QuatriĂšme de couverture
LâArgo Ă©tait dans un Ă©tat dĂ©plorable. La voile dĂ©chirĂ©e pendait du mĂąt comme un linceul, tachetĂ©e de moisissures. Le bastingage, Ă©clatĂ© par la tempĂȘte, pourrissait sur place. La coque Ă©tait verdie, couverte dâalgues et de berniques.
Grinçant dans la houle, les amarres élimées pouvaient céder au prochain gros temps. La galÚre tombait en morceaux, abandonnée, semblait-il, depuis plusieurs hivers. Seuls les grands yeux peints de chaque cÎté de la proue gardaient leur vif et leur éclat.
Pétrifié, Jason crut y lire une lueur accusatrice.
Grinçant dans la houle, les amarres élimées pouvaient céder au prochain gros temps. La galÚre tombait en morceaux, abandonnée, semblait-il, depuis plusieurs hivers. Seuls les grands yeux peints de chaque cÎté de la proue gardaient leur vif et leur éclat.
Pétrifié, Jason crut y lire une lueur accusatrice.
Fiche de lecture
Les Fileurs de Temps oĂč quand un auteur revisite les mythes de Jason et des Argonautes, en jouant sur les rĂ©fĂ©rences dâIsaac Newton : The Chronology of Ancient Kingdoms Amended paru aprĂšs sa mort en 1728 [donc la mort dâIsaac, pas de celle de Thomas qui a le temps de laisser filer le temps, merci de suivre].
Dans cette Ćuvre ancienne, Newton explique que les hĂ©ros argonautes sont liĂ©s aux constellations (principalement de lâhĂ©misphĂšre nord), ce que reprend lâauteur Ă sa façon.
Dans cet opus « quinze-cent-quinzien », lâauteur nous offre des personnages membres, chacun, dâun peuple dont les rĂ©fĂ©rences se retrouvent dans lesdites constellations : BĂ©lier pour Jason, Taureau, Sagittaire, Capricorne, Lion, etc., et arborant les attributs physiques de chacun de ces animaux mythiques (cornes, criniĂšre, etc.).
Nous voici embarquĂ©s Ă bord de lâArgo, navire ou plutĂŽt quasi-Ă©pave, et donc en piteux Ă©tat, volĂ© qui plus est. Nous voici accompagnant Jason et une Ă©quipe de brigands, formĂ©e dâautant de bras cassĂ©s que de personnages et fuyant sur les mers du temps et de lâunivers, leur monde dâorigine et leur dĂ©pendance envers les « Tisserands ».
Si Crisse avait revisitĂ© les lĂ©gendes « jasonnienes » en BD avec son Atalante, Thomas Fouchault le fait dâune façon tout aussi imaginĂ©e et fantastique, voire fantasque.
Câest dur, brutal, sanglant mĂȘme â et ce dĂšs la premiĂšre phrase puisquâon dĂ©pĂšce et dĂ©membre⊠il est vrai quâon ne rĂ©cupĂšre pas la Toison dâor en Ă©tant un enfant de chĆur, et puis il faut dire que rien nâĂ©tait trĂšs rose chez les Grecs â et surtout trĂšs original. Pindare et Apollonios de Rhodes peuvent se faire du souci : ils ont trouvĂ© encore plus folle Ă©popĂ©e que celle quâils Ă©crivirent.
Quoi que court â principe des parutions chez 1115 â le texte, sâil surprend au premier chapitre, devient vite entraĂźnant, mĂȘlant au mythe initial, les constellations et un univers oĂč la beautĂ© peut se transformer en laideur extrĂȘme autant que celle-ci peut prĂ©senter le plus bel Ă©clat. Jâavoue quâune fois ce petit texte reposĂ© dans ma bibliothĂšque [Ă©tagĂšre spĂ©ciale 1115 pour le format], je me dis quâil mĂ©riterait de paraĂźtre sous forme de BD tant tout est dĂ©crit avec suffisamment de dĂ©tails pour que lâon puisse imaginer la plage oĂč sâest Ă©chouĂ©e la monĂšre [nâoubliez pas quâelle parle, car elle est magique, sa carcasse Ă©tant faite avec du bois sacrĂ© de lâoracle de Dodone], la falaise qui en bloque lâaccĂšs, ce verger sublime sâenlaidissant soudain ou les Dioscures eux-mĂȘmes. Si un jour cela arrive, je cours me saisir de cette BD. Au final, un roman court idĂ©al pour qui aime les mythes reconstruits et les textes ciselĂ©s, les personnages et les situations atypiques.
