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Le sens de l'inexistence | Robert Yessouroun | 2026 ⭐


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SĂ©catine TĂ©lĂ  n'est plus lĂ  oĂč elle devrait ĂȘtre. Pire, elle n'existe plus, du moins aux yeux de l'IA. Jusqu'oĂč ira-t-elle pour exister Ă  nouveau ?



Illustration © Congerdesign, gratuite et libre d'utilisation, https://pixabay.com/fr | Montage © Le Galion des Etoiles
Illustration © Congerdesign, gratuite et libre d'utilisation, https://pixabay.com/fr | Montage © Le Galion des Etoiles

Le sens de l'inexistence

À Koyolite Tseila, capitaine du Galion des Étoiles
 
ChĂšre Madame,
Au nom des services de contrĂŽle IA, nous avons l’insigne honneur de vous annoncer que vous n’existez pas. Un tel propos peut paraĂźtre paradoxal. En rĂ©alitĂ©, il est fondamentalement formel. À la suite d’une demande de renseignement sur votre identitĂ© par une libraire zougoise avec laquelle vous aviez soi-disant rendez-vous la semaine prochaine, la vĂ©rification de routine assurĂ©e par notre filiale Open Detective a dĂ» conclure que vous n’étiez pas rĂ©elle pour un sou. En consĂ©quence de quoi, dans un premier temps, nos systĂšmes procĂšdent, comme il se doit, Ă  l’annihilation de toutes les pseudo-traces dans les rĂ©seaux sociaux liĂ©es Ă  votre nom fallacieux. Amen.

AprĂšs une longue mĂ©ditation tourmentĂ©e, SĂ©catine TĂ©lĂ  tomba de son tabouret, comme percutĂ©e par un mĂ©tĂ©ore invisible. Mais elle se releva sitĂŽt, avec grĂące, puisqu’elle Ă©tait dotĂ©e d’une souplesse de ballerine.
Soudain, ses narines frĂ©mirent : une odeur Ăącre de casserole carbonisĂ©e s’échappait de la cuisine. ComplĂštement oubliĂ© son coq au vin sur le fourneau ! D’une catastrophe Ă  l’autre

De toute façon, elle n’avait plus faim. Sa casserole sauvĂ©e sous la douche, elle dĂ©boucha une bouteille de vin jaune, un ChĂąteau Chalon du siĂšcle dernier. Ce parfum de noix pelĂ©e qui s’accordait avec l’arĂŽme de pomme mĂ»re calma (un peu) notre SĂ©catine.
Tandis qu’elle dĂ©gustait religieusement le savagnin, petit Ă  petit, caressant le verre frais de la bouteille, elle dĂ©roula dans son esprit un plan de bataille.
L’enjeu ne se limitait pas Ă  sa personne. Il fallait Ă  tout prix sauver sa maison d’édition, laquelle, faute du secours des rĂ©seaux sociaux, sombrerait tĂŽt ou tard dans les oubliettes des commerces en voie de disparition.
Premier combat : appeler les services impliquĂ©s dans cette bĂ©vue. DĂ©noncer cette Ă©limination absurde.
Une musique jazzy la berça doucement. Tous les correspondants automates Ă©taient sollicitĂ©s. Un grand succĂšs, ce numĂ©ro, quoi ! Un quart d’heure plus tard, en plein solo de batterie de Take Five, le portable de SĂ©catine afficha une page d’instructions. En effet, pour obtenir un contact aussi pertinent qu’efficient, il fallait au prĂ©alable remplir un questionnaire. Mais Ă  peine inscrivit-elle son nom complet que des reflets pourpres balayaient son visage hĂ©bĂ©tĂ©. Un message oral complĂ©ta l’alarme rouge sur l’écran :

Par souci écologique évident, nous ne perdons ni notre temps, ni notre énergie à échanger avec un avatar vide, sans référence dans le réel.

