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Radu Dracula - Tome 1 - ... Ceci est mon Sang !


Rédigé par le 15/02/2020 | Lu 546 fois




Radu Dracula - Tome 1 - ... Ceci est mon Sang !
Je saisis ma servante par les épaules sans qu’elle n’esquissât le moindre geste. Je plongeai mes canines surdimensionnées dans sa carotide sans chercher l’artère, comme si ce geste était tout à fait naturel. Puis, ce fut l’extase. Une extase que je n’avais jamais connue, ni lors des batailles quand je triomphais de mes ennemis, ni dans mon lit au milieu de mes maîtresses et de mes amants. Son sang gicla à gros bouillons dans ma gorge et remplit tout mon corps d’un bien-être que je ne connaissais pas, ce fut un pur délice !

Quand Radu Dracula meurt en Octobre 1476, il ne sait pas que sa vie ne fait que commencer. Le Diable lui confie une quête qui justifie sa condition de non-mort.

L'intrigue de ce premier opus conduira Radu Dracula de son repaire transylvain à la Constantinople moyenâgeuse, avant d'y retourner quelques centaines d’années plus tard, alors que la ville s’appelle désormais Istanbul et que les Turcs y fêtent leur bon parcours à l’Euro de foot 2008. Durant toutes ces années, il découvrira ses nouveaux pouvoirs, mais aussi les désagréments qu'ils engendrent.

Autour du roman

Après la BD 16 Rue du Repos, Philippe Lemaire et Philippe Ward reviennent avec cette nouvelle version du mythe du vampire, fruit d'années de recherches autour du mystérieux Comte Dracula. Ce roman est agrémenté d'illustrations de Philippe Lemaire tirées de l'album BD du même nom.

Fiche de lecture

Préambule à RADU DRACULA

Je viens de me plonger dans le roman édité chez Rivière Blanche avec un titre très évocateur lorsque l'on aime les récits sur le mythe du vampire ; Radu Dracula. Ici, comme un lien médiatique évident d'appartenir à un club d'initiés, voir de convaincus, cette extension d'un monde ténébreux, introduit depuis quelques siècles déjà par d'innombrables écrivains et poètes, s'évertue à fournir des sueurs froides aux lecteurs par l'appellation du seul nom du maître vampire. Comme Heinrich August Ossenfelder avec son court poème "le vampire", 1746, Johan Wolfgang Goethe et son poème conçu en 1797 "La fiancée de Corinthe", sans oublier son devenir au sein d'une société plus cosmopolite avec John Stagg (The Vampyre,1810), cette fixation presque fantomatique du vampire décrite comme symptomatique s'arrangera de ses influences orientales avec une confrontation plus frontale avec l'horreur.

Parce que la phase de transformation du mythe allait s'affirmer au XIX ème siècle, c'est dans une jungle littéraire influencée de superstitions et de croyances diverses que John William Polidori écrira son, vampyre, une légende. Grâce à sa capacité de mettre en relief les croyances populaires, il décrira son énigmatique personnage, le Lord Ruthven, qui fut considéré par certains comme l'élément matriciel pour la création de Dracula de Bram Stoker.

Bram Stoker redessinera et révolutionnera le mythe du vampire en injectant dans la personnalité de la créature une certaine humanité, la conscience d'une damnation éternelle et d'une souffrance sans fin où le libre arbitre se voit encloisonner entre les murs d'une terrible solitude ; une infamante malédiction.

RADU Dracula empreinte le même chemin torturé.

RADU DRACULA, une interprétation du mythe

A chacun sa conception du vampire, sa définition du non-mort se relevant de sa tombe et partageant dans une funeste demeure le sang de ses convives humains en compagnie de goules assujetties aux pouvoirs des ténèbres. Et si on veut rentrer dans le vif du sujet on peut s'attacher rapidement au style choisi par les auteurs pour raconter l'histoire de Radu Dracula, qui, contrairement au roman épistolaire de Bram Stoker suscitent par cette particularité littéraire d'introduire par le personnage lui-même, vampire de son état, un enseignement oral de ses propres interrogations sur sa condition d'être maudit.

Dès les premières phrases on plonge dans un univers codifié, une mise en place de tous les éléments perçus et assimilés de cet environnement vampirique.

Dans le prologue un constat rapide s'affiche dans la mémoire sélective du lecteur, les romanciers tirent le fil de la connaissance en faisant place, brièvement, avec efficacité, aux références des écrits de Bram Stoker mais également la vision cinématographique de Francis Ford Coppola avec son Dracula sorti sur les écrans en 1992, notamment la fulgurance des premières séquences.

