Quatrième de couverture
Dans la pampa, un vieil homme et une jeune femme voyagent dans un vieux véhicule solaire qu’il faut recharger chaque soir. La jeune femme, pleine de bon sens de l’autre, s’intéresse à la pampa, aux gauchos et à la danse. Son compagnon, qui n’a jamais voyagé, poursuit sa quête inlassable, bien qu’il soit épuisé.
Soudain, un miroitement dans l’air les attire…
À l’heure où les recherches d’une vie ailleurs sont en échec, un ingénieur se consacre à un projet unique dans le silence, la solitude avec pour compagnie des équations de physique quantique… résistantes. Il n’est pas forcément le plus doué, et puis, alors qu’il pense que son meilleur avenir est la retraite, l’inattendu survient…
Soudain, un miroitement dans l’air les attire…
À l’heure où les recherches d’une vie ailleurs sont en échec, un ingénieur se consacre à un projet unique dans le silence, la solitude avec pour compagnie des équations de physique quantique… résistantes. Il n’est pas forcément le plus doué, et puis, alors qu’il pense que son meilleur avenir est la retraite, l’inattendu survient…
Fiche de lecture
Martin Luce (le patronyme est-il un hommage à Christine Luce ?), un universitaire à la carrière plus que discrète, s’est lancé sur le tard dans l’exploration de théories scientifiques, aux accents jeuryens, aux frontières de l’entendable : « la physique parallèlyse ». Dans sa douce folie, il a su embarquer Catherine et Hung, de jeunes doctorants. Le voilà donc en pleine Pampa argentine, à la Casa de Piedra. Mais que peut-on trouver dans un trou perdu ? Un Trou Noir, bien entendu.
Mais revenons à Martin Luce, mathématicien et physicien employé au Grand Accélérateur, discret au point de disparaître sous la lumière des bourinistes, ses collègues hermétiques à l’idée de concevoir des mondes parallèles. Néanmoins, patiemment, sa carrière patinant et la retraite arrivant, au terme de péripéties administratives hilarantes mais tellement vraies (vous le saurez en découvrant le R.A.P.S.O.D.H.A.R.), il parvient à monter un projet avec une équipe. Et le voilà au fin fond de l’Argentine, face à une sorte de miroir, apparu on ne sait trop comment(1), aux abords duquel il connaît une expérience inédite : « mon esprit s’évapore de mon corps ».
Le résultat de cette expérience est la venue au jour, de l’autre côté de cet Horizon, d’un être nouveau, baptisée « Lucie », une jeune femme qui se met à exister spontanément. Ce monde qu’on appelle Douar, de l’autre côté, c’est la Terre, mais pas celle de Martin sans être pour autant celle de Lucie. Pour résoudre ce mystère, Martin et Lucie ont la chance de pouvoir communiquer par la pensée et aider la jeune femme à trouver sa place dans sa nouvelle réalité (et sans que ce soit un hasard, cette place sera à l’université, au milieu de chercheurs).
La novella nous laisse au bord du chemin, dans la relation particulière qu’ont su construire Martin et Lucie. On pourrait les imaginer sous les traits de l’agent Dale Cooper et Laura Palmer dans Twin Peaks, tant le décor particulier(2) et l’ambiance étrange nous laissent remplis de questions sans réponses. Ainsi quelques signes, dans la réalité de Martin, nous indiquent que c’est encore un autre monde, parallèle au nôtre : la théoricienne de l’horizon des événements s’appelle Florence Sérel, révisant les équations de Francis Grecque, le spécialiste de l’intrication est Stéphane Fauconnier. Une rapide recherche internet nous le confirme : ces gens-là ne sont pas de notre espace-temps ! Idem pour cet idiome bizarre, le spanishitalic, parlé dans la Pampa.
Parce qu’une autre intrication quantique est à l’œuvre. Sous le costume du gentil professeur, douce figure paternelle, se cache l’auteur facétieux, nous lâchant une référence à France Culture(3) pour mieux nous perdre dans ses démonstrations : « Réduisez notre univers à une droite. Dans le cosmos, deux droites n’ont pas d’intersection, mais parfois elles se frôlent, Florence Sérel a créé le concept d’Horizon et postulé que deux univers proches possèdent des propriétés mathématiques assez voisines, au sens topologique… »
Dans un jeu d’enchâssement propre à Notre Club, l’auteur nous apparaît aussi derrière cet Horizon diégétique, ne serait-ce que dans la profession de « valeurs universelles de l’ancien temps, où l’on accueille avec bonheur un étranger pour ce qu’il apporte, des nouvelles, une présence, quelqu’un avec qui parler ». Ce n’est donc pas une aventure solitaire qui nous est proposée, mais le récit intimiste d’une relation filiale revisitée et déclinée à travers trois figures féminines : Catherine, l’étudiante, puis Theresa, la fille d’un couple de rancheros, enfin Lucie la paire quantique de Martin.
On ne peut pas non plus ignorer certaines ressemblances avec la condition d’écrivain dans le parcours du personnage principal : « au prix d’un travail intense, il m’est arrivé de démontrer une conjecture, publiée dans une revue confidentielle. Consentir à ma propre condition, m’y consacrer et découvrir (…) qu’on touche du doigt le vertige, et que cette découverte illumine un chemin jusque-là bien obscur(4). » De même un peu plus loin, en ce qui concerne son travail, « à l’opposé de ce que vous appelleriez ‘mon travail’, qui est une routine d’une sympathique répétitivité. À l’inverse, il s’agit de soirée où je me passe de sortie, où je m’assieds à mon bureau face au papier peint et que j’accepte l’angoisse qui m’étreint assez pour ne rien pouvoir. Le travail, pour le dire en un mot, c’est ce qui sans que je n’aie rien fait pour ça, me travaille jusqu’à ce que je décide de consacrer le temps nécessaire à cette quête sans nom ».
