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La monstrueuse Parade (1932)

Freaks


Rédigé par le 06/09/2020 | Lu 106 fois




Des êtres difformes se produisent dans un célèbre cirque, afin de s'exhiber en tant que phénomènes de foire. Le Lilliputien Hans, fiancé à l'écuyère naine Frieda, est fasciné par la beauté de l'acrobate Cléopâtre. Apprenant que son soupirant a hérité d'une belle somme, celle-ci décide de l'épouser pour l'empoisonner ensuite avec la complicité de son amant Hercule. Mais le complot est découvert, et les amis de Hans et Frieda vont se venger...

Présentation

Freaks ( ou La monstrueuse Parade) est un film américain de Tod Browning, sorti en 1932, avec dans les rôles principaux Wallace Ford, Leila Hyams, Olga Baclanova, Roscoe Ates, Henry Victor, Harry et Daisy Earles, Rose Dione, Daisy et Violet Hilton, Angelo Rossito, Johnny Eck, Frances O'Connor et Prince Randian.

L'action se déroule dans un cirque, qui présente des monstres. Nains, sœurs siamoises, homme tronc, etc. Hans, illusionniste atteint de nanisme (Harry Earles), fiancé à l'écuyère Frieda, une naine elle aussi (Daisy Earles), tombe amoureux de la grande et belle Cléopâtre, la trapéziste (Olga Baclanova). Au départ, celle-ci, amusée, se moque doucement de lui, acceptant ses avances et surtout ses cadeaux, sous l’œil jaloux et impuissant de Frieda. De son côté, Cléopâtre cultive en secret sa relation avec le beau et fort Hercule, le Monsieur muscle du cirque (Henry Victor). Ainsi lorsqu'ils apprennent que Hans a hérité d'une fortune, ce qui n'était qu'un jeu se transforme en plan machiavélique. Elle cherche à l'empoisonner, mais échoue. Les monstres du cirque, amis de Hans, victimes des moqueries de la belle Cléopâtre, se révoltent alors, et décident de se venger...

Tod Browning était très proche des Freaks, il n'était pas du tout dans l'état d'esprit de les filmer, les exploiter, et s'en tenir à ce type de rapports. Toute sa vie, il a été un homme de cirque, de spectacle. Ses Freaks, il les aimait. Et on le comprend, à travers la présentation qu'il en fait. Car enfin, ces monstres ne sont pas dangereux, malfaisants. Ils n'ont rien à voir avec les créatures hideuses dont sont remplis les films destinés à faire peur, à cette époque. Ce sont juste des humains, atteints de difformités, ou de particularités un peu spectaculaires. Et le récit est construit de telle manière qu'on ne peut que se sentir empli d'empathie pour tous ces personnages, abusés, exploités, par le monde qui les entoure, considérés comme des objets de curiosité, de divertissement. On le voit, le public fait preuve de haine envers eux, mais n’hésite pas à débourser de l’argent pour les voir s'exhiber (personnellement, je trouve ça tout à fait malsain et je n'irais jamais voir quoi que ce soit de ce genre. Du reste, le cirque, quoi qu'il montre, est un endroit que je trouve profondément déprimant, notamment les animaux en cage).

C'est bien ce thème du voyeurisme qui est traité dans Freaks.
Daisy et Violet Hilton
Daisy et Violet Hilton

Également, celui de la différence et du jugement, à travers le regard. Car, si les Freaks sont autres, s'ils ont un aspect monstrueux, les véritables monstres sont, en fait, les gens ayant, eux, une apparence tout à fait normale. Ceux auxquels on s'identifie, spontanément. Si, dans un premier temps, le spectateur caractérise les Freaks comme étant les monstres, il est rapidement amené à changer d'opinion, de regard. Et si les Freaks sont effrayants, à la fin, ils ne font, en réalité, que se venger. A la fois de ce que Cléopâtre et Hercule leur ont fait subir, mais aussi, de ce que toute cette société leur inflige. Les gens normaux, tout simplement. Ceux qui les jugent, les étiquettent, les rejettent.

Et voilà que maintenant, de par leur désir de vengeance, les Freaks deviennent réellement monstrueux, pas tant dans leur apparence, que dans leur comportement. A force, à force… Les railleries, la curiosité malsaine, les souffrances, tout ça a fini par faire d’eux, à leur tour, oui, des monstres. Une monstruosité qui ressemble à celle de leurs tortionnaires, Cléopâtre et Hercule. Finalement, tout se brouille, on se dit que personne ne sort indemne de ce récit sombre, gothique, à la limite de l'horreur. Tod Browning enfonce petit à petit son film dans les ténèbres, poussant son intrigue vers toujours plus de désespoir et de violence pour, finalement, s’aventurer dans quelque chose qui s'apparente à du cinéma d’horreur. Ce qui avait commencé presque comme un documentaire, nous montrant le quotidien de ce cirque et de ses artistes, se mue progressivement en un sombre conte horrifique. C’est ainsi que le cinéaste se retrouve en terrain connu, lui qui a toujours aimé mystères, trucages, ambiances vénéneuses. Browning peu à peu, s'extrait de la réalité et nous emmène vers quelque chose de plus irréel.

Prince Randiant
Prince Randiant
Freaks effectue une sorte de vaste fondu enchaîné, qui humanise les monstres et rend les humains monstrueux. Il rend compte d’un monde sans pitié où l’on se repaît avec gourmandise du malheur des autres, et où seules les apparences priment. Le monstre n’est pas forcément celui que l’on croit et chacun peut, à sa manière, être un monstre.

Est-il vraiment utile de préciser que Freaks, à sa sortie, n'a guère eu de succès, et n'a rencontré qu'incompréhension ? Ce n'est qu'avec le temps que les cinéphiles ont réussi, peu à peu, à le comprendre, l'apprécier.

J'étais jeune quand j'ai vu ce film, mais j'en garde un souvenir halluciné. Je me souviens de cette scène, avec l'orage, la pluie diluvienne, et ces personnages rampant dans la boue, animés du désir de punir. Notamment cet homme sans bras ni jambes (Prince Randian), un peu comme une saucisse avec une tête, mais avançant résolument, un couteau entre les dents.

Une autre affiche du film
Une autre affiche du film
La fin, aussi, m'avait traumatisé (je n'en dirai pas plus). Je me suis demandé comment Tod Browning avait pu réaliser pareil trucage. Mais il semble bien qu'il n'y ait aucun artifice, que cette créature ait bien existé ; une certaine Minnie Woosley.

Freaks est bien, dans l'ensemble, un film dérangeant, inclassable. Mais également, attachant, touchant. Un film fondateur, une des racines profondes de ma culture, le genre de choses qui finit par vous influencer, sans seulement qu'on en ait conscience.

Je le place parmi les films que je trouve passionnants, que je revois de temps en temps, et pour lesquels j'éprouve un profond respect.




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