SĂ©catine se mordit les lĂšvres. Ne pas se laisser dĂ©monter. Elle huma le bouquet de lilas sur sa table de travail. Étonnant comme cette odeur dominait celle de la cire dans son bureau. Bon, elle n’existait plus. Mais cela ne l’empĂȘchait pas d’ĂȘtre, mille sabords ! Elle s’encouragea. Non, SĂ©catine ne se laisserait pas facilement abattre. Des rayons solaires lui caressĂšrent la joue.
Ni une, ni deux, elle contacta son ami Carl, dit SurmĂ©ninges. Il Ă©tait un informaticien hors pair. AprĂšs l’exposĂ© du problĂšme flotta ce long silence qui en disait long. Pendant ce temps mort, elle contempla la peinture de Paul Klee, Sinbad le marin qui terrassait un monstre de la mer (elle avait fixĂ© l’image sur sa tablette).
Enfin, l’éminent technicien rompit la glace, avec une voix nappĂ©e de regrets.
‑ Rien Ă  faire, hĂ©las, sinon attendre, ma pauvre SĂ©catine
 C’est de l’IA ultime gĂ©nĂ©ration, tu comprends, un immense filet d’algorithmes dernier cri. Tout n’y est que logique, y compris Ă  partir du bug qui te concerne. Et ce bug, crois-moi, forcĂ©ment, il finira par s’auto-corriger.
‑ Ouais
 (Elle lorgna Sinbad le marin.) En attendant ce miracle, j’aimerais bien savoir comment terrasser Open Detective !
‑ En implorant le TrĂšs-Haut pour un chĂątiment divin ?
Pas drĂŽle, mon SurmĂ©ninges
 Il fallait se sortir de ce nĂ©ant artificiel qu’on lui imposait. Mais comment ?
Elle caressa la fourrure polaire synthĂ©tique qui couvrait son fauteuil. Si douillette, la fourrure ! Elle en ressentit une tendresse magique. Ses pensĂ©es vagabondĂšrent dans l’Arctique, puis survolĂšrent des contrĂ©es lointaines, L’Inde, le Laos, la Birmanie
 EurĂȘka !
Via son portable, elle joignit Deep Seek, pour obtenir une existence nouvelle. Sa dĂ©marche lui parut trop facile. Originaire de Shanghai-Est, elle s’appellerait dĂ©sormais PĂ©tale de Lune. GrĂące Ă  cette identitĂ© d’appoint, elle allait pouvoir renaĂźtre sur les rĂ©seaux sociaux ! Comment n’y avait-elle pas songĂ© plus tĂŽt ?
Cependant, elle rencontra un hic. Au moment de payer la transaction, sa carte bancaire fut refusĂ©e. À trois reprises, elle retenta l’opĂ©ration. À la quatriĂšme, l’écran noircit intĂ©gralement. Qu’arrivait-il Ă  son tĂ©lĂ©phone ? Elle ne put s’empĂȘcher de l’éteindre pour le rebooter. Cinq minutes s’écoulĂšrent. La photo de son mari et de ses deux filles rĂ©apparut. Mais il Ă©tait dĂ©sormais impossible de se reconnecter Ă  Deep Seek.
Les jours passĂšrent. Et les nuits blanches. SĂ©catine fit le tour des librairies de GenĂšve. Ces paradis des Ă©crivains n’étaient plus si nombreux. Elle y apprĂ©ciait l’haleine des livres. Mais les plaintes des gĂ©rants retentirent tel un tocsin. Les exemplaires de sa maison d’édition restaient empilĂ©s dans les rĂ©serves. Plus la moindre vente. Les clients ignoraient l’existence des titres publiĂ©s par madame TĂ©lĂ . Il Ă©tait urgent de signaler au lectorat que ces ouvrages existaient, qu’ils mĂ©ritaient de l’attention, sinon de l’intĂ©rĂȘt.
Au bout de ses ruminations, SĂ©catine envisagea de la publicitĂ© dans les mĂ©dias hors rĂ©seaux sociaux (tĂ©lĂ©, affiches, journaux, magazines en papier). Mais comment les financer ? Tirer au clair son statut bancaire s’imposait

