Les Voleurs d'absurde (Robert Yessouroun)

2018


14/07/2020
Lu 875 fois



Quatrième de couverture

Les Voleurs d'absurde @ 2018 Hélice Hélas | Illustration de couverture @ Krum
Vous pestez devant le distributeur de coupures bancaires. Cette borne interactive vous énerve : après trois tentatives, rien à faire, elle ne prend pas en compte votre demande particulière... Oubliez cette petite frustration mesquine. Vous n’avez encore rien vu. Des appareils super programmés vous attendent, avec plus d’un tour dans leur module.

Ainsi, dans ce recueil, vous allez fréquenter des machines improbables qui donnent à méditer sur les retombées psychologiques d’une Intelligence Artificielle Viscérale. Attendez-vous, de la part de ces robots, tantôt à un attachement tendu, tantôt à un détachement fâcheux. Quoi qu’il en soit, vu leur manque de rodage dans la sensibilité et les réactions affectives, ces automates, plus imprévisibles les uns que les autres, ne pourront que verser dans l’outrance : abus de l’intuition, fixette sur l’imagination, perfectionnisme, surprotection, générosité narcissique, manie de la survie, fureur d’être né, obsession de son propre accomplissement…

La plupart de ces engins seront lâchés dans des villes connues comme Londres, Genève ou Bruxelles. Ils n’y manqueront pas de vous surprendre dans les rues, dans les demeures contemporaines de quartiers authentiques. Ces décors ne rendront-ils pas plus réels ces androïdes de l’avenir ? Là, ils côtoieront des humains singuliers, cocasses, un peu (pas trop) fêlés. Face à l’adversité technique, ces personnages passeront pour moins admirables qu’amusants, tel l’entourage de monsieur Hulot.

Sommaire

- Effets spéciaux
- Thérapie du futur
- La Maison envahissante
- Rien n'est plus étrange que le réel
- Mal venir au monde
- Journal d'un robot
- Sauvegarde et sauve-qui-peut
- Un cas de conscience
- L'Appel de la vigne
- Le Summum de l'autonomie

Fiche de lecture

L’un des points qui caractérise la « soft » SF est que les IA, robots et androïdes peuvent y avoir une âme. Ce que j’utilise personnellement avec grand plaisir dans mes écrits. Mais je dois reconnaître que je n’ai ni la faconde ni la truculence de ces 10 petites pépites que j’ai découvertes dans « Les voleurs d’absurde » de Robert Yessouroun.

Ce n’est pas le premier texte que j’apprécie de cet auteur – « Un village près des étoiles » reste, en roman, mon préféré – mais, là, j’ai décroché le pompon des tours de manège.

Ce sont 10 nouvelles qui caricaturent nos travers d’humains, nos petits défauts autant que nos élans et bontés, sur fond d’IA et d’androïdes « surhumanisés » qui buggent et font ressortir cette ambivalence que nous possédons toutes et tous. Chaque texte pointe un ou plusieurs de nos traits de caractère, de nos distorsions et nous laisse les juger à l’aune de l’un de ces robots quelque peu défaillants.

C’est drôle, gentiment satirique, empli d’une joyeuse absurdité et de milliers de détails totalement farfelus qui en font la saveur – comme ces bonbons qui pétillent dans la bouche quand on ose enfin les croquer. Le genre de livre qu’il faut emporter à la plage ou à la montagne, qu’on lit sous le parasol ou dans le hamac, avec le sourire à chaque page.

Je ne vais pas faire le tour des 10 nouvelles – n’étant que piètre chroniqueur – mais j’ai mes préférées et d’autres auxquelles j’ai un peu moins accroché ce qui fut le cas de « Mal venir au Monde », sans doute parce que le reporter présenté – particulièrement fat à mon goût – me rappelait un peu trop quelqu’un de réel.

La palme et le premier prix reviennent, sans aucune hésitation pour moi, à « Le journal d’un robot » qui nous décrit les états d’âme et les profondes difficultés de l’un de ces êtres artificiels. Le pauvre est, en effet, confronté à des choix cornéliens face aux fameuses lois de la robotique du bon docteur. Nous avons droit à une sorte de journal intime d’un robot majordome – qui voit tout et ne dit rien comme un parfait majordome devrait l’être sans doute – mais qui ne sait à quelle loi se vouer lorsqu’il est confronté aux complexités de caractère de ses « maîtres » autant qu’à celles de leur langage souvent ambigu et prêtant à confusion.

Un régal entaché, hélas, par la situation qui m’a laissé intellectuellement moins disponible que je ne le souhaitais. Ce qui signifie simplement que je me referais une deuxième lecture plus au calme à l’automne si la sérénité est de retour, histoire de savourer ces 10 petits textes sans Agatha Christie.

Copyright © J.C. Gapdy pour Le Galion des Etoiles. Tous droits réservés. En savoir plus sur cet auteur