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RĂŽle ingrat | Robert Yessouroun | 2025

05/10/2025
Lu 414 fois



Portait d'une anxieuse sur laquelle veille son robot...



Photo © David Garrison www.pexels.com, libre d'utilisation
Photo © David Garrison www.pexels.com, libre d'utilisation
Aux grands anxieux
 
La Centrale extraordinaire est Ă©rigĂ©e au bord de la Sambre, prĂšs d’Auvelais, Ă  l’orĂ©e de Ham. Comment ne pas la reconnaĂźtre de loin, par la prestance de son double dĂŽme de volumes inĂ©gaux. Le plus petit abrite le gĂ©nĂ©rateur ultime. Celui-ci transforme les saveurs lourdes de la matiĂšre noire en Ă©nergie domestique. Sous la plus grande coupole scintille une ribambelle d’écrans, de tĂ©moins, de capteurs, autant de cadrans, d’aiguilles en repĂ©rage et autres boussoles. Chacune de leurs mesures rend palpables les mystĂšres physiques de cet espace aussi Ă©thĂ©rĂ© que vulnĂ©rable. Il va sans dire que la prĂ©cieuse source d’énergie assure la prospĂ©ritĂ© de l’ensemble de la Wallonie mais qu’une broutille suffirait pour paralyser la bienveillance de son activitĂ©.
Et pourtant, seulement une gardienne garantit chaque jour le bon fonctionnement des installations. Oui, en vertu de la loi sur la rĂ©gulation des services coordonnĂ©s par l’IA, un ĂȘtre humain unique doit chapeauter les systĂšmes automatiques qui gĂšrent ce lieu crucial.
Dina loge sur place, dans un bungalow qui relie les deux dĂŽmes. La voici qui manƓuvre une manette en vue de guider un cylindre de ravitaillement bourrĂ© de puissance brute. La trentenaire porte une longue combinaison blanche, avec, tel un capuchon repoussĂ© entre les omoplates, un casque flasque, flexible, avec sa visiĂšre molle. C’est sa seule sĂ©curitĂ© personnelle en cas d’avarie sĂ©vĂšre. Des patins Ă  roulettes laser assurent la vĂ©locitĂ© de ses dĂ©placements.
Quand elle a postulĂ© pour ce travail, elle n’a Ă©tĂ© gĂȘnĂ©e par aucun rival. Personne sinon elle n’avait Ă©tĂ© attirĂ© par cette mission qui fait peser sur les Ă©paules des responsabilitĂ©s difficilement soutenables : prĂ©server le bien-ĂȘtre de millions de rĂ©sidents rĂ©gionaux. Ce qui l’a finalement dĂ©cidĂ©e Ă  accepter cette charge oppressante ? Sam, son ami parti Ă  l’autre bout du monde pour un stage de coopĂ©ration avec les aborigĂšnes.
Du fait de cette solitude imposĂ©e, parfois pĂ©nible, sa hiĂ©rarchie a jugĂ© nĂ©cessaire d’affubler Dina d’un super-robot de compagnie. Son rĂŽle : veiller nuit et jour sur l’équilibre de la gardienne, Ă©quilibre parfois prĂ©caire, mais indispensable pour maintenir la prospĂ©ritĂ© de cette myriade d’ñmes wallonnes. La prĂ©sence d’un tel androĂŻde est d’autant plus heureuse qu’il n’est pas si rare que l’attention de Dina flanche, quand son regard n’est plus accaparĂ© par les complexes manipulations de contrĂŽle. Ainsi, dĂšs que la jeune femme se relĂąche :
‑ Haroun ! (Elle postillonne son micro.)
 
