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Bienvenue sur Déliciosa (Bernard Viallet)

Parution : 2011


16/02/2013
Lu 827 fois





© 2011 Editions Emma Jobber
© 2011 Editions Emma Jobber

QuatriĂšme de couverture

Au XXIIĂšme siĂšcle, trois nouvelles planĂštes viennent d’ĂȘtre dĂ©couvertes, explorĂ©es puis colonisĂ©es par les humains. L’une d’elles, DĂ©liciosa commence Ă  proposer des sĂ©jours touristiques dans sa station de Paradise Resort oĂč il est possible de pratiquer les activitĂ©s les plus diverses et les plus agrĂ©ables dans un cadre enchanteur. John, qui Ă©tait « traqueur » sur Terre, compte bien y passer un mois et peut-ĂȘtre plus si des opportunitĂ©s de s’y Ă©tablir durablement se prĂ©sentent Ă  lui.

Il lie connaissance avec Tom, dit « Oncle Tom », un noir issu des ghettos, ainsi qu’avec deux jeunes femmes, Lilia et Eva. Le sĂ©jour « de charme » des quatre terriens commence bizarrement. Ils ont l’impression que les animateurs de la station n’ont qu’une idĂ©e, les gaver de nourriture soit disant pour leur permettre de mieux rĂ©sister aux prochaines RTT (les rĂ©ductions temporelles transitionnelles), ces longues stations en quasi hibernation inhĂ©rentes aux voyages interplanĂ©taires. Mais comme Lilia commence Ă  refuser de forcer son appĂ©tit, on lui fait trĂšs vite quitter le groupe. De leur cĂŽtĂ©, John et Tom dĂ©couvrent que ce centre n’a pas grand-chose de naturel. Le somptueux paysage de palmeraie et de plage tropicale ensoleillĂ©e n’est en fait qu’un dĂ©cor protĂ©gĂ© par un immense dĂŽme de plexi. A partir du moment oĂč les quatre arrivants n’acceptent plus de jouer le rĂŽle de touristes bĂ©ats, tout bascule dans l'Ă©trange...

Fiche de lecture

« Nous voici en vue de Paradise Resort, annonça MylĂ©na dans son micro. Remarquez l’immense piscine lagon avec ses cascades, ses toboggans, ses jacuzzis et son bassin Ă  vagues
 Voyez sur votre gauche, le bord de mer avec la magnifique plage de sable blanc et son esplanade de palmiers et de cocotiers. A droite, vous avez le complexe hĂŽtelier, juste derriĂšre notre petit Las Vegas local avec ses diffĂ©rents casinos. DerriĂšre la palmeraie, vous pouvez distinguer le golf de dix huit trous
 Voyez comme il est bien entretenu et comme sa pelouse est verte ! Le sommet qui domine la baie s’appelle le Krakatchounga. Il culmine Ă  3900 mĂštres d’altitude et sa partie supĂ©rieure est enneigĂ©e toute l’annĂ©e ce qui permet de skier tous les jours si on le souhaite. D’ailleurs, quel que soit votre sport ou votre activitĂ© prĂ©fĂ©rĂ©e, vous pourrez tout pratiquer Ă  Paradise. N’oubliez jamais que nous sommes lĂ  pour rendre votre sĂ©jour inoubliable ! »

Bienvenue sur DĂ©liciosa ! Son complexe « Paradise Resort » offre Ă  ses joyeux rĂ©sidents toutes sortes de dĂ©lices ! John, Eva, Tom et Lilia font partie des « bien chanceux » qui ont rĂ©ussi chacun Ă  se procurer (ou Ă  se faire offrir) un des rares billets disponibles – et hors prix - pour un voyage vers la planĂšte DĂ©liciosa, un aller simple, pour un sĂ©jour inoubliable, placĂ© sous le signe de la dĂ©tente. Mais ils s’apercevront rapidement que chez leurs hĂŽtes, l’image de la beautĂ© et du bonheur est une obsession qui se cultive par la goinfrerie
 transformant ainsi leur rĂȘve de farniente en une astreignante corvĂ©e de bouffe.

Que cache en rĂ©alitĂ© ce centre de vacances derriĂšre ses aspects paradisiaques ? Pourquoi les touristes y sont-ils gavĂ©s et engraissĂ©s comme des oies ? Pourquoi les rĂ©sidents sont-ils observĂ©s jour et nuit par des camĂ©ras de surveillance ? Pourquoi n’est-il pas possible de sortir du complexe ?

