Photo © Bruno Blanzat
Une erreur du facteur...
Le 25 décembre au matin, je suis sorti de chez moi avec mon chien pour la promenade du matin. Il n’a pas un nom d’État américain, il s’appelle Roublard, rapport au Dodger doublé par Billy Joel en VO dans Oliver et Cie. Sur le retour, je constate que le volet de la boîte aux lettres est levé. En ce jour férié, je ne devrais pas avoir de courrier, pourtant, en ouvrant, je découvre un paquet emballé de papier Craft et fermé par une petite ficelle.
Les timbres sont italiens, et le cachet est celui de Venise. Mais le plus étonnant, c’est le destinataire :
Ok, je peux comprendre qu’on confonde la rue Thiers avec l’impasse du Sac-à-Vin, ou le boulevard de la République avec l’A69, mais là, je voudrais bien savoir comment ils ont pu acheminer jusqu’à Dieppe un pli destiné à être livré en grande banlieue newyorkaise.
J’aurais dû attendre le lendemain et le ramener au bureau de poste. Mais j’avoue être curieux. Je l’ai ouvert.
Quelle découverte ! Il s’agit du carnet du professeur Henry Jones ! Il y a également toute une variété de documents : des billets de train et de musées, des horaires de ferry, des actions de la Stetson Company, la partition d’une pièce musicale d’un certain John Williams, des coupures de journaux allemands et américains, ou encore un télégramme d’un certain Cordiolli annonçant qu’il a des pièces importantes et qu’il arrive à bord du Titanic.
Il y a aussi une photo du célèbre archéologue et aventurier Indiana Jones, auquel cet envoi est destiné, et les fiches d’inventaires classées confidentielles d’artefacts conservés par l’armée états-unienne.
Je sais que je ne devrais pas aller plus loin, et respecter la confidentialité de tous ces éléments, mais la tentation est trop grande. Je vous demanderai donc d’être discrets.
Il s’agit des notes du professeur Jones, tout ce qu’il a pu collecter dans sa quête du Graal. Toutes ses recherches, ses intuitions, ses tâtonnements. C’est passionnant.
Mais on y décèle aussi les failles d’une vie passée loin de chez lui. Dès le début, en 1910, il note que les voyages qu’il doit accomplir dans plein de pays différents vont lui coûter une fortune et qu’il ne pourra pas emmener avec lui « Mary and Junior », en tout cas pas avant que ce dernier ne soit assez grand. Deux ans plus tard, il décrit la mort de son épouse comme une explosion dont ni lui ni son fils ne vont pouvoir se remettre, et il avoue ne pas être en mesure de l’élever seul, tout en décrétant qu’aucune autre femme ne remplacera Mary.
Au fil des pages, il s’avère que leurs chemins bifurquent très vite. Henry Jones parcourt l’Europe et le proche Orient pendant des années, seul, jusqu’au jour où il écrit, à la lecture d’un article de journal : « ironiquement, c’est ce même journal qui m’apporte les premières nouvelles de mon fils en dix ans ». Il ironise également sur le prénom de « Junior », connu désormais du grand public en tant que professeur Indiana Jones. On sait qu’il a emprunté son surnom, non pas à l’État des hoosiers, mais à son chien qui a partagé son enfance, bien plus présent que son père. Cet hommage à son ami fidèle est même plus profond, car c’est ce même Indiana canin qui a sauvé le jeune garçon de la noyade dans un autre grand fleuve, aussi impétueux que lui, le Colorado.
Ce choix n’est pas sans provoquer un choc chez son paternel : « je suis heureux d’apprendre qu’il est en vie et qu’il a obtenu son doctorat… mais Indiana ?? »
Les recherches se poursuivent, parfois le découragement guette : « je suis trop mortel, et j’ai peur d’avoir gâché ma vie à poursuivre une chimère », ou la désillusion totale : « comment un homme peut-il être aussi naïf ? » s’exclame-t-il en 1938 en parlant de la trahison du Docteur Elsa Schneider, « une charmante et attirante demoiselle d’une vingtaine d’années ». Il semble regretter de lui avoir confié trop d’éléments clés de ses recherches, et qu’elle s’en serve à des fins immorales. A-t-il appris qu’elle travaillait pour le IIIe Reich d’un certain Adolf Hitler ?
C’est certainement pour cette raison qu’il décide d’envoyer son précieux journal à son fils, car la résolution de l’énigme est proche. Henry Jones a rassemblé des éléments cruciaux sur les épreuves qui attendent l’intrépide qui tentera de s’emparer de la Sainte Relique. Mais peut-on souhaiter de réaliser ses rêves ?
Heureusement pour lui, et pour moi, « Junior » ne fait pas le choix de brûler les travaux de son père, mais reprend le flambeau et se lance sur ses traces. Il le retrouve semble-t-il dans une mauvaise posture, mais ils finissent par s’en sortir. Henry retrouve son journal et peut même écrire un épilogue dans lequel il explique ce que cette aventure a pu lui apporter, et comment son chemin a enfin recroisé celui de son fils. On dirait que sa quête est achevée, tandis que le fameux Indiana poursuit la sienne. Il ne resterait au père qu’à raconter son histoire.
Quant à moi, que vais-je faire de tout ça ?