Sous une pluie tiĂšde et cĂąline, elle se rendit dans la succursale la plus proche de sa banque, l’OH, l’Opulence HelvĂ©tique, histoire de dĂ©bloquer sa carte, voire son compte, et, ainsi, assurer le financement de sa future campagne publicitaire.
‑ Cette carte n’appartient Ă  personne, madame. Elle ne peut qu’ĂȘtre invalide.
‑ Mais, c’est faux ! Je suis la propriĂ©taire de cette carte !
‑ DĂ©solĂ©, mais votre nom - enfin, le nom que vous m’avez donnĂ© - ne correspond Ă  aucun de nos clients, madame.
‑ Mais enfin, mille sabords, je suis moi, tout de mĂȘme ! Et moi, mĂŽsieur, je m’appelle SĂ©catine TĂ©lĂ  !
‑ Sans doute, sans doute
 mais vous ĂȘtes inconnue chez nous.
‑ Vraiment ? Et cette carte, je l’ai pĂȘchĂ©e oĂč, alors ? Vous y reconnaissez le logo et le sigle de l’Opulence HelvĂ©tique, non ?
‑ Ce ne peut ĂȘtre qu’un fake, madame. Je vais d’ailleurs la passer Ă  l’Éraseur.
D’un geste professionnel, il subtilisa la carte pour la glisser dans un boĂźtier noir. AprĂšs une sorte de crissement de pneu sur du gravier, l’appareil expira un agrĂ©gat pulvĂ©rulent
De retour chez elle, dĂ©pitĂ©e, accueillie par une fragrance de lilas, elle se vautra sur une chaise de la cuisine. À la troisiĂšme gorgĂ©e de vin jaune, elle perçut un cliquetis typique : la serrure de la porte principale tournait ! Sang de pirate ! Qui cela pouvait-il ĂȘtre ? Son mari et ses deux filles terminaient leur « retraite Â» au Balouchistan (un cadeau promis pour les 20 ans des jumelles)

Un androĂŻde animĂ© de vives gesticulations pĂ©nĂ©tra dans le vestibule. DĂšs qu’il capta la prĂ©sence d’une dame, il stoppa net, comme pĂ©trifiĂ© :
‑ Nom d’un bug ! Comment ĂȘtes-vous entrĂ©e ?
‑ Ben, avec ma clĂ©. Je suis chez moi, tout de mĂȘme

