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Lilas noir | Gemme | 2019


Un article ajouté/rédigé par | 26/04/2023 | Lu 246 fois




Lilas noir @ 2019 éditions Rivière Blanche | Illustration de couverture @ Mike Hoffman
Lilas noir @ 2019 éditions Rivière Blanche | Illustration de couverture @ Mike Hoffman

Illustration et quatrième de couverture

« On a trouvé des fibres végétales noires suffisamment grosses pour qu’on les reconnaisse à l’œil nu, et cette branche de fleur, là, on dirait du lilas, mais noir. »
 
Quelques semaines après sa mutation, à deux ans de la retraite, au commissariat de Neuilly, en raison de sa grande probité, pour remplacer le Commissaire Devereau, un peu trop conciliant avec la haute société neuilléenne et les amis de l’ancien maire, Sandre se retrouve, le midi du premier janvier deux mille quatorze, sur une scène de crime peu banale qui va l’entraîner dans une enquête pour meurtres en série qui, entre pressions et impasse, va lui coûter sa santé.
 
Gemme, presque quinqua à l’imagination débordante, vit en Région Parisienne, entre un mari adorable et dévoué, Loulou, et un chat tyran domestique, Myrddyn. Passionnée d’Histoire, d’histoires, de mythologie, de littératures de l’imaginaire et avec un goût certain pour le thriller et le polar, elle signe ici son premier roman terminé (le terminé est essentiel, en l’occurrence). Elle hante depuis bientôt quinze ans les festivals essentiels de la SFFF.

Fiche de lecture

Ce premier roman de Gemme nous entraîne dans une étrange histoire mêlant intimement policier et fantastique. Étrange parce que cet opus fait partie de la collection noire et nous plonge dans un double drame où les morts, nombreuses, mystérieuses et fort horribles, se succèdent à folle vitesse. Étrange parce que, malgré cela, cette fiction est une ode à la vie, à la résilience et à l’espoir de revivre pour celle qui a tant souffert et enduré. Et c’est là une grande force de ce roman qui nous présente trois fils narratifs soigneusement intriqués, tout en taillant de larges croupières à ceux qui, hélas, existent dans nos sociétés soi-disant modernes.
 
Le premier de ces fils est le drame puis la renaissance et enfin la victoire (psychologique autant qu'humaine) de Lyla Martin, qui, jeune et belle fleuriste, a été trompée puis abusée par celui qu’elle croyait être son « petit ami » et qui s’est servi d’elle pour la « jeter en pâture » dans un viol collectif. Heureusement, aidée par la doctoresse Ariane Pelletier qui lui permettra de s’en sortir moralement puis par Lorenn Lassair, directrice et créatrice de mode, qui fera d’elle son égérie.

Le second est l’enquête policière qui va débuter quelques années plus tard alors qu’est assassiné l’un des membres de cet acte envers lequel je n’aurais pas de mots assez durs sauf à devenir grossier. Le commissaire Sandre, épaulé par son adjoint Adrien Brecourt, va se retrouver confronté à ce qui se révélera une véritable tuerie puisque vont ainsi mourir un à un ces violeurs et ceux qui les ont protégés lors d’une parodie de procès que les très riches parents de ces jeunes ont achetée. L’affaire est ardue, car chaque trépassé se trouvait seul dans une pièce fermée à clef de l’intérieur, sans aucun témoin qu’il soit oculaire ou auditif. Et le mystère, bien qu’il ne se passe pas dans une chambre jaune, est total puisqu'à chaque fois un lilas noir est enfoncé dans la gorge de la victime.

Le troisième et dernier fil est tout en filigrane, une ronce rouge fort chargée d’épines qui taille çà et là dans notre société où les riches et ultra-riches se permettent tout, où la politique se mêle de tout jusqu'à tenter d’influencer procès et enquête, mais un fil qui pique aussi certains milieux de la mode où le squelette est plus valorisé que la femme réelle. Loin d’être gratuites, ces épines sont associées dans ces mêmes filigranes à l’autre plateau de la balance ; il nous offre ainsi de découvrir l’intégrité de Sandre et Brécourt, le féminisme pragmatique de Lorenn qui n’hésite pas à aller à contre-courant en prenant la voluptueuse Lyla comme égérie, et d’autres aspects agréablement positifs.
 
Bien sûr, l’autrice ne se perd pas dans ces divers méandres et n’oublie pas qu’il s’agit d’une enquête. Elle nous livre tout ce que nécessite une telle procédure avec quelques fausses pistes, des indices troublants, plusieurs indications indispensables, bien que nous laissant aussi perplexes que les policiers. Bref, elle n’oublie rien de ce qui permet de nous emmener jusqu’au bout de cette histoire dont la fin – non, désolé, je ne spoilerai pas – ne vous fera pas vous exclamer « Bon sang, mais c’est bien sûr », mais au contraire « Flûte alors, je ne l’avais pas vu venir celle-là », et ce même en rassemblant tous les détails révélateurs qu’elle sème de ci de là.
 
Au final, alors qu’on estimerait logique d’avoir une œuvre très sombre au vu du sujet traité (d’une part le viol collectif, d’autre part la vengeance sadique qui s’ensuit), l’autrice nous offre un texte chargé d’optimisme grâce à Lyla elle-même et tout ce qu’elle lui fait véhiculer, et ce jusqu'à la dernière page. Un bémol ? Difficile d’en trouver, allez, je vais jouer à chipoter et en sortir un du chapeau : peut-être aurait-il été plus réaliste que les policiers usent de leur jargon et soient du coup moins policés (tant pis, mais même pas honte : j’ai osé jouer sur les mots).
 
Si vous aimez les policiers, le fantastique, les affaires de société et de mœurs, si vous avez la conscience qui vous titille et qui vous pousse à la révolte face à ces dernières, vous avez tout en main avec ce roman. Et si vous n’avez pas assez ou pas encore conscience ou pas assez de révolte envers ce qui se passe dans nos sociétés, voici de quoi vous pousser à mieux y réfléchir.

Quant au positif et à l’espoir que véhicule ce conte moderne, il m’a fait penser au poème d’Aragon que chantait Jean Ferrat, et plus particulièrement à ces deux vers :
…dans cet enfer moderne
Où l’homme ne sait plus ce que c’est qu’être deux

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JC Gapdy
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