*
 
Cet Haroun, quelle belle allure, en costume trois piĂšces, avec son nƓud papillon d’Écosse ! Du haut de ses un mĂštre 96 (comme le gĂ©nĂ©ral de Gaule), il impressionne par son visage cuivrĂ©, ses prunelles jade, son nez grec, ses lĂšvres gourmandes. Quand il Ă©coute, il rassĂ©rĂšne par un lĂ©ger ronron fĂ©lin. Ce modĂšle n’obĂ©it qu’à un seul ordre suprĂȘme : s’accommoder.
À l’appel de son nom, il abandonne dans la kitchenette du bungalow la prĂ©paration d’une salade mexicaine pour mademoiselle. Une lavette encore sur l’épaule, il accĂ©lĂšre sur ses semelles magnĂ©tiques.
‑ Haroun, enfin ! Rassure-moi. Jette un Ɠil sur ma nuque. C’est quoi, cette petite boule ?
Comme d’habitude, le premier mouvement de l’androĂŻde serait de mĂ©nager sa protĂ©gĂ©e. Mais aprĂšs moult calculs, dans un second temps, il conclut que s’il minimisait la source du souci, mademoiselle le suspecterait de lui voiler la vĂ©ritĂ©, elle se sentirait trompĂ©e, elle qui dĂ©sire tant ĂȘtre reconnue, aimĂ©e sans dĂ©tour. Finalement, il opte pour un petit mĂ©lo juste diluĂ©.
‑ En effet, je vous comprends, cela peut paraĂźtre vilain, prĂȘte Ă  penser au pire. Par chance, selon mes donnĂ©es, il ne s’agit point d’une excroissance cancĂ©reuse. Ouf, n’est-ce pas ?
‑ C’est quoi, alors ?
Dire que Dina Ă©tait nĂ©e sous la lune de l’inquiĂ©tude, c’est peu dire.
‑ Un bouton, mademoiselle, une piqĂ»re d’insecte, une simple piqĂ»re qui a cru bon enfler, en guise d’allergie.
‑ Tu es sĂ»r ? Quel insecte ?
Il zoome au max sur la « petite boule Â».
‑ Une fourmi. Une malheureuse fourmi en panique. Rien de mĂ©chant, donc, mademoiselle. Ne laissez pas troubler votre attention par cette vĂ©tille. La Centrale wallonne requiert toute votre concentration, vous le savez bien. Pensez Ă  tous ces ĂȘtres qui dĂ©pendent de vous.
 
*
 
« Alerte, zone 4. Chute de pression du liquide des arĂŽmes opaques. Â»
Dina bondit, saisit la sacoche des urgences, enfile son casque, fonce Ă  tĂȘte baissĂ©e jusqu’au quatriĂšme sas. De l’eau sombre s’écoule sur la paroi derriĂšre laquelle rĂšgne la matiĂšre grise. La gardienne dĂ©verrouille une trappe. Une gaine fendue ruisselle. La jeune femme asperge d’écume spongieuse la fissure aussitĂŽt colmatĂ©e par cette mousse qui se pĂ©trifie.
« Zone 4. Pression normale restaurĂ©e. Fin de l’alerte. PrĂ©voir remplacement de la gaine. Â»
L’intervention s’avĂšre accomplie. Pleine rĂ©ussite. Dina pourrait ĂȘtre fiĂšre d’elle, jouir d’un vif soulagement. Son casque ĂŽtĂ©, la tension retombĂ©e, dans le silence protĂ©gĂ© par le bĂ©ton, elle se sent respirer. Mais mal. Elle referme la trappe, boucle la sacoche d’urgence. Non, ça ne va pas. Elle se plie en deux Ă  cause d’un point de cĂŽtĂ©. D’un mĂ©chant point de cĂŽtĂ©.
‑ Haroun ! À moi ! Serait-ce mon foie ? Mon pancrĂ©as ?
 