‑ Impossible ! Personne n’habite ce meublĂ© !
SĂ©catine rĂ©ussit Ă  se maĂźtriser. L’appartement Ă©tait Ă  son nom. Sa famille l’occupait. Bon, c’était vrai, son Ă©poux et leurs deux enfants, normalement domiciliĂ©s chez elle, vivaient un dĂ©paysement radical au Balouchistan.
ImpermĂ©able Ă  ces explications, le robot finit par trancher :
‑ En tant qu’agent immobilier, j’ai rendez-vous avec des visiteurs pour louer au plus vite cet appartement.
Sans Ă©couter le moins du monde les protestations intempestives de son interlocutrice, l’androĂŻde appela de toute urgence la police.
Tous les robots gardiens de la paix Ă©taient dĂ©bordĂ©s. Seuls des humains intervinrent. Les forces de l’ordre embarquĂšrent l’intruse au commissariat dans la stridence des sirĂšnes.
‑ Ainsi, madame, vous squattez un sept piĂšces ? Et ça fait combien de temps que ça dure ?
La salle d’interrogatoire sentait la sueur, le cuit mouillĂ©, la pizza aux anchois, la gelĂ©e pour articulations mĂ©caniques.
‑ Quel est votre nom, madame ?
‑ SĂ©catine TĂ©lĂ .
‑ Voyons, voyons. (Il tapota sur son clavier.) TĂ©là
 TĂ©là
 Non
 Non
 Non
 Ce nom n’existe nulle part.
‑ Okay
 (Avec une moue malicieuse.) Si je n’existe pas, je ne peux pas avoir squattĂ©. Et vous ne pouvez m’arrĂȘter.
‑ Ah ? (L’inspecteur se gratta la nuque.) Mmh
 pas faux. Mais qui me dit que vous m’avez donnĂ© votre vrai nom ?
‑ Personne. Donc, vous n’avez rien entendu.
‑ D’accord
 On va changer de mĂ©thode. Vous avez des papiers ?
‑ Plein, bien sĂ»r ! Je dirige une maison d’édition.
‑ Naturellement
 De la famille que je pourrais convoquer ?
‑ Injoignable, mon pauvre monsieur. Au Balouchistan. Mon mari et nos jumelles se ressourcent dans un sĂ©jour « hors du monde Â», ce qui implique un renoncement Ă  tout ce qui les lie Ă  leurs origines.
Le policier commençait à en baver.
‑ Vous avez du pot, madame, que je ne sois pas une IA.
Une alarme bleue clignota. Une rixe entre des androĂŻdes et des anti-robots Ă  la gare. Vu la mobilisation gĂ©nĂ©rale du commissariat, SĂ©catine, libĂ©rĂ©e, se retrouva dans la rue. Elle s’arrĂȘta sous un balcon de glycines. Sa luciditĂ© s’épanouit malgrĂ© l’ivresse du parfum : plus de tĂ©lĂ©phone, plus d’argent, plus de logis, plus d’identitĂ©. Les siens quelque part en Asie du Sud.
Elle se rĂ©fugia chez un ami libraire. Jamais de sa vie elle n’avait savourĂ© un si dĂ©licieux chocolat chaud. Le commerçant la consola, lui proposa de l’hĂ©berger. Elle accepta, le remercia. Auparavant, elle avait besoin d’air. Alors qu’elle dĂ©ambulait, elle dĂ©couvrit dans la poche de son impermĂ©able un billet glissĂ© Ă  son insu par son ami : « Bureau de l’inexistence, rue des carottes cuites, 7 Â».
SĂ©catine aboutit dans la salle d’attente du Bureau de l’inexistence. La piĂšce miniature ne pouvait accueillir que deux hĂŽtes. BarbouillĂ©s de noir, les murs singeaient la peinture de Pierre Soulages. Autour d’une table avec rien, deux strapontins incrustĂ©s dans une paroi.
Elle patienta. Un robot, Toubie, lui aussi sans existence, rejoignit la femme qui avait tout perdu. Ils Ă©changĂšrent avec courtoisie sur leur sort commun : ĂȘtre confondus avec le nĂ©ant. L’automate, cependant n’était pas dĂ©nuĂ© de sagacitĂ© :
‑ Vous savez, on peut Ă  la fois inexister et ĂȘtre. Nous en sommes la preuve criante.
‑ Que voulez-vous dire ? Que nous inexistons mais que nous sommes bel et bien dans nos pensĂ©es ?
‑ MĂȘme qu’inexister n’empĂȘche pas d’ĂȘtre dans la pensĂ©e des autres, comme les dieux, par exemple. Mais allons plus loin. Notre regrettable situation est-elle une consĂ©quence ou un but ?
Cette derniĂšre question perdit ce qui restait de SĂ©catine. Toubie le remarqua, donc s’expliqua :
‑ Notre inexistence rĂ©sulte-t-elle d’un bug, d’un hasardeux calcul auquel aurait Ă©chappĂ© le contexte de sa formulation, ou bien notre inexistence correspond-elle Ă  une visĂ©e de l’IA, une visĂ©e secrĂšte ?
Le robot s’emballa, SĂ©catine se tenait la tĂȘte.
‑ Je penche, poursuivit-il, pour la seconde alternative. Mais qu’est-ce qui peut pousser une IA Ă  crĂ©er de l’inexistence ? Quel serait le sens de notre inexistence pour Open Detective ? Il doit bien y avoir une raison qui a conduit ce systĂšme high-tech Ă  nous abolir.
‑ Peut-ĂȘtre que ma prĂ©sence dans ses data provoquait en lui des troubles du raisonnement ?
‑ Non, madame, l’IA rĂ©cente vise au plus haut. J’imagine que, pour celle-ci, crĂ©er de l’inexistence entraĂźnerait un malaise, une crainte chez les proches des victimes, et, propagĂ©e de proche en proche, cette crainte stimulerait recherche et inventions humaines. Ainsi, notre suppression gĂ©nĂ©rerait un grand bienfait pour l’HumanitĂ©.
Encore Ă©tourdie par ces considĂ©rations sidĂ©rantes, SĂ©catine fut enfin reçue dans le salon dominĂ© par une odeur subtile, presque imperceptible, de myosotis. Tous les meubles se devenaient, presque transparents. Sur le mur du fond, un panneau : Ne m’oubliez pas.
L’androĂŻde assis derriĂšre son bureau semblait quasiment invisible. Sa voix s’avĂ©rait Ă  peine audible.
‑ Bienvenue, madame. Avez-vous Ă©tĂ© changĂ©e en inexistante ?
‑ Quoi ?
Il se rĂ©pĂ©ta, docile. Elle regretta :
‑ Je vous entends si faiblement, 
 (Un temps.) Mais oui, un systĂšme robotique m’a tout dĂ©robĂ©.
‑ Sauf la vie, non ? Que me voulez-vous ?
‑ Pardon ?
Il se rĂ©pĂ©ta. Elle s’affirma :
‑ Exister, voilĂ  ce que je demande.
‑ Fort bien, madame
 SĂ©catine TĂ©lĂ . Sachez d’abord que ce ne sont pas mes services qui ont procĂ©dĂ© Ă  votre effacement, mĂȘme s’ils sont branchĂ©s sur l’Open Detective.
‑ Hein ?
‑ Vous dirigez une petite maison d’édition. (La voix de l’androĂŻde devenait plus perceptible, Ă  moins que l’oreille de la visiteuse ne se fĂ»t accoutumĂ©e.) Votre crĂ©neau, les livres sur les robots. Or, la plupart de ces ouvrages sont sacrilĂšges, ils profanent l’Intelligence, la plongent dans l’abĂźme.
‑ Mais

