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Les Enfants de Mars



Article rédigé par le 12/09/2012
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Les Enfants de Mars
2015 : la mission habitée qui partait pour Mars est un échec tragique : la fusée explose en vol. Le gouvernement abandonne aussitôt le projet. Axelrod, un milliardaire, décide alors de créer un consortium, soutenu par les principales multinationales. Enjeu : gagner la prime de trente milliards de dollars offerte pour atteindre Mars. Méthode ? Prendre tous les risques. Matériau : quatre astronautes, décidés à risquer leur vie pour décrocher le jackpot !

Fiche de lecture

Dans le petit monde de la science-fiction martienne, Gregory Benford n'est pas n'importe qui. Physicien émérite, il a également derrière lui un long passé d'écrivain de science-fiction décoré de fort jolies breloques telles que le prix Nebula, le prix British Science Fiction ou encore le prix John Wood Campbell. Selon sa fiche Wikipédia, il siègerait même au comité de pilotage de la prestigieuse Mars Society, aux côtés de personnages aussi immenses que Buzz Aldrin, compagnon de Neil Armstrong, ou Robert Zubrin, gourou de l'exploration de la Planète Rouge.

Cela dit, s'il y en a parmi vous qui pensent que la respectabilité d'un auteur est le genre de détail qui peut m'empêcher de tailler un short à un bouquin, c'est qu'ils me connaissent bien mal. Cependant, chers camarades Galionautes, concernant « Les Enfants de Mars » de Gregory Benford, mon verdict sera sans appel, et je vous le livre dès maintenant : c'est un bouquin admirable. Réellement. De très loin mon préféré dans ce sous-genre de la Hard SF que j'appellerai, pour les besoins de cette fiche de lecture, la « Mars-Fiction » (si quelqu'un a un meilleur nom, qu'il le dise tout de suite ou se taise à jamais...).

Comme toutes les histoires de Hard SF, la Mars-Fiction a pour règle absolue de s'appuyer sur une crédibilité factuelle à toute épreuve. Jamais de merveilleux dans la Hard SF : la magie, c'est la science. Si on y croit, c'est gagné. La moindre faille, et c'est fichu. Dans « Les Enfants de Mars », le pari est superbement réussi. Chaque détail a été soigneusement pensé par un esprit baigné de culture scientifique, et très probablement revu en détail avec des consultants qui maîtrisent leur sujet sur le bout des doigts. L'édifice est inattaquable. De toute évidence, Benford a eu l'intelligence de ne pas compter sur ses seules connaissances : il a également pris soin de se rencarder auprès des bonnes personnes. Le résultat est saisissant.

Mais ce n'est pas tout : dans « Les Enfants de Mars », les connaissances et les thèses scientifiques ne sont jamais posées là, de manière lourdingue, comme c'est par exemple trop souvent le cas chez Ben Nova ou Kim Stanley Robinson, deux autres noms connus de la Mars-Fiction. Elles sont extraordinairement bien digérées, et, plus important, utilisées avec une infinie habileté pour faire avancer l'intrigue, pour donner de la couleur, pour créer du suspense... Chez Benford, la science n'est pas une fin en soi, elle est un outil puissant au service d'une narration superbement maîtrisée. Et c'est d'ailleurs la raison pour laquelle j'éviterai de vous citer des exemples : si j'en dis trop, je risque de spoiler. Or, spoiler, c'est tromper.

Un autre aspect des « Enfants de Mars » m'a laissée admirative : Benford bâtit son histoire sur une intuition proprement visionnaire, celle du voyage privé dans l'espace. Dès 1999, date à laquelle a été publié le bouquin, Benford avait anticipé que la NASA allait se désengager des missions habitées sur Mars, laissant la voie libre au secteur privé. Dans « Les Enfants de Mars », ce n'est pas la NASA qui envoie des astronautes sur Mars, mais un consortium de pays industrialisés qui met la main au portefeuille pour proposer 30 milliards de dollars à la première équipe qui réussira à aller sur Mars et à rapporter des échantillons (contre 450 milliards si la NASA avait fait le boulot). Ceux qui suivent un peu l'actualité de l'espace m'auront devancée : oui, c'est précisément le principe des X-Prizes, qui ont vu le jour en 1996, et tendent aujourd'hui à prendre une place de plus en plus importante dans la conquête spatiale. Principe : le secteur public ne veut pas assumer les risques, alors il met une liasse de billets sur la table, et l'offre à quiconque fera le boulot à sa place. Treize ans plus tard, cette hypothèse fondatrice est plus vraie que jamais. Les X-Prizes se sont multipliés (Ansari X-Prize, Google Lunar X-Prize, etc.), et ce n'est probablement qu'une question de temps avant que l'un d'entre eux ne concerne Mars. A deux ou trois bricoles près, on pourrait réécrire ce livre aujourd'hui sans quasiment changer une ligne.

