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La Vitesse de l’obscurité (Elizabeth Moon)

Titre original : The Speed of Dark | Parution : 2003


10/02/2026
Lu 220 fois




La Vitesse de l’obscurité © 2005 Editions Presses de la Cité | Illustration de couverture © Jennifer Kennard et Elizabeth Young
La Vitesse de l’obscurité © 2005 Editions Presses de la Cité | Illustration de couverture © Jennifer Kennard et Elizabeth Young

Quatrième de couverture

Il y a la vitesse de la lumière, dont tout le monde a entendu parler, sur laquelle ont travaillé les plus grands savants. Mais qu'en est-il de la vitesse de l'obscurité ?

Lou Arrendale sait qu'elle existe, qu'elle est aussi digne d'intérêt, et même peut-être plus. Mais personne n'écoute Lou. Car Lou est autiste. Grâce à ses dons pour les mathématiques, il jouit d'une excellente situation dans une compagnie pharmaceutique et mène une vie indépendante. Mais l'offre de tester un traitement expérimental censé annuler les effets de l'autisme chez l'adulte vient perturber son existence bien réglée. Si celui-ci réussit, Lou devrait penser, agir et se comporter comme n'importe quel adulte " normal ". Mais, délivré de l'autisme, Lou Arrendale sera-t-il encore lui-même ?

Un roman profond et poignant, inoubliable, récompensé par le prix Nebula 2004, qu'Elizabeth Moon, auteure de science-fiction réputée, a dédié à son fils autiste.

Fiche de lecture

Lou Arrendale est autiste. Il travaille pour une compagnie pharmaceutique dans une unité spéciale dont tous les employés sont comme lui. Petit génie de l’informatique, sa vie est très organisée. Il y a le jour de la lessive, celui pour faire ses courses, le jour du ménage, etc. Tout changement dans cette routine est source de grande angoisse pour Lou. Il est cependant autonome, vit dans son propre appartement et conduit sa voiture. Il a quand même un vrai loisir : une fois par semaine, il suit un cours d’escrime, cours d’autant plus intéressant qu’il y rencontre Marjory, une jolie brune dont il est amoureux et qui commence à le faire rêver.

Deux éléments vont bientôt bousculer cette vie plutôt rigide.

D’une part, Don, un de ses compagnons d’escrime, va commencer à être jaloux de sa proximité – pourtant très relative – d’avec Marjory ; et d’autre part, un nouveau directeur s’intéresse à l’unité spéciale dont fait partie Lou. Il trouve que les aménagements dont profitent les employés autistes coûtent trop cher à l’entreprise et va chercher le moyen d’y mettre fin. Ces avantages semblent pourtant bien modestes puisqu’ils consistent en des mobiles décorant les bureaux, des places de parking réservées et une salle de sport équipée de trampolines. Ce « petit chef » totalement détestable croira avoir trouvé le moyen de parvenir à ses fins en contraignant ces employés autistes à suivre un protocole médical expérimental visant à les « guérir » de leur autisme. Et c’est là que le roman décolle et devient passionnant. J’y reviendrai.

***

Quelques mots d’abord sur le monde dans lequel se déroule cette histoire.

Le roman date de 2003 et l’action se situe dans un futur proche. Les voitures sont équipées de panneaux solaires, on greffe des puces dans le cerveau des délinquants pour les empêcher de commettre des actes violents et, surtout, on a trouvé la cause de l’autisme. Deux gènes défectueux ont été identifiés et, avant leur naissance, les bébés autistes sont désormais soignés par thérapie génique ! Le résultat est que Lou et ses compagnons, âgés d’une petite quarantaine d’années, trop vieux pour profiter de ce progrès médical, sont les derniers de leur espèce. Ils ont certes profité des avancées du début du vingt et unième siècle, mais leur seul espoir de devenir complètement normaux est donc ce protocole expérimental que leur responsable va chercher à leur imposer…

Les questions posées par ce roman sont, à mon sens, très intéressantes, voire passionnantes.

Tout d’abord, on peut se poser la question de ce qui arriverait aux enfants autistes si le diagnostic était possible avant la naissance. La réponse est claire. Dans le monde actuel, ils seraient avortés et bientôt les enfants autistes auraient quasiment disparu (c’est ce qui se passe actuellement avec les bébés trisomiques).

Ensuite, a-t-on le droit d’utiliser des questions de santé pour contraindre les individus et limiter leur liberté individuelle ? Dans le roman, Lou et ses compagnons sont sous la menace d’un licenciement s’ils n’acceptent pas ce traitement peut-être miraculeux, mais en tout cas expérimental. Expérimental, ça ne vous rappelle rien ? Menacés d’être licenciés si on n’obéit pas ? Mis au ban de la société et insultés par les plus hautes instances de l’État si on voulait préserver ses droits fondamentaux et sa liberté ? L’actualité relativement récente a donné au roman d’Elizabeth Moon une modernité qu’on n’aurait pas cru possible (et dont on se serait bien passé).

Enfin, troisième et dernier questionnement – et la contrainte étant mise de côté – une personne autiste choisira-t-elle de devenir « normale » si on le lui propose ? Dans le roman, on parle d’une technologie associant génétique, nanotechnologie et croissance neurale accélérée. Le cerveau est donc modifié, certains neurones et certaines connexions sont détruits pour que d’autres puissent prendre leur place. Mais, à la fin du processus, l’individu, le « moi » sera-t-il vraiment le même ? La mémoire ne sera-t-elle pas altérée ?

Finalement, qu’est-ce qui définit la personnalité ? Si on change le cerveau, on change l’individu ? À ma connaissance, le seul récit de SF qui aborde ces questions, mais d’une façon très différente, est le roman Des fleurs pour Algernon de Daniel Keyes.

Ce roman est donc remarquable et très original, bref, une lecture chaudement recommandée.

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Sylvain Gay
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💬Commentaires

1.Posté par Claude AUBERTIN le 11/02/2026 00:59 | Alerter
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Klod49
Très belle chronique, mais ma fille cadette étant autiste de haut niveau non verbale, je ne pourrai pas lire un tel livre.

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