Cette articulation stratégique permettra de prendre à contre-pied ce à quoi pouvait s'attendre le lecteur ; c'est dans une perspective différente qu'enfin l'histoire de ce nouveau personnage va être présenté, en se basant sur une interprétation plutôt historique, aux tribulations d'un voïvode aimé de tous mais dont la transformation va changer la donne.

Radu Dracula est une réappropriation du mythe par Philippe Ward et Philippe Lemaire qui vont y soumettre leurs propres critères, leurs propres visions.

RADU DRACULA, sans temps mort

Que dire ?! juste que dès le prologue il nous ait communiqué les intentions des auteurs. L'écriture impacte un style constant avec un rythme rapide allant directement à l'essentiel. Le sens immédiat et informatif sur Radu Dracula est d'ordre historique avec une base descriptive nécessaire et réaliste pour mieux s'orienter par la suite sur la phase Fantastique du récit.

Radu Dracula commente ses pensées et ses actions en se démarquant du côté macabre de sa condition qu'il met en exergue dans chaque chapitre, avec un positionnement réfléchit, loin de l'animalité instinctive qui pourraient le desservir.

Parce que le caractère singulier du vampire constitue de ce qu'il y a de plus passionnant en lui, cette part d'humanité qu'il n'a jamais quitté, même après la mort, avec cet effet miroir sur sa propre fratrie dont il condamne la cruauté, lui donne une dimension plus philosophique que guerrière.

Son attachement au monde de la culture, plus qu'aux formations militaires inculquées par son père, souligne une distinction précise sur une personnalité à part.

Sa richesse intérieure qu'il ne peut assouvir complètement détermine sa propre malédiction.

RADU DRACULA, une mise en relief artistique

Le style des auteurs est très cinématographique, je soupçonne dans la construction du roman une technique scénaristique bien évidemment supportée par une recherche précise du découpage de l'histoire. La décomposition séquentielle par chapitre, avec une mise en scène littéraire à deux mains, révèle également le cheminement artistique de Philippe Lemaire, de par son approche en tant que dessinateur (puisque ce dernier se découvre auprès de ses lecteurs comme un excellent illustrateur de son propre récit).

Cette filiation avec le neuvième art se fait ressentir tout au long d'une lecture où les images se bousculent avec beaucoup de couleurs et de plaisirs partagés. Suite à ces successions de savoir transmis de manière à ce que les arts s'allient, ces créateurs d'ambiance réalisent en un format court, cent quatre-vingt-neuf pages, une histoire dont le pouvoir imaginaire vous absorbe totalement.

RADU DRACULA, en finalité

L'alliance entre les deux écrivains poursuit l'idée d'offrir au lecteur de l'action et de l'aventure perpétuelle avec un suspens garanti animé par cette passion commune autour de la mythologie vampirique. Il est tout à fait possible de faire écho au roman de Bram Stoker en se réappropriant, avec beaucoup de malice, le mythe, en le modelant de l'intérieur, poursuivant une logique de dépaysement et de démonstration ; on peut choisir un chemin différent, contraire à l'épouvante éprouvée lorsque le mot vampire est annoncé. Cette voie suit le principe du changement accompli sur Radu Dracula avec une construction narrative proche du feuilleton romanesque, principalement fantastique. Le positionnement est clair, raconter la quête d'un vampire contraint par des forces obscures le dépassant à poursuivre une mission commanditée par le diable lui-même. On s'attache aux sentiments qui le dominent, on partage sa vie aventureuse et son combat intérieur nous permettant de s'identifier à lui. On affiche quelques interrogations suite aux évènements dont la clef, le dénouement, ne sera compris que dans les tomes ultérieurs.

Bref, la manœuvre intelligente des auteurs est de nous faire croire que nous nous retrouvons à l'intérieur d'un mécanisme bien huilé, le vampirisme avec ses clichés les plus édifiants. Et pourtant tous ces préjugées sont anéantis à la lecture de la vie de Radu Dracula.

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Commentaires

1.Posté par Djackdah NIELLE le 04/04/2020 14:55 | Alerter
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Djackdah
Tome 1 dévoré en quelques heures, excellente revisite du mythique Dracula !
Je ne saurais mieux en parler que ne l'a déjà fait Philippe, et je pense que je vais très vite me plonger dans la suite.

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