Et Benford ne s'est pas contenté d'avoir su flairer la tendance de son époque. Il a également su y voir tous les ingrédients d'un complot explosif : une mission trop cheap pour qu'on ait véritablement confiance, un milliardaire carnassier, Axelrod, qu'on sent prêt à mettre en danger ses équipes pour ramasser plus de pognon (« Hé oui, les amis, il faut bien qu'il y ait un profit », dit-il pour justifier le fait que sa mission coûterait, non pas trente milliards - déjà une broutille -, mais seulement vingt), des délais incroyablement serrés (car, ne l'oublions pas, il s'agit d'une compétition !). Ses partis-pris narratifs sont intéressants également. Pour éviter la lassitude que pourrait engendrer un plan un peu trop classique de type « on part sur Mars, on arrive sur Mars, on galère sur Mars et puis, ouf, on revient sur Terre », Benford démarre le récit quelques semaines seulement avant la fin de la mission, là où l'histoire s'accélère et devient véritablement intéressante. Il nous présente le reste sous forme de flashbacks, qui servent à la fois à éclairer le « présent » et à construire le suspense. Globalement, c'est assez bien fait, même si certains détails trahissent un travail de réécriture qu'on sent parfois un tantinet laborieux, comme par exemple des répétitions en début de chapitre de phrases dites à la fin du chapitre précédent. On devine que le copier-coller de la fin a probablement été douloureux, mais peu importe : ça marche, et c'est là l'essentiel.

Quid des personnages, me demanderez-vous ? Eh bien, à l'exception du mémorable Axelrod, ils sont minimalistes, tout juste esquissés. Et, précisément pour cette raison, je les trouve particulièrement réussis. Explication : si l'on veut rester réaliste, ce qui est clairement le parti-pris des « Enfants de Mars », on ne peut pas décemment enfermer, pendant plusieurs années et dans un vaisseau grand comme mon dressing, des criminels de guerre ou des cas sociaux issus de la télé-réalité, autrement ils auront vite fait de s'entretuer. On va plutôt privilégier des profils psychologiques stables. Mieux : on va former ces gens de manière qu'ils sachent prévenir les conflits (et c'est d'ailleurs très bien décrit dans le livre). Benford suit cette logique à la lettre. Il évite d'en faire trop. Il ne verse ni dans l'outrageux, ni dans le stéréotype. Cependant, le risque, avec les gens gentils, mûrs et d'humeur constante, c'est que, même si on les aime bien dans la vie, transposés en héros de fiction, ils présentent le pire des défauts : celui d'être ennuyeux. Pourquoi cela ? Parce que ce qui est amusant, c'est précisément le conflit.

Or, et je trouve ça très fort, Benford réussit à créer des situations conflictuelles en s'interdisant précisément le ressort de personnages qui soient belliqueux, fous, ou trop ouvertement méchants. Il fait en effet preuve de suffisamment d'astuce pour aller chercher ailleurs les mobiles d'opposition : la compétition, la survie, les ordres (non, je n'ai pas spoilé !). Le Mars de Benford est un monde hyper-rationnel, où on calcule ses coups comme dans un jeu d'échecs. Résultat : un récit fascinant ponctué de "standoffs" dignes des meilleurs westerns. Oh, rassurez-vous : il y a bien un ou plusieurs personnages qui jouent le rôle des méchants (non, je ne vous dirai pas lequel ou lesquels). C'est humain, on aime avoir quelqu'un qui canalise les rancoeurs. Cependant, jamais Benford ne sombre dans le manichéisme : comme vous le verrez si vous lisez le livre, il est beaucoup plus intelligent que cela...

Oui, j'aurais bien quelques critiques à formuler à l'égard des « Enfants de Mars », mais honnêtement, je préfère les taire et vous laisser mettre les vôtres en commentaire si vous en avez, car je tiens à conserver intact dans mon esprit le superbe souvenir que je garde de ce bouquin. Dans un univers de la Mars-Fiction peuplé de gens très calés sur le sujet, mais dont les talents d'écrivain sont souvent en-deçà de leurs connaissances scientifiques, Benford réussit le pari d'un ouvrage à la fois irréprochable dans sa justesse factuelle (à mes yeux, en tout cas - peut-être y en aura-t-il parmi vous qui seront plus pointus que mon humble et blonde personne ?), et écrit de la plume assurée d'un véritable romancier. C'était mon premier Benford, et mon petit doigt me dit que cela ne sera pas mon dernier.




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