*
 
Dina, il est vrai, Ă©change peu avec ses parents. Depuis leur retraite, tous deux fusionnels, voguent d’une croisiĂšre Ă  l’autre, entre le Pacifique et l’ocĂ©an Indien. Tant son pĂšre que sa mĂšre souhaitent finir leur existence au cƓur de l’exotisme, loin de leur vieux monde qui a trop changĂ©. Leur fille rĂ©alise que ses coups de fil relient ses parents, contre leur grĂ©, Ă  cet univers Ă  leurs yeux dĂ©figurĂ©, auquel ils tentent Ă  jamais d’échapper.  
N’empĂȘche, quand elle ressasse leur Ă©loignement, bonjour la nausĂ©e, bonjour le mal amour ! Heureusement, elle ne manque pas de correspondants d’autant plus touchants qu’elle leur manifeste une sincĂšre sollicitude. Toutefois, curieusement, ses contacts amicaux privilĂ©gient des proches qui traversent une dĂ©tresse sans horizon. Elle s’ingĂ©nie Ă  les aider ou tout au moins Ă  les rĂ©conforter en partageant les affres de leurs Ă©preuves. Parfois, miracle, elle trouve mĂȘme une solution viable Ă  leur problĂšme.
Ce matin, pendant sa pause à la Centrale, elle joint un pote qu’elle sait au bord d’un grand changement. Ou pas.
‑ AllĂŽ ?... Damien, je t’entends. Tu te cogne le front contre le mur. Qu’est-ce qui s’est passĂ© ?
‑ C’est terrible, Dina. Suis sĂ»r que j’ai ratĂ© mon exa d’entrĂ©e. Mon rĂȘve d’enfance se crashe.
‑ Ho ! Attends, attends, tout doux ! Tu ignores les rĂ©sultats, non ?
‑ C’est vrai. N’empĂȘche, je les sens trop mal. Mon oral Ă©tait une cata. Je ramais dans mes rĂ©parties.
‑ Ramer n’est pas Ă©chouer. De loin pas, voyons ! Courage, Damien ! Patience. Quand sauras-tu si tu es reçu ?
‑ Depuis cinq minutes.
‑ Quoi ?
‑ Pas osĂ© ouvrir mon courriel. Le constat de mon Ă©chec me serait insupportable.
‑ Damien, Ă©coute-moi, je suis avec toi, quoi qu’il t’arrive. Allez, allez, vas-y ! Ouvre !
Long silence. Puis un toussotement.
‑ Mais non
 je

‑ Tu es reçu, hein, vieux farceur ?
‑ Ben, je ne comprends pas. Il doit y avoir une erreur.
 
*
 
Alors qu’Haroun nettoie la chambre de Dina, il dĂ©couvre un message auquel est attachĂ©e une sĂ©rie d’hologrammes oĂč, successivement, la jeune femme se montre vĂȘtue d’une robe verte, une bleue Ă  pois blancs, une rouge dĂ©colletĂ©e.
‑ Haroun, t’es lĂ  ? Impossible de me dĂ©cider. Laquelle tu prĂ©fĂšres ?
‑ Calculs en cours, mademoiselle.
Choisir pour la jeune femme, c’est un calvaire. À chaque sĂ©lection, elle doute, faute de confiance en son jugement, par crainte de regretter par la suite ce qu’elle a retenu comme le meilleur. Dans son malaise, elle se croit obligĂ©e de justifier la situation :
‑ La robe, c’est pour accueillir Sam, Ă  son retour du bout du monde. Je voudrais tant lui plaire, ne pas le dĂ©cevoir.
‑ Je vous saisis cinq sur cinq. Mais, selon mes donnĂ©es, je ne suis pas un fin connaisseur en robes de charme.
‑ Tu pourrais au moins me donner une rĂ©ponse. Ça m’aiderait, tu le sais bien.
‑ Ă€ quoi bon une rĂ©ponse alĂ©atoire, sans aucune pertinence ?
‑ Aah, dĂ©cidĂ©ment, Haroun, tu ne m’aimes pas !
 
*
 
Appel sur la ligne prioritaire, depuis le poste 6 de la Centrale.
‑ Haroun ! Barre Ă  l’estomac ! D’urgence aux toilettes. Prends le relai de ma surveillance.
Dina ne laisse pas le choix. Elle plante ses Ă©crans. Haroun arrive Ă  la rescousse, les patins Ă  fond. À peine sur place, il observe une panne. Des icones Ă©carlates clignotent sur le panneau principal de contrĂŽle. L’androĂŻde accĂ©lĂšre le balayage de ses data. L’alerte exige de promptes mesures, mais le robot de compagnie n’est pas trĂšs au clair avec le fonctionnement de la sĂ©curitĂ©. Il n’a pas Ă©tĂ© Ă©tudiĂ© pour. Son rĂŽle dĂ©jĂ  bien ingrat se limite Ă  la bonne garde de la gardienne. Il se branche sur un service d’aide d’urgence pour exposer son affaire critique. De plus en plus d’alarmes sonores chahutent.
Dina, tout essoufflĂ©e, sa main sur l’estomac, finit par accourir.
‑ Qu’est-ce que tu fiches, Haroun ? C’est l’exercice du mercredi. Une simulation d’incident.
Elle fait tourner une clĂ© dans un bloc cylindrique blanc. AussitĂŽt tout s’apaise sous le vaste dĂŽme.
‑ Heureusement qu’on vous a, mademoiselle ! Que oui, la rĂ©gion vous doit tout !
 
*
 
Dina mĂąchouille un sandwich aux bananes et aux concombres improvisĂ© par son robot. Elle profite de l’heure de la collation pour relancer une amie souvent dĂ©semparĂ©e :
‑ Coucou, Johanna !
‑ â€Š
‑ HĂ©, quelle drĂŽle de tĂȘte ! Qu’est-ce qui ne va pas ?
‑ Rien ne va plus, Dina. Comme au casino. J’ai tout perdu.
‑ Comment cela ?
‑ Adieu, mon mec, adieu, mon toit, adieu mon job. La totale, donc.
‑ Ouch, ma pauvre
 (Elle rĂ©flĂ©chit.) Sais-tu qu’il y a un point commun Ă  ces trois piliers de la maturitĂ© ?
‑ Ah ?
‑ En cas de pertes, tous trois se retrouvent.
‑ Merci. Me voilĂ  bien avancĂ©e.
‑ Johanna, ressaisis-toi. Tu n’as pas perdu ton avenir. Ces prochains lendemains, tu retrouveras Jules, logis, boulot.
‑ Je n’ai pas ton Ă©lan. Je trĂŽne sur un trĂŽne d’emmerdes oĂč j’ai perdu la face.
‑ La face, mais pas le visage. Nourris ta force Ă  chercher un projet. LĂąche ta rancƓur. Fais pulser ton sang pour une cause digne de ta personne. Descends de ton « trĂŽne Â». Pour enfourcher l’espĂ©rance.
AprÚs quelques autres réconforts de Diana, aprÚs enfin un sourire spontané de Johanna, les deux femmes se quittent avec la promesse de se reparler sous peu.
Haroun, qui a suivi les encouragements de mademoiselle, ne peut s’empĂȘcher de commenter :
‑ Comment vous qui ĂȘtes si tourmentĂ©e, vous pouvez supporter les tourments des autres ?
‑ Facile, cher robot. D’abord, aider quelqu’un, ça me sort de moi, de mon sort. Ensuite, rĂ©ussir Ă  hisser quelqu’un hors de sa fosse, ça hausse l’estime de soi. L’anxieux en manque tellement !
 
*
 
‑ Haroun ! OĂč t’es ? J’en peux plus, je m’insupporte. Ça me sur-stresse. Envie de vomir !
‑ Prenez un bol d’air hors du dĂŽme, mademoiselle. Rien de tel qu’un vif footing dans le petit parc voisin.
Elle sort, encore tremblante. Le soleil caresse ses joues. La nature semble belle, tiĂšde, tempĂ©rĂ©e par une lĂ©gĂšre brise. Comment ne pas apprĂ©cier la mĂ©lodie de ces oiseaux dissimulĂ©s dans les hauts feuillages ? Au-dessus de sa tĂȘte, un merle siffle sa prĂ©sence, son chant bientĂŽt couvert par la sirĂšne lointaine d’un vĂ©hicule des forces de l’ordre.
Dina s’engouffre dans le dîme, suffoque, au bord de l’asphyxie.
‑ Haroun ?
 
*
 
Dina ne lĂąche jamais Haroun. À force de le pomper par ses suppliques, elle rend sa prĂ©sence une source de surchauffe. L’air conditionnĂ© peine Ă  se propager dans les circuits internes des logiciels directeurs de l’androĂŻde. ParticuliĂšrement affectĂ©, son module verbal se met Ă  dĂ©river. Le robot de compagnie commence Ă  formuler avec difficultĂ©. Quel carambolage de vocables dans ses puces langagiĂšres ! D’oĂč tous ces mots qu’il appelle et qui ne rĂ©pondent plus

De son cĂŽtĂ©, Dina crispe gravement, bien qu’elle achĂšve sa tournĂ©e sous le dĂŽme. Certes, tous les indicateurs rayonnent au vert. Certes, la majoritĂ© des graphiques gagne en azur. Certes, rien ne dysfonctionne. Certes, tout appelle la sĂ©rĂ©nitĂ©, sauf

‑ Haroun ! Haroun, qu’est-ce que j’ai sur l’Ɠil ?
Il la rejoint, sans rĂ©action. C’est que l’androĂŻde ne trouve plus ses mots.
‑ Serait-ce une poussiĂšre, dis-moi, Haroun ? LĂ , sur l’Ɠil ?
Contre toute attente, il parvient Ă  rĂ©torquer :
‑ En effet, une paupiĂšre, mitouselle.
À l’évidence, le robot vient de se buter Ă  sa formulation, prononçant un mot pour un autre. AgacĂ©e, Dina laisse Ă©chapper son impatience :
‑ Ah, non, vraiment, tu ne m’aides pas. Je le savais que je ne pourrais compter sur une machine. Vas-t-en !
La tĂȘte synthĂ©tique basse, il se retire Ă  reculons jusqu’à une chambre froide dans laquelle, lentement il s’éteint. Selon ses derniĂšres prĂ©visions, il doit attendre quelques heures en mode hors service avant de se rebooster avec succĂšs.
À l’infirmerie, Dina consulte un oculoscope. Examen Ă©clair. Diagnostic aisĂ©.
‑ Pourquoi vous vous maquillez ?
‑ Ă‡a me regarde, rĂ©plique-t-elle, offusquĂ©e.
Alors, une pince duveteuse enduite d’un gel stĂ©rile dĂ©colle de la cornĂ©e la particule de poudre Ă  dĂ©rider.
 
*
 
Ça fait longtemps que Dina n’appelle plus son androĂŻde de compagnie. Elle ignore mĂȘme oĂč il traĂźne. Pourtant, elle souffre d’une migraine carabinĂ©e. Tant pis, elle se replie vers sa chambre pour s’y allonger Ă  l’abri de la lumiĂšre. Or, en chemin, elle surprend Haroun recroquevillĂ© dans un coin de bĂ©ton.
Le robot vient de quitter sa longue mise en veilleuse. À voir sa mine (sur son visage) de cuivre, on jurerait que la venue inopinĂ©e de l’humaine le trouble. NĂ©anmoins, il peut dĂ©sormais s’exprimer sans ambages ni confusion :
‑ Mademoiselle, quelle chance de vous voir !
Il se dĂ©vĂȘtit. Veste, gilet, chemise, nƓud papillon sur le carrelage, il ajoute :
‑ Un Ă©trange cliquetis m’obsĂšde.
‑ Pardon ? (Elle comprime d’une main sa tempe.)
‑ S’il vous plaĂźt, ouvrez mon clapet. À gauche, sous l’aisselle.
ContrariĂ©e, en proie Ă  des lancĂ©es cĂ©rĂ©brales, elle obtempĂšre quand mĂȘme.
‑ Tapez maintenant « contrĂŽle moniteur principal Â».
Grinçant des molaires, elle s’exĂ©cute. Un crissement parcourt l’automate de la tĂȘte aux pieds. Puis, plus rien.
‑ LĂšve-toi et marche ! lui ordonne-t-elle.
Il obĂ©it. AprĂšs quelques pas circulaires, dans le dos robotique s’enchaĂźnent des tintements mĂ©talliques qui rĂ©sonnent sous le dĂŽme.
‑ Est-ce grave, mademoiselle ? Vais-je devoir vous abandonner ? Abandonner le monde ? Rassurez-moi ! rassurez-moi !

Robert Yessouroun
Copyright © Robert Yessouroun pour Le Galion des Etoiles. Tous droits réservés. En savoir plus sur cet auteur


💬Commentaires

1.Posté par Koyolite TSEILA le 05/10/2025 14:44 | Alerter
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KoyoliteTseila
Face Ă  un systĂšme vital logĂ© au cƓur d’une centrale, des responsabilitĂ©s Ă©crasantes pĂšsent sur les Ă©paules de sa gardienne, Dina. Dans cet endroit - et mĂȘme dans ce monde - Ă  la pointe de la technologie, la jeune femme souffre de solitude et d’anxiĂ©tĂ©. Son robot de compagnie, Haroun, est programmĂ© pour veiller sur elle et son bien-ĂȘtre. NĂ©anmoins, avec le temps, il finit par dysfonctionner Ă  cause des sollicitations constantes de sa patronne. Un ĂȘtre humain, une machine, tous deux avec leur fragilitĂ© et leurs limites mutuelles. Un texte tout en nuances, fort intĂ©ressant. Merci Robert !

2.Posté par Michel MAILLOT le 05/10/2025 21:35 | Alerter
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mmaillot
Est-ce que le syndrome dĂ©pressif ou l'hypocondrie sont contagieux ? Ce qui est certain, c'est que la rĂ©pĂ©tition des appels de dĂ©tresse a fini par sacrĂ©ment perturber Haroun. Devoir en plus des sautes d'humeur presque gĂ©rer la centrale a eu raison de sa propre santĂ© mentale. La remise Ă  zĂ©ro, le reboot salvateur, devrait remettre les pendules internes Ă  l'heure. HĂ©las, une certaine forme de fusion semble s'opĂ©rer entre les deux ĂȘtres, qui risquent fort de partager leur nĂ©vrose. Pourvu que la Wallonie n'en paie pas l'addition Ă  l'arrivĂ©e !

Bravo Robert pour cette nouvelle fable du futur. Elle explore les méandres diablement compliqués de l'esprit humain et des conséquences problématiques sur celui des synthétiques, dont la logique est souvent soumise à rude épreuve.

3.Posté par Erwelyn CULTURE MARTIENNE le 06/10/2025 08:28 | Alerter
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erwelyn
Eh oui, nos robots vont s'humaniser de plus en plus. Il va falloir prĂȘter attention Ă  leurs propres angoisses. Peut-on imaginer des psys pour les robots, des cures de repos pour ceux dont le reboot n'est mĂȘme plus possible, des asiles pour cas dĂ©sespĂ©rĂ©s ? La tentation de projeter voire de dĂ©verser sur ces machines nos peurs et nos fantasmes, sera de plus en plus grande. Merci pour cette nouvelle Robert. Elle est trĂšs fine.

4.PostĂ© par Éric MARIE le 06/10/2025 11:47 | Alerter
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ATRAVERSLESPACE
Laisser le sort de la Wallonie entre les mains d’une seule personne, voilĂ  un choix bien risquĂ©. Il ne faut pas mettre tous ses Ɠufs dans le mĂȘme panier, surtout si le panier affiche de profondes fĂȘlures.
Dina, Ă©crasĂ©e par sa charge, ne peut compter que sur le soutien psychologique d’Haroun, Robot urgentiste du corps et de l’ñme, mais pour combien de temps ?
Encore une excellente fable de Robert Yessouroun. Faudra-t-il un jour des Drs Susan Calvin pour sauver les robots en dĂ©tresse ? L’avenir le dira.

5.Posté par Christobal COLUMBUS le 06/11/2025 10:06 | Alerter
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ChristoColumbus
Je constate que notre centrale wallonne du futur ne sera pas non plus Ă©pargnĂ©e par les fissures (tel que nos centrales actuelles pour la rĂ©fĂ©rence) 😂
Ce robot trĂšs sollicitĂ© me fait un peu penser Ă  nos ordinateurs et surtout nos smartphones. Ne doit-on pas les arrĂȘter et redĂ©marrer de temps en temps pour qu'ils puissent remettre tout en place et Ă©viter les bugs ?
Et il arrive à un moment qu'ils se retrouvent malgré tout au bout du rouleau...
Merci Robert pour cette histoire et (Ă©tant dans le domaine Ă©lectrique 😉) j'ai bien aimĂ© le contexte de cette futur alimentation wallonne.

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