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Radu Dracula - Tome 2 - ... Que cette Coupe s'éloigne de moi !


Rédigé par le 28/11/2020 | Lu 524 fois




Radu Dracula - Tome 2 - ... Que cette Coupe s'éloigne de moi !
Le calme qui s'ensuivit me sembla délicieux. Le navire maintenait son cap en brisant à son rythme régulier la houle de la Mer Océane, les flots noirs avaient accueilli dans un silence parfait ma dernière victime et l'élément marin m'apparut l'espace d'un instant comme un allié très fiable dans ma condition de nosferatu. J'avais pris la place du jeune Lieutenant sur le balcon afin de profiter du spectacle qu'offraient les hautes vagues du grand large mais des ronflements irréguliers en provenance du pont inférieur me rappelèrent à la prudence ; je ne devais pas m'attarder ici et regagner ma caisse au plus vite.

Quand Radu Dracula meurt en Octobre 1476, il ne sait pas que sa vie ne fait que commencer. Le Diable lui confie une quête qui justifie sa condition de non-mort.

Dans ce deuxième opus, Radu Dracula quitte son repaire pour Jérusalem où un prêtre -le met sur une piste qui doit le mener au Graal. Seulement pour cela il devra embarquer avec Christophe Colomb en direction du Nouveau Monde.

De son côté Satan va lui offrir un magnifique cadeau : le retour à la vie ou plutôt à la non-vie de sa fille Maria.

Autour du roman

Après ... Prenez et buvez, ceci est mon sang, Philippe Lemaire continue à réécrire le mythe du Vampire. Les illustrations qui agrémentent le roman sont tirées de l'album BD du même nom dont il est également l'auteur.

Préambule à Radu Dracula 2

Si le fonctionnement ancestral du vampire s’est cloisonné sur cet unique phénomène magique de vampirisation par l’abreuvage du sang d’autrui, sous couvert de malédiction ancestrale, le personnage créé par Bram Stoker ne s’arrangera jamais de cette identification historique.

De contours classiques aux dérivations actuelles de ses enfants, dans la littérature comme au cinéma, le comte ne se relèvera pas tout à fait du succès des écrits de son auteur à son sujet. De son rôle fictif, son image se figera à travers toutes les époques, mais toujours en l’isolant par cette acceptation indissociable d’une culture le renfermant dans son propre mausolée de pierre. Des romanciers ont essayé de le dépoussiérer, de le renommer, d’emprunter aux mondes modernes une évolution cynique et nihiliste du personnage.

Des allégories ont été faites, en continu, sur la sexualité naissante entre ses pages, elles sont devenues le sens non dissimulé des ouvrages mutant sous la littérature adolescente du genre « Bit Lit » ; avec des aventures torrides où le vampire n’est plus qu’un outil de désir pour la gente féminine dans un environnement de la Fantasy urbaine.

Chez d’autres, le monstre reste le catalyseur du naufrage de nos propres maux, de nos sociétés malades, d’un pouvoir tourné sur nos individualismes mortels ; par la signification du déploiement des maladies surgissant par quelques pouvoirs destructeurs de nos progrès marchands et technologiques ; par l’avilissement de la population face aux drogues ; du contact de ce rapprochement avec la mort quotidienne.

Au-delà du style caractérisant chaque auteur, Philippe Lemaire a fait le choix de toujours se lier à la source du mythe, lui rendre son énergie salvatrice en exprimant une cohérence d’action et d’interaction face au dessein (forcé ?) du frère de Vlad Dracula, Radu.

Faisant de ce personnage une entité fantastique aux antipodes des horreurs causées par son frère, et par sa condition de vampire générée par le Diable lui-même, ce deuxième volume s’affranchit de toute présentation afin de poursuivre une quête incroyable du « sang du Christ » dans des aventures en soubresauts dramatiques.

Radu Dracula 2, le mythe revisité sous mode aventure

Chemin faisant de tout rapport avec le premier épisode, cette suite n’abandonne jamais l’idée de parfaire l’identité de Radu à sa condition de Prince de Valachie. De cette époque le voïvode en conserve l’esprit et la tenue de son rang. Sa culture survit, suit un cheminement de pensées voué à sa condition de non-mort ; il n’a jamais abandonné sa part d’humanité. Ce qui rend la créature appréciable aux yeux du lecteur. Sa bestialité ne s’affiche jamais gratuitement et clôt souvent, voire dénoue des nœuds dramatiques nécessaire à l’épuisement d’un suspens pour en tonifier d’autres. Le vampire se promène à travers les époques, narre son passé et son présent dans l’objectif d’exalter une réalimentation du récit d’aventure dont il présente les tenants et aboutissants, la faisant nôtre.

Ce que je trouve flagrant dans l’exploitation de ce nouvel élan est la passation (supposée) d’une écriture à quatre mains pour Radu Dracula à deux, Philippe Ward cédant les rennes (complètement) à son poulain. La fraîcheur scénaristique illumine une avalanche de rebondissement avec la thématique centrale traitée avec beaucoup d’intérêts, et, fait de Philippe Lemaire, solo, le détenteur de ses ambitions… pour son anti-héros dont il casse les codes tout en les respectant. C’est cette dichotomie du bien et du mal qui soulève les contradictions d’une figure sensible alors qu’elle devrait être démoniaque.

Radu Dracula 2, rythme et finalité

Effectivement, pas de temps mort pour Radu Dracula, et c’est dans un rôle d’Anthropologue que Philippe Lemaire revendique l’appréciation de sa mission.

L’humour, omniprésent, désenclave les frontières géographiques, il devient nécessaire pour l’oxygénation de la façon dont s’imbrique toutes les sous-intrigues le ramenant à plusieurs endroits. Comme la Transylvanie dans ses souvenirs ; sa recherche du Graal (du sang du Christ) en physiques (surnaturelles ?) qui menace son immortalité ; la traversée de la mer océane, plus précisément avec la tension reposant sur les épaules de son lieutenant, faisant en sorte qu’aucun incident ne puisse occasionner sa destruction. L’écrivain échappe au cliché référentiel du Demeter chez Stoker (heureusement), il nourrit l’appréhension du lecteur de la réussite du vampire en travaillant plus précisément sur cette croisière, les différents périls, les rencontres sauvages des peuplades à l’intérieur des îles lors des accostages, les indications d’adversités par la présence d’un grand ennemi ayant le but identique d’accaparer la coupe afin d’exterminer tous les incroyants.

Une forme d’uchronie alimente l’originalité du texte, bienvenue par l’entremise du méchant Torquemada à accéder à l’armada de 17 navires pour un deuxième voyage organisé par Christophe Colomb en route pour le Nouveau Monde.

Là où la narration pourrait se casser les dents (sans jeu de mots), une écriture fluide aux chapitres courts permet un confort de lecture.

Philippe Lemaire insuffle une force toute particulière aux passages du Diable parlant au fantôme de la fille de Radu. L’intrigue principale se complexifie du mystère caché des intentions réelles du démon des enfers.

Difficile de vraiment décrire le plaisir, sans faiblesse, du rythme qu’arrive à entretenir l’auteur autour de ces 207 pages. Le lecteur se voit propulsé dans différentes époques sans perdre la dimension fantastique du récit.

Ce livre est une belle réussite qui tend à nous plonger vers un troisième opus afin d’y voir un peu plus clair. J’y vais de ce pas…

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