Un bĂ©mol ? Oui. Enfin, non⊠juste un amusement qui prĂȘte Ă sourire.
Car câest une habitude et une signature chez 1115 : son Ă©diteur a un « petit fond sadique », car, comme dans Les Jardins du Feu et du Vide de Nicolas Le Breton, des calligrammes dessinant les constellations de lâhistoire prĂ©cĂšdent les chapitres dont les titres sont les symboles dâautres constellations. Mais il sera beaucoup pardonnĂ©, car il choisit toujours des textes excellents. Et puis la vĂ©ritĂ© ne sera connue quâĂ la toute finâŠ
Dans cette Ćuvre ancienne, Newton explique que les hĂ©ros argonautes sont liĂ©s aux constellations (principalement de lâhĂ©misphĂšre nord), ce que reprend lâauteur Ă sa façon.
Dans cet opus « quinze-cent-quinzien », lâauteur nous offre des personnages membres, chacun, dâun peuple dont les rĂ©fĂ©rences se retrouvent dans lesdites constellations : BĂ©lier pour Jason, Taureau, Sagittaire, Capricorne, Lion, etc., et arborant les attributs physiques de chacun de ces animaux mythiques (cornes, criniĂšre, etc.).
Nous voici embarquĂ©s Ă bord de lâArgo, navire ou plutĂŽt quasi-Ă©pave, et donc en piteux Ă©tat, volĂ© qui plus est. Nous voici accompagnant Jason et une Ă©quipe de brigands, formĂ©e dâautant de bras cassĂ©s que de personnages et fuyant sur les mers du temps et de lâunivers, leur monde dâorigine et leur dĂ©pendance envers les « Tisserands ».
Si Crisse avait revisitĂ© les lĂ©gendes « jasonnienes » en BD avec son Atalante, Thomas Fouchault le fait dâune façon tout aussi imaginĂ©e et fantastique, voire fantasque.
Câest dur, brutal, sanglant mĂȘme â et ce dĂšs la premiĂšre phrase puisquâon dĂ©pĂšce et dĂ©membre⊠il est vrai quâon ne rĂ©cupĂšre pas la Toison dâor en Ă©tant un enfant de chĆur, et puis il faut dire que rien nâĂ©tait trĂšs rose chez les Grecs â et surtout trĂšs original. Pindare et Apollonios de Rhodes peuvent se faire du souci : ils ont trouvĂ© encore plus folle Ă©popĂ©e que celle quâils Ă©crivirent.
Quoi que court â principe des parutions chez 1115 â le texte, sâil surprend au premier chapitre, devient vite entraĂźnant, mĂȘlant au mythe initial, les constellations et un univers oĂč la beautĂ© peut se transformer en laideur extrĂȘme autant que celle-ci peut prĂ©senter le plus bel Ă©clat. Jâavoue quâune fois ce petit texte reposĂ© dans ma bibliothĂšque [Ă©tagĂšre spĂ©ciale 1115 pour le format], je me dis quâil mĂ©riterait de paraĂźtre sous forme de BD tant tout est dĂ©crit avec suffisamment de dĂ©tails pour que lâon puisse imaginer la plage oĂč sâest Ă©chouĂ©e la monĂšre [nâoubliez pas quâelle parle, car elle est magique, sa carcasse Ă©tant faite avec du bois sacrĂ© de lâoracle de Dodone], la falaise qui en bloque lâaccĂšs, ce verger sublime sâenlaidissant soudain ou les Dioscures eux-mĂȘmes. Si un jour cela arrive, je cours me saisir de cette BD. Au final, un roman court idĂ©al pour qui aime les mythes reconstruits et les textes ciselĂ©s, les personnages et les situations atypiques.
Un bĂ©mol ? Oui. Enfin, non⊠juste un amusement qui prĂȘte Ă sourire.
Car câest une habitude et une signature chez 1115 : son Ă©diteur a un « petit fond sadique », car, comme dans Les Jardins du Feu et du Vide de Nicolas Le Breton, des calligrammes dessinant les constellations de lâhistoire prĂ©cĂšdent les chapitres dont les titres sont les symboles dâautres constellations. Mais il sera beaucoup pardonnĂ©, car il choisit toujours des textes excellents. Et puis la vĂ©ritĂ© ne sera connue quâĂ la toute finâŠ
Page 85 â Les GĂ©meaux (Castor et Pollux, les Dioscures)
Chapitre 1 - Bélier

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