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Le Maître du Haut Château | The Man in the High Castle | Philip K. Dick | 1962


Un article ajouté/rédigé par | 06/08/2015 | Lu 760 fois


⚓️TAGS : 1962, Philip K. Dick


Le Maître du Haut Château | The Man in the High Castle | Philip K. Dick | 1962
1948, fin de la Seconde Guerre mondiale et capitulation des Alliés ; le Reich et l'Empire du Soleil levant se partagent le monde. Vingt ans plus tard, dans les Etats-Pacifiques d'Amérique sous domination nippone, la vie a repris son cours. L'occupant a apporté avec lui sa philosophie et son art de vivre. A San Francisco, le Yi King, ou Livre des mutations, est devenu un guide spirituel pour de nombreux Américains, tel Robert Chidan, ce petit négociant en objets de collection made in USA. Certains Japonais, comme M. Tagomi, grand amateur de culture américaine d'avant-guerre, dénichent chez lui d'authentiques merveilles. D'ailleurs, que pourrait-il offrir à M. Baynes, venu spécialement de Suède pour conclure un contrat commercial avec lui ? Seul le Yi King le sait. Tandis qu'un autre livre, qu'on s'échange sous le manteau, fait également beaucoup parler de lui : "Le Poids de la Sauterelle" raconte un monde où les Alliés, en 1945, auraient gagné la Seconde Guerre mondiale...

Fiche de lecture

Nous sommes en 1962, quinze ans après la fin de la Seconde Guerre Mondiale, remportée par les forces de l’Axe. Dans ce monde presqu’entièrement aux mains de l’Allemagne nazie et de l’Empire du Japon, règne une paix de façade – une variante de la Guerre froide qu’a connu notre réalité pendant des décennies. Une guerre qui risque bien de redevenir « chaude » : on prête, en effet, à certains hauts-placés du côté allemand, l’intention de rayer l’allié nippon de la carte à coups d’attaques nucléaires…
 
Pour s’être repliés sur eux-mêmes après l’assassinat du Président Roosevelt dans les années 1930, les États-Unis n’ont pu résister à l’avancée germano-japonaise. Leur territoire est désormais divisé en trois états : un état fantoche intégré au « Grand Reich allemand » du côté atlantique, les États du Pacifique aux mains du Japon (où se déroule la plus grande partie du roman) et, entre les deux, une zone tampon nommée les États des Montagnes Rocheuses.
 
Dans ce monde totalitaire, certains osent pourtant encore résister. Par exemple, Hawthorne Abendsen, l’auteur de « Le Poids de la Sauterelle », un roman qui imagine une toute autre issue à la Seconde Guerre Mondiale, puisqu’elle y est gagnée par les Alliés ! Tandis que son ouvrage est interdit dans les territoires aux mains des Nazis, l’auteur est décrit comme vivant reclus dans une demeure inexpugnable, d’où son surnom : le Maître du Haut-Château…
 
Ecrit aux cours des années 1960, « Le Maître du Haut-Château » est un classique de la science-fiction. Si elle reprend un thème maintes fois évoqué (une défaite des Alliés durant la Seconde Guerre Mondiale), cette uchronie est l’une de plus réussies du genre. Ayant rencontré un très grand succès, il constitue d’ailleurs l’un des points d’orgue de son auteur, Philip K. Dick.
 
L’histoire, elle, offre plusieurs trames, où nous croisons diverses personnages, liés les uns aux autres souvent de manière indirecte. Il y a ainsi Frank Frink, qui cache logiquement ses origines juives pour échapper aux camps d’extermination des Nazis. Il fabrique de faux artefacts américains, dont sont friands les clients japonais de la boutique d’antiquités de Robert Childan. Parmi les clients de ce dernier, il y a Nobusuke Tagomi, un entrepreneur nippon en visite à San Francisco.Tagomi n’est pas ici pour des raisons commerciales. Il doit y rencontrer le Capitaine Wegener, un officier du contre-espionnage allemand. Wegener espère ainsi contrer les va-t'en guerre, à Berlin, prêts à déclencher l’enfer sur Tokyo.
 
Mais toutes ces histoires n’arrivent pas vraiment à leur conclusion à la fin du roman. Frank Frink parviendra-t-il à échapper à la déportation ? Wegener et Tagomi empêcheront-ils une nouvelle guerre nucléaire ?… Nous n’en savons rien !
 
En fait, une seule trame parvient plus ou moins à une conclusion : celle de Julia Frink (ex-femme de Frank). Celle-ci est en route vers la demeure du « Maître du Haut-Château », que son amant désire absolument rencontrer. A l’insu de Julia, Jo, ledit amant, est en fait un tueur, commandité pour supprimer l’arrogant écrivain.
 
