaĂźt, ouvrez mon clapet. Ă gauche, sous lâaisselle.
ContrariĂ©e, en proie Ă des lancĂ©es cĂ©rĂ©brales, elle obtempĂšre quand mĂȘme.
â Tapez maintenant « contrĂŽle moniteur principal ».
Grinçant des molaires, elle sâexĂ©cute. Un crissement parcourt lâautomate de la tĂȘte aux pieds. Puis, plus rien.
â LĂšve-toi et marche ! lui ordonne-t-elle.
Il obĂ©it. AprĂšs quelques pas circulaires, dans le dos robotique sâenchaĂźnent des tintements mĂ©talliques qui rĂ©sonnent sous le dĂŽme.
â Est-ce grave, mademoiselle ? Vais-je devoir vous abandonner ? Abandonner le monde ? Rassurez-moi ! rassurez-moi !
La Centrale extraordinaire est Ă©rigĂ©e au bord de la Sambre, prĂšs dâAuvelais, Ă lâorĂ©e de Ham. Comment ne pas la reconnaĂźtre de loin, par la prestance de son double dĂŽme de volumes inĂ©gaux. Le plus petit abrite le gĂ©nĂ©rateur ultime. Celui-ci transforme les saveurs lourdes de la matiĂšre noire en Ă©nergie domestique. Sous la plus grande coupole scintille une ribambelle dâĂ©crans, de tĂ©moins, de capteurs, autant de cadrans, dâaiguilles en repĂ©rage et autres boussoles. Chacune de leurs mesures rend palpables les mystĂšres physiques de cet espace aussi Ă©thĂ©rĂ© que vulnĂ©rable. Il va sans dire que la prĂ©cieuse source dâĂ©nergie assure la prospĂ©ritĂ© de lâensemble de la Wallonie mais quâune broutille suffirait pour paralyser la bienveillance de son activitĂ©.
Et pourtant, seulement une gardienne garantit chaque jour le bon fonctionnement des installations. Oui, en vertu de la loi sur la rĂ©gulation des services coordonnĂ©s par lâIA, un ĂȘtre humain unique doit chapeauter les systĂšmes automatiques qui gĂšrent ce lieu crucial.
Dina loge sur place, dans un bungalow qui relie les deux dĂŽmes. La voici qui manĆuvre une manette en vue de guider un cylindre de ravitaillement bourrĂ© de puissance brute. La trentenaire porte une longue combinaison blanche, avec, tel un capuchon repoussĂ© entre les omoplates, un casque flasque, flexible, avec sa visiĂšre molle. Câest sa seule sĂ©curitĂ© personnelle en cas dâavarie sĂ©vĂšre. Des patins Ă roulettes laser assurent la vĂ©locitĂ© de ses dĂ©placements.
Quand elle a postulĂ© pour ce travail, elle nâa Ă©tĂ© gĂȘnĂ©e par aucun rival. Personne sinon elle nâavait Ă©tĂ© attirĂ© par cette mission qui fait peser sur les Ă©paules des responsabilitĂ©s difficilement soutenables : prĂ©server le bien-ĂȘtre de millions de rĂ©sidents rĂ©gionaux. Ce qui lâa finalement dĂ©cidĂ©e Ă accepter cette charge oppressante ? Sam, son ami parti Ă lâautre bout du monde pour un stage de coopĂ©ration avec les aborigĂšnes.
Du fait de cette solitude imposĂ©e, parfois pĂ©nible, sa hiĂ©rarchie a jugĂ© nĂ©cessaire dâaffubler Dina dâun super-robot de compagnie. Son rĂŽle : veiller nuit et jour sur lâĂ©quilibre de la gardienne, Ă©quilibre parfois prĂ©caire, mais indispensable pour maintenir la prospĂ©ritĂ© de cette myriade dâĂąmes wallonnes. La prĂ©sence dâun tel androĂŻde est dâautant plus heureuse quâil nâest pas si rare que lâattention de Dina flanche, quand son regard nâest plus accaparĂ© par les complexes manipulations de contrĂŽle. Ainsi, dĂšs que la jeune femme se relĂąche :
â Haroun ! (Elle postillonne son micro.)