Que l’écrivain ou aspirant écrivain qui vient de lire ces lignes sans avoir crié AMEN à leur terme aille se faire voir chez ChatGPTruc !
Mais revenons à Martin Luce, mathématicien et physicien employé au Grand Accélérateur, discret au point de disparaître sous la lumière des bourinistes, ses collègues hermétiques à l’idée de concevoir des mondes parallèles. Néanmoins, patiemment, sa carrière patinant et la retraite arrivant, au terme de péripéties administratives hilarantes mais tellement vraies (vous le saurez en découvrant le R.A.P.S.O.D.H.A.R.), il parvient à monter un projet avec une équipe. Et le voilà au fin fond de l’Argentine, face à une sorte de miroir, apparu on ne sait trop comment(1), aux abords duquel il connaît une expérience inédite : « mon esprit s’évapore de mon corps ».
Le résultat de cette expérience est la venue au jour, de l’autre côté de cet Horizon, d’un être nouveau, baptisée « Lucie », une jeune femme qui se met à exister spontanément. Ce monde qu’on appelle Douar, de l’autre côté, c’est la Terre, mais pas celle de Martin sans être pour autant celle de Lucie. Pour résoudre ce mystère, Martin et Lucie ont la chance de pouvoir communiquer par la pensée et aider la jeune femme à trouver sa place dans sa nouvelle réalité (et sans que ce soit un hasard, cette place sera à l’université, au milieu de chercheurs).
La novella nous laisse au bord du chemin, dans la relation particulière qu’ont su construire Martin et Lucie. On pourrait les imaginer sous les traits de l’agent Dale Cooper et Laura Palmer dans Twin Peaks, tant le décor particulier(2) et l’ambiance étrange nous laissent remplis de questions sans réponses. Ainsi quelques signes, dans la réalité de Martin, nous indiquent que c’est encore un autre monde, parallèle au nôtre : la théoricienne de l’horizon des événements s’appelle Florence Sérel, révisant les équations de Francis Grecque, le spécialiste de l’intrication est Stéphane Fauconnier. Une rapide recherche internet nous le confirme : ces gens-là ne sont pas de notre espace-temps ! Idem pour cet idiome bizarre, le spanishitalic, parlé dans la Pampa.
Parce qu’une autre intrication quantique est à l’œuvre. Sous le costume du gentil professeur, douce figure paternelle, se cache l’auteur facétieux, nous lâchant une référence à France Culture(3) pour mieux nous perdre dans ses démonstrations : « Réduisez notre univers à une droite. Dans le cosmos, deux droites n’ont pas d’intersection, mais parfois elles se frôlent, Florence Sérel a créé le concept d’Horizon et postulé que deux univers proches possèdent des propriétés mathématiques assez voisines, au sens topologique… »
Dans un jeu d’enchâssement propre à Notre Club, l’auteur nous apparaît aussi derrière cet Horizon diégétique, ne serait-ce que dans la profession de « valeurs universelles de l’ancien temps, où l’on accueille avec bonheur un étranger pour ce qu’il apporte, des nouvelles, une présence, quelqu’un avec qui parler ». Ce n’est donc pas une aventure solitaire qui nous est proposée, mais le récit intimiste d’une relation filiale revisitée et déclinée à travers trois figures féminines : Catherine, l’étudiante, puis Theresa, la fille d’un couple de rancheros, enfin Lucie la paire quantique de Martin.
On ne peut pas non plus ignorer certaines ressemblances avec la condition d’écrivain dans le parcours du personnage principal : « au prix d’un travail intense, il m’est arrivé de démontrer une conjecture, publiée dans une revue confidentielle. Consentir à ma propre condition, m’y consacrer et découvrir (…) qu’on touche du doigt le vertige, et que cette découverte illumine un chemin jusque-là bien obscur(4). » De même un peu plus loin, en ce qui concerne son travail, « à l’opposé de ce que vous appelleriez ‘mon travail’, qui est une routine d’une sympathique répétitivité. À l’inverse, il s’agit de soirée où je me passe de sortie, où je m’assieds à mon bureau face au papier peint et que j’accepte l’angoisse qui m’étreint assez pour ne rien pouvoir. Le travail, pour le dire en un mot, c’est ce qui sans que je n’aie rien fait pour ça, me travaille jusqu’à ce que je décide de consacrer le temps nécessaire à cette quête sans nom ».
Que l’écrivain ou aspirant écrivain qui vient de lire ces lignes sans avoir crié AMEN à leur terme aille se faire voir chez ChatGPTruc !
📝NOTES
(1) C’est l’une des rares faiblesses du texte, avec la caractéristique de Lucie, dont les personnages constatent qu’elle est gauchère sans qu’un élément factuel le prouve (elle n’est pas en train d’écrire ou de jouer de la guitare au moment de la rencontre). De même, sans que cela n’altère le plaisir de la lecture, quelques coquilles et tournures auraient pu être identifiées au moment du travail éditorial.
(2) Notamment l’hôtel où Martin effectue sa convalescence avec ses desserts renommés : ce pourrait être le Grand Hôtel au bord de la chute d’eau, servant les fameuses cherry pies du Double R !
(3) On reconnaîtra Natacha Triou et La Science CQFD : « il m’est arrivé d’être invité sur une radio culturelle pour l’évoquer avec une brune piquante, férue de jeux de mots… »
(4) Pour le processus créatif, j’ajoute ce passage : « la création est un fleuve, et nos erreurs sont les courants qui l’animent », assez métaphysique pour convoquer l’atomisme d’Épicure, mais aussi le clinamen de Lucrèce repris par Jarry dans sa Pataphysique.
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