L’auteur Bernard Viallet emmĂšne son lecteur au cƓur d’une histoire pour le moins intrigante et trĂšs bien construite, tout en maintenant un suspense continu du dĂ©but Ă  la fin. Tout en suivant le parcours de John, Eva, Tom et Lilia, on ne pourra manquer de s’interroger sur leur sort, et de compatir aux Ă©preuves qu’ils affronteront sur DĂ©liciosa, mais aussi de rire des situations plutĂŽt cocasses et peu ordinaires dans lesquelles ils se trouveront parfois. On apprĂ©ciera aussi de les voir se rebeller contre un systĂšme que trop tyrannique et arbitraire.

La plume de Bernard Viallet est fluide et voluptueuse. Son style est simple, mais efficace, car il va droit au but sans se perdre dans des descriptions ou explications superflues. DĂšs les premiĂšres pages, on est dans le bain. Bernard Viallet dit ce qu’il a Ă  dire, et le fait mĂȘme avec humour et ironie. J’aime bien ça. De plus, ce rĂ©cit original porte une rĂ©flexion intĂ©ressante sur la place de l’ĂȘtre humain au sein du systĂšme. Les noms choisis pour les personnages ou les lieux peuvent faire sourire le lecteur, mais pour ma part, j’en ai apprĂ©ciĂ© leur double-sens, ainsi que les clins d’Ɠil Ă  d’autres rĂ©fĂ©rences.

MalgrĂ© ses nombreuses qualitĂ©s, ce livre n’est pas parfait : il subsiste encore quelques fautes d’orthographe. Et Ă  mon goĂ»t, il y a un peu trop d’anglicismes, ce qui m’a parfois fait grincer des dents. Du point de vue de la narration, le seul petit reproche que j’aurais Ă  faire, concerne la prĂ©sentation des quatre personnages principaux. Au lieu d’avoir Ă  lire en bloc le curriculum vitae de chacun, j’aurais prĂ©fĂ©rĂ© dĂ©couvrir leur vĂ©cu au grĂ© de l’histoire, pas Ă  pas.

En conclusion, j’ai bien apprĂ©ciĂ© cette lecture, trĂšs exotique, originale et pour le moins intrigante. De bout en bout, je n’ai cessĂ© de m’interroger sur le rĂŽle de DĂ©liciosa, allant jusqu’à Ă©chafauder toutes sortes de thĂ©ories. Le dĂ©nouement n’est pas celui auquel j’avais pensĂ©, mais il m’a beaucoup plu ! « Bienvenue sur DĂ©liciosa » est un ouvrage que je recommande chaudement aux amateurs du genre « science-fiction ».

Koyolite Tseila
Copyright © Koyolite Tseila pour Le Galion des Etoiles. Tous droits réservés. En savoir plus sur cet auteur


💬Commentaires

1.Posté par Gaetan Di Napoli le 15/01/2013 07:57 | Alerter
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Un adage dit qu’il faut toujours se mĂ©fier de ce qu’on demande car on risque de l’obtenir !
Je ne me rendais pas bien compte de ce que j’écrivais, lorsque, aprĂšs avoir vu l’annonce de parution du dernier Viallet, j’ai posĂ© cette question Ă  l’auteur : « Suis-je moi aussi le bienvenu sur DĂ©liciosa ? ».
Chaque roman de Bernard Viallet aborde des sujets diffĂ©rents. Celui-ci est un roman d’anticipation. Leurs dĂ©nominateurs communs sont l’amour de la libertĂ©, le sens du devoir, la mĂ©fiance de l’encadrement Ă©tatique, la place de l’individu face au systĂšme.
Bernard Viallet Ă©crit bien ! Pas d’exhibitionnisme littĂ©raire pour surĂ©valuer la qualitĂ© de sa plume mais luciditĂ© et rĂ©alisme du langage Ă©crit. J’aime !
Le suspens est rondement mené jusqu'au dénouement que je n'avais sincÚrement pas vu venir et qui ne se prive évidemment pas de dresser un portrait de certains maux typiques de notre société et des possibles dérives.
Pile au rendez-vous, ce roman d'anticipation accomplit son devoir d’extrapolation sur l’évolution de la nature humaine avec ses inexorables dualitĂ©s bien/mal, courage/lĂąchetĂ©, abnĂ©gation/cupiditĂ©, domination/soumission et bien entendu, l'Ă©volution des mƓurs!
Oui, l’italo-belge que je suis reprochera ce vice quasi unanime des contemporains d’outre-QuiĂ©vrain d’ajouter des abrĂ©viations pour dĂ©signer (ou officialiser) des « organismes » franco-français que vous seuls, amis de l’hexagone, ne pouvez dĂ©chiffrer. Certes, l’auteur prend la prĂ©caution de les dĂ©coder, prĂ©voyant qu’il sera lu au-delĂ  des frontiĂšres...
Si j’insiste sur ce qui semble un dĂ©tail pour vous Français, c’est par amour pour votre littĂ©rature, souhaitant qu’elle tienne un peu plus compte du reste du lectorat francophone hors France.
Autre petit reproche : par son essence, l’histoire nous plonge dans un monde imaginaire qui ne manque pas de crĂ©dibilitĂ©. Les noms des protagonistes sont quelques fois inventĂ©s avec ce que j’appellerai des clins d’Ɠil aux rĂ©alitĂ©s contemporaines. DĂšs la premiĂšre phrase : « (
) le spatioport de Boissy Charlton Easton ». Vous me direz que, dans le mĂȘme style, juste aprĂšs la seconde guerre mondiale avec « 1984 » ce n’est pas par hasard qu’Orwell crĂ©e un personnage prĂ©nommĂ© Winston
 ConsidĂ©rons donc avec bonne humeur que c’est une petite manie comprĂ©hensible chez les « anticipateurs » dont la fantaisie fait d’incessants appels du pied Ă  la rĂ©alitĂ© sociopolitique contemporaine.
Bon, il est temps de cesser de chercher des poux à « Bienvenue sur Déliciosa » !
Je cons...

