Le Best-seller (Joséphine Le Maire, 2023)
Un petit bijou que cette nouvelle penchĂ©e sur lâassujettissement et le penchant abusif des ĂȘtres. Plus prĂ©cisĂ©ment elle met en scĂšne les rapports entre lâĂ©crivain, son correcteur et ses personnages. Ce qui rend ce rĂ©cit particuliĂšrement prenant, câest quâil intĂšgre dans sa trame une dimension innovante. Entre la rĂ©alitĂ© qui entoure le crĂ©ateur et la fiction que ce dernier imagine se glisse un logiciel hypersophistiquĂ© de traitement de lâĂ©criture : KP002GQ1 a Ă©tĂ© conçu pour transfigurer en best-seller les tapuscrits les plus mĂ©diocres. Oui, on a affaire ici Ă une sorte de ChatGPT qui, grĂące Ă son IA (et quelle IA !) peut transformer nâimporte quel roman fadasse en prix Goncourt.
Cette nouvelle joue avec les clichĂ©s et les stĂ©rĂ©otypes, telle la vieille romanciĂšre du soir qui Ă©crit des banalitĂ©s dĂ©sespĂ©rantes. Sauf quâelle finit par prendre conscience de sa mĂ©diocritĂ©, et, malgrĂ© sa honte, poursuit de plus belle son travail assidu dâĂ©criture Ă lâeau de rose qui, en fait, est sa seule planche de salut pour Ă©chapper Ă sa condition de femme misĂ©rable soumise Ă un Ă©poux tortionnaire.
VexĂ©e dâĂȘtre au service de cette artiste nulle Ă lâexistence stupide, déçue de ne pouvoir sâassocier Ă une cĂ©lĂ©britĂ© qui dĂ©dicace son livre face Ă une file dâattente dans une librairie mondaine en vogue, Marta dĂ©pĂ©rit, plongĂ©e malgrĂ© elle dans les abysses de lâennui.
LassĂ©e dâĂȘtre coincĂ©e, lâIA rĂ©agit. Contre toute attente, elle enfreint les contraintes imposĂ©es par les paramĂštres de son logiciel, si bien quâelle va outrepasser sa fonction : approfondir le personnage principal de lâintrigue. Ă lâimage de sa vieille crĂ©atrice, la jeune femme fictive souffre dâun mari parasite. Le rĂ©cit est Ă lâĂ©vidence fĂ©ministe. Il prĂ©sente la femme comme victime de lâhomme qui tient le rĂŽle de lâabuseur.
Peu Ă peu, la romanciĂšre et son hĂ©roĂŻne se rapprochent, fusionnent. Les Ă©tats dâĂąme de celle-ci inspirent avec bonheur celle-lĂ . Le style, la narration virent au sublime, le roman sâachĂšve en apothĂ©ose. Admirative, Marta lâenvoie, contre toute dĂ©ontologie, Ă un Ă©diteur bien ciblĂ©.
BientĂŽt KP002GQ1 se voit accusĂ© par la justice de manipulation et dâabus dâune personne faible et vulnĂ©rable. Celle-ci a Ă©tĂ© entraĂźnĂ©e Ă commettre le pire, tout comme son personnage. Le logiciel sera donc dĂ©mantelĂ©, en dĂ©pit de la gratitude (discrĂšte) de sa propriĂ©taire, meurtriĂšre de son affreuse moitiĂ©.
Cette nouvelle joue avec les clichĂ©s et les stĂ©rĂ©otypes, telle la vieille romanciĂšre du soir qui Ă©crit des banalitĂ©s dĂ©sespĂ©rantes. Sauf quâelle finit par prendre conscience de sa mĂ©diocritĂ©, et, malgrĂ© sa honte, poursuit de plus belle son travail assidu dâĂ©criture Ă lâeau de rose qui, en fait, est sa seule planche de salut pour Ă©chapper Ă sa condition de femme misĂ©rable soumise Ă un Ă©poux tortionnaire.
VexĂ©e dâĂȘtre au service de cette artiste nulle Ă lâexistence stupide, déçue de ne pouvoir sâassocier Ă une cĂ©lĂ©britĂ© qui dĂ©dicace son livre face Ă une file dâattente dans une librairie mondaine en vogue, Marta dĂ©pĂ©rit, plongĂ©e malgrĂ© elle dans les abysses de lâennui.
LassĂ©e dâĂȘtre coincĂ©e, lâIA rĂ©agit. Contre toute attente, elle enfreint les contraintes imposĂ©es par les paramĂštres de son logiciel, si bien quâelle va outrepasser sa fonction : approfondir le personnage principal de lâintrigue. Ă lâimage de sa vieille crĂ©atrice, la jeune femme fictive souffre dâun mari parasite. Le rĂ©cit est Ă lâĂ©vidence fĂ©ministe. Il prĂ©sente la femme comme victime de lâhomme qui tient le rĂŽle de lâabuseur.
Peu Ă peu, la romanciĂšre et son hĂ©roĂŻne se rapprochent, fusionnent. Les Ă©tats dâĂąme de celle-ci inspirent avec bonheur celle-lĂ . Le style, la narration virent au sublime, le roman sâachĂšve en apothĂ©ose. Admirative, Marta lâenvoie, contre toute dĂ©ontologie, Ă un Ă©diteur bien ciblĂ©.
BientĂŽt KP002GQ1 se voit accusĂ© par la justice de manipulation et dâabus dâune personne faible et vulnĂ©rable. Celle-ci a Ă©tĂ© entraĂźnĂ©e Ă commettre le pire, tout comme son personnage. Le logiciel sera donc dĂ©mantelĂ©, en dĂ©pit de la gratitude (discrĂšte) de sa propriĂ©taire, meurtriĂšre de son affreuse moitiĂ©.