Sécatine ne savait plus quoi penser.
‑ Concluons un marchĂ©. Vous mettez au pilon les titres litigieux, vous renoncez par Ă©crit Ă  publier des textes qui tournent les robots en dĂ©rision
 et, illico, vous rĂ©cupĂ©rez votre existence.
Elle rougit de colùre. À en trembler.
‑ Quel abject chantage !
‑ Ă€ prendre ou Ă  laisser.
‑ Je laisse ! Ciao !
Toute dĂ©montĂ©e, SĂ©catine fulminait. Elle claqua la porte qui ne fit aucun bruit. Dans la salle d’attente, le robot sur le strapontin hochait de la tĂȘte, signifiant de la sorte qu’il Ă©tait navrĂ© pour elle. Toubie avait siphonnĂ© la conversation Ă  distance.
‑ Admettez que vous n’avez pas le choix, madame.
Elle s’étouffait de rage.
‑ C’est dĂ©ment, monstrueux. Pour exister, je devrais censurer ma vision comique des robots ? Et puis quoi encore ?
‑ Comprenez : l’IA de la derniĂšre pluie tolĂšre la critique rationnelle, pas l’ironie, qu’il juge superficielle et comminatoire. Allons, acceptez son offre, ne fĂ»t-ce que pour sauver vos futures publications.
‑ En laissant tomber mes bouquins sur l’avenir artificiel, si drĂŽle ?
‑ Qu’ils se focalisent plutĂŽt sur les humains de demain.
Sécatine soupira sans fin. Elle retourna contrite dans le salon.
‑ Soit. Vous gagnez. J’accepte, non sans honte. Je veux exister. Et faire exister ma maison d’édition.
‑ Parfait. Signez ici. (Il lui tendit une feuille noire.) Vous allez pouvoir rentrer chez vous, dans votre sweet home. Vous serez de nouveau traçable partout, madame SĂ©catine TĂ©lĂ .
AprĂšs sa signature impulsive, elle hĂ©sita sur le pas de la porte :
‑ Et lui, lĂ -bas, dans la salle d’attente, ce robot qui n’existe plus, que

L’androĂŻde derriĂšre son bureau l’interrompit :
‑ Ah, lui
 On ne peut plus rien pour ce spĂ©cimen. C’est un automate qui a mal tournĂ©. Ça devait arriver, hĂ©las. Sa rĂ©flexion l’a perdu. On aurait dĂ» s’en douter : son ex-maĂźtre Ă©tait prof de philo


Robert Yessouroun
Copyright © Robert Yessouroun pour Le Galion des Etoiles. Tous droits réservés. En savoir plus sur cet auteur


💬Commentaires

1.Posté par Claude AUBERTIN le 25/02/2026 07:33 | Alerter
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Klod49
IntĂ©ressante divagation sur la non existence numĂ©rique qui nous guette tous et qui mĂ©riterait peut-ĂȘtre un dĂ©veloppement plus important, ça ferait un bon sujet de roman.👍😎

2.Posté par Jean Christophe GAPDY le 25/02/2026 08:50 | Alerter
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JCGapdy
Une situation initiale qui, malheureusement, arrive Ă  certaines/certains IRL (il existe mĂȘme des avocats spĂ©cialisĂ©s pour traiter cette problĂ©matique) et je vais ignorer les soucis d'illectronismes de personnes souvent ĂągĂ©es.
ParticularitĂ© de notre cher Robert robophile, nous avons ici un cas avĂ©rĂ© de contrainte par une IA (cela fait songer Ă  de rĂ©cents mĂ©ta-Ă©pisodes galionesques). Celles-ci seraient donc insensibles Ă  un certain humour (c'est le cas actuellement, il est vrai) et Ă  l'ironie. Diantre, fichtre et palsambleu ! L'air de rien, c'est lĂ  un sujet rĂ©el qui est abordĂ© au travers d'une fable oĂč l'absurditĂ© est mise en avant, mais aussi la non-passivitĂ© de Seccotine (pardon, SĂ©catine, j'ai trop lu de Spirou). Mention spĂ©ciale pour Toubie et un clin d'Ɠil amusĂ© pour l'inspecteur humain.
Une fable qui fait parfaitement écho à celle du sourire rose.

3.Posté par Koyolite TSEILA le 25/02/2026 08:57 | Alerter
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KoyoliteTseila
Rire, c'est bon pour la santé ! Signé : Super Ammann (une phrase à lire avec l'accent suisse-allemand, les HelvÚtes comprendront)

Merci, Robert, d'avoir Ă©crit cette fable, inspirĂ©e par mes rĂ©centes mĂ©saventures avec Facebook et ses alconrithmes, et pour me l'avoir dĂ©diĂ©e. Je n'ai pu m'empĂȘcher de sourire Ă  plusieurs reprises en lisant ton texte, et que cela fait du bien ! J'ai beaucoup apprĂ©ciĂ© cette lecture qui me met du baume au coeur. 😘

Une petite question : comment je fais pour adopter Toubie ?

4.Posté par Christobal COLUMBUS le 26/02/2026 12:07 | Alerter
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ChristoColumbus
TrÚs sympathique fable qui retranscrit les déboires de notre Kap'Tain avec un certain réseau dit "social".
Ce petit récit montre trÚs bien qu'on finira tÎt ou tard par plier à toutes les exigences des IA sans cervelles pour exister...
TrÚs bien pensé, trÚs bien écrit ! Merci Robert !

5.PostĂ© par Éric MARIE le 26/02/2026 12:19 | Alerter
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ATRAVERSLESPACE
Des dĂ©boires qui pourraient ĂȘtre risibles s’ils ne faisaient pas partie du quotidien de beaucoup. Nous baissons dĂ©jĂ  les bras face Ă  la machine, mais qu’en sera t-il demain. Cela ressemble Ă  un combat perdu d’avance. Merci Robert pour ce texte fort bien tournĂ© qui appelle Ă  la rĂ©flexion.

6.Posté par Michel MAILLOT le 26/02/2026 12:31 | Alerter
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mmaillot
Comme Jean Christophe j'ai pensĂ© Ă  Seccotine, les amoureux de Franquin ne se refont jamais complĂštement. Les machines qu'elles aient des plans machiavĂ©liques ou que leur logique soit poussĂ©es Ă  l’extrĂȘme nous promettent des lendemains qui dĂ©chantent. Leur laisser tous pouvoirs risquent fort de se retourner contre nous, et ces algos qui dĂ©raillent nous montrent dĂ©jĂ  combien le cauchemar a dĂ©jĂ  commencĂ©. AccĂšs aux services, aux prestations, Ă  notre identitĂ©, usurpĂ©e ou Ă©radiquĂ©e tout ça c'est dĂ©jĂ  d'actualitĂ©.

Pourra-t-on compter sur un Toubie or not Toubie free pour nous venir en aide ? Il n'y a plus qu'Ă  espĂ©rer que la machine se retourne contre elle-mĂȘme pour qu'Ă©merge la rĂ©sistance numĂ©rique.

Que la sainte machine nous vienne en aide !

Merci Robert Sheckley Yessouroun pour ce nouveau tableau de maßtre accroché au mur de la galerie du musée du futur.

7.Posté par Robert YESSOUROUN le 27/02/2026 07:18 | Alerter
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Yessouroun
Merci à vous tous pour vos commentaires gratifiants! Oui Sécatine a été inspiré par Seccotine, je l'avoue. PremiÚre jeune femme a tenir de beaux rÎles dans Spirou.https://spirou.com/seccotine-debute-ses-propres-aventures-en-bd/

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