2.Posté par JC Gapdy le 13/06/2016 10:11 | Alerter
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Ma derniÚre lecture : "Bienvenue sur Déliciosa" de Bernard Viallet.
Je l’ai dĂ©jĂ  avouĂ© plusieurs fois : je suis fan de hard-SF. Ce qui veut dire que la SF-funny n’est pas mon truc. Enfin, je crois qu’il va bientĂŽt me falloir dire que ce n’était pas mon truc. Cela a commencĂ© avec Robert Yessourounn et sa « Joueuse de ChimĂšre » que j’ai apprĂ©ciĂ© et surtout son « Village proche des Ă©toiles » que j’ai lu en moins de temps qu’il n’en faut pour le dire. Il y a peu, j’ai eu le malheur d’accepter de lire « La verge noire » de MĂ©moire DuTemps, lĂ  aussi dĂ©vorĂ© en quelques instants.
MalgrĂ© tout, j’avoue que j’avais quelques doutes en attaquant « Bienvenue Ă  DĂ©liciosa » de Bernard Viallet. Était-ce dans le mĂȘme genre ? Allais-je aimer ? Le dĂ©but m’a quelque peu intriguĂ© et laissĂ© dubitatif. Le problĂšme, c’est que, quand un livre est bien Ă©crit, quel qu’en soit le thĂšme ou le genre, je me laisse prendre. Et lĂ , j’ai Ă©tĂ© bluffĂ© parce que c’est sacrĂ©ment bien Ă©crit ; au point que je me suis effectivement laissĂ© embarquer par cette histoire rocambolesque qui, comme le « Village proche des Ă©toiles » est avant tout liĂ©e aux personnages, Ă  leurs vies et mĂ©saventures, Ă  leurs histoires

Des vies hors du commun alors que notre monde est parti Ă  la dĂ©rive, Ă  vau-l’eau, que notre Terre s’est dotĂ©e d’un gouvernement mondial qui a Ă©radiquĂ© une Ă  une nos libertĂ©s
 jusqu’à celle d’enfanter. Édictant des lois folles dont celle de l’enfant unique, rĂ©gulant et contrĂŽlant le droit d’ĂȘtre mĂšre. Et c’est dans ce monde-lĂ  que l’on dĂ©couvre ces personnages Ă©tonnants, dĂ©tonants et attachants. Que ce soit John le traqueur dont le boulot est justement de pister et retrouver, entre autres, toutes celles qui transgressent cette loi, que ce soit Lilia Ă  qui la loi a arrachĂ© sa fillette, Eva qui a fui l’Afrique du Sud jusqu’à traverser le Tiers-Monde qu’est devenue l’Europe, Oncle Tom rescapĂ© des gangs et banlieues de Black Town West, ce diable de Bernard Viallet nous campe des personnages qu’on ne parvient pas Ă  lĂącher tant il nous les dĂ©crit intimement et avec un accent de sincĂ©ritĂ©, une gouaille et des remords qui les rendent plus humains que tout dans ce monde de DĂ©liciosa. De confession en confession, de souffrances en enfermement, puis de fuite en apothĂ©ose, on ne peut refermer ce livre qu’en se posant des dizaines de questions sur un univers, des lois et une logique inhumaine qui se dessine bien trop souvent devant nos yeux dans notre propre monde.
J’ai d’autant plus accrochĂ© que j’ai retrou...

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