Tout au long de l’ouvrage, de nombreux intervenants utilisent le Yi Jing, un ouvrage chinois de signes binaires permettant de faire des divinations (!). C’est ainsi que certains personnages réalisent que le monde dans lequel ils vivent n’est qu’une fiction et que « Le Poids de la Sauterelle » est, en fait, la réalité ! Mais vu que la victoire des alliés dans « Le Poids de la Sauterelle » est malgré tout différente de notre propre histoire, Philip K. Dick ébranle nos propres certitudes : vivons-nous dans la réalité ou dans une autre fiction ?
 
Comme indiqué plus haut, le roman a quelque chose d’inachevé. On ne sait pas ce qui va advenir de la plupart des personnages. Dick semble bien avoir eu l’intention d’écrire une suite, quelques bribes en existant d’ailleurs. Malheureusement, il ne mettra jamais ce chantier en route…
 
Notons aussi qu’une adaptation est en cours de développement (2015), avec rien moins que Ridley Scott (Alien, Blade Runner, Prometheus, …) en tant que producteur exécutif.

Thierry B.
A bord du Galion, je remplis les fonctions de Docteur – pas celles de médecin. Non, moi, j’explore,... En savoir plus sur cet auteur



💬Commentaires

1.Posté par Jean Christophe GAPDY le 11/02/2018 21:58 | Alerter
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JCGapdy
Le Maître du Haut Château.
Parmi tous les ouvrages que j’ai lu de P.K. Dick dont j’adore l’excentricité et une certaine folie des textes et des histoires, c’est là mon livre préféré. Celui que j’ai lu plusieurs fois, bien que la trame n’ait rien de « palpitant », mais que l’on voit se dérouler comme une sorte d’enquête et de quête mêlées, tournant autour de cette possible uchronie écrite par le mystérieux Maître du Haut Château. Possible et incertaine.
L'histoire commence dans la zone d'occupation japonaise et tout se met en place lentement. Dick passe une partie de son temps à nous brosser ce monde alternatif où les moindres détails comptent. Trois cultures se rencontrent ici, celle des Américains des années 60 (qu'ils soient d'une zone occupée ou non, puisqu’il existe une zone tampon relativement « libre »), les Japonais et Allemands.
Le tout entremêlant des dissonances temporelles superbes.
Lors de ma première lecture (donc dans une ancienne traduction), j'avais déjà été fasciné par la nécessité psychologique des personnages de se référer sans cesse au Yi King et aux 49 tiges d'achillée, afin d'obtenir la réponse à une question sur leur avenir, sur leurs projets, sur leur futur. Question que l'on devait poser à haute voix.
L'autre aspect que j'avais trouvé "génial" était qu'on se retrouvait dans une uchronie pour laquelle notre monde actuel est lui-même une uchronie imaginée par le fameux maître, personnage invisible et ô combien mystérieux.
L'histoire n'est pas celle d'une guerre et de batailles violentes, mais de "successions de pas et d’avancées psychologiques", de réflexions, de peurs. Que ce soit la peur de son devenir, l'angoisse de cette idée qu'un monde différent pourrait exister. Un monde où les américains auraient gagné la guerre. Peur qu’amplifient l’occupation et ces obligations de vivre différemment, de penser différent, d'avoir abandonné le café pour le thé (sur la côte Ouest, bien évidemment).
Il faut bien comprendre que P.K.D. reste l’auteur SF qui a été le plus porté au cinéma (Blade Runner [le meilleur à mon goût], Total Recall, Planète hurlante [terrible et géant], a Scanner Darkly, Imposteur, Next, Paycheck, Confessions d’un barjo, L’agence, Minority Report, etc.). Pourtant, on cherchera en vain dans ses écrits le rythme et les actions qui sont portés dans ces films.
PKD, ce sont d’abord des histoires d’humains et d’humanité avec pas mal de types moyens, peu de violences et de rapidité d’actions, des histoires psychologiques, parfois psychédéliques ou plus. C’est un univers à part. Un auteur dont on aime les univers ou dans lesquels on a bien du mal à s’immerger.
Chacun le voit à sa manière. Parfois considéré comme génial, parfois cinglé, ou simplement incompréhensible, il a marqué durablement la SF et une certaine forme de narration. J’avoue qu’il reste pour moi, une référence (j’ai écrit les 11 nouvelles d’Aliens, Vaisseau et Cie en hommage et dans un esprit dickien). On ne parle pas pour rien d’œuvre « dickienne », alors qu’on n’emploie pas les termes de dumasienne, lovecraftienne ou autre…
Le Maitre du Haut Château est, pour moi, une petite perle d’uchronie, de satyre et de réflexion…
Le pire dans cette histoire comme dans nombre d’autres reste que nombre de ses phrases, parfois incisives, de ses analyses et descriptions font terriblement penser à notre monde numérique et surveillé actuel…
À noter si on lit en VF comme moi, qu’il existe plusieurs traductions et que j’ai préféré la version 1962 aux précédentes.

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