*
Cet Haroun, quelle belle allure, en costume trois piĂšces, avec son nĆud papillon dâĂcosse ! Du haut de ses un mĂštre 96 (comme le gĂ©nĂ©ral de Gaule), il impressionne par son visage cuivrĂ©, ses prunelles jade, son nez grec, ses lĂšvres gourmandes. Quand il Ă©coute, il rassĂ©rĂšne par un lĂ©ger ronron fĂ©lin. Ce modĂšle nâobĂ©it quâĂ un seul ordre suprĂȘme : sâaccommoder.
Ă lâappel de son nom, il abandonne dans la kitchenette du bungalow la prĂ©paration dâune salade mexicaine pour mademoiselle. Une lavette encore sur lâĂ©paule, il accĂ©lĂšre sur ses semelles magnĂ©tiques.
â Haroun, enfin ! Rassure-moi. Jette un Ćil sur ma nuque. Câest quoi, cette petite boule ?
Comme dâhabitude, le premier mouvement de lâandroĂŻde serait de mĂ©nager sa protĂ©gĂ©e. Mais aprĂšs moult calculs, dans un second temps, il conclut que sâil minimisait la source du souci, mademoiselle le suspecterait de lui voiler la vĂ©ritĂ©, elle se sentirait trompĂ©e, elle qui dĂ©sire tant ĂȘtre reconnue, aimĂ©e sans dĂ©tour. Finalement, il opte pour un petit mĂ©lo juste diluĂ©.
â En effet, je vous comprends, cela peut paraĂźtre vilain, prĂȘte Ă penser au pire. Par chance, selon mes donnĂ©es, il ne sâagit point dâune excroissance cancĂ©reuse. Ouf, nâest-ce pas ?
â Câest quoi, alors ?
Dire que Dina Ă©tait nĂ©e sous la lune de lâinquiĂ©tude, câest peu dire.
â Un bouton, mademoiselle, une piqĂ»re dâinsecte, une simple piqĂ»re qui a cru bon enfler, en guise dâallergie.
â Tu es sĂ»r ? Quel insecte ?
Il zoome au max sur la « petite boule ».
â Une fourmi. Une malheureuse fourmi en panique. Rien de mĂ©chant, donc, mademoiselle. Ne laissez pas troubler votre attention par cette vĂ©tille. La Centrale wallonne requiert toute votre concentration, vous le savez bien. Pensez Ă tous ces ĂȘtres qui dĂ©pendent de vous.
*
« Alerte, zone 4. Chute de pression du liquide des arÎmes opaques. »
Dina bondit, saisit la sacoche des urgences, enfile son casque, fonce Ă tĂȘte baissĂ©e jusquâau quatriĂšme sas. De lâeau sombre sâĂ©coule sur la paroi derriĂšre laquelle rĂšgne la matiĂšre grise. La gardienne dĂ©verrouille une trappe. Une gaine fendue ruisselle. La jeune femme asperge dâĂ©cume spongieuse la fissure aussitĂŽt colmatĂ©e par cette mousse qui se pĂ©trifie.
« Zone 4. Pression normale restaurĂ©e. Fin de lâalerte. PrĂ©voir remplacement de la gaine. »
Lâintervention sâavĂšre accomplie. Pleine rĂ©ussite. Dina pourrait ĂȘtre fiĂšre dâelle, jouir dâun vif soulagement. Son casque ĂŽtĂ©, la tension retombĂ©e, dans le silence protĂ©gĂ© par le bĂ©ton, elle se sent respirer. Mais mal. Elle referme la trappe, boucle la sacoche dâurgence. Non, ça ne va pas. Elle se plie en deux Ă cause dâun point de cĂŽtĂ©. Dâun mĂ©chant point de cĂŽtĂ©.
â Haroun ! Ă moi ! Serait-ce mon foie ? Mon pancrĂ©as ?
*
Dina, il est vrai, Ă©change peu avec ses parents. Depuis leur retraite, tous deux fusionnels, voguent dâune croisiĂšre Ă lâautre, entre le Pacifique et lâocĂ©an Indien. Tant son pĂšre que sa mĂšre souhaitent finir leur existence au cĆur de lâexotisme, loin de leur vieux monde qui a trop changĂ©. Leur fille rĂ©alise que ses coups de fil relient ses parents, contre leur grĂ©, Ă cet univers Ă leurs yeux dĂ©figurĂ©, auquel ils tentent Ă jamais dâĂ©chapper.
NâempĂȘche, quand elle ressasse leur Ă©loignement, bonjour la nausĂ©e, bonjour le mal amour ! Heureusement, elle ne manque pas de correspondants dâautant plus touchants quâelle leur manifeste une sincĂšre sollicitude. Toutefois, curieusement, ses contacts amicaux privilĂ©gient des proches qui traversent une dĂ©tresse sans horizon. Elle sâingĂ©nie Ă les aider ou tout au moins Ă les rĂ©conforter en partageant les affres de leurs Ă©preuves. Parfois, miracle, elle trouve mĂȘme une solution viable Ă leur problĂšme.
Ce matin, pendant sa pause Ă la Centrale, elle joint un pote quâelle sait au bord dâun grand changement. Ou pas.
â AllĂŽ ?... Damien, je tâentends. Tu te cogne le front contre le mur. Quâest-ce qui sâest passĂ© ?
â Câest terrible, Dina. Suis sĂ»r que jâai ratĂ© mon exa dâentrĂ©e. Mon rĂȘve dâenfance se crashe.
â Ho ! Attends, attends, tout doux ! Tu ignores les rĂ©sultats, non ?
â Câest vrai. NâempĂȘche, je les sens trop mal. Mon oral Ă©tait une cata. Je ramais dans mes rĂ©parties.
â Ramer nâest pas Ă©chouer. De loin pas, voyons ! Courage, Damien ! Patience. Quand sauras-tu si tu es reçu ?
â Depuis cinq minutes.
â Quoi ?
â Pas osĂ© ouvrir mon courriel. Le constat de mon Ă©chec me serait insupportable.
â Damien, Ă©coute-moi, je suis avec toi, quoi quâil tâarrive. Allez, allez, vas-y ! Ouvre !
Long silence. Puis un toussotement.
â Mais non⊠jeâŠ
â Tu es reçu, hein, vieux farceur ?
â Ben, je ne comprends pas. Il doit y avoir une erreur.
*
Alors quâHaroun nettoie la chambre de Dina, il dĂ©couvre un message auquel est attachĂ©e une sĂ©rie dâhologrammes oĂč, successivement, la jeune femme se montre vĂȘtue dâune robe verte, une bleue Ă pois blancs, une rouge dĂ©colletĂ©e.
â Haroun, tâes lĂ ? Impossible de me dĂ©cider. Laquelle tu prĂ©fĂšres ?
â Calculs en cours, mademoiselle.
Choisir pour la jeune femme, câest un calvaire. Ă chaque sĂ©lection, elle doute, faute de confiance en son jugement, par crainte de regretter par la suite ce quâelle a retenu comme le meilleur. Dans son malaise, elle se croit obligĂ©e de justifier la situation :
â La robe, câest pour accueillir Sam, Ă son retour du bout du monde. Je voudrais tant lui plaire, ne pas le dĂ©cevoir.
â Je vous saisis cinq sur cinq. Mais, selon mes donnĂ©es, je ne suis pas un fin connaisseur en robes de charme.
â Tu pourrais au moins me donner une rĂ©ponse. Ăa mâaiderait, tu le sais bien.
â Ă quoi bon une rĂ©ponse alĂ©atoire, sans aucune pertinence ?
â Aah, dĂ©cidĂ©ment, Haroun, tu ne mâaimes pas !
*
Appel sur la ligne prioritaire, depuis le poste 6 de la Centrale.
â Haroun ! Barre Ă lâestomac ! Dâurgence aux toilettes. Prends le relai de ma surveillance.
Dina ne laisse pas le choix. Elle plante ses Ă©crans. Haroun arrive Ă la rescousse, les patins Ă fond. Ă peine sur place, il observe une panne. Des icones Ă©carlates clignotent sur le panneau principal de contrĂŽle. LâandroĂŻde accĂ©lĂšre le balayage de ses data. Lâalerte exige de promptes mesures, mais le robot de compagnie nâest pas trĂšs au clair avec le fonctionnement de la sĂ©curitĂ©. Il nâa pas Ă©tĂ© Ă©tudiĂ© pour. Son rĂŽle dĂ©jĂ bien ingrat se limite Ă la bonne garde de la gardienne. Il se branche sur un service dâaide dâurgence pour exposer son affaire critique. De plus en plus dâalarmes sonores chahutent.
Dina, tout essoufflĂ©e, sa main sur lâestomac, finit par accourir.
â Quâest-ce que tu fiches, Haroun ? Câest lâexercice du mercredi. Une simulation dâincident.
Elle fait tourner une clĂ© dans un bloc cylindrique blanc. AussitĂŽt tout sâapaise sous le vaste dĂŽme.
â Heureusement quâon vous a, mademoiselle ! Que oui, la rĂ©gion vous doit tout !
*
Dina mĂąchouille un sandwich aux bananes et aux concombres improvisĂ© par son robot. Elle profite de lâheure de la collation pour relancer une amie souvent dĂ©semparĂ©e :
â Coucou, Johanna !
â âŠ
â HĂ©, quelle drĂŽle de tĂȘte ! Quâest-ce qui ne va pas ?
â Rien ne va plus, Dina. Comme au casino. Jâai tout perdu.
â Comment cela ?
â Adieu, mon mec, adieu, mon toit, adieu mon job. La totale, donc.
â Ouch, ma pauvre⊠(Elle rĂ©flĂ©chit.) Sais-tu quâil y a un point commun Ă ces trois piliers de la maturitĂ© ?
â Ah ?
â En cas de pertes, tous trois se retrouvent.
â Merci. Me voilĂ bien avancĂ©e.
â Johanna, ressaisis-toi. Tu nâas pas perdu ton avenir. Ces prochains lendemains, tu retrouveras Jules, logis, boulot.
â Je nâai pas ton Ă©lan. Je trĂŽne sur un trĂŽne dâemmerdes oĂč jâai perdu la face.
â La face, mais pas le visage. Nourris ta force Ă chercher un projet. LĂąche ta rancĆur. Fais pulser ton sang pour une cause digne de ta personne. Descends de ton « trĂŽne ». Pour enfourcher lâespĂ©rance.
AprÚs quelques autres réconforts de Diana, aprÚs enfin un sourire spontané de Johanna, les deux femmes se quittent avec la promesse de se reparler sous peu.
Haroun, qui a suivi les encouragements de mademoiselle, ne peut sâempĂȘcher de commenter :
â Comment vous qui ĂȘtes si tourmentĂ©e, vous pouvez supporter les tourments des autres ?
â Facile, cher robot. Dâabord, aider quelquâun, ça me sort de moi, de mon sort. Ensuite, rĂ©ussir Ă hisser quelquâun hors de sa fosse, ça hausse lâestime de soi. Lâanxieux en manque tellement !
*
â Haroun ! OĂč tâes ? Jâen peux plus, je mâinsupporte. Ăa me sur-stresse. Envie de vomir !
â Prenez un bol dâair hors du dĂŽme, mademoiselle. Rien de tel quâun vif footing dans le petit parc voisin.
Elle sort, encore tremblante. Le soleil caresse ses joues. La nature semble belle, tiĂšde, tempĂ©rĂ©e par une lĂ©gĂšre brise. Comment ne pas apprĂ©cier la mĂ©lodie de ces oiseaux dissimulĂ©s dans les hauts feuillages ? Au-dessus de sa tĂȘte, un merle siffle sa prĂ©sence, son chant bientĂŽt couvert par la sirĂšne lointaine dâun vĂ©hicule des forces de lâordre.
Dina sâengouffre dans le dĂŽme, suffoque, au bord de lâasphyxie.
â Haroun ?
*
Dina ne lĂąche jamais Haroun. Ă force de le pomper par ses suppliques, elle rend sa prĂ©sence une source de surchauffe. Lâair conditionnĂ© peine Ă se propager dans les circuits internes des logiciels directeurs de lâandroĂŻde. ParticuliĂšrement affectĂ©, son module verbal se met Ă dĂ©river. Le robot de compagnie commence Ă formuler avec difficultĂ©. Quel carambolage de vocables dans ses puces langagiĂšres ! DâoĂč tous ces mots quâil appelle et qui ne rĂ©pondent plusâŠ
De son cĂŽtĂ©, Dina crispe gravement, bien quâelle achĂšve sa tournĂ©e sous le dĂŽme. Certes, tous les indicateurs rayonnent au vert. Certes, la majoritĂ© des graphiques gagne en azur. Certes, rien ne dysfonctionne. Certes, tout appelle la sĂ©rĂ©nitĂ©, saufâŠ
â Haroun ! Haroun, quâest-ce que jâai sur lâĆil ?
Il la rejoint, sans rĂ©action. Câest que lâandroĂŻde ne trouve plus ses mots.
â Serait-ce une poussiĂšre, dis-moi, Haroun ? LĂ , sur lâĆil ?
Contre toute attente, il parvient à rétorquer :
â En effet, une paupiĂšre, mitouselle.
Ă lâĂ©vidence, le robot vient de se buter Ă sa formulation, prononçant un mot pour un autre. AgacĂ©e, Dina laisse Ă©chapper son impatience :
â Ah, non, vraiment, tu ne mâaides pas. Je le savais que je ne pourrais compter sur une machine. Vas-t-en !
La tĂȘte synthĂ©tique basse, il se retire Ă reculons jusquâĂ une chambre froide dans laquelle, lentement il sâĂ©teint. Selon ses derniĂšres prĂ©visions, il doit attendre quelques heures en mode hors service avant de se rebooster avec succĂšs.
Ă lâinfirmerie, Dina consulte un oculoscope. Examen Ă©clair. Diagnostic aisĂ©.
â Pourquoi vous vous maquillez ?
â Ăa me regarde, rĂ©plique-t-elle, offusquĂ©e.
Alors, une pince duveteuse enduite dâun gel stĂ©rile dĂ©colle de la cornĂ©e la particule de poudre Ă dĂ©rider.
*
Ăa fait longtemps que Dina nâappelle plus son androĂŻde de compagnie. Elle ignore mĂȘme oĂč il traĂźne. Pourtant, elle souffre dâune migraine carabinĂ©e. Tant pis, elle se replie vers sa chambre pour sây allonger Ă lâabri de la lumiĂšre. Or, en chemin, elle surprend Haroun recroquevillĂ© dans un coin de bĂ©ton.
Le robot vient de quitter sa longue mise en veilleuse. Ă voir sa mine (sur son visage) de cuivre, on jurerait que la venue inopinĂ©e de lâhumaine le trouble. NĂ©anmoins, il peut dĂ©sormais sâexprimer sans ambages ni confusion :
â Mademoiselle, quelle chance de vous voir !
Il se dĂ©vĂȘtit. Veste, gilet, chemise, nĆud papillon sur le carrelage, il ajoute :
â Un Ă©trange cliquetis mâobsĂšde.
â Pardon ? (Elle comprime dâune main sa tempe.)
â Sâil vous plaĂźt, ouvrez mon clapet. Ă gauche, sous lâaisselle.
ContrariĂ©e, en proie Ă des lancĂ©es cĂ©rĂ©brales, elle obtempĂšre quand mĂȘme.
â Tapez maintenant « contrĂŽle moniteur principal ».
Grinçant des molaires, elle sâexĂ©cute. Un crissement parcourt lâautomate de la tĂȘte aux pieds. Puis, plus rien.
â LĂšve-toi et marche ! lui ordonne-t-elle.
Il obĂ©it. AprĂšs quelques pas circulaires, dans le dos robotique sâenchaĂźnent des tintements mĂ©talliques qui rĂ©sonnent sous le dĂŽme.
â Est-ce grave, mademoiselle ? Vais-je devoir vous abandonner ? Abandonner le monde ? Rassurez-moi ! rassurez-moi !