Le 25 décembre au matin, je suis sorti de chez moi avec mon chien pour la promenade du matin. Il n’a pas un nom d’État américain, il s’appelle Roublard, rapport au Dodger doublé par Billy Joel en VO dans Oliver et Cie. Sur le retour, je constate que le volet de la boîte aux lettres est levé. En ce jour férié, je ne devrais pas avoir de courrier, pourtant, en ouvrant, je découvre un paquet emballé de papier Craft et fermé par une petite ficelle.
Les timbres sont italiens, et le cachet est celui de Venise. Mais le plus étonnant, c’est le destinataire :
Prof. Indiana Jones
Barnett College
Hamilton Hall
Grove Avenue
Fairfield, New York
Barnett College
Hamilton Hall
Grove Avenue
Fairfield, New York
Ok, je peux comprendre qu’on confonde la rue Thiers avec l’impasse du Sac-à-Vin, ou le boulevard de la République avec l’A69, mais là, je voudrais bien savoir comment ils ont pu acheminer jusqu’à Dieppe un pli destiné à être livré en grande banlieue newyorkaise.
J’aurais dû attendre le lendemain et le ramener au bureau de poste. Mais j’avoue être curieux. Je l’ai ouvert.
Quelle découverte ! Il s’agit du carnet du professeur Henry Jones ! Il y a également toute une variété de documents : des billets de train et de musées, des horaires de ferry, des actions de la Stetson Company, la partition d’une pièce musicale d’un certain John Williams, des coupures de journaux allemands et américains, ou encore un télégramme d’un certain Cordiolli annonçant qu’il a des pièces importantes et qu’il arrive à bord du Titanic.
Il y a aussi une photo du célèbre archéologue et aventurier Indiana Jones, auquel cet envoi est destiné, et les fiches d’inventaires classées confidentielles d’artefacts conservés par l’armée états-unienne.
Je sais que je ne devrais pas aller plus loin, et respecter la confidentialité de tous ces éléments, mais la tentation est trop grande. Je vous demanderai donc d’être discrets.
Il s’agit des notes du professeur Jones, tout ce qu’il a pu collecter dans sa quête du Graal. Toutes ses recherches, ses intuitions, ses tâtonnements. C’est passionnant.
Mais on y décèle aussi les failles d’une vie passée loin de chez lui. Dès le début, en 1910, il note que les voyages qu’il doit accomplir dans plein de pays différents vont lui coûter une fortune et qu’il ne pourra pas emmener avec lui « Mary and Junior », en tout cas pas avant que ce dernier ne soit assez grand. Deux ans plus tard, il décrit la mort de son épouse comme une explosion dont ni lui ni son fils ne vont pouvoir se remettre, et il avoue ne pas être en mesure de l’élever seul, tout en décrétant qu’aucune autre femme ne remplacera Mary.
Au fil des pages, il s’avère que leurs chemins bifurquent très vite. Henry Jones parcourt l’Europe et le proche Orient pendant des années, seul, jusqu’au jour où il écrit, à la lecture d’un article de journal : « ironiquement, c’est ce même journal qui m’apporte les premières nouvelles de mon fils en dix ans ». Il ironise également sur le prénom de « Junior », connu désormais du grand public en tant que professeur Indiana Jones. On sait qu’il a emprunté son surnom, non pas à l’État des hoosiers, mais à son chien qui a partagé son enfance, bien plus présent que son père. Cet hommage à son ami fidèle est même plus profond, car c’est ce même Indiana canin qui a sauvé le jeune garçon de la noyade dans un autre grand fleuve, aussi impétueux que lui, le Colorado.
Ce choix n’est pas sans provoquer un choc chez son paternel : « je suis heureux d’apprendre qu’il est en vie et qu’il a obtenu son doctorat… mais Indiana ?? »
Les recherches se poursuivent, parfois le découragement guette : « je suis trop mortel, et j’ai peur d’avoir gâché ma vie à poursuivre une chimère », ou la désillusion totale : « comment un homme peut-il être aussi naïf ? » s’exclame-t-il en 1938 en parlant de la trahison du Docteur Elsa Schneider, « une charmante et attirante demoiselle d’une vingtaine d’années ». Il semble regretter de lui avoir confié trop d’éléments clés de ses recherches, et qu’elle s’en serve à des fins immorales. A-t-il appris qu’elle travaillait pour le IIIe Reich d’un certain Adolf Hitler ?
C’est certainement pour cette raison qu’il décide d’envoyer son précieux journal à son fils, car la résolution de l’énigme est proche. Henry Jones a rassemblé des éléments cruciaux sur les épreuves qui attendent l’intrépide qui tentera de s’emparer de la Sainte Relique. Mais peut-on souhaiter de réaliser ses rêves ?
Heureusement pour lui, et pour moi, « Junior » ne fait pas le choix de brûler les travaux de son père, mais reprend le flambeau et se lance sur ses traces. Il le retrouve semble-t-il dans une mauvaise posture, mais ils finissent par s’en sortir. Henry retrouve son journal et peut même écrire un épilogue dans lequel il explique ce que cette aventure a pu lui apporter, et comment son chemin a enfin recroisé celui de son fils. On dirait que sa quête est achevée, tandis que le fameux Indiana poursuit la sienne. Il ne resterait au père qu’à raconter son histoire.
Quant à moi, que vais-je faire de tout ça ?
Photos © Bruno Blanzat
Photo © Bruno Blanzat
Photos © Bruno Blanzat
Photos © Bruno Blanzat
Photos